Archives de Tag: extrême-droite

#Immigration : de souche, de branche, et du bois dont on se chauffe

Photo d'un arbre au bord d'un lac

Les vraies souches sont invisibles. Ou alors c’est que l’arbre est mort.

Il y a un curieux élément de langage qui consiste à dire que « les élites » (on précise parfois : « libérales ») savent très bien qu’il y a tel problème dans la société, mais qu’elles ne veulent pas le dire, par peur ou par idéologie. Le problème en question varie : tantôt c’est l’islamisme, tantôt c’est l’islam en général, voire l’immigration. Même certain ancien préfet, pourtant un esprit rationnel et mesuré, en vient, dans les colonnes d’Atlantico, à déplorer ces mystérieuses élites qui savent mais ne disent pas. (Contagion due au support ? Qui sait.)

Je ne sais pas qui tous ces braves gens fréquentent, mais je voudrais ici apporter un témoignage, en tant que quasi élite et citoyenne issue de l’un des groupes les plus favorables en France à l’accueil des autres d’où qu’ils viennent : les catholiques, et tout particulièrement les cathos de gauche, post-Vatican II.

C’est en effet ma « famille » politique d’origine, et une influence qui m’a toujours marquée et qui continue d’une certaine façon à influencer mes façons de sentir et de penser. Dis-moi d’où tu parles… Du plus loin que je me souvienne, le message que je pouvais absorber en famille et dans les lectures à ma portée était clair : nous sommes tous frères, les nationalités et couleurs de peau ne sont que des enveloppes externes sans importance, ce qui compte, c’est l’humain. Et donc c’est en parfaite adéquation avec elle-même que ma mère faisait du bénévolat pour aider les migrants, tout comme elle en faisait pour le soutien scolaire ou l’accompagnement des personnes âgées dépendantes. Vivre dans le chemin de l’Évangile n’était pas pour elle un slogan, mais la règle qui marquait toute sa vie. Elle ne privilégiait même pas toujours ses enfants par rapport aux enfants des autres, refusant les passe-droits et les privilèges, comme aurait pu l’être l’inscription dans une école privée cotée. Est-ce de l’héroïsme, comme semble le penser Dominique Reynié, du think tank Fondapol ? C’était son chemin, et celui dans lequel nous avons été élevés, voilà tout. Cela dans le cadre d’une bourgeoisie moyenne cultivée, liée à la fonction publique, de gauche, votant socialiste et lisant une presse progressiste.

Bref, si on m’avait posé la question il y a trente ans, ou à mes parents, nous n’aurions jamais pas dit : « Oh, bien sûr, l’immigration n’est pas tenable, mais chut, n’en parlons pas ! » Et ce d’autant que nous étions nous-mêmes en partie issus de l’immigration… J’ai quand même un grande-père philippin, ce qui n’est pas mal question exotisme. Et on peut y ajouter quelques greffes italiennes et espagnoles. En fait, l’une des plaisanteries familiales les plus récurrentes était de se moquer de notre statut de « métèques » et « quart de citron ».

Étions-nous si exceptionnels ? Je ne pense pas. À l’école, les gens qui portaient des noms étrangers mais qui semblaient parfaitement intégrés n’étaient pas rares. Tel instit était d’origine arménienne, tel autre italienne ou polonaise…

Bref, l’intégration semblait bien marcher. Et il n’y avait pas de raison, pensions-nous, de croire que les choses seraient différentes pour les Maghrébins et Africains. Encore au début des années 90, alors que je suivais une formation d’anthropologie à Aix-Marseille, j’ai eu l’occasion de prendre part à une enquête sur les modes de consommation alimentaire des immigrés d’origine maghrébine, d’où il ressortait qu’il n’y avait guère de différences entre eux et leurs voisins. La recherche du halal était loin d’être une participation, et même l’idée d’éviter les porc à la cantine passait derrière le souci du bien-être des enfants. Qu’ils aient à manger à leur faim, c’était l’essentiel.

Et puis du temps a passé, le monde a changé, mais certains discours… Pas vraiment.

Que s’est-il passé ?

Sans doute avant tout un effet de nombre. « La quantité est en elle-même une qualité », disait un certain Joseph Staline, avec une bonne dose de cynisme, à propos de la guerre. C’est aussi vrai dans d’autres domaines. Un pays de 50 millions d’habitants, par exemple, peut rapidement (mais pas toujours sans heurts) intégrer un ou deux millions de nouveaux venus. C’est exactement ce qui s’est passé lors des 30 Glorieuses avec les immigrés et les rapatriés. Mais si les arrivées continuent ? L’exemple des USA, du Canada ou l’Australie montre que l’immigration de peuplement change plus ou moins vite la culture d’un pays. Les USA par exemple voient la majorité anglophone et d’origine européenne devenir une minorité. Même les Noirs américains sont traversés par des débats sur leur identité : doivent-ils continuer à se définir comme descendants d’esclaves américains, ou intégrer les immigrants récents en provenance d’Afrique ou des Caraïbes ?

Dans un pays comme la France, où la nation a précocement émergé, en lien avec un territoire et une langue, ce genre d’interrogations ne peut être que plus aigu. Notez qu’il n’est pas question ici de dire si c’est bien ou non. C’est un fait : plus il y a de nouveaux venus, plus le pays d’accueil change.

Bien sûr, les gens s’en rendent compte, à leur niveau. Il y un article récent d’Hervé Le Bras sur le décalage entre le ressenti et la réalité, dans les jugements portés par les Français sur leur pays, qui a été sévèrement critiqué par ceux qui critiquent « les élites » mais bien peu lu. Il y expliquait notamment que si la situation matérielle moyenne des Français allait en s’améliorant, le sentiment de malaise était lié au fait que les dernières générations connaissaient une stagnation de leur situation sociale. Bref, l’ascenseur social était coincé, alors que sous les 30 Glorieuses, on était moins bien loti (l’électrification des campagnes s’est poursuivie jusqu’aux années 1970), mais les enfants de paysans et d’ouvriers pouvaient accéder à des emplois qualifiés. Aujourd’hui, on peut être issu de la classe moyenne et chômeur ou précaire.

Il y a une exception, mais de taille : les descendants d’immigrés. Étant souvent parties de très bas, et étant prêtes à beaucoup de sacrifices, ces familles ont connu une ascension sociale logique dans le même temps où le manque de perspective commençait à se faire sentir pour la société en général. C’est une chose qu’on entend dans la bouche des gens tentés par l’extrême-droite : « Pourquoi les Arabes ont des emplois et moi ? » Dire que c’est une idée raciste et injuste (réserver les avantages sociaux à ceux qui « ne se sont donné que la peine de naître ») est vrai, mais n’aidera pas à convaincre. Regarder dans l’assiette du voisin est une tendance humaine indéracinable.

Or on n’a pas jamais pris tout cela en compte. Comme l’intégration marchait peu ou prou, les responsables (et pas seulement politiques, associations et syndicats n’ont pas toujours été très lucides là-dessus) ont considéré qu’il suffisait de laisser faire. Que les nouveaux arrivants seraient intégrés au fur et à mesure par ceux qui s’étaient déjà installés. Comme le disait en substance un militant associatif du 19e (lui-même originaire d’Europe de l’Est) : « Pourquoi se poser des questions ? Ce qui marche en matière d’immigration, c’est la prise en charge des nouveaux arrivants par les communautés. » Comme d’autres lui faisaient remarquer que c’était une forme de communautarisme étrangère à l’histoire de la France, le débat a tourné au dialogue de sourds : il ne comprenait tout simplement pas pourquoi ce qui était valable aux USA ne pouvait pas l’être chez nous. Si on fait la liste des familles politiques favorables au laisser-faire en matière d’immigration, les progressistes mondialisé ne doivent pas être oubliés. Mais eux non plus ne sont pas dans le « chut, pas de vagues », au contraire : ils agissent en accord avec leurs valeurs.

Le problème, quarante ans après, est que l’intégration elle-même a été récusée comme raciste, la laïcité comme excluante, et la notion de nation française comme construction idéologique, par des militants gauchistes altermondialistes, ou indigénistes réglant leurs comptes avec la génération de leurs parents – quelle idée en effet ont eu ceux-ci de s’installer dans cet « Occident maudit » !

