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  • C’est pour bientôt : Énigmes, objets maudits et trésors enfouis, l’anthologie de Black Rabbit avec ma nouvelle dedans

    Comme je l’annonçais récemment, j’ai une nouvelle à paraître dans la prochaine anthologie Black Rabbit, éditeur indépendant de l’imaginaire et autres littératures de genres.

    On peut déjà découvrir la couverture :

    Image de couverture : dessin d'une femme-lapine explorant une grotte avec une carte et une torche
    Énigmes, objets maudits et trésors enfouis

    L’étape suivante sera la campagne de financement Ulule. À suivre ici et sur les réseaux sociaux ! On peut trouver Black Rabbit sur Instagram et Facebook et moi aussi bien sûr.


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  • Tous détectives : le roman policier à travers le temps

    Quel est le genre littéraire le plus représenté à travers les âges dans la littérature mondiale ? Il y a de bons arguments pour donner la palme au genre policier — ou au moins aux récits de résolution de mystères.

    Je remets ici les liens vers les principaux articles de ma série sur les détectives historiques de fiction :

    1. Daniel, détective biblique : comment notre héros sauve la vie de la belle et innocente Suzanne en posant les bonnes questions ;

    2. Les énigmes des Mille et Une Nuits : le vizir Djafar doit découvrir le meurtrier d’une mystérieuse inconnue ;

    3. L’art de lire les indices, du Talmud à Serendip : où les traces d’un chameau, d’un cheval et d’une petite chienne permettent au héros de faire preuve de ses pouvoirs d’observation et de déduction, un motif littéraire repris du Talmud de Babylone dans le conte perse des Trois Princes de Serendip, puis par Voltaire dans Zadig et Umberto Eco dans Le Nom de la Rose ;

    4. Détectives et mandarins sous les Ming : les diverses incarnations du Juge Ti et d’autres héros justiciers de la Chine impériale ;

    5. Jeux d’énigmes avec Jane Austen : avant Poe, Emma est l’un des premiers, peut-être le premier, roman occidental moderne à intégrer une énigme que le public peut résoudre grâce aux indices disséminés au fil de l’intrigue ;

    6. Ulysse détective, Pénélope aussi : le héros de l’Odyssée et sa fidèle épouse résolvent chacun à sa façon des énigmes, ce qui en fait la premier couple de détectives de la littérature ;

    7. Hamlet mène l’enquête : dans la pièce, le prince de Danemark réussit à découvrir le meurtrier de son père, mais pas à le prouver au-delà de tout doute, comme dans un bon roman noir ;

    8. Série Noire pour Œdipe : comment la pièce Œdipe roi de Sophocle s’est retrouvée publiée dans une collection de romans policiers, ce qui est parfaitement adapté quand on y songe.


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  • L’Américain qui se prenait pour Napoléon

    Je crois que tout le monde sait de qui je parle. À chaque nouvelle énormité vomie depuis la Maison Blanche, c’est un nouvel allié des États-Unis qui est menacé, insulté, mis sous pression. Comme ce nouveau coup de force pour tenter de vassaliser le Canada.

    La méthode est tordue, mais pas inédite : alors que des négociations commerciales sont près d’aboutir, l’équipe Trump rajoute soudain des items à la liste, et de très gros calibre : engagement du Canada à ne pas signer d’accord commercial avec un tiers sans la permission des USA, priorité pour l’accès aux minéraux stratégiques… Et, cerise sur le gâteau, abandon de la politique de soutien aux langues minoritaires du pays — le français, bien sûr, mais ça ne va pas favoriser non plus les langues indigènes.

    C’est vrai, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Quand on a déjà mis sous tutelle la politique économique et industrielle d’un pays, pourquoi pas la culture aussi, histoire de faciliter la tâche aux producteurs d’Hollywood ? Tant qu’à jouer les dépeceurs, allons-y carrément. Et tout ça sans garantie que le Canada serait définitivement à l’abri des rétorsions, puisque les USA se réservent le droit de hausser les tarifs douaniers quand ils le veulent. Des fois que quelqu’un aurait faim dans la famille Trump…

    Est-ce que personne à Washington ne se pose de questions ? Même si le président lui-même croit à sa toute puissance, où sont les gens lucides dans la salle ? Où sont ceux qui ont retenu un minimum de leçons de l’Histoire ?

    Il y avait un autre chef d’État célèbre, dans le temps, un homme au fameux petit chapeau, qui essayait souvent le coup des concessions extorquées à la dernière minute, y compris avec des alliés de longue date. Ça ne lui a pas vraiment réussi.

    Tableau représentant Napoléon Bonaparte assis dans un fauteuil, l'air fatigué et déprimé
    Napoléon après l’abdication de Fontainebleau, Hippolyte Delaroche, 1840

    Regardez l’Espