Archives mensuelles : septembre 2010

Deux billets en 1: quand la Journée internationale du blasphème rencontre la Sarkofrance

C’est aujourd’hui, 30 septembre, qu’on se rit des vaches sacrées, qu’on fait la grimace aux idoles et un pied de nez aux gourous: c’est la Journée internationale du blasphème, pour se rappeler que nous, êtres humains, ne devons pas nous faire les esclaves consentants de vieux mythes…

Mais les idoles modernes, nations, races, identités, ne valent pas plus cher!

Aussi, qu’on me permette ce cri du cœur, doublé d’un appel d’intérêt public – parce que priver de droits les étrangers au motif du respect de la prétendue «patrie des droits de l’homme», c’est cracher sur les droits de l’homme! S’en offusquer ensuite ne fait qu’ajouter à votre ridicule.

La France? C’est le pays où les moutons ont élu pour chef, non pas même un loup déguisé en fringant bélier (frémissez, pécores!), mais un parasite. Un œstre qui leur pond ses œufs dans la peau et qui, quand ces blessures répétées rendent les brebis furieuses, leur murmure: C’est la faute de ces moutons noirs, là-bas! Chassons-les du troupeau! Et elles de l’écouter encore, les sottes ouailles.

Permettez-moi d’être dégoûtée de partager même le sol sous mes pieds avec ce pays-là.

Citoyens, citoyennes, si ce billet vous «heurte» (pour reprendre le prétexte même invoqué par le chef pour faire passer sa énième loi scélérate), sachez où faire porter la vraie responsabilité de ce malaise: tournez votre regard vers le Château.

Mais il reste encore des bastilles
Et je vais mettre le holà
Dans l’ordre public que voilà…

(Victor Hugo, Les Misérables, t. IV, livre 15, chap. IV «Les excès de zèle de Gavroche»)

Interspecies policing: call the langur monkeys!

We all know about police dogs, but who could have imagined police-trained monkeys? Well, in India, they could, and they did!

It’s on Boing Boing (where else), quoting an article from the Kenyan newspaper website Daily Nation:

The New Delhi Municipal Council (NDMC) has a regular team of 28 langurs which are used to scare away their weaker brethren in VIP areas of the city, but 10 more have been brought in from the neighbouring state of Rajasthan. Four of them will be posted outside the boxing complex with their handlers, while another four will patrol the hockey complex. Two have been kept in reserve to respond in the event of an emergency.

Sounds a little strange, but in fact it’s very logical: the Gray langur (Semnopithecus entellus), or Hanuman langur in Hindi, a largish simian species very common in India, is well-known and quite well accepted by the population. (Being related to the god Hanuman helps, of course.)

They already often roam freely in the cities, are mostly diurnal, quite intelligent, and all in all make better neighbours for humans than smaller monkeys, wild dogs or even snakes. Such pests not being welcome in the sporting compounds during the Commonwealth Games, it makes sense that the New Delhi police has resorted to the help of the good old langurs to keep them away!

But we Westerners shouldn’t be so surprised at this kind of «interspecies policing»: what are cats on a farm, or Peregrine falcons at airfields, but specially selected and/or trained animals that live alongside human activities and help us by scaring away other, less welcome, species?

We just need to think of the Gray langur as a member of that very special club of «commensal peacekeepers», just like Felis silvestris, ssp. catus, and Falco peregrinus.

En passant

D’accord, d’accord. Je ne l’aurais pas cru sans le constater moi-même, mais c’est la seule conclusion possible: Éric Besson est un robot. Et il veut robotiser la France à son image. Car la patrie en danger nécessite plus de formatage! … Lire la suite

Une chaîne pour Sarko? Euh, enfin, contre!

Qui prétend que Céleste est trop gentille? Voilà qu’elle enchaîne les ami(e)s, maintenant!

Bon, je ne vais pas vous refaire son billet. Les raisons pour lesquelles le PDG préz’ de l’entreprise Ceufran risque d’être poliment éjecté d’ici 2012 par l’assemblée des actionnaires sont maintenant assez connues: mauvais bilan (y’a plus beaucoup de brouzoufs à racler); esprit d’entreprise tout dégradé (quand la division R&D – enfin, le CNRS – est d’accord avec le petit personnel pour râler que vous avez bazardé le programme ticket-resto des employés pour un resto-club ouvert aux seuls cadres sup’, c’est que vous en faites vraiment trop); image de marque à vau-l’eau (mais si, on veut encore vendre des produits en Europe… et dans le monde!);  et enfin, trop d’appétits pour le poste, tous sortis de la même écurie des ouinneures, celle dont vous êtes vous même, il y a longtemps, sorti.

Imaginez les actionnaires: ils ont le choix entre d’une part un exécutant zélé mais discret (bref toutes les qualités d’un bon majordome), ou encore un CV de poids au cachet international (la classe), et d’autre part un agiteur de bras intempérant monté sur ressorts… Ils choisiront quoi, selon vous?

Enfin, s’ils daignent s’intéresser au résultat. Ce qui n’est pas forcément acquis. Les actions Ceufran pourrissent? Pas de panique, ça se refourgue très bien! Vous vous souvenez de la crise des subprimes, non?

P.S. Mise en chaîne: bon, ben, je vais passer le truc à Zali, tiens! Rien que pour voir à quoi ressemble le point de vue de Monsieur I

On y est, le livrel commence à cannibaliser le papier!

Au niveau mondial, du moins, la tendance est nette pour la littérature dite «de genre»: SF, fantasy, romans à l’eau de rose… Là-dessus, il faut lire l’article de Nicolas Gary dans ActuaLitté, qui reprend sur un mode ironique le papier du magazine professionnel américain The Bookseller [en] à propos de l’enquête Nielsen Bookscan sur l’évolution des ventes de livres numériques entre 2009 et 2010.

Cannibaliser? Miam!

Bon. Quand on dit «mondial» dans cette enquête, entendre surtout «Amérique du Nord». Même si on sait par ailleurs que les livres numériques marchent aussi très bien au Japon, en Corée du Sud, et de plus en plus en Chine, où sont de toutes façons fabriquées la plupart de ces machines…

Mais c’est évidemment surtout une tendance lourde au pays d’Amazon.com, qui se fait discret sur les parts de marché du Kindle, et pour cause… (The Digital Reader [en].)

Et les éditeurs français, dans tout ça? Ben… Ils auraient tort de se bercer d’illusions sur le fait qu’Amazon, le «Godzilla des ebooks», n’a pas les mêmes parts de marché dans notre pays. Le Kindle est disponible en France, même s’il ne peut permettre de bénéficier des mêmes avantages qu’aux USA (notamment la connexion sans fil gratuite à la boutique en ligne, pour télécharger des livrels sans passer par un ordinateur).

Car nous ne sommes pas épargnés par la révolution des tablettes. Faut-il vraiment épeler le nom de la machine qui a bouleversé le secteur? Cela commence par i

À ce propos, voilà une autre statistique qui devrait faire chaud au cœur des éditeurs de France et de Navarre: l’application iBooks pour iPad est plus populaire que Facebook et Twitter! (Source: The Bookseller [en], encore une fois.)

Bref, pas de panique. Ou plutôt, au lieu de regarder ces chiffres de la littérature d’évasion grand public aux USA avec une inquiétude mêlée de mépris et d’un vague soulagement, nos amis les éditeurs de littérature «blanche» auraient plutôt intérêt à en prendre de la graine. Le public est prêt à passer au numérique, si c’est pour lire des trucs qui le passionnent, à un prix raisonnable. (Pourquoi en les sagas de fantasy et de SF et les romans d’amour? Parce que le concurrent du numérique est souvent le mass market paperback, un poche bon marché qui n’a ni grand attrait esthétique, ni guère de valeur à la revente. Donc acheter en numérique ne fait pas perdre grand chose.)

Question machines, c’est bien simple: les choses évoluent très vite. Il y a des convergences entre d’une part tablettes et téléphones multifonctions («smartphones», quoi), et d’autre part entre les tablettes multimédias (type iPad, Archos, Dell…) et les liseuses spécialisées, celles qui sont construites autour d’un dispositif d’affichage sur papier électronique («e-paper»). Les liseuses de dernière génération sont désormais souvent tactiles et incluent le Wifi et/ou la 3G.