Inutile de dire que ceux-là (et on compte parmi eux un certain contingent d’élites, notamment universitaires, journalistes, mais aussi tout simplement des membres de la bourgeoisie montante des pays africains) ne sont pas hypocrites en disant que tout va bien : l’idée que les immigrés pourraient un jour devenir la majorité, et changer du tout au tout la culture du pays d’accueil, est quelque chose qu’ils appellent de leurs vœux.

En fait, peu à peu, les promesses implicites des antiracistes (intégration, fusion des nouveaux venus dans la masse, bref retour à de sorte de statu quo) ont été laissées en arrière par une réalité réfractaire, alors que certaines prédictions alarmistes de l’extrême-droite (sur l’islamisme, notamment) devenaient difficiles à contredire, puisque plus proches de ladite réalité.

Ce n’est pas un petit paradoxe. Dans les années 80, les revendications des « Beurs » étaient simplement d’avoir leur place dans la société, de n’être pas insultés et humiliés pour un oui ou pour un non. Aujourd’hui, il y a certes des progrès à faire pour éviter certaines attitudes idiotes dues à la méconnaissance de l’autre, mais les principaux progrès ont été faits. Les immigrés maghrébins et africains et leurs descendants sont entrepreneurs, créateurs de mode, écrivains, cinéastes, journalistes, médecins, militaires, députés, ministres… Et une récente série télé à succès imagine un président français beur, aux prises avec des islamistes qui ne lui pardonnent pas d’avoir réussi dans le cadre du système. Une exploration intéressante de la double contrainte que peuvent connaître les « deuxième et troisième générations ».

Pendant ce temps, toutefois, les revendications se sont déplacées. Hier, c’était pouvoir librement pratiquer sa religion, par exemple ; aujourd’hui, on voit venir des groupes dont le but est de favoriser une certaine forme de pratique religieuse, orthodoxe, socialement conservatrice, et de plus en plus visible dans l’espace public. Les associations du genre Lallab, « Alliance citoyenne » (orwelliennement nommée) ou CCIF ne défendent pas les Musulmans en général, mais une certaine forme d’islam, et d’islam politique. Le voile, à la fois signe d’appartenance religieuse et matérialisation d’un statut séparé pour les femmes, est leur principal marqueur identitaire. Leurs références idéologiques sont les Frères Musulmans et les monarchies du Golfe.

Mais au fait pourquoi ? Jadis, les Italiens, Polonais, Arméniens, Espagnols, Portugais, Juifs d’Europe de l’est, et pendant longtemps aussi les Maghrébins, n’ont pas cherché autre chose que l’intégration économique. Ils conservaient leur religion mais comme une affaire privée, ce qui convenait très bien à la République laïque. Et qu’on ne dise pas qu’il n’y avait pas de différence de religion : la pratique catholique des Italiens n’était pas celle des Français ; le christianisme arménien est très différent de l’église catholique ; et bien sûr les Juifs n’étaient pas chrétiens du tout. Ne parlons pas des nombreux musulmans dans l’armée française de la Grande Guerre, pour qui fut bâtie la Mosquée de Paris.

La grosse différence entre, grosso modo, la France du XXe siècle et nos jours, c’est que le modèle occidental n’est plus le modèle unique.

Revenons à mon grand-père philippin. Originaire d’une famille pauvre de Manille, son rêve était d’aller aux États-Unis. Avant même de partir, il s’était tourné vers l’étude de l’anglais, ce qui lui a permis d’aller à Hong Kong, puis de trouver un job dans une entreprise américaine en Indochine. Il y est finalement resté en épousant une française, ma grand-mère. Mais toujours il s’est considéré comme citoyen du monde pleinement intégré à la culture occidentale, lisant Time et Paris-Match et n’utilisant plus guère sa langue maternelle, le tagalog, qu’il n’a pas transmis à ses enfants.

Certains pourraient le déplorer aujourd’hui, mais c’était un autre univers mental. La civilisation européenne était LA civilisation, jusque vers la moitié du XXe siècle. Les pays non-européens indépendants (comme le Japon ou l’Éthiopie) cherchaient à imiter l’Europe en matière de sciences et de techniques, y compris pour l’administration. Les peuples colonisés eux-mêmes faisaient la comparaison et cherchaient à être reconnus comme égaux.

Aujourd’hui, il n’y a pas qu’un seul modèle, loin de là. Ceux qui se sentent gênés aux entournures par les traditions françaises se tournent souvent vers un modèle anglo-saxon qui s’est clairement individualisé à mesure que les Américains eux-mêmes cessaient de prendre exemple sur l’Europe. Il y a ceux qui se tournent vers l’Europe du Nord comme modèle social ; et ceux pour qui les révolutions sud-américaines (réelles ou rêvées) sont toujours un horizon à viser. Et puis, bien entendu, il y a l’islam politique, sous ses diverses facettes, des Frères Musulmans au Califat.

Cet islamisme a réussi à capter la charge de sympathie des mouvements anticoloniaux et des luttes contre les régimes autoritaires installés après les indépendances. La révolution de 1979 en Iran peut être considéré comme un de succès, et la France de Giscard d’Estaing à joué avec le feu en aidant les ayatollahs. Dans le monde sunnite, la réussite économique et le poids politique des pétro-monarchies constituent non seulement une source d’influence, mais un contre-modèle à opposer à l’Occident. Même une aventure chaotique et meurtrière comme celle de l’État Islamique (ou Daech) peut impressionner ou faire rêver des gens qui ont trop fréquenté les prêches les plus violents et fondamentalistes de YouTube et de certaines banlieues.

On le voit, le phénomène n’est pas simple. Et on ne se tirera ni de la pression de l’extrême-droite, ni de celle des islamistes, sans regarder en face cette complexité et en cherchant ensemble une sortie par le haut. Il n’en va seulement d’un certain modèle social et culturel français, mais bien de la paix civile dans le pays.

Un front républicain avec l’UMP, aujourd’hui? Vous voulez rire…

J’ai de la chance d’habiter dans un coin où la question d’un théorique « front républicain » ne se pose pas. (Quelque part entre la Goutte d’Or et Boboland, si vous voyez ce que je veux dire.)

photo: "Chaine", par Marcel.c, licence libre

J’ai voté la semaine dernière pour un député socialiste sortant dont j’apprécie le travail, et qui est arrivé en tête au premier tour. Mais même si j’avais eu la poisse extrême de me trouver dans un coin où le choix portait seulement entre un candidat FN et un UMP bon teint…

Eh bien dans ce cas, il est probable que je voterais blanc. Ou irais pêcher à la ligne. (Virtuellement, je n’ai aucune intention de faire mal aux poissons juste pour m’amuser.)

Car, j’en suis bien désolée, Mme Aubry, mais vu la dérive lepéno-compatible du parti sarkozien, il serait difficile de voter pour eux « pour faire barrage à l’extrême-droite »…  À quoi bon « faire battre » l’un des membres de la smala Le Pen et leurs copains, si c’est pour faire entrer leurs idées et leurs méthodes au Parlement?

Autant laisser le plus grand parti d’extrême-droite française assumer son évolution.

« Dédiaboliser » l’extrême-droite… pour quoi faire, au juste?

Attention, billet pas content, plein de politique et d’ironie inside. Vous serez prévenus.

* * *

Il vient de certains blogs et de certains éditoriaux une drôle de petite musique susurrant que non, décidément, ce n’est pas une bonne idée de condamner purement et simplement la fachosphère, le FN et autres sinistres…

« Diaboliser » (leur terme; admirons l’orientation préalable du débat au moyen du vocabulaire) ne serait pas productif, parait-il (et les anti-racistes seraient les pires ennemis de la lutte contre le racisme… ahem). Air connu. Mais en attendant, à force de décrypter savamment, d’expliquer par la psycho-politique, de chercher à « comprendre », on glisse gentiment dans ce qu’il faut bien appeler de la complaisance. Oups?

Il y a quelques jours, c’était un article du Monde qui tartinait sur les « dandys » de la fachosphère, sans arriver à se déprendre d’une assez pitoyable fascination admirative.

Rebelote: voici que son confrère tout en ligne, Slate, ne trouve rien de mieux à faire que de suggérer que finalement, Fdesouche.com, ce n’est pas si horrible que ça; qu’en fait on peut les admirer (?) de faire du « journalisme de liens » [sic] et se rasséréner en songeant qu’ils offrent « juste » un exutoire à des « petits blancs de banlieue » qui se ressentent comme « en souffrance » – mais même notre webzine ne va pas jusqu’à assurer qu’il n’y en aurait jamais aucun, dans le nombre, pour réagir comme un psychopathe et prendre un fusil d’assaut, à l’émulation de Breivik…

Et pourtant. Et pourtant, pas un de ces donneurs de leçons pour prendre la peine de rappeler que si les « petits blancs de banlieue » qui cherchent juste une « catharsis » sur Fdesouche se sentent « dominés », ça n’a rien à voir avec la couleur de leur peau

Il faudrait leur apprendre qu’il y a une chose appelée le système capitaliste, qui produit par son fonctionnement normal même ce genre de domination de classe.

Oh, mais alors, vous serez catalogué « gauchiste ». Horreur, malheur! Et c’est ainsi que le hold-up mental sur les classes populaires (pour parler comme une sociologue) se poursuit, avec la complicité objective (mais pas forcément toujours involontaire?) de divers éditorialistes.

Bref, pour parler poliment, bonjour le foutage de gueule.

En passant

(Attention: ironie à bord.) Voilà-t’il pas que les Le Pen père et fille se piquent de faire un procès à Caroline Fourest pour son livre sur leur drôle de petit business familial. Cela va-t-il faire des commotions dans la cervelle … Lire la suite

En passant

«Une anguille dans un seau de morve» (Een paling in een emmer snot). C’est le doux surnom que donnent à la grande gueule d’extrême-droite Geert Wilders ceux des Néerlandais qui n’aiment pas ses idées politiques — ni ses méthodes. Les … Lire la suite

L’internationale des fachos se porte bien, merci

Si vous croyez encore que la hiérarchie du FN a la volonté de défendre une quelconque «identité nationale» franco-française, vous avez été bien eus. C’est un parti des plus internationalistes, en fait!

Les amitiés et références du deuxième parti français d’extrême-droite (ces jours-ci, l’UMP est le numéro un, désolée, mais faut pas se voiler la face, hein…) constituent un intéressant gotha du fachisme mondial: ultra-nationalistes flamands, néo-nazis autrichiens, extrême-droite japonaise (celle-là même qui organise tous les ans un pèlerinage au Yasukuni, symbole du passé militariste de l’Empire, et qui abrite la tombe de criminels de guerre de l’Axe – cette année, Le Pen et Gollnisch sont du voyage, quelle délicate attention), British National Front (abonné aux défaites électorales, comme quoi les Anglais ont peut-être quelque chose à nous apprendre) et même la famille de Sadam Hussein.

Plus de détails sur le blogue Droites extrêmes, tenu par deux journalistes du Monde, Abel Mestre et Caroline Monnot.

Le niveau de foutage de gueule dans les discours officiels du FN en ce moment est assez élevé pour dépasser deux ou trois Everest. «Patriotes de tous les pays, unissez-vous», vraiment? Vraiment? S’il y a une chose que l’on peut retenir de 5000 années d’histoire connue, c’est que les nations ne mettent jamais si bien d’accord que pour se faire la guerre…

Palabres presque véridiques à l’Élysée

[Avertissement: Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est un produit de votre imagination. Attaquez-vous vous-même en diffamation.]

Dans un recoin obscur du Château, les p’tits gars de l’UMP gambergent… (Et même les quelques nanas de service sont des p’tits gars, si elles parlent dans l’exercice de leurs fonctions électives dans le parti. Des sbires, quoi.)

Sarko: Bon, alors, et si ce dernier fumigène marche pas, on fait quoi? Les veaux de France vont pas nous suivre jusqu’à perpète! Surtout qu’on en a déjà usé pas mal, de bouquémissaires. Les jeunes, les noirs, les chômeurs, les téléchargeurs de fichiers, les musulmans, les Roms… Faut voir à trouver autre chose!

Woerth (avec un sourire perfide à son collègue Hortefeux): Les Auvergnats?

#Hortefail: Ah, non, tu vas pas encore me la reprocher, celle-là…

Sarko: La ferme, vous deux! Et magnez-vous plutôt les méninges, ou je vous botte le cul!

