Archives de Tag: islamisme

Mes derniers articles sur Résistance aux extrémismes

Si quelqu’un connaît l’auteur de ce visuel, n’hésitez pas. Il ou elle mérite reconnaissance.

L’actualité est ce qu’on sait. De mon côté, pas grand chose à dire : j’écris, la vie continue. Et je publie régulièrement sur la campagne présidentielle en cours, et depuis peu hélas sur l’Ukraine. Une sélection :

Kadyrov, Poutine, la connexion islamiste : alors que l’extrême-droite française présente Poutine comme un grand défenseur de l’Occident chrétien, c’est aussi un ami de l’islamiste Ramzan Kadyrov, qui règne sur la Tchétchénie comme un émir de Daech.

La géopolitique de Zemmour, entre allégeance à Poutine et nostalgie coloniale… Lobbyistes pour des dictateurs, anciens profiteurs de la Françafrique et même un partisan de l’apartheid, n’en jetez plus !

Immigration : la France d’aujourd’hui n’est pas celle de 1950, c’est bien ce qui gêne les identitaires. Est-il possible de parler de ce sujet sans outrances ni déni ? Je m’y essaye.

Les « faits alternatifs, ou le mensonge radicalisé. Trump, Le Pen, Zemmour… Ils ont en commun un même mépris de la réalité.

Le 6 février 1934, un « 6 janvier » de l’extrême-droite française… Quand les Ligues nationalistes faisaient le coup de poing contre la démocratie.

#Immigration : de souche, de branche, et du bois dont on se chauffe (rediff)

Photo : un pin dont les branches forment une fourche
Les vraies souches sont invisibles. Ou alors c’est que l’arbre est mort.

(Version légèrement remaniée d’un texte de 2019. Toujours d’actualité, et je suis la première à le déplorer.)

Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Les gens qui utilisent l’immigration comme épouvantail ou bouc émissaire m’insupportent profondément. Pour une raison très simple : chez moi, c’est une histoire de famille. J’ai un grande-père philippin, ce qui n’est pas mal question exotisme, et on peut y ajouter quelques greffes italiennes et espagnoles. En fait, l’une des plaisanteries familiales les plus récurrentes était de se moquer de notre statut de « métèques » et « quart de citron ».

Et nous n’étions pas exceptionnels. À l’école, les gens qui portaient des noms étrangers mais qui semblaient parfaitement intégrés n’étaient pas rares. Tel instit était d’origine arménienne, tel autre italienne ou polonaise… C’était il y a 40 ans. L’intégration semblait bien marcher. Et il n’y avait pas de raison, pensions-nous, de croire que les choses seraient différentes pour les Maghrébins et Africains. Encore au début des années 90, alors que je suivais une formation d’anthropologie à Aix-Marseille, j’ai eu l’occasion de prendre part à une enquête sur les modes de consommation alimentaire des immigrés d’origine maghrébine, d’où il ressortait qu’il n’y avait guère de différences entre eux et leurs voisins. La recherche du halal était loin d’être une préoccupation, et même l’idée d’éviter les porc à la cantine passait derrière le souci du bien-être des enfants. Qu’ils aient à manger à leur faim, c’était l’essentiel.

Et puis du temps a passé, le monde a changé, mais certains discours… Pas vraiment.

Que s’est-il passé ?

Sans doute avant tout un effet de nombre. « La quantité est en elle-même une qualité », disait un certain Joseph Staline, avec une bonne dose de cynisme, à propos de la guerre. C’est aussi vrai dans d’autres domaines. Un pays de 50 millions d’habitants, par exemple, peut rapidement (mais pas toujours sans heurts) intégrer un ou deux millions de nouveaux venus. C’est exactement ce qui s’est passé lors des 30 Glorieuses avec les immigrés et les rapatriés. Mais si les arrivées continuent ? L’exemple des USA, du Canada ou l’Australie montre que l’immigration de peuplement change plus ou moins vite la culture d’un pays. Les USA par exemple voient la population anglophone et d’origine européenne perdre la majorité absolue et devenir une majorité relative. Même les Noirs américains sont traversés par des débats sur leur identité : doivent-ils continuer à se définir comme descendants d’esclaves américains, ou intégrer les immigrants récents en provenance d’Afrique ou des Caraïbes ?

Dans un pays comme la France, où la nation a précocement émergé en lien avec un territoire et une langue, ce genre d’interrogations ne peut être que plus aigu. Notez qu’il n’est pas question ici de dire si c’est bien ou non. C’est un fait : plus il y a de nouveaux venus, plus le pays d’accueil change.

