Anticipation climatique : ma note de lecture de « Nos Futurs »

Une lecture courte, pour parler d’un livre assez épais : on m’avait demandé une note sur l’anthologie Nos Futurs pour Science et Pseudo-Sciences, la revue de l’AFIS, et la voici en ligne. Je crois qu’il est assez évident que le verdict est mitigé. Mais c’était une expérience intéressante.

Oh, et n’hésitez pas à explorer le site pour plus d’articles sur la science, le climat,& la société ou la science-fiction, par des gens du métier. (Oui, je me compte du nombre comme auteure de SF. Ah, mais.)

Y a-t-il des livres qui aident à écrire ? (III) Niveau méta, les histoires qui parlent d’écrire des histoires

Si vous chipez, chipez aux plus grands.

J’ai passé en revue les ouvrages de critique littéraire puis les manuels d’écriture qui m’ont inspirée peu ou prou à m’améliorer, ou du moins à évoluer en tant qu’auteure. Mais il y a une troisième source qu’on aurait tort d’ignorer. Ces livres-là ne font pas juste réfléchir, ils se lisent avec jubilation. C’est le moment de la jouer méta : les histoires qui parlent d’écrire des histoires.

Attention, je ne parle pas de toutes les bouquins dont un écrivain est le héros et où l’intrigue roule sur d’autres questions, sa vie amoureuse par exemple. Non, il faut que l’écriture soit au centre de la problématique.

Je pense à certaines nouvelles d’Isaac Asimov : « Auteur ! Auteur ! » (« Author! Author! », 1943, reprise dans le recueil Early Asimov, 1972, et en français dans Chrono-minets, 1977), où un auteur de romans policiers essaie de mettre fin à une série dont le héros, trop populaire, lui fait de l’ombre. Mais on est dans un univers fantastique où le héros de roman échappe à la page écrite pour rendre impossible la vie de son auteur. La solution viendra, en fin de compte, d’un nouveau recours de l’auteur (et de sa petite amie) à l’imagination, car qui peut vaincre un être de fiction sinon une autre créature du même univers ? Toute cette histoire est évidemment inspirée par Conan Doyle tentant de tuer Sherlock Holmes à Reichenbach.

Et puis il y a « Le doigt du singe », aussi d’Asimov (« The Monkey’s Finger », 1953, reprise en recueil dans Buy Jupiter and Other Stories, 1975, et en français dans Flûte, flûte et flûtes !, 1977) : un auteur de SF, double assez évident d’Asimov lui-même, se dispute avec son éditeur au sujet d’une nouvelle, et ils ont recours à un ordinateur de conception originale pour les départager. Au final, l’ordinateur donne raison à l’éditeur, mais l’auteur trouve moyen d’écrire ce qu’il veut quand même. Et on a exploré l’idée qu’il y a des règles en matière de fiction, oui, mais qu’on n’est pas obligé de les suivre si on a une meilleure idée.

Une autre nouvelle plus récente, « Cal » (1990, reprise dans Gold, 1995, en français Mais le Docteur est d’or, 1996) , est plus directe et plus pédagogique, montrant un robot apprenant à écrire de la fiction, depuis de premiers essais infantiles jusqu’à une maîtrise aussi éblouissante que celle d’Asimov à son meilleur.

Mais je ne voudrais pas donner l’impression qu’il n’y a qu’un auteur qui la joue méta avec les conseils d’écriture. Si vous n’avez pas encore lu Le Contrat, de Donald E. Westlake (en V.O. The Hook, Mysterious Press, 2000), vous avez de la chance, il vous reste à le découvrir… L’histoire d’un écrivain qui a un roman mais pas d’éditeur, et à qui un autre écrivain, riche et célèbre, celui-là, mais en panne d’inspiration, fait une offre qu’il ne peut refuser. Suit un roman noir qui plonge dans d’étranges profondeurs de l’âme humaine et de la société, mais aussi, entrelacée dans tout ça, une véritable master-class d’écriture de roman. Élaboration de l’intrigue, des personnages, documentation, révisions, incorporation des suggestions de l’éditeur… C’est une vue de l’intérieur du travail de romancier, par un pro qui a quarante ans de métier au compteur.