(En coulisse, on entend une voix mielleuse ressemblant curieusement à celle de Villepin: Et avec des talonnettes, ça fait mal… Il est rapidement étouffé et jeté sur le pavé hostile de l’avenue Saint-Honoré.)

Vanneste (plein d’espoir): On pourrait essayer les pédés, non?

Sarko: Débile, va! C’est trop tard, ça fait plus trembler grand-monde. Et puis ça nous ferait perdre les quelques soutiens d’artistocs qu’on a pu grappiller avec #Hadopi. Nan, faut trouver autre chose!

(Soudain, une sonnerie tintinnabule. Tout le monde cherche dans sa poche de pantalon, sauf les nanas, qui retournent leur sac à main. Quelqu’un finit par extirper un portable sur lequel s’affiche un texto de @NKM: «Pa touch A mes internets! Me fai dj assE traiter sur twittr com sa!» Sarko hausse les épaules et balance le pauvre appareil. Qui expire à grand fracas contre un lambris doré.)

Worth: Pff… Un nouveau bouquémissaire, c’est moins facile à trouver par ici que des évadés fiscaux.

Morano: T’en sais quelque chose, hein? Parce que c’est à cause de toi qu’on a du taf sur la planche aujourd’hui!

Woerth: Gromph, greumph… Tiens, j’ai une idée: si on tapait sur les femmes, pour changer?

Pécresse: Pour changer quoi, pignouf? Je fais ça tout le temps!

Dati et MAM (en chœur): Nous aussi!

Sarko (qui devient tout pâle): Ah ben non, alors! Je veux la paix dans mon ménage jusqu’en 2012, moi! Déjà que je dois me taper les paparazzi étrangers… Et non, je sais ce que vous allez dire: faut taper sur les journaleux. Laissez tomber, c’est déjà le B.A. BA de ma comm de base, la ficelle est usée. Et c’est moi qui le dit.

(Grattages de tignasses, remuements de pieds, raclements de gorges embarrassés. Les Rolex tictaquent joyeusement dans un silence épais.)

Soudain, la porte s’ouvre et Marine passe la tête dans la porte, malgré les huissiers bien embêtés. Et de lancer à la cantonade, avec un grand sourire:

— Alors, mes chéris, c’est quand que vous vous déciderez à mettre les youpins dans le collimateur? Si vous voulez vraiment récupérer les électeurs de cheux nous, vous savez ce qui vous reste à faire…

Sarko (en soupirant et en se passant la main sur le front): Nan, pas possible. Je t’aime bien, mais tu sais que j’ai trop utilisé le soutien du CRIF pour ça, ce serait suicidaire. C’est pour ça que je suis ici et pas ton père! Parce que je sais à quelle époque on est. Bande d’amateurs, va…

(Un ange passe. Et repasse.)

Fadela regarde Rama. Qui repasse le bébé à Fadela. Qui sourit nerveusement et essaie:

— Heu, patron, si au lieu de chercher des bouquémissaires pas trop usés, on essayait de gouverner un peu? Vous savez, avoir plus que l’air de s’occuper du chômage ou de la crise? Et ne pas donner qu’aux riches, parce qu’on a quand même été élus aussi par les francémoyens, faut pas l’oublier…

Sarko devient tout rouge, puis tout blanc, puis à nouveau tout rouge. Les veines palpitent sur ses tempes. Les p’tits gars de l’UMP reculent nerveusement, tout comme les huissiers de l’Élysée.

Finalement, il explose:

— Connasse! Incapable! Où tu crois que t’as mis les pieds, s’pèce d’idiote d’Arabe? Fous-moi le camp! Foutez tous le camp d’ici, vous me rendez malade! Dois tout faire tout seul, ici! Vous pendrai tous à un croc de boucher! RaaaaAAAAHH!!!

(Là s’arrête l’enregistrement, probablement inactivé par les ondes cérébrales surchauffées émises lors de cette épique colère. Les espions de Wikileaks Médiapart – chuuut, c’est un secret – qui ont récupéré l’appareil au péril de leur vie opinent que les échos en ont ébranlé suffisamment l’écorce terrestre pour que, par effet papillon interposé, une tempête de CO2 glacé fasse rage deux jours après sur la planète Mars. Ou quelque chose comme ça.)