Bien sûr, les gens s’en rendent compte, à leur niveau. Il y un article d’Hervé Le Bras sur le décalage entre le ressenti et la réalité, dans les jugements portés par les Français sur leur pays, qui a été sévèrement critiqué par ceux qui critiquent « les élites », mais bien peu lu. Il y expliquait notamment que si la situation matérielle moyenne des Français allait en s’améliorant, le sentiment de malaise était lié au fait que les dernières générations connaissaient une stagnation de leur situation sociale. Bref, l’ascenseur social était coincé, alors que sous les 30 Glorieuses, on était moins bien loti (l’électrification des campagnes s’est poursuivie jusqu’aux années 1970), mais les enfants de paysans et d’ouvriers pouvaient accéder à des emplois qualifiés. Aujourd’hui, on peut être issu de la classe moyenne et chômeur ou précaire.

Il y a une exception, mais de taille : les descendants d’immigrés. Étant souvent parties de très bas, et étant prêtes à beaucoup de sacrifices, ces familles ont connu une ascension sociale logique dans le même temps où le manque de perspective commençait à se faire sentir pour la société en général. C’est une chose qu’on entend dans la bouche des gens tentés par l’extrême-droite : « Pourquoi les Arabes ont des emplois et moi ? » Dire que c’est une idée raciste et injuste (réserver les avantages sociaux à ceux qui « ne se sont donné que la peine de naître ») est vrai, mais n’aidera pas à convaincre. Regarder dans l’assiette du voisin est une tendance humaine indéracinable.

Or on n’a pas pris tout cela en compte. Comme l’intégration marchait peu ou prou, les responsables (et pas seulement politiques, associations et syndicats n’ont pas toujours été très lucides là-dessus) ont considéré qu’il suffisait de laisser faire. Que les nouveaux arrivants seraient intégrés au fur et à mesure par ceux qui s’étaient déjà installés. Comme le disait en substance un militant associatif du 19e (lui-même originaire d’Europe de l’Est) : « Pourquoi se poser des questions ? Ce qui marche en matière d’immigration, c’est la prise en charge des nouveaux arrivants par les communautés. » Comme d’autres lui faisaient remarquer que c’était une forme de communautarisme étrangère à l’histoire de la France, le débat a tourné au dialogue de sourds : il ne comprenait tout simplement pas pourquoi ce qui était valable aux USA ne pouvait pas l’être chez nous.

Le problème, quarante ans après, est que l’intégration elle-même a été récusée comme raciste, la laïcité comme excluante, et la notion de nation française comme construction idéologique, par des militants gauchistes altermondialistes, ou indigénistes réglant leurs comptes avec la génération de leurs parents – quelle idée en effet ont eu ceux-ci de s’installer dans cet « Occident maudit » !

En fait, peu à peu, les promesses implicites des antiracistes (intégration, fusion des nouveaux venus dans la masse, bref retour à de sorte de statu quo) ont été laissées en arrière par une réalité réfractaire, alors que certaines prédictions alarmistes de l’extrême-droite (sur l’islamisme, notamment) devenaient difficiles à contredire, puisque plus proches de ladite réalité.

Ce n’est pas un petit paradoxe. Dans les années 80, les revendications des « Beurs » étaient simplement d’avoir leur place dans la société, de n’être pas insultés et humiliés pour un oui ou pour un non. Aujourd’hui, il y a certes des progrès à faire pour éviter certaines attitudes idiotes dues à la méconnaissance de l’autre, mais les principaux progrès ont été faits. Les immigrés maghrébins et africains et leurs descendants sont entrepreneurs, écrivains, cinéastes, journalistes, médecins, militaires, députés, magistrats, préfets… Et une série télé à succès imagine un président français beur, aux prises avec des islamistes qui ne lui pardonnent pas d’avoir réussi dans le cadre du système. Une exploration intéressante de la double contrainte que peuvent connaître les « deuxième et troisième générations ».

Pendant ce temps, toutefois, les revendications se sont déplacées. Hier, c’était pouvoir librement et dignement pratiquer sa religion ; aujourd’hui, où avoir une mosquée n’est plus un problème en soi, on voit venir des groupes dont le but est de favoriser une certaine forme de pratique religieuse, orthodoxe, socialement conservatrice, et de plus en plus visible dans l’espace public. Les associations du genre Lallab, « Alliance citoyenne » (orwelliennement nommée) ou CCIF ne défendent pas les musulmans en général, mais une certaine forme d’islam, et d’islam politique. Le voile, à la fois signe d’appartenance religieuse et matérialisation d’un statut séparé pour les femmes, est leur principal marqueur identitaire. Leurs références idéologiques sont les Frères Musulmans et les monarchies du Golfe.

Mais au fait, pourquoi ? Jadis, les Italiens, Polonais, Arméniens, Espagnols, Portugais, Juifs d’Europe de l’est, et pendant longtemps aussi les Maghrébins, n’ont pas cherché autre chose que l’intégration économique. Ils conservaient leur religion comme une affaire privée, ce qui convenait très bien à la République laïque. Et qu’on ne dise pas qu’il n’y avait pas de différence de religion : la pratique catholique des Italiens n’était pas celle des Français ; le christianisme arménien est très différent de l’église catholique ; et bien sûr les Juifs n’étaient pas chrétiens du tout. Ne parlons pas des nombreux musulmans dans l’armée française de la Grande Guerre, pour qui fut bâtie la Mosquée de Paris.

La grosse différence entre, grosso modo, la France du XXe siècle et nos jours, c’est que le modèle occidental n’est plus le modèle unique.

Revenons à mon grand-père philippin. Originaire d’une famille pauvre de Manille, son rêve était d’aller aux États-Unis. Avant même de partir, il s’était tourné vers l’étude de l’anglais, ce qui lui a permis d’aller à Hong Kong, puis de trouver un job dans une entreprise américaine en Indochine. Il y est finalement resté en épousant une française, ma grand-mère. Mais toujours il s’est considéré comme citoyen du monde pleinement intégré à la culture occidentale, lisant Time et Paris-Match et n’utilisant plus guère sa langue maternelle, le tagalog, qu’il n’a pas transmis à ses enfants.

Certains pourraient le déplorer aujourd’hui, mais c’était un autre univers mental. La civilisation européenne était LA civilisation, jusque vers la moitié du XXe siècle. Les pays non-européens indépendants (comme le Japon ou l’Éthiopie) cherchaient à imiter l’Europe en matière de sciences et de techniques, y compris pour l’administration. Les peuples colonisés eux-mêmes faisaient la comparaison et cherchaient à être reconnus comme égaux.

Aujourd’hui, il n’y a pas qu’un seul modèle, loin de là. Ceux qui se sentent gênés aux entournures par les traditions françaises se tournent souvent vers un modèle anglo-saxon qui s’est clairement individualisé à mesure que les Américains eux-mêmes cessaient de prendre exemple sur l’Europe. Il y a ceux qui se voient l’Europe du Nord comme modèle social ; et ceux pour qui les révolutions sud-américaines (réelles ou rêvées) sont toujours un horizon à viser. Et puis, bien entendu, il y a l’islam politique, sous ses diverses facettes, des Frères Musulmans au Califat.

Cet islamisme a réussi à capter une bonne partie de la charge de sympathie des mouvements anticoloniaux et des luttes contre les régimes autoritaires installés après les indépendances. La révolution de 1979 en Iran peut être considéré comme un de ses succès, et la France de Giscard d’Estaing à joué avec le feu en aidant les ayatollahs. Dans le monde sunnite, la réussite économique et le poids politique des pétro-monarchies constituent non seulement une source d’influence, mais un contre-modèle à opposer à l’Occident. Même une aventure chaotique et meurtrière comme celle de l’État Islamique (ou Daech) peut impressionner ou faire rêver des gens qui ont trop fréquenté les prêches les plus violents et fondamentalistes de YouTube et de certaines banlieues.

On le voit, le phénomène n’est pas simple. Et on ne se tirera ni de la pression de l’extrême-droite, ni de celle des islamistes, sans regarder en face cette complexité et chercher ensemble une sortie par le haut. Il n’en va seulement d’un certain modèle social et culturel français, mais bien de la paix civile dans le pays.

Salut, Benoît, c’est Ahmadinedjad…

Il y a des soutiens dont on se passerait… C’est du moins ce qu’a dû se dire le pape Benoît XVI en recevant l’autre jour une lettre de Mahmoud Ahmadinedjad, le très sulfureux et très médiatique président iranien, pour lui demander de faire front commun avec lui contre l’esprit laïque à l’occidentale. Entre «religions divines» [sic], il paraît qu’on peut s’entendre?

(Au passage, merci à OldCola pour le lien.)

Enfin, c’est du moins ce qu’affirme le site Internet de la présidence iranienne, (bonjour l’opération de com’). D’après la dépêche de l’Associated Press:

The Vatican did not release the contents of the message, but the website of the Iranian presidency said that Ahmadinejad had called for cooperation by «divine religions» against secularism.

Oh, ho. Le Vatican, lui, confirme juste avoir reçu la missive, mais ne commente pas le contenu et ne précise pas si le pape a l’intention de répondre… Prudence, prudence!

