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Les traces du passé dans les rues de nos villes

Faut-il supprimer cette plaque-là ? (Paris, 18ème, au pied du Sacré-Cœur)

Les débats sont une bonne chose. C’est un point ce départ. Il y a des gens qui disent : « Enlevons les symboles racistes de l’espace public », comme dans une tribune récente dans Jeune Afrique, c’est une parole à entendre, même si on peut penser que c’est une façon de verrouiller la réponse que de poser la question ainsi. Qui peut vouloir se dire pro-raciste, après tout ? Mais on peut se demander honnêtement si ce n’est pas peint à trop gros traits. (1) Et pourquoi limiter ça au racisme ? Est-ce que l’oppression sexiste, religieuse ou de classe serait plus tolérable, soudain ?

Je regarde autour de moi. Vivant à Paris, je ne peux me tourner nulle part, ou presque, sans voir des traces du passé. Une plaque ici, une statue là, ailleurs la façade d’une maison, même le sol où l’on marche parfois. Est-ce que nous regardons ces monuments aujourd’hui de la même façon que ceux qui les ont érigés ? Bien sûr que non. C’est pourquoi on ne peut en rester à l’idée que les statues sont juste là pour honorer.

Et même quand elles le font… On aménage les choses. On rajoute. Les couches superposées seront toujours une meilleure leçon d’histoire qu’un trou.

Un exemple qui m’est familier, car juste derrière chez moi : le Sacré-Cœur de Montmartre. Combien, parmi les touristes qui s’y pressent chaque année, savent que ce monument avait pour but d' »expier » l’insurrection ouvrière de la Commune ? D’humilier les révolutionnaires vaincus ? (Gallia pœnitente, est-il écrit à l’intérieur, entre autres devises pieuses.) Cette basilique blanche construite sur la Butte Rouge qui fut le dernier bastion des insurgés, c’est un peu comme si on mettait une statue de Custer dans une réserve indienne, ou de Bugeaud devant l’ambassade d’Algérie.

Et pourtant, l’esprit humain est inventif, et le besoin de vivre ensemble plus fort que ce qui nous sépare, jusqu’ici. Ni les Républiques qui se sont succédé depuis 1870, ni la ville de Paris, n’ont cherché à détruire, déménager, ou même rapetisser le Sacré-Cœur. En revanche, la rue qui le longe a été renommée « rue du Chevalier de la Barre », du nom du jeune homme qui a été condamné à mort et exécuté au XVIIIe siècle pour le « crime » de ne pas s’être découvert devant une procession catholique… Histoire de mettre en contexte, comme on dit, la construction de la basilique, et rappeler certaines causes des révolutions en France. Histoire de savoir d’où on vient.

(1) La référence historique qui s’impose ici est celle du Sud des USA après la guerre de Sécession, quand les États vaincus ont érigé des monuments à Lee et autres généraux confédérés pour signifier à la population noire que malgré les lois venues de Washington, les autorités locales considéraient toujours les Afro-Américains comme des sous-hommes. Et les événements qui allaient suivre (instauration de la Ségrégation, massacres racistes de Tulsa, Rosewood, etc.) allaient montrer que ce n’était pas une menace en l’air. Résultat : les militants antiracistes voient logiquement ces statues comme des outils, et non pas seulement des symboles, de l’oppression.

Transposer ce contexte particulier sur un autre continent, dont l’histoire a suivi une trajectoire si différente, c’est un peu bizarre. Ou plutôt, c’est une étrange manifestation de colonisation des esprits par la culture américaine…

#Immigration : de souche, de branche, et du bois dont on se chauffe

Photo d'un arbre au bord d'un lac

Les vraies souches sont invisibles. Ou alors c’est que l’arbre est mort.

Il y a un curieux élément de langage qui consiste à dire que « les élites » (on précise parfois : « libérales ») savent très bien qu’il y a tel problème dans la société, mais qu’elles ne veulent pas le dire, par peur ou par idéologie. Le problème en question varie : tantôt c’est l’islamisme, tantôt c’est l’islam en général, voire l’immigration. Même certain ancien préfet, pourtant un esprit rationnel et mesuré, en vient, dans les colonnes d’Atlantico, à déplorer ces mystérieuses élites qui savent mais ne disent pas. (Contagion due au support ? Qui sait.)

Je ne sais pas qui tous ces braves gens fréquentent, mais je voudrais ici apporter un témoignage, en tant que quasi élite et citoyenne issue de l’un des groupes les plus favorables en France à l’accueil des autres d’où qu’ils viennent : les catholiques, et tout particulièrement les cathos de gauche, post-Vatican II.

C’est en effet ma « famille » politique d’origine, et une influence qui m’a toujours marquée et qui continue d’une certaine façon à influencer mes façons de sentir et de penser. Dis-moi d’où tu parles… Du plus loin que je me souvienne, le message que je pouvais absorber en famille et dans les lectures à ma portée était clair : nous sommes tous frères, les nationalités et couleurs de peau ne sont que des enveloppes externes sans importance, ce qui compte, c’est l’humain. Et donc c’est en parfaite adéquation avec elle-même que ma mère faisait du bénévolat pour aider les migrants, tout comme elle en faisait pour le soutien scolaire ou l’accompagnement des personnes âgées dépendantes. Vivre dans le chemin de l’Évangile n’était pas pour elle un slogan, mais la règle qui marquait toute sa vie. Elle ne privilégiait même pas toujours ses enfants par rapport aux enfants des autres, refusant les passe-droits et les privilèges, comme aurait pu l’être l’inscription dans une école privée cotée. Est-ce de l’héroïsme, comme semble le penser Dominique Reynié, du think tank Fondapol ? C’était son chemin, et celui dans lequel nous avons été élevés, voilà tout. Cela dans le cadre d’une bourgeoisie moyenne cultivée, liée à la fonction publique, de gauche, votant socialiste et lisant une presse progressiste.

Bref, si on m’avait posé la question il y a trente ans, ou à mes parents, nous n’aurions jamais pas dit : « Oh, bien sûr, l’immigration n’est pas tenable, mais chut, n’en parlons pas ! » Et ce d’autant que nous étions nous-mêmes en partie issus de l’immigration… J’ai quand même un grande-père philippin, ce qui n’est pas mal question exotisme. Et on peut y ajouter quelques greffes italiennes et espagnoles. En fait, l’une des plaisanteries familiales les plus récurrentes était de se moquer de notre statut de « métèques » et « quart de citron ».

Étions-nous si exceptionnels ? Je ne pense pas. À l’école, les gens qui portaient des noms étrangers mais qui semblaient parfaitement intégrés n’étaient pas rares. Tel instit était d’origine arménienne, tel autre italienne ou polonaise…

Bref, l’intégration semblait bien marcher. Et il n’y avait pas de raison, pensions-nous, de croire que les choses seraient différentes pour les Maghrébins et Africains. Encore au début des années 90, alors que je suivais une formation d’anthropologie à Aix-Marseille, j’ai eu l’occasion de prendre part à une enquête sur les modes de consommation alimentaire des immigrés d’origine maghrébine, d’où il ressortait qu’il n’y avait guère de différences entre eux et leurs voisins. La recherche du halal était loin d’être une participation, et même l’idée d’éviter les porc à la cantine passait derrière le souci du bien-être des enfants. Qu’ils aient à manger à leur faim, c’était l’essentiel.

Et puis du temps a passé, le monde a changé, mais certains discours… Pas vraiment.

Que s’est-il passé ?

Sans doute avant tout un effet de nombre. « La quantité est en elle-même une qualité », disait un certain Joseph Staline, avec une bonne dose de cynisme, à propos de la guerre. C’est aussi vrai dans d’autres domaines. Un pays de 50 millions d’habitants, par exemple, peut rapidement (mais pas toujours sans heurts) intégrer un ou deux millions de nouveaux venus. C’est exactement ce qui s’est passé lors des 30 Glorieuses avec les immigrés et les rapatriés. Mais si les arrivées continuent ? L’exemple des USA, du Canada ou l’Australie montre que l’immigration de peuplement change plus ou moins vite la culture d’un pays. Les USA par exemple voient la majorité anglophone et d’origine européenne devenir une minorité. Même les Noirs américains sont traversés par des débats sur leur identité : doivent-ils continuer à se définir comme descendants d’esclaves américains, ou intégrer les immigrants récents en provenance d’Afrique ou des Caraïbes ?

Dans un pays comme la France, où la nation a précocement émergé, en lien avec un territoire et une langue, ce genre d’interrogations ne peut être que plus aigu. Notez qu’il n’est pas question ici de dire si c’est bien ou non. C’est un fait : plus il y a de nouveaux venus, plus le pays d’accueil change.

Bien sûr, les gens s’en rendent compte, à leur niveau. Il y un article récent d’Hervé Le Bras sur le décalage entre le ressenti et la réalité, dans les jugements portés par les Français sur leur pays, qui a été sévèrement critiqué par ceux qui critiquent « les élites » mais bien peu lu. Il y expliquait notamment que si la situation matérielle moyenne des Français allait en s’améliorant, le sentiment de malaise était lié au fait que les dernières générations connaissaient une stagnation de leur situation sociale. Bref, l’ascenseur social était coincé, alors que sous les 30 Glorieuses, on était moins bien loti (l’électrification des campagnes s’est poursuivie jusqu’aux années 1970), mais les enfants de paysans et d’ouvriers pouvaient accéder à des emplois qualifiés. Aujourd’hui, on peut être issu de la classe moyenne et chômeur ou précaire.

Il y a une exception, mais de taille : les descendants d’immigrés. Étant souvent parties de très bas, et étant prêtes à beaucoup de sacrifices, ces familles ont connu une ascension sociale logique dans le même temps où le manque de perspective commençait à se faire sentir pour la société en général. C’est une chose qu’on entend dans la bouche des gens tentés par l’extrême-droite : « Pourquoi les Arabes ont des emplois et moi ? » Dire que c’est une idée raciste et injuste (réserver les avantages sociaux à ceux qui « ne se sont donné que la peine de naître ») est vrai, mais n’aidera pas à convaincre. Regarder dans l’assiette du voisin est une tendance humaine indéracinable.

Or on n’a pas jamais pris tout cela en compte. Comme l’intégration marchait peu ou prou, les responsables (et pas seulement politiques, associations et syndicats n’ont pas toujours été très lucides là-dessus) ont considéré qu’il suffisait de laisser faire. Que les nouveaux arrivants seraient intégrés au fur et à mesure par ceux qui s’étaient déjà installés. Comme le disait en substance un militant associatif du 19e (lui-même originaire d’Europe de l’Est) : « Pourquoi se poser des questions ? Ce qui marche en matière d’immigration, c’est la prise en charge des nouveaux arrivants par les communautés. » Comme d’autres lui faisaient remarquer que c’était une forme de communautarisme étrangère à l’histoire de la France, le débat a tourné au dialogue de sourds : il ne comprenait tout simplement pas pourquoi ce qui était valable aux USA ne pouvait pas l’être chez nous. Si on fait la liste des familles politiques favorables au laisser-faire en matière d’immigration, les progressistes mondialisé ne doivent pas être oubliés. Mais eux non plus ne sont pas dans le « chut, pas de vagues », au contraire : ils agissent en accord avec leurs valeurs.

Le problème, quarante ans après, est que l’intégration elle-même a été récusée comme raciste, la laïcité comme excluante, et la notion de nation française comme construction idéologique, par des militants gauchistes altermondialistes, ou indigénistes réglant leurs comptes avec la génération de leurs parents – quelle idée en effet ont eu ceux-ci de s’installer dans cet « Occident maudit » !

Inutile de dire que ceux-là (et on compte parmi eux un certain contingent d’élites, notamment universitaires, journalistes, mais aussi tout simplement des membres de la bourgeoisie montante des pays africains) ne sont pas hypocrites en disant que tout va bien : l’idée que les immigrés pourraient un jour devenir la majorité, et changer du tout au tout la culture du pays d’accueil, est quelque chose qu’ils appellent de leurs vœux.

En fait, peu à peu, les promesses implicites des antiracistes (intégration, fusion des nouveaux venus dans la masse, bref retour à de sorte de statu quo) ont été laissées en arrière par une réalité réfractaire, alors que certaines prédictions alarmistes de l’extrême-droite (sur l’islamisme, notamment) devenaient difficiles à contredire, puisque plus proches de ladite réalité.

Ce n’est pas un petit paradoxe. Dans les années 80, les revendications des « Beurs » étaient simplement d’avoir leur place dans la société, de n’être pas insultés et humiliés pour un oui ou pour un non. Aujourd’hui, il y a certes des progrès à faire pour éviter certaines attitudes idiotes dues à la méconnaissance de l’autre, mais les principaux progrès ont été faits. Les immigrés maghrébins et africains et leurs descendants sont entrepreneurs, créateurs de mode, écrivains, cinéastes, journalistes, médecins, militaires, députés, ministres… Et une récente série télé à succès imagine un président français beur, aux prises avec des islamistes qui ne lui pardonnent pas d’avoir réussi dans le cadre du système. Une exploration intéressante de la double contrainte que peuvent connaître les « deuxième et troisième générations ».

Pendant ce temps, toutefois, les revendications se sont déplacées. Hier, c’était pouvoir librement pratiquer sa religion, par exemple ; aujourd’hui, on voit venir des groupes dont le but est de favoriser une certaine forme de pratique religieuse, orthodoxe, socialement conservatrice, et de plus en plus visible dans l’espace public. Les associations du genre Lallab, « Alliance citoyenne » (orwelliennement nommée) ou CCIF ne défendent pas les Musulmans en général, mais une certaine forme d’islam, et d’islam politique. Le voile, à la fois signe d’appartenance religieuse et matérialisation d’un statut séparé pour les femmes, est leur principal marqueur identitaire. Leurs références idéologiques sont les Frères Musulmans et les monarchies du Golfe.

Mais au fait pourquoi ? Jadis, les Italiens, Polonais, Arméniens, Espagnols, Portugais, Juifs d’Europe de l’est, et pendant longtemps aussi les Maghrébins, n’ont pas cherché autre chose que l’intégration économique. Ils conservaient leur religion mais comme une affaire privée, ce qui convenait très bien à la République laïque. Et qu’on ne dise pas qu’il n’y avait pas de différence de religion : la pratique catholique des Italiens n’était pas celle des Français ; le christianisme arménien est très différent de l’église catholique ; et bien sûr les Juifs n’étaient pas chrétiens du tout. Ne parlons pas des nombreux musulmans dans l’armée française de la Grande Guerre, pour qui fut bâtie la Mosquée de Paris.

La grosse différence entre, grosso modo, la France du XXe siècle et nos jours, c’est que le modèle occidental n’est plus le modèle unique.

Revenons à mon grand-père philippin. Originaire d’une famille pauvre de Manille, son rêve était d’aller aux États-Unis. Avant même de partir, il s’était tourné vers l’étude de l’anglais, ce qui lui a permis d’aller à Hong Kong, puis de trouver un job dans une entreprise américaine en Indochine. Il y est finalement resté en épousant une française, ma grand-mère. Mais toujours il s’est considéré comme citoyen du monde pleinement intégré à la culture occidentale, lisant Time et Paris-Match et n’utilisant plus guère sa langue maternelle, le tagalog, qu’il n’a pas transmis à ses enfants.

Certains pourraient le déplorer aujourd’hui, mais c’était un autre univers mental. La civilisation européenne était LA civilisation, jusque vers la moitié du XXe siècle. Les pays non-européens indépendants (comme le Japon ou l’Éthiopie) cherchaient à imiter l’Europe en matière de sciences et de techniques, y compris pour l’administration. Les peuples colonisés eux-mêmes faisaient la comparaison et cherchaient à être reconnus comme égaux.

Aujourd’hui, il n’y a pas qu’un seul modèle, loin de là. Ceux qui se sentent gênés aux entournures par les traditions françaises se tournent souvent vers un modèle anglo-saxon qui s’est clairement individualisé à mesure que les Américains eux-mêmes cessaient de prendre exemple sur l’Europe. Il y a ceux qui se tournent vers l’Europe du Nord comme modèle social ; et ceux pour qui les révolutions sud-américaines (réelles ou rêvées) sont toujours un horizon à viser. Et puis, bien entendu, il y a l’islam politique, sous ses diverses facettes, des Frères Musulmans au Califat.

Cet islamisme a réussi à capter la charge de sympathie des mouvements anticoloniaux et des luttes contre les régimes autoritaires installés après les indépendances. La révolution de 1979 en Iran peut être considéré comme un de succès, et la France de Giscard d’Estaing à joué avec le feu en aidant les ayatollahs. Dans le monde sunnite, la réussite économique et le poids politique des pétro-monarchies constituent non seulement une source d’influence, mais un contre-modèle à opposer à l’Occident. Même une aventure chaotique et meurtrière comme celle de l’État Islamique (ou Daech) peut impressionner ou faire rêver des gens qui ont trop fréquenté les prêches les plus violents et fondamentalistes de YouTube et de certaines banlieues.

On le voit, le phénomène n’est pas simple. Et on ne se tirera ni de la pression de l’extrême-droite, ni de celle des islamistes, sans regarder en face cette complexité et en cherchant ensemble une sortie par le haut. Il n’en va seulement d’un certain modèle social et culturel français, mais bien de la paix civile dans le pays.

Savoir vivre, ensemble

On n’est pas des ours.
Qu’on le veuille ou non, on vit en société. Et il faut bien faire avec les autres. Il y a des femmes et des hommes, des jeunes et des vieux, des croyants, des mécréants et des gens qui s’en foutent. Il y a des gens à mobilité réduite et d’autres avec un handicap mental. Il y a aussi des casse-pieds en tout genre.

Interdit d’interdire.

Dans 20 Minutes, un article croit pouvoir titrer sur une éventuelle « interdiction » du manspreading à Paris, quand la réalité consiste en une campagne d’éducation de la population, on pourrait même dire de prévention ! Car la « maladie des couilles de verre » fait des ravages parmi les usagers des transports en commun… À bon entendeur, messieurs !

Concours de mauvaise foi ?

Mandelieu-la-Napoule, petite ville de la Côte d’Azur, le maire (LR) écrit aux magasins H&M pour s’émouvoir de la présence de vendeuses voilées. Il invoque la laïcité – bien à tort, puisque la loi de 1905 régit les relations entre les cultes et la République, bref l’État, les collectivités, les services publics. Pas une entreprise privée.

Évidemment, en face, H&M n’est pas « juste » un employeur tolérant : on se rappelle qu’ils se veulent en pointe sur ce qu’on appelle la « mode pudique » (sic), en gros la transposition dans le prêt-à-porter des consignes vestimentaires d’un islam rigoriste. La clientèle des pays du Golfe évidemment en ligne de mire pour les enseignes : H&M, mais aussi Gap, Zara, Uniqlo… C’est un business juteux. (Au passage, l’article du Monde sur Mandelieu ne mentionne pas cet arrière-plan… Dommage pour leurs lecteurs.)
On peut imaginer que le maire, dont la ville dépend largement du tourisme en provenance de France et d’Europe, s’inquiète d’une tendance qui consiste à s’aligner sur les plus intransigeante(s), et qui pourrait, si elle s’étend, donner à la Riviera un petit air de Dubaï. Cependant, s’il voulait engager le dialogue, c’est mal parti. Des militants gauchistes pro-voile parlent de racisme, comme si un vêtement était une couleur de peau. L’inénarrable Observatoire de la laïcité se fend d’une bafouille, ça leur donne l’impression d’exister.

Mais en effet, pourquoi parler de laïcité alors qu’il s’agit ici de savoir-vivre, de civilité ? La tradition en France, contrairement à un pays comme les USA, est de ne pas constamment mettre en avant sa religion. Seuls les extrémistes le font, typiquement, des cathos tradis aux haredim, en passant bien sûr par les salafistes. Or ce n’est pas en s’alignant sur les plus intolérants que la France fera des progrès dans la tolérance !

Un dernier mot a propos de H&M. Il y a des cas où, en courant après une clientèle particulière, on finit par s’aliéner toutes les autres. H&M choisit, pour l’instant, la mode pudique, les pétrodollars et leurs relais multiculturalistes de par chez nous. Je prends le pari que cela leur retombera sur le nez. Le maire parlait dans sa lettre de plaintes de clientes : eh bien, c’est directement à l’entreprise qu’il faut adresser les avis négatifs ! Si le maire intervient dans la vie du magasin, en effet, c’est une ingérence. Mais si des clientes mécontentes expriment leurs griefs vis à vis de l’accueil, du service ou des produits, elles exercent leurs droits de consommatrices et envoient à l’entreprise un retour salutaire. Campagne de lettres, appels au boycott, agitation des réseaux sociaux, tout ce qui peut faire réfléchir une marque attentive à sa réputation – et à son chiffre d’affaires.

Son

Avec Emmanuel Macron, pour gagner

Plus que quelques heures avant la fin officielle de la campagne. Il était temps, comme on dit, que ça se termine ! Ô combien.
Et pourtant. Ça ne se termine jamais, bien sûr. Le jour du scrutin est un aboutissement, mais n’est-il pas conçu d’abord pour être un commencement ? On élit, on choisit, la personne qui sera le mieux à même de diriger le pays pour une tranche bien garnie de cinq ans – pas une sinécure, on ne l’a que trop éprouvé récemment. 

Les événements ont une façon bien à eux de déborder les prévisions.

Alors il faudra souhaiter bien du courage à la personne qui sortira en tête de ce scrutin présidentiel 2017. Et non, je n’écris pas « il ou elle », car soyons francs, il y a une « elle » que je n’ai vraiment pas envie de voir s’installer ! Et c’est un peu pour ça que je secoue aujourd’hui les poussières de ce blog. Vous avez une minute à m’accorder ?

Il y a quelques semaines, peu après la primaire de la gauche (qui s’était conclue comme on le sait), je publiais sur Facebook un texte intitulé « Mon vote utile est un vote de cœur ». J’y expliquais pourquoi j’avais l’intention de voter Emmanuel Macron dès le premier tour, parce que l’hypothèse d’un second tour Fillon-Le Pen était trop horrible à envisager. 

Cette position n’a pas changé d’un iota. Mais en plus, j’y rajouterai autre chose : le vote Macron, désormais, c’est pour moi un vote d’adhésion.

J’ai lu le programme. J’ai écouté des déclarations, des entretiens, regardé diverses vidéos. J’ai été particulièrement impressionnée par un épisode de France Culture où on l’interrogeait sur son « imaginaire historique ». On ne sera pas surpris si je dis que ce qui m’a le plus frappée, c’est le « en même temps », ce tic de langage qui trahit une volonté de ne pas sacrifier la complexité du réel, de ne pas insulter la densité des choses. Oui, on peut prendre en compte la complexité, et en même temps être capable d’agir.

Et puis il y a le programme d’En Marche : il est agréable de découvrir que ce n’est pas juste une collection de mesures sympathiques mais déconnectées les unes des autres (comme c’est trop souvent le cas à gauche, reconnaissons-le…), mais un véritable programme, cohérent, équilibré, agencé selon quelques axes bien articulés entre eux. En matière fiscale, par exemple : l’exonération de taxe d’habitation pour les 80% de foyers les plus modestes permet de faire d’une pierre plusieurs ricochets : coup de pouce au pouvoir d’achat, simplification administrative au ministre des Finances, mais aussi par contrecoup dans les administrations territoriales​, puisque l’État prend le relai pour le financement des collectivités. Il y a aussi une certaine élégance dans la fusion de l’ISF avec la taxe foncière. Oserais-je dire qu’on sent la patte de l’ancien ministre de Bercy, ancien inspecteur général des finances ? Clairement, Emmanuel Macron connaît ses dossiers. Une réforme fiscale était de toute façon nécessaire, et c’est bien à quoi il propose de s’atteler. 

Même méthode dans la réforme de la protection sociale : changer la logique du système en protégeant non plus tant les emplois que les personnes, et en y incluant les indépendants. (On reconnaîtra la « flexisécurité » scandinave.) Ou l’harmonisation des régimes de congés maternité : c’est un point crucial pour l’égalité entre hommes et femmes, car c’est là que les inégalités de salaires, de statut professionnel, etc., se creusent. Porter attention à ces périodes de la vie des femmes n’est donc pas un gadget, mais un levier stratégique. 

Bref, tout cela pour dire que le programme porté par En Marche est bien pensé, et que c’est à bon droit qu’Emmanuel Macron revendique une étiquette de progressiste. Et c’est un programme fait pour être appliqué, non juste pour gagner des voix. 

Même si, bien sûr, il faut commencer par gagner. De ce côté-là, je croise les doigts. En Marche a bien travaillé, ce fut une campagne dynamique, réactive, inventive. Chapeau à tous les militants​ et militantes !

Les errements des autres candidats sont aussi venus changer peu à peu le rapport des forces. Fillon droit dans ses bottes, et dans sa mise en examen ! Le Pen courant après l’adoubement de Poutine ! Mélenchon en dernier chaviste de la terre ! Hamon jetant aux orties la possibilité d’un rassemblement du PS ! Dupont-Aignan en complotiste anti-vaccins ! Poutou appelant à désarmer la police au lendemain d’une attaque contre des policiers ! D’ailleurs, parmi les « petits candidats », il n’y a guère que Nathalie Arthaud qui n’a pas cédé au grand n’importe-quoi, rendons-lui cette justice.

Et comme on sait, les fanatiques ont encore frappé la nuit dernière : sur les Champs-Élysées, un policier a été tué, un autre blessé. Grosse émotion, moment de tension à deux jours du premier tour. Personne ne doute que le but était de faire pression sur la démocratie, sur une société française que l’État islamique voudrait bien voir en proie à la guerre civile – politique du pire, pari du chaos d’où ils croient que leur idéologie sortirait victorieuse, par-dessus un grand tas de morts…

On a vu les réactions​ des uns et des autres, à chaud. Hier soir, François Fillon a inexplicablement parlé « d’autres attaques » puis s’est enferré dans le déni quand on lui a fait remarquer qu’il n’y en avait pas eu. Le Pen a aussi foncé dans la désinformation en klaxonnant, appellant à rétablir un contrôle des frontières… que le président Hollande avait déjà rétabli depuis le 13 novembre 2015. Tout ça ne donne pas une grande impression du sang-froid de ces messieurs-dames. Et je ne parle pas du « s’ils​ n’avaient pas été armés ils n’auraient peut-être pas été attaqués » de Philippe Poutou.

À comparer avec la réaction d’Emmanuel Macron, qui participait alors à une émission de télévision, alors que l’information venait d’être révélée… Changement de dimension, à chaud et en direct. Je crois qu’on peut se rassurer sur le sang-froid nécessaire à un chef de l’État.

Conclusion ? Allez voter ! Seuls les suffrages non exprimés ne seront pas pris en compte. Et en ce qui me concerne, c’est un bulletin « En Marche » qui prendra le chemin de l’urne.

Sur le réseau #LaicArt : qui sommes nous ? Et réflexions sur la déchéance de nationalité

Quelques lectures qui font du bien en cette fin d’année 2015 qui n’en finit plus :

  • Stanislas et Ourdia racontent comment ils en sont venu à rejoindre le mouvement pour un Parti de la société civile. Derrière des parcours différents, une même exigence envers la politique, et une même conviction que la République a besoin de ses citoyennes et citoyens pour échapper aux luttes de clans et aux pressions des lobbys, y compris ceux qui, religieux avant tout, se dissimulent sous la bannière de l’antiracisme.
  • Dans le Huffington Post (édition française), Céline Pina revient, avec la lucidité et le courage qu’on lui connaît, sur un dossier qui a déjà empoisonné les fêtes pour beaucoup d’entre nous, notamment à gauche, et qui menace de faire exploser le consensus national avec lequel notre pays avait réagi aux attentats.

Voilà, bonne lecture. Et si vous pensez, vous aussi, que la politique est une chose trop sérieuse pour être laissée aux politiciens, n’hésitez pas à nous rejoindre sur LaïcArt.org, sur Twitter @laic_art ou Facebook.