Conseil pratique: pour se tenir au courant, rien de tel que le blogue eBouquin, en français.

Non, maintenant, la balle est bien dans le camp des éditeurs. Parce que si cette année 2010 a vu le phénomène de la «rentrée littéraire numérique», le reste du catalogue des éditeurs français est encore loin d’être numérisé. Dommage.

Surtout que l’autre raison du succès des littératures populaires en édition numérique outre-Atlantique (outre le côté addictif des séries, et un prix assez compétitif par rapport au papier), c’est que les éditeurs y sortent depuis des années de très nombreux titres, et que ce n’est pas près d’arrêter!

C’est fou, non? Donnez le choix aux gens, et ils sont tout de suite un peu plus intéressés…

Le «malaise du matin d’école» est-il plus répandu en milieu défavorisé?

Je pose la question parce que c’est ce qu’affirme le titre d’une dépêche AFP/La Croix citée dans cet article de Dazibaoueb (retwitté par Céleste, merci à elle). Or cette dépêche ne cite que les chiffres d’une enquête de l’Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville) réalisée dans le cadre de la 3e Journée du refus de l’échec scolaire, chez des élèves de primaire et collège de quartiers populaires. Des chiffres qui font réfléchir, notamment celui-ci: un sur trois déclare avoir mal au ventre le matin avant d’aller à l’école.

Mais  à partir de ce chiffre brut, le titre choisi par La Croix (et Dazibaoueb à sa suite) pour présenter l’enquête, fait tout à coup un raccourci entre ces deux éléments: élèves physiquement malades le matin, élèves de milieux défavorisés; et pose implicitement un lien de cause à effet.

Soyons clairs: je pense que cette conclusion est probablement juste. Le problème, c’est que cette enquête, toute intéressante qu’elle soit, ne permet pas de conclure dans ce sens, faute d’échantillon de contrôle.

J’ai eu la curiosité de consulter le texte complet de ce «Baromètre 2010» de l’Afev sur «le rapport à l’école des enfants de quartiers populaires», qui est disponible ici sous forme de PDF. Citons l’exposé de la méthode employée pour l’enquête:

L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 760 élèves de primaire et de collège, issus de quartiers populaires et suivis par un étudiant de l’AFEV, entre avril et juin 2010. De manière générale, les tendances que l’on avait pu mettre en exergue les années précédentes (2008 et 2009) perdurent. Dans cette édition 2010, de nouvelles questions ont été introduites permettant d’expliciter et de préciser les constats importants du baromètre mais aussi de nourrir le thème de la troisième «Journée du Refus contre l’échec scolaire»: «Souffrances à l’école».

Pas de groupe de contrôle, on le remarquera. L’Afev, qui s’intéresse aux raisons de l’échec scolaire et aux moyens d’y remédier, a porté le regard sur les populations en difficulté, et dressé un tableau de tout ce qui peut être source de stress et de mal-être à l’école, tout ce qui peut contribuer à éloigner l’environnement familial de l’environnement scolaire, etc.

Des données très intéressantes, mais à quoi les comparer? Comment faire la part de tous ces éléments dans le fait social complexe dénommé «échec scolaire»?

Où est la contre-enquête dans des écoles et collèges de Neuilly ou du 16e arrondissement sur le mal au ventre du matin avant d’aller en classe?

Parce que je peux garantir que le «stress» et le «mal-être» à l’école qui vont jusqu’à faire somatiser et rendre physiquement malades les enfants qui ne «s’adaptent» pas ne sont pas des phénomènes limités aux quartiers populaires.

Eh oui, je parle d’expérience… Le malaise du matin d’école, c’était mon pain quotidien pendant les 6 ou 8 premières années de ma scolarité.

Dans mon cas, pourtant, pas de «handicap socio-culturel» (comme on disait à l’époque): issue de la classe moyenne, avec des parents fonctionnaires et enseignants, j’aurais dû être pile-poil dans le public idéal de l’institution scolaire, non?

Eh non. J’étais psychologiquement mal à l’aise, j’avais horreur des groupes importants, du bruit, de l’agitation des autres enfants. Être comparée aux autres aussi me faisait horreur, surtout quand l’institutrice passait du temps à expliquer longuement à ceux et celles qui comprenaient lentement, et que je m’ennuyais. Quand elle passait sans voir mon doigt levé pour répondre (et c’était souvent), et allait donner la parole à un cancre à qui il fallait arracher mot à mot une bribe d’esquisse de réponse, cela me semblait injuste… C’était pourtant son métier d’encourager tous les élèves à participer! Et si je comprenais sans qu’on ait besoin de me faire un dessin, c’était tant mieux, autant de travail en moins pour elle!

Bref, je percevais l’école comme un endroit truffé de périls, d’injustice et de temps perdu. Il me semblait que j’apprendrais plus vite seule avec un livre que forcée de m’enfermer toute la journée dans une classe avec 25 autres gamins.

Comme on s’en doute, j’ai survécu. Pas que j’ai cessé de ressentir du malaise, non. Mais j’ai trouvé des façons de m’adapter. Par exemple,  j’ai cessé de me formaliser si mon voisin voulait copier sur moi: je ne ressentais plus l’injustice de la chose, mais trouvais désormais de l’avantage à le voir ainsi occupé tranquillement, sans m’embêter. Même, je lui facilitais l’opération. (C’était sans danger. Les profs gardaient à l’œil les élèves agités, pas les bons élèves ni les copieurs discrets.)

Pourquoi je raconte ces anecdotes, qui n’ont guère de valeur que comme donnée ponctuelle dans un vaste ensemble d’observations sur l’école et la société?

Mais pour illustrer ce que je disais plus haut: il n’y a pas qu’une cause unique, forcément sociale, au malaise du matin d’école; n’étudier que les chiffres d’une catégorie sociale (ici, les élèves de milieux populaires) risque de masquer la complexité des problèmes désignés sous l’expression «échec scolaire» ou «mal-être à l’école.» Par exemple, tous les enfants n’apprennent pas de la même manière, mais l’école privilégie certains modes d’apprentissages et pas d’autres.

Pour agir, il faut comprendre. Pour comprendre, il faut regarder la totalité du phénomène.

D’autant que l’échec scolaire est par excellence un phénomène relatif: il s’agit d’un échec par rapport à l’ensemble de la population, ou par rapport à une moyenne… Et on peut rappeler que l’expression «échec scolaire» ne désignera pas la même chose dans tous les milieux sociaux. Mais ceux qui ont les moyens dépensent pas exemple des fortunes en cours particuliers, séjours culturels, écoles privées, etc., pour essayer de s’en prémunir.

Mais cela ne veut pas dire que leurs enfants n’ont pas de «problèmes» à l’école, justement. Sinon, ce ne serait pas un marché si florissant.

Bill Clinton is not «vegan», sorry.

And not a «plant-eater», either. Not by any valid definition. He eats some fish, so he’s not even a simple vegetarian. And he takes a «protein powder» in his morning almond milk, how’s that for a «natural», «whole foods» diet? Sure, he switched to a diet low in animal products, starch and refined sugars after his quadruple bypass, because he needed to lose weight and keep his cholesterol down, but that’s what the doctors ask of all their bypass patients. The «whole food, beans and fruits» thing is his own personal (shall we say, ex-hippy?) slant.

Anti-animal foods and anti-modernity militants (yeah, I’m snarky – I did some basic biology, thank you) may feel cheated, but they should rather blame some bloggers’ lazy word usage

(By the way, if you feel confused about what is and is not healthy after reading the whole transcript of Bill Clinton’s CNN interview, or reading Boing Boing′s comments, here’s a useful link to Skeptoid′s Nutrition 101 episode. Milk vs. soy, animal vs. vegetable, organic vs. conventional (how come it’s the pro-organic folks who give the labels?), raw food, refined sugars, and on, and on… All the debates sound very complex, but the building blocks of food, by themselves, are not.)