C’est vrai qu’il y a de quoi semer le trouble chez les catholiques – encore un exemple de «c’est dur d’être aimé par des cons»?

Mais c’est aussi intéressant de voir comment, au-delà de tout prétendu choc des civilisations, une même logique anti-laïque et anti-humaniste anime le «chef spirituel» des catholiques comme le leader politique d’un État islamiste. Car c’est bien le même langage qu’on a encore récemment entendu lors de la visite papale en Grande-Bretagne: haro sur la «sécularisation», le «matérialisme» et même «l’extrémisme humaniste»!

(À croire qu’il s’agit d’un copier-coller.  Tss, quel mauvais esprit!)

Et pourtant, il n’y a rien de plus stimulant, pour l’optimisme, qu’un dialogue franc et serein entre les religions… Pas vrai?

Le Monde diplo sioniste, Caroline Fourest pro-islamiste? Savent plus quoi inventer…

Avoir des idées tranchées en politique, voire extrêmes, ce n’est pas forcément un problème en soi. C’est parfois simplement l’effet d’une intransigeance sur des principes. Mais cela peut aussi vouloir dire qu’on voit le monde de façon simpliste, tout en noir et blanc. «Qui n’est pas avec moi est contre moi,» comme a si bien dit certain président américain, citant l’Évangile selon Matthieu

Et parfois, c’est le signe qu’on a carrément perdu contact avec la réalité. Comme lorsque le site du Réseau Voltaire accuse Politis et le Monde diplomatique de se faire les «collabos» du sionisme, «sous couvert» de soutien au peuple palestinien!

Ben oui, quoi, si  on ne réclame pas la disparition d’Israël, c’est qu’on soutient forcément l’occupation de la Palestine. Faux dilemne et CQFD.

Bon, cela dit, on savait que Thierry Meyssan et ses copains étaient partis en roue libre depuis un bon moment. (Et ça fait mal de les voir récupérer le nom du philosophe des Lumières pour débiter leurs sottises haineuses, oh, mais que c’est pénible…)

Ou bien il y a le cas de Riposte Laïque (dont j’avais déjà parlé ici, d’ailleurs), qui prétend que Caroline Fourest serait secrètement une «fonctionnaire d’Eurabia», bref agirait comme agente d’un complot islamiste mondial.

Ici encore, il faut une bien spéciale logique pour voir dans l’adversaire résolue de Tariq Ramadan une partisane de l’instauration de la charia en Europe… Mais pour le groupe qui l’accuse, c’est évident: la journaliste critique la reprise de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés? C’est qu’elle doit forcément être une ennemie d’Israël! Et cela ne peut s’expliquer que par un soutien au programme des islamistes, pas d’autre raison possible!

Il faudrait instituer un rattrapage scolaire d’urgence pour ces prétendus défenseurs de Voltaire et de la laïcité — une mise à jour en logique, tiens! Ce ne serait pas du luxe.

Et à défaut, on peut toujours recommander la lecture de Conspiracy Watch — en français.

Quel est le point commun entre islamistes et xénophobes?

Les deux groupes ont l’esprit étroit, ils sont généralement fanatiques et intolérants… Mais encore?

Pour ma part, je pense que cela va plus loin et que les xénophobes, racistes et autres réacs «identitaires» ont une vision du monde binaire, du type bien-contre-mal, qui fonctionne de façon similaire à celle des fanatiques religieux. La seule différence est dans la façon dont ils découpent l’humanité en «bons» et «méchants».

C’est une question qui m’a traversé l’esprit en lisant certains commentaires sous le billet de Romain Blachier: «Chrétiens du Pakistan: Ne les laissons pas tuer en silence!»

À l’occasion des inondations catastrophiques qui endeuillent le pays (au passage, il n’est pas interdit de donner ici ou ici ou encore ici pour contribuer à l’aide d’urgence), le blogueur de Lyonnitude(s) se penche sur le sort de la minorité chrétienne du Pakistan, particulièrement peu enviable. L’influence des islamistes pèse lourd là-bas, aussi bien dans la vie quotidienne que sur les institutions.

Sachant que ce pays a été créé pour donner aux musulmans de l’ancienne Inde britannique leur propre État, suite aux émeutes entre hindous et musulmans lors de l’indépendance en 1947, il n’est malheureusement pas étonnant que les membres des minorités religieuses locales (chrétien, hindous, bouddhistes…) soient souvent traités comme des citoyens de seconde zone. Et il ne s’agit pas seulement de violences populaires, comme lorsque des chrétiens ou hindous sont pris à partie par une foule qui cherche des boucs émissaires.

