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En route pour de nouvelles aventures #romanpolicier #romanhistorique

Appétit d’écriture… I haz it.

Il y a plusieurs façons, pour une auteure comme moi, de mesurer le chemin parcouru. Une façon évidente consiste à compter le nombre de textes publiés, éventuellement modulé par l’impact médiatique et financier de chaque publication. De ce côté-là, j’ai connu des hauts et des bas, depuis le fanzine photocopié à 50 exemplaires jusqu’à une édition en volume avec envoi d’exemplaires à la presse (au temps du Navire en pleine ville), et aujourd’hui une publication électronique chez un pure-player comme Rocambole.

Mais on peut aussi s’intéresser à la variété (ou non variété) de textes produits. La versatilité d’écriture, si on veut. Où en suis-je sur ce plan-là ?

Faisons nos comptes :

  • trois romans, dont un de fantasy (L’Héritier du Tigre) et deux romans d’aventures historiques (Augusta Helena et Tous les Accidents),
  • divers textes courts, la plupart de fantasy mais quelques nouvelles de science-fiction, fantastique et historique,
  • et même un certain nombre de poèmes qui ont trouvé publication, mais oui, les fanzines peuvent être accueillants.

La catégorie science-fiction devrait bientôt s’enrichir d’une novelette écrite pendant le confinement et déjà acceptée pour pour publication chez un éditeur, plus une nouvelle révisée à la faveur du même confinement, et qui devrait trouver place dans une sympathique anthologie. Quand la vie vous fait vivre dans un film de science-fiction, renvoyez-lui l’ascenseur.

Et pour la suite ? Si vous suivez régulièrement ce blog, vous avez dû voir que j’avais pris l’habitude de commencer un roman le 1er janvier pour bien commencer à la fois l’année et le bouquin. Et j’avais bien prévu de commencer un nouveau projet le 01/01/2020, un nouveau roman historique, parce que je m’étais bien amusée avec les deux précédents. Mais cette fois, ça n’a pas marché. Entre le sujet choisi qui était plus difficile que prévu, et un certain accident de parcours nommé Covid-19…

J’ai jeté l’éponge. Et ça n’a pas été perdu, puisque j’ai passé mars, avril et mai à écrire de la SF et à rendre mon premier roman historique, Augusta Helena, disponible en ligne à titre d’essai. On verra ce que ça donnera.

Mais avec tout ça, j’ai du temps de libre jusqu’au 31 décembre. Que faire ? C’est le moment où jamais d’essayer quelque chose de nouveau, défricher un nouveau territoire en matière de genres littéraire. Un polar, par exemple ? D’un autre côté, s’il y a un moyen de m’appuyer sur ce que j’ai déjà fait, réutiliser la recherche accumulée pour les précédents projets… Banco ! Ce sera donc un polar historique ! Après tout ce que j’ai lu, compulsé et digéré sur la Révolution et le Premier Empire, cela ne devrait pas poser d’obstacle irréductible.

Pour tout dire, je commence demain, 1er juin. La période m’est familière, et je peux réutiliser plusieurs personnages de mon précédent roman Tous les Accidents, en particulier celui qui jouera le rôle du détective. Si ça marche, je pourrais avoir sur les bras une série avec un personnage. Pour reprendre les termes d’un précédent billet, j’ai trouvé quoi faire de mon « homme en noir ».

Tous mes textes en accès libre, Rocambole enfin sur Android, et bien plus #LecturesDeConfinement

capture d'écran : titres de fantasy chez Rocambole
Les mondes de Rocambole

Vous reprendrez bien un peu d’Héritier du Tigre ? En accès gratuit sur Rocambole (iOS et Android) pour toute la durée du confinement, ainsi que les autres séries, décision commune de l’entreprise et des auteurs. C’est le moment où jamais de s’évader et d’évacuer un peu de stress.

C’est dans ce même esprit que je remets ici les liens vers mes autres textes en accès libre :

  • Augusta Helena, 2020, roman historique, publié gratuitement sur Wattpad et désormais sur Smashwords et Lulu.

Un peu de rab’ de L’Héritier du Tigre :

Et dans un cadre historique :

Bonne lecture, j’espère ! N’hésitez pas à partager ces liens, c’est fait pour.

Diversité et littérature : comment se planter dans les grandes largeurs, avec Barnes & Noble

Qui est ce beau jeune homme ?

C’était une idée mirifique : prendre une poignée de classiques de la littérature occidentale et regarder si les protagonistes ne pourraient pas être considérés comme non Européens, par hasard. Après tout, quand un personnage n’est pas décrit comme blond aux yeux bleus, qu’est-ce qui empêche une lectrice de l’imaginer avec une peau brune, des cheveux crépus ou des yeux bridés ?

Si, à ce stade, vous voyez le problème, vous êtes déjà en avance de plusieurs chapitres sur l’équipe marketing de Barnes & Noble USA.

Je passe sur le fait qu’ils n’ont même pas relu de près les bouquins en question pour ce programme mal ficelé : ce sont des œuvres qui font partie de notre culture depuis au moins un siècle, que chacun a déjà consommé sous une forme ou une autre, ne serait-ce que comme parodie. On parle de L’Île au Trésor, Frankenstein, Peter Pan, Le Comte de Monte-Christo

En quoi le choix de livre était-il censé refléter la diversité du lectorat actuel ? Est-ce que B&N avait embauché des auteurs africains, indiens, japonais, etc., pour écrire une version « autre » de ces classiques ? Cela aurait pu être intéressant, mais non. Ont-ils au moins choisi de mettre l’accent dans leur matériel promotionnel sur le fait qu’Alexandre Dumas, auteur du Comte de Monte-Christo, était métis, ou que l’un des personnages sympathiques de Frankenstein est une jeune Arabe, Safie ? Non plus.

Ils voulaient seulement donner à ces livres de nouvelles couvertures avec des visages non européens dessus.

Ce n’est même pas le service minimum, c’est insultant, surtout qu’ils avaient prévu de faire coïncider cette campagne avec le Black History Month, la période (février) où les USA sont invités à se confronter à leur histoire pour le moins compliquée lorsqu’il s’agit de l’Afrique et de sa diaspora. Et le bad buzz qui s’en est suivi n’a pas manqué de tuer dans l’œuf cette idée mirifique.

Ce qui ne veut pas dire que toutes les critiques de B&N sont motivées par des raisons morales. Le vrai crime, ici, semble bien d’avoir voulu faire de l’argent sur la notion de notion de diversité sans impliquer les créateurs qui en sont « issus », pour reprendre une formule à la mode. C’est comme cela qu’il faut comprendre l’accusation de literary blackface, sinon un peu bizarre : de la même façon que jadis à Hollywood des acteurs blancs jouaient des Africains, Amérindiens, Chinois, etc., grimés, on a ici une collection de classiques occidentaux du 19e et début 20e qui voulait se faire passer pour une littérature mondiale telle qu’on la conçoit au 21e siècle, diversité incluse. Derrière les questions de principes, l’économique n’est jamais loin.

Ironie du sort, c’est exactement ce que l’on reproche à B&N, d’avoir fait passer l’appât du gain devant le respect des groupes humains qui ne vous ressemblent pas. Tant il est vrai que s’il y a une couleur vraiment universelle, c’est le vert, nuance dollar.

​Il faut croire pour voir (et, non, cette fois je ne parle pas de religion)

Je ne vais pas non plus parler politique, pas directement. Mais d’un phénomène qui joue sûrement un plus grand rôle dans la construction des idées politiques qu’on ne peut le penser.

«Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement» – et si c’était le contraire ?

Il y a parfois de petits incidents qui vous marquent pour des années. Quand j’étais étudiante, pleine de projets divers, j’ai eu la chance de faire un stage dans certaine maison d’édition aujourd’hui bien pourvue en prix littéraires germanopratins, mais qui n’était alors qu’une petite maison d’édition de province publiant peu mais bien. Parmi les tâches qui m’étaient confiées figurait une lecture des manuscrits arrivés par la Poste, pour voir s’il y avait quelque chose digne d’être transmis au comité de lecture.

Main artificielle et brochure de la spirite Eva Fay

Une main spirite pour visualiser les esprits (exposition Persona, Musée du Quai Branly)

Inutile de dire que je n’ai pas déniché de perle rare, ni même d’aiguille dans la botte de foin. Mais cela m’a donné l’occasion de discuter de ce qui fait un bon auteur, un bon manuscrit, avec le directeur littéraire. C’était l’un des fondateurs d’origine de la maison d’édition, et un homme de grande culture, passionné par la mise en lumière de textes exigeants, quelle qu’en soit l’origine. Et ce n’est pas un hasard si cette maison d’édition traduisait beaucoup et s’était bâtie une image de qualité et d’éclectisme.
Ce qui n’empêchait pas quelques angles morts. Pendant cette discussion, j’évoquai le cas d’une romancière américaine dont cette maison envisageait de publier un ou deux titres. Cette auteure s’était fait connaître dès les années 60 pour ses textes de science-fiction et fantasy, où elle avait à peu près redéfini le space-opera, déconstruit brillamment la notion de gender et inventé un type d’histoire qui devait avoir plus tard un succès énorme : celle de l’école pour magiciens… N’en disons pas plus, vous avez sans doute deviné de quoi il retourne. Ces textes-là étaient déjà traduits en France, mais l’auteure avait aussi à son effet d’autres titres plus proches de la «littérature blanche», même s’il s’agissait finalement de récits se situant dans un pays imaginaire.

J’étais donc enthousiaste :  «Vous avez de la chance, son nom est absolument incontournable chez les amateurs de science-fiction, ça fait déjà un public tout acquis, une opportunité pour une maison d’édition qui veut se développer…»

Sa réponse me fit tomber des nues. En substance : la science-fiction ? Bof, ces lecteurs-là ne seront jamais pour nous.

Et bien que l’éditeur ait effectivement traduit le roman en question, il n’y eut pas de tentative pour communiquer en direction des fans déjà acquis à l’auteure. Ni même d’effort particulier de publicité, parce que l’on ne pensait pas que le titre puisse percer auprès d’un public plus large que celui des happy few qui connaissait et suivait alors cette maison d’édition.

Ce qui est tout de même un peu extraordinaire. La force des idées reçues est qu’elles peuvent faire réinterpréter la réalité, même contradictoire, dans un sens déterminé. Il faut savoir que je n’avais pas été là seule à tenir ce discours au directeur littéraire : le roman avait été recommandé par l’un des lecteurs habituels de la maison, qui avait reconnu le nom de l’auteure, dont il était déjà fan pour son œuvre de science-fiction ! Mais c’est sa recommandation de publier le texte sur ses seuls mérites littéraires qui avait emporté la décision, pas les considérations sur de potentielles ventes. En fait, l’éditeur s’attendait à perdre de l’argent sur ce titre…

Il n’en a pas perdu, je pense, ni avec un autre livre situé dans le même univers ; mais ce ne fut pas faute d’avoir essayé. Ils ne croyaient pas à la possibilité pour les amateurs de SF de regarder du côté de la «blanche», ni pour les férus de belles lettres de s’intéresser à un monde imaginaire. Étrange, mais c’est ainsi. Et, ne croyant pas la chose possible, ils n’en virent pas l’opportunité.

Pour paraphraser Kant : on ne perçoit que ce que l’on imagine – littéralement.

Et c’est souvent que l’on se forge une image de la réalité basée sur des idées, des impressions, des traditions, pour ensuite dédaigner, voire activement effacer, les petits faits inconvénients qui menacent cette vision du monde. C’est une sclérose de la pensée, bien plus dangereuse, à long terme, que celle des artères.

Alertez les auteurs : vos indisponibles ne le sont pas pour tout le monde ! #ReLIRE

Petit message que font passer en ce moment plusieurs auteurs et petits éditeurs (Jean-Claude Dunyach sur les forums de science-fiction et fantasy, François Bon sur son blog), et qui mérite d’être répété : toute personne qui publie ou a publié au moins un livre diffusé sur le marché français a intérêt à faire au plus vite un petit tour du côté du Registre des Livres Indisponibles en Réédition Électronique (ReLIRE) de la BNF et vérifier si ses œuvres y figurent…

Si c’est le cas, congratulations : vous avez 6 mois (c’est la loi) pour vous opposer à « l’entrée en gestion collective agréée », c’est-à-dire pour éviter de perdre votre droit à rééditer (ou non) ces œuvres en numérique et à les gérer vous-même, ou à confier ce droit à l’éditeur de votre choix.

Et encore, bien heureux si le registre ne contient pas vos titres à tort ! Bien que cette loi ne concerne, en principe, que les livres publiés en France entre le 01/01/1901 et le 21/12/2000 qui sont toujours sous droit d’auteur et qui ne sont pas actuellement publiés, ni sur papier ni sous forme numérique, la liste des couacs recensés est impressionnante : titres publiés en langue française chez un éditeur étranger (par exemple québécois) mais recensés parce que le livre était disponible en France ; titres épuisés dans l’édition d’origine mais republiés sous forme électronique ou même papier par l’auteur lui-même, ou par un éditeur artisanal comme Publie.net ; éditions postérieures au XXe siècle, comme certains titres de feu mon éditeur, le Navire en pleine ville

Heureusement pour moi, toutefois,  L’Héritier du Tigre a échappé (pour le moment ?) aux griffes maladroites de ReLIRE : je ne le trouve pas dans le registre, ni en cherchant par nom, ni par titre, ni par éditeur. Capture d’écran à l’appui :

Capture d'écran : registre des indisponibles de la BNF (ReLIRE)

NB : recherche faite, je ne trouve pas mon livre, ce qui est normal (capture d’écran du 24/03/2013). Au moins la loi ici est respectée.

Non mais c’est vrai, quoi.

Vu que ce titre est paru pour la première fois en 2006, chez le Navire en pleine ville, et qu’en 2011, après la disparition d’icelui, j’ai mis le roman en diffusion numérique ici même, sur ce blog. Robots fureteurs de la BNF, archiveurs numériques, sociétés de gestion collectives : prenez-en bonne note !

(Dommage quand même que l’État, via la Bibliothèque nationale, ainsi que les sociétés de gestion, laissent aux auteurs et aux éditeurs la tâche de vérifier l’exactitude du registre. Pas comme s’ils n’avaient que ça à faire, hein… Et tiens, au fait, où sont les Gallimard et consorts qui pleuraient quand c’était Google qui voulait imposer le système de l’opt-out ? Hmm ? Je crains que la conclusion qu’en tireront beaucoup d’auteurs, à l’avenir, est que le système français classique, où un auteur confie à un éditeur la gestion de tous ses droits, est obsolète, et que pour trouver un partenaire qui s’occupe de leurs intérêts, c’est vers les agents littéraires qu’il faudra se tourner… Encore faut-il en avoir les moyens, bien sûr.)