Archives de Tag: extrême-droite

Un front républicain avec l’UMP, aujourd’hui? Vous voulez rire…

J’ai de la chance d’habiter dans un coin où la question d’un théorique « front républicain » ne se pose pas. (Quelque part entre la Goutte d’Or et Boboland, si vous voyez ce que je veux dire.)

photo: "Chaine", par Marcel.c, licence libre

J’ai voté la semaine dernière pour un député socialiste sortant dont j’apprécie le travail, et qui est arrivé en tête au premier tour. Mais même si j’avais eu la poisse extrême de me trouver dans un coin où le choix portait seulement entre un candidat FN et un UMP bon teint…

Eh bien dans ce cas, il est probable que je voterais blanc. Ou irais pêcher à la ligne. (Virtuellement, je n’ai aucune intention de faire mal aux poissons juste pour m’amuser.)

Car, j’en suis bien désolée, Mme Aubry, mais vu la dérive lepéno-compatible du parti sarkozien, il serait difficile de voter pour eux « pour faire barrage à l’extrême-droite »…  À quoi bon « faire battre » l’un des membres de la smala Le Pen et leurs copains, si c’est pour faire entrer leurs idées et leurs méthodes au Parlement?

Autant laisser le plus grand parti d’extrême-droite française assumer son évolution.

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« Dédiaboliser » l’extrême-droite… pour quoi faire, au juste?

Attention, billet pas content, plein de politique et d’ironie inside. Vous serez prévenus.

* * *

Il vient de certains blogs et de certains éditoriaux une drôle de petite musique susurrant que non, décidément, ce n’est pas une bonne idée de condamner purement et simplement la fachosphère, le FN et autres sinistres…

« Diaboliser » (leur terme; admirons l’orientation préalable du débat au moyen du vocabulaire) ne serait pas productif, parait-il (et les anti-racistes seraient les pires ennemis de la lutte contre le racisme… ahem). Air connu. Mais en attendant, à force de décrypter savamment, d’expliquer par la psycho-politique, de chercher à « comprendre », on glisse gentiment dans ce qu’il faut bien appeler de la complaisance. Oups?

Il y a quelques jours, c’était un article du Monde qui tartinait sur les « dandys » de la fachosphère, sans arriver à se déprendre d’une assez pitoyable fascination admirative.

Rebelote: voici que son confrère tout en ligne, Slate, ne trouve rien de mieux à faire que de suggérer que finalement, Fdesouche.com, ce n’est pas si horrible que ça; qu’en fait on peut les admirer (?) de faire du « journalisme de liens » [sic] et se rasséréner en songeant qu’ils offrent « juste » un exutoire à des « petits blancs de banlieue » qui se ressentent comme « en souffrance » – mais même notre webzine ne va pas jusqu’à assurer qu’il n’y en aurait jamais aucun, dans le nombre, pour réagir comme un psychopathe et prendre un fusil d’assaut, à l’émulation de Breivik…

Et pourtant. Et pourtant, pas un de ces donneurs de leçons pour prendre la peine de rappeler que si les « petits blancs de banlieue » qui cherchent juste une « catharsis » sur Fdesouche se sentent « dominés », ça n’a rien à voir avec la couleur de leur peau

Il faudrait leur apprendre qu’il y a une chose appelée le système capitaliste, qui produit par son fonctionnement normal même ce genre de domination de classe.

Oh, mais alors, vous serez catalogué « gauchiste ». Horreur, malheur! Et c’est ainsi que le hold-up mental sur les classes populaires (pour parler comme une sociologue) se poursuit, avec la complicité objective (mais pas forcément toujours involontaire?) de divers éditorialistes.

Bref, pour parler poliment, bonjour le foutage de gueule.

En passant

(Attention: ironie à bord.) Voilà-t’il pas que les Le Pen père et fille se piquent de faire un procès à Caroline Fourest pour son livre sur leur drôle de petit business familial. Cela va-t-il faire des commotions dans la cervelle … Lire la suite

En passant

«Une anguille dans un seau de morve» (Een paling in een emmer snot). C’est le doux surnom que donnent à la grande gueule d’extrême-droite Geert Wilders ceux des Néerlandais qui n’aiment pas ses idées politiques — ni ses méthodes. Les … Lire la suite

L’internationale des fachos se porte bien, merci

Si vous croyez encore que la hiérarchie du FN a la volonté de défendre une quelconque «identité nationale» franco-française, vous avez été bien eus. C’est un parti des plus internationalistes, en fait!

Les amitiés et références du deuxième parti français d’extrême-droite (ces jours-ci, l’UMP est le numéro un, désolée, mais faut pas se voiler la face, hein…) constituent un intéressant gotha du fachisme mondial: ultra-nationalistes flamands, néo-nazis autrichiens, extrême-droite japonaise (celle-là même qui organise tous les ans un pèlerinage au Yasukuni, symbole du passé militariste de l’Empire, et qui abrite la tombe de criminels de guerre de l’Axe – cette année, Le Pen et Gollnisch sont du voyage, quelle délicate attention), British National Front (abonné aux défaites électorales, comme quoi les Anglais ont peut-être quelque chose à nous apprendre) et même la famille de Sadam Hussein.

Plus de détails sur le blogue Droites extrêmes, tenu par deux journalistes du Monde, Abel Mestre et Caroline Monnot.

Le niveau de foutage de gueule dans les discours officiels du FN en ce moment est assez élevé pour dépasser deux ou trois Everest. «Patriotes de tous les pays, unissez-vous», vraiment? Vraiment? S’il y a une chose que l’on peut retenir de 5000 années d’histoire connue, c’est que les nations ne mettent jamais si bien d’accord que pour se faire la guerre…

Palabres presque véridiques à l’Élysée

[Avertissement: Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est un produit de votre imagination. Attaquez-vous vous-même en diffamation.]

Dans un recoin obscur du Château, les p’tits gars de l’UMP gambergent… (Et même les quelques nanas de service sont des p’tits gars, si elles parlent dans l’exercice de leurs fonctions électives dans le parti. Des sbires, quoi.)

Sarko: Bon, alors, et si ce dernier fumigène marche pas, on fait quoi? Les veaux de France vont pas nous suivre jusqu’à perpète! Surtout qu’on en a déjà usé pas mal, de bouquémissaires. Les jeunes, les noirs, les chômeurs, les téléchargeurs de fichiers, les musulmans, les Roms… Faut voir à trouver autre chose!

Woerth (avec un sourire perfide à son collègue Hortefeux): Les Auvergnats?

#Hortefail: Ah, non, tu vas pas encore me la reprocher, celle-là…

Sarko: La ferme, vous deux! Et magnez-vous plutôt les méninges, ou je vous botte le cul!

(En coulisse, on entend une voix mielleuse ressemblant curieusement à celle de Villepin: Et avec des talonnettes, ça fait mal… Il est rapidement étouffé et jeté sur le pavé hostile de l’avenue Saint-Honoré.)

Vanneste (plein d’espoir): On pourrait essayer les pédés, non?

Sarko: Débile, va! C’est trop tard, ça fait plus trembler grand-monde. Et puis ça nous ferait perdre les quelques soutiens d’artistocs qu’on a pu grappiller avec #Hadopi. Nan, faut trouver autre chose!

(Soudain, une sonnerie tintinnabule. Tout le monde cherche dans sa poche de pantalon, sauf les nanas, qui retournent leur sac à main. Quelqu’un finit par extirper un portable sur lequel s’affiche un texto de @NKM: «Pa touch A mes internets! Me fai dj assE traiter sur twittr com sa!» Sarko hausse les épaules et balance le pauvre appareil. Qui expire à grand fracas contre un lambris doré.)

Worth: Pff… Un nouveau bouquémissaire, c’est moins facile à trouver par ici que des évadés fiscaux.

Morano: T’en sais quelque chose, hein? Parce que c’est à cause de toi qu’on a du taf sur la planche aujourd’hui!

Woerth: Gromph, greumph… Tiens, j’ai une idée: si on tapait sur les femmes, pour changer?

Pécresse: Pour changer quoi, pignouf? Je fais ça tout le temps!

Dati et MAM (en chœur): Nous aussi!

Sarko (qui devient tout pâle): Ah ben non, alors! Je veux la paix dans mon ménage jusqu’en 2012, moi! Déjà que je dois me taper les paparazzi étrangers… Et non, je sais ce que vous allez dire: faut taper sur les journaleux. Laissez tomber, c’est déjà le B.A. BA de ma comm de base, la ficelle est usée. Et c’est moi qui le dit.

(Grattages de tignasses, remuements de pieds, raclements de gorges embarrassés. Les Rolex tictaquent joyeusement dans un silence épais.)

Soudain, la porte s’ouvre et Marine passe la tête dans la porte, malgré les huissiers bien embêtés. Et de lancer à la cantonade, avec un grand sourire:

— Alors, mes chéris, c’est quand que vous vous déciderez à mettre les youpins dans le collimateur? Si vous voulez vraiment récupérer les électeurs de cheux nous, vous savez ce qui vous reste à faire…

Sarko (en soupirant et en se passant la main sur le front): Nan, pas possible. Je t’aime bien, mais tu sais que j’ai trop utilisé le soutien du CRIF pour ça, ce serait suicidaire. C’est pour ça que je suis ici et pas ton père! Parce que je sais à quelle époque on est. Bande d’amateurs, va…

(Un ange passe. Et repasse.)

Fadela regarde Rama. Qui repasse le bébé à Fadela. Qui sourit nerveusement et essaie:

— Heu, patron, si au lieu de chercher des bouquémissaires pas trop usés, on essayait de gouverner un peu? Vous savez, avoir plus que l’air de s’occuper du chômage ou de la crise? Et ne pas donner qu’aux riches, parce qu’on a quand même été élus aussi par les francémoyens, faut pas l’oublier…

Sarko devient tout rouge, puis tout blanc, puis à nouveau tout rouge. Les veines palpitent sur ses tempes. Les p’tits gars de l’UMP reculent nerveusement, tout comme les huissiers de l’Élysée.

Finalement, il explose:

— Connasse! Incapable! Où tu crois que t’as mis les pieds, s’pèce d’idiote d’Arabe? Fous-moi le camp! Foutez tous le camp d’ici, vous me rendez malade! Dois tout faire tout seul, ici! Vous pendrai tous à un croc de boucher! RaaaaAAAAHH!!!

(Là s’arrête l’enregistrement, probablement inactivé par les ondes cérébrales surchauffées émises lors de cette épique colère. Les espions de Wikileaks Médiapart – chuuut, c’est un secret – qui ont récupéré l’appareil au péril de leur vie opinent que les échos en ont ébranlé suffisamment l’écorce terrestre pour que, par effet papillon interposé, une tempête de CO2 glacé fasse rage deux jours après sur la planète Mars. Ou quelque chose comme ça.)

Actu télescopage, ou petite chronique des discriminations françaises

Deux brèves, deux instantanés de la France d’aujourd’hui. Où il vaut mieux être blanc et chrétien que musulman et avoir le teint foncé. Quoi que certain(e)s, par confusion ou malhonnêteté, essaient de prétendre.

Inversion des effets et des causes : Bernard Debré, député UMP, doit absolument tenir à recueillir l’entonnoir familial. « Tergiverser » ? Dites plutôt que c’est en battant vigoureusement la mayonnaise islamiste (en sortant des dossiers quelques cas soigneusement choisis, par exemple) que le gouvernement aide le FN à prospérer. Écoutez donc le cri de la poêle quand elle proteste après le poêlon…

Causes idéologiques, conséquences humaines : au commissariat de Juvisy, dans l’Essonne, on arrête un homme présumé n’avoir pas ses papiers en règle. Et avec lui, son fils de trois ans, laissé pendant deux heures en garde à vue avec son père menotté.

Pas d’omelette sans casser d’œufs, comme dirait certain avocat.

En d’autres termes, à force de déshumaniser régulièrement, en paroles comme en pratique, certaines catégories de population (ici, les étrangers, ou tous ceux qui en ont l’air, vu la façon dont se pratiquent les contrôles d’identité), en multipliant contre eux les lois d’exception, en les montrant plus ou moins subtilement du doigt comme premières et principales cause de divers problèmes économiques ou sociaux (selon une logique revenant à peu près à blâmer les lapins pour les accidents de chasse), forcément, on fait tout pour que les « bavures » se multiplient. Quelle surprise.

Je remarque en passant que l’article de 20 Minutes écrit que le père arrêté à Juvisy était « en situation irrégulière », sans source ni conditionnel, alors que s’il est en garde à vue, son cas n’est pas encore jugé, et il est présumé innocent selon la loi.

Mais c’est un exemple, parmi une myriade, de la façon dont une certaine pratique du deux poids, deux mesures est assez largement entrée dans les mœurs lorsqu’il s’agit d’étrangers. Surtout s’ils ont le teint foncé ou basané, un nom exotique et des habits itou. Et s’ils sont musulmans, s’ajoute le soupçon toujours présent d’un possible « intégrisme », voire d’appartenir à une « mouvance » terroriste (ah, ces termes vagues et attrape-tout…) – et, en arrière-pensée de l’imaginaire islamophobe, de vouloir convertir le bon peuple gaulois, et surtout imposer le voile à « nos femmes », comme on lit parfois dans la réacosphère. Qui révèle par là combien elle est engluée dans des positions héritées du colonialisme. Touche pas la femme blanche…

S’il n’y avait que des groupes réacs pour appeler à la discrimination légalisée, le problème serait déjà sérieux, mais limité.

Or il y a toujours eu des passerelles entre les factions extrémistes et les « partis de gouvernement » (distinction artificielle, d’ailleurs, et qui sert surtout à éviter qu’on se pose trop de questions sur ces liaisons dangereuses). Et ce sont les autorités françaises (avec la complicité indifférente ou l’approbation d’une bonne partie de la population, il faut le dire) qui donnent trop souvent l’exemple de la stigmatisation des minorités visibles.

J’écrivais plus haut qu’en France, aujourd’hui, mieux vaut être blanc et chrétien (ou juif, bouddhiste ou athée, soyons justes) que noir ou arabe et musulman. J’ai failli ajouter : « riche que pauvre, français qu’étranger »…

Mais l’affaire Hebbadj, à Nantes, montre qu’une famille aisée et de nationalité française peut parfaitement se retrouver dans le collimateur juridico-médiatique d’une campagne de stigmatisation déclenchée en haut lieu, lorsque son profil est suffisamment exotique pour faire oublier à la presse, au moins un temps, quelques « détails » gênants.

La légalité de toute l’opération, par exemple. On a une personne arrêtée à cause de son apparence, verbalisée sous un prétexte tiré par les cheveux, des gens montrés du doigt à cause de leur religion et d’un mode de vie qui n’a rien en soi d’illégal.

Vous avez dit lynchage ? Fabrication de boucs émissaires ? Ben tiens.

(Qu’on me permette d’insister un peu sur ce rien d’illégal. En effet. Ou sinon, il faudrait mettre hors la loi le fait d’avoir des relations sexuelles avec plusieurs adultes consentant(e)s. La République laïque ne reconnaît pas le mariage traditionnel musulman, pas plus d’ailleurs que le mariage traditionnel catholique et son indissolubilité. Mais heureusement, elle ne se mêle pas – encore ? – d’interdire le fait d’avoir des maîtresses ou des amants, ni le polyamour. Ou sinon, on connaît une certaine chanteuse qui aurait des ennuis avec la loi… Avis à ceux et celles qui pensent que contre « l’intégrisme » musulman, la fin justifierait les moyens.)

Finissons. Si j’y arrive.

On me dira peut-être que j’ai bien tort d’en écrire si long là-dessus, vu que c’est un fumigène, un pétard lancé dans les jambes des journalistes pour les faire courir après un épouvantail, au lieu de s’intéresser de trop près aux chiffres du chômage, aux révélations sur l’attentat de Karachi, au voyage du préz’ à Canossa (pardon, en Chine), à la petite cuisine des gouvernements de l’UE face à la crise grecque, ou encore au feuilleton jamais interrompu d’absurdités de l’Hadopi.

Oui, absolument. Tout cela est vrai. Mais si on s’imagine qu’en ne parlant pas des fantasmes racistes, et de leur exploitation politique, on les empêche de prospérer, c’est qu’on prend encore une fois la conséquence pour la cause.

Les fumigènes marchent parce qu’il y a déjà beaucoup de gens qui ont de la fumée dans les yeux.

Des gens prêts à s’exciter en entendant les mots « burqa » ou « polygame », il y en a dans les rédactions comme parmi les consommateurs de médias, devant les écrans télé et Internet, et chez le marchand de journaux du coin. C’est parce que le terrain est propice aux fantasmes que le gouvernement peut les cultiver.

En parler ou pas en parler ? Pile je gagne, face tu perds. Alors ?

Alors, si se borner à réagir, à chaud, peut nourrir le phénomène, il ne faudrait pas pour autant s’interdire d’y regarder de plus près. De chercher la logique du système sous le fait-divers, d’en tirer les conséquences, d’en exposer les enjeux.

En espérant secouer un peu ledit système.

Par exemple, et pour revenir aux cris de paons de tous ceux qui, à droite (et parfois hélas aussi à gauche), agitent l’épouvantail de l’intégrisme, on peut commencer par leur faire remarquer une chose qui est si évidente qu’elle semble leur crever les yeux : toutes ces prohibitions de vêtements ou d’insignes religieux qu’ils réclament sont un prolongement direct et quasiment en miroir des interdits religieux intégristes. Qui doivent se réjouir d’imposer ainsi leurs préoccupations particulières à ceux-là mêmes qui prétendent les combattre !

Et dans le cas de cet autre épouvantail, le FN, contre lequel le gouvernement tonne tout en pratiquant une politique inspirée par ses idées : mes chers messieurs-dames, quand on fait tout pour normaliser, et même légaliser, le délit de sale gueule, on est mal placé pour geindre ensuite que l’extrême-droite attend avec gourmandise de recueillir dans les urnes les fruits que l’on a soit-même fait pousser.

* * *

« Sometimes, just talking sense is an act of revolution. » — Dana Simpson