Il me semble plus que justifié de méditer ce genre d’expérience, surtout quand elle vient au sein d’un roman qui l’illustre aussi bien que Le Contrat.

P. S. Oups. Encore une fois, j’ai oublié quelques influences importantes. Et même incontournables. Stephen King a plusieurs fois mis en scène dans ses romans des écrivains. Citons Sac d’Os (Bag of Bones, 1998), où le protagoniste se débat contre un cas particulièrement sévère d’angoisse de la page blanche. Mais bien sûr, l’exemple le plus extraordinaire est Misery (1987), l’histoire d’un auteur de romans populaires qui essaie de changer de registre et devenir un « meilleur » écrivain, et se retrouve à la suite d’un accident sous la coupe de sa meilleure et pire fan, prête à tout pour l’obliger à reprendre sa série à l’eau de rose. Luttant désormais pour sa vie, il apprend à travers cette épreuve que les personnages de roman populaires ont une force et une vie qu’il n’aurait pas soupçonnée au départ, animés par la foi que les lecteurs mettent en eux.

Y a-t-il des livres qui aident à écrire ? (II) On met les mains dans le cambouis

Une main secourable. (Nicolas Roerich, Madonna)

La semaine dernière, j’ai fait le tour de quelques ouvrages de critique littéraire qui ont joué un rôle dans mon évolution en tant qu’auteure, et qui me semblent susceptibles d’intéresser d’autres gens qui écrivent, de façon professionnelle ou non. Mais je mentirais par omission si je ne parlais pas d’un autre type de bouquin technique qui m’a bien servi, au fil des ans : les manuels d’écriture.

Comme beaucoup de gens, au début, je ne croyais pas à la pertinence d’un apprentissage des techniques d’écriture. Être écrivain, cela vient de l’intérieur, d’une alchimie mystérieuse entre l’auteur et le cosmos, toutes ces notions romantiques. Et puis j’ai commencé à lire des choses comme On Writing: A Memoir of the Craft, de Stephen King (2000 et 2001 pour la traduction française sous le titre : Écriture, Mémoire d’un métier). Je suis loin d’avoir été la seule à avoir vu mes idées préconçues être gentiment bousculées à cette occasion. Le message le plus utile de King étant : non, ce manuel ne vous transformera pas en génie, mais il vous aidera à tirer profit de vos capacités.

Vers la même époque, j’ai commencé à lire Écrire & Éditer, la revue du Calcre (vous vous souvenez ?) et notamment les chroniques de Paul Desalmand : Lettres pour ma poubelle puis Écrire est un miracle. Je ne sais pas si on les trouve encore, à part chez les revendeurs, mais cela vaut la peine de les dénicher. D’un style impeccablement classique, ces vignettes abordent le monde de l’édition et les techniques d’écriture avec une rafraîchissante absence de préjugés.

Quelques années passent, je termine et publie mon premier roman, puis la vie se met en travers de l’écriture. Quand je m’y remets, je recommence aussi à chercher des outils. Et Internet me suggère que la méthode de Blake Snyder, Save The Cat!, est incontournable. Ce n’est pas faux. Hollywood l’a déjà adoptée, ce qui veut dire qu’elle influence nos imaginaires sur toute la planète. Et c’est un guide remarquable efficace pour vérifier ce qui va ou ne va pas dans votre manuscrit. J’ai raconté ailleurs comment Save The Cat! m’avait permis d’identifier où était le trou dans l’intrigue de l’un de mes romans.

Encore plus récemment, toujours grâce à Internet, j’ai découvert Beating the Story, de Robin D. Laws (2018), un manuel qui va au cœur des briques élémentaires du récit, les questions de rythme, de scènes dramatiques avec un résultat positif ou négatif pour le protagoniste, et aussi une dissection des différents types de protagonistes, y compris ceux que Hollywood n’arrive pas à comprendre. C’est donc un merveilleux guide pour plonger résolument dans le cambouis. Non, ça ne déteint pas sur le clavier.