Pire, certaines lois, notamment celle sur le blasphème (qui date de l’époque coloniale, mais que l’ancien président Zia Ul-Haq a durcie à l’instigation des islamistes intégristes) censées protéger l’exercice du culte sont en fait utilisées pour justifier les persécutions à l’égard des non-musulmans, accusés par exemple de profaner le Coran, ou d’empêcher un membre de leur famille de se convertir à l’islam… Et dans ces circonstances, la police se range souvent aux côtés des agresseurs, en toute impunité.

(Il est à noter que les musulmans non fondamentalistes ne restent pas tous muets devant cette injustice. Le mois dernier, le directeur d’un centre d’étude musulman de Bombay a condamné les violences pakistanaises et les religieux qui les encourageaient. Le même avait aussi appelé à supprimer les lois anti-blasphème.)

Bref, une état de faits pour le moins préoccupante! D’autant que s’il faut compter sur la pression des pays occidentaux pour changer la donne… Le Parlement européen de Strasbourg a bien appelé le Pakistan à «revoir en profondeur» une loi qui suscitait autant d’abus; mais tant que ce pays sera notre allié, et surtout celui des États-Unis, dans la guerre en Afghanistan et contre Al-Qaida, je crains que les autorités pakistanaises resteront en possession d’une clef importante de la situation.

Bref. Romain a publié ce billet, et j’ai été parmi ceux et celles à le répercuter sur Twitter.

J’ai aussi laissé un commentaire pour rappeler que certains groupes de pression (ahem – des fondamentalistes chrétiens américains, comme par hasard…) ne reculent pas devant l’instrumentalisation de ces drames, quitte à en rajouter en inventant de toutes pièces certains crimes anti-chrétiens. On aurait pu croire les choses assez terribles sans en rajouter, non?

Mais c’est là qu’on voit pointer une constante de l’esprit fanatique: il faut que le monde soit ou tout blanc, ou tout noir.

C’est pourquoi le commentaire laissé sous l’article de Lyonnitude(s) par Didier Goux, réac bien connu des blogues francophones, est… prévisible. Et, au fond, du même tonneau.

Songeons-y: un blogueur qui se définit comme social-démocrate publie un billet sur les méfaits de l’islamisme? Voilà qui risque d’être dur à admettre pour cet amateur d’identité nationale et grand pourfendeur du prétendu «angélisme» de gauche! Seule solution: sauter sur mon rappel de la complexité des faits, en prétendant que: 1) je m’aveugle sur l’islam; et 2) il n’y a pas de musulmans modérés.

Que le deuxième point soit faux, il suffit de revenir en arrière de quelques paragraphes pour trouver un exemple du contraire (que j’ai d’ailleurs trouvé sur un site d’informations catholiques).

Pour le premier point… Bah! Je renvoie à l’ensemble du présent billet. Ou à quelques minutes de navigation dans la catégorie «islam» de mon blogue.

Mais au fond, là n’est pas la question. Ce que M. Goux ou un autre raciste pense de mon cas, c’est plus qu’un peu académique. Par contre, je trouve intéressante son incapacité à voir des nuances lorsqu’il s’agit de l’islam, voire plus largement du monde non-occidental.

C’est là qu’intervient cette vision du monde binaire, bons contre méchants, dont je parlais au début.

Tout comme les intégristes musulmans du Pakistan et d’ailleurs, qui divisent l’humanité entre «bons musulmans» (selon leur définition, évidemment…), du côté positif, et «infidèles et leurs alliés», du côté négatif, les identitaristes à la Didier Goux ne conçoivent le monde qu’entre nous (les «gens normaux», blancs, de préférence français et plus ou moins chrétiens) – pour lesquels des nuances sont possibles, puisque c’est la norme, la référence de l’humanité – et eux (les «étranges étrangers», surtout musulmans et basanés), au sujet desquels on peut tout croire, y compris et surtout le pire, puisqu’ils ne sont «pas comme nous».

Il est intéressant, par exemple, que ce monsieur réagisse quand on parle des violences islamistes envers les chrétiens du Pakistan, mais pas quand des hindous fanatiques en font autant en Inde (attaquant les chrétiens, mais aussi les musulmans et les sikhs), ou des bouddhistes extrémistes au Sri Lanka. Quant aux persécutions religieuses contre les athées… Connais pas.

À croire que le sort des minorités autres que chrétiennes ne le concerne guère, ni les persécutions perpétrées par d’autres que des musulmans?

Voir le monde à travers la grille du «choc des civilisations», à la longue, ça déforme aussi la pensée.