P. S. C’est une source plus modeste, mais je m’en voudrais de ne pas citer l’essai d’Alfred Bester, « Mes amours avec la science-fiction », repris dans Le Livre d’or de la science-fiction : Alfred Bester (Pocket SF, 1986). L’auteur a une longue expérience de l’écriture, tant de nouvelles que de romans, puis du journalisme et de la télé. Et il a deux ou trois choses à dire sur l’inspiration, le rôle du travail régulier, et l’importance de la vie en-dehors de l’écriture.

Y a-t-il des livres qui aident à écrire ? Témoignage de mon étagère (I)

Dans quel état j’erre ?

Je parle beaucoup de documentation, ici, pour le contenu des histoires que j’écris, en particulier celles situées dans le passé. Mais les livres sur l’écriture elle-même, les manuels et autres ouvrages techniques, est-ce que ça en vaut la peine ?

Honnêtement, je ne sais pas. Cela dépend du genre d’auteure ou d’auteur que vous êtes. Moi, je l’avoue, j’en lis, et je ne suis pas gênée de reconnaître que ça m’a été utile.

Je lis même deux types de textes techniques : des ouvrages de critique littéraire et des manuels d’écriture. Je ne recommande pas le premier type aux débutants et en général aux gens qui manquent d’assurance dans leur écriture. La critique peut paraître ésotérique, ou tomber comme un jugement péremptoire, le niveau d’excellence visé peut décourager l’impétrant.

J’ai commis cette erreur moi-même, évidemment. Encore adolescente, j’ai plongé dans L’Ère du soupçon, de Nathalie Sarraute, qui était dans la bibliothèque de mes parents. S’en sont suivi quelques années de doute, pour réconcilier mon désir d’écrire des romans avec ce dynamitage de la notion de roman, ainsi que de celles de personnage, de dialogue, de narration… Lire un peu plus de Sarraute a aidé, paradoxalement : les essais Flaubert le précurseur et Paul Valéry et l’enfant d’éléphant. Le premier en particulier est (du point de vue d’une auteure au travail) une master class d’écriture sur la voix, le point de vue et la caractérisation des personnages.

J’avais de la chance : la bibliothèque de mes parents contenait d’autres trésors : les trois tomes de Littératures de Vladimir Nabokov (ses cours à l’université de Cornell sur la littérature occidentale et la littérature russe) : les Enquêtes et le Livre des Préfaces de Jorge Luis Borges (essais divers sur la littérature, y compris la science-fiction, l’art, l’histoire) ; La Littérature à l’estomac et En Lisant en écrivant de Julien Gracq. C’est intéressant de comparer le point de vue de Nabokov et Sarraute sur les écrivains russes, pourquoi Dostoïevski est au nadir pour le premier et au pinacle pour la deuxième. Et Gracq, aussi bien que Borges, montraient que la littérature dite d’évasion pouvait être considérée comme digne d’intérêt par des auteurs reconnus. En tant que lectrice du Seigneur des Anneaux, c’était encourageant de lire les commentaires positifs de Gracq sur la création d’univers de Tolkien.

J’ai lu depuis d’autres textes de critique, mais peu m’ont marquée. Citons Rouvrir le roman (2017), de Sophie Divry, qui incite à élargir la notion de ce qu’est un roman. Et puis il y a eu A Reader’s Manifesto (2002), de B. R. Myers, critique féroce de certaines tendances de la littérature « sérieuse » de la fin du XXe siècle. Une première version, plus courte, a circulé en ligne, mais cela vaut la peine de lire l’ouvrage complet, avec la réponse aux critiquex. Rien de plus roboratif qu’une bonne bagarre littéraire pour se rassurer : non, les grands noms de la « Blanche » ne sont pas intouchables ni sans défaut. Pas de complexes à avoir pour se lancer.

J’arrête ici cette énumération. Dans un prochain billet, je passerai aux manuels d’écriture et de scénario. Et c’est là que l’auteure mit les mains dans le cambouis.

P. S. J’oubliais : il y a au moins un autre auteur dont les bouquins m’ont fait réfléchir et évoluer : Simon Leys, dont les Essais sur la Chine contiennent non seulement une dénonciation vigoureuse du maoïsme et de ses relais en Occident, mais aussi des textes sur la littérature et la culture chinoises, sur la traduction, sur les idéogrammes, sur la notion même de culture et de trésor culturel… De quoi ouvrir bien des horizons.

P. P. S. Décidément, j’ai la mémoire qui flanche. J’oubliais le livre de Borges sur les Anciennes Littératures germaniques, un cours assez éclectique sur les sagas, Beowulf, les kenningar, etc. Un continent poétique méconnu.

Et puis il y a eu les préfaces de Gérard Klein et Démètre Ioakimidis pour La Grande Anthologie de la science-fiction au Livre de poche. Des pulps des années 20 et 30 à l’âge d’or de la SF, tout un ensemble d’auteurs, leurs thèmes et leurs techniques.

Enfin, il faut citer Claude Duneton, dont les essais Parler croquant puis À hurler le soir au fond des collèges présentaient de façon décapante une version de l’histoire de la littérature qu’on n’a enseigne pas justement au collège. Je m’en suis un peu éloignée depuis, mais certains concepts m’ont sérieusement fait réfléchir, par exemple la façon dont le vocabulaire d’une langue reflète la société qui la parle. Il comparait ainsi le français et l’occitan, pour montrer que le premier n’avait pas beaucoup de mots techniques ou de métiers, qu’il n’existait pas par exemple de mot pour dire « fermer la porte avec une barre », contrairement à l’occitan. Il se trouve que dans ce cas, c’est faux : le verbe « bâcler » a ce sens. Réaliser cela m’a incité à plus de curiosité à propos de la langue, tant littéraire que celle de tous les jours.

Oh, et ceux qui ont lu L’Héritier du Tigre se souviennent peut-être que j’utilise « bâcler » dans ce sens à la première page. Rien ne se perd.

Point final pour une sombre histoire, ou mon tout dernier #roman

« Le donjon du Temple vers 1795 ». Huile sur toile anonyme. Paris, musée Carnavalet.

C’est juste la fin du premier jet, et il y aura encore du travail de révision pour m’occuper pendant un mois ou deux, mais ça fait du bien de parvenir à cette étape ! C’est mon cinquième roman au total, et le deuxième roman policier historique de la série commencée en juin 2020. On est toujours dans la période Révolution et Empire, mais cette fois sous le Directoire, ce qui offre pas mal de possibilités dans le registre « noir ». Conjurations, traîtrises, poignards dans le dos, pots-de-vin à tous les étages…

Je ne sais pas si on peut dire que je me suis amusée. La rédaction a certes pris plus de temps que pour le premier. Est-ce l’ambiance plus glauque, les thèmes abordés plus lourds, notamment le cas des orphelins du Temple ? Possible.

Mais il y a aussi eu de nombreuses satisfactions, et d’abord celle de passer d’un roman à une série, de voir se matérialiser une idée un peu folle : créer un personnage récurrent et son univers. Les modèles ne manquaient pas, certes, mais encore fallait-il passer à la réalisation. Il n’y a pas de miracle, ça a été documentation, documentation, documentation.

Au final, un roman qui passe peut-être moins de temps que prévu avec les intrigues politiques et plus avec la vie quotidienne. C’est amusant par exemple de voir tout ce que l’époque connaissait déjà, depuis le télégraphe (optique) jusqu’au bouillon en cubes.

Et puis j’ai bel et bien mis mon « homme en noir » sur une nouvelle trajectoire.

Plus qu’à croiser les doigts question publication. Je viens d’avoir une proposition très intéressante pour le premier roman de la série, donc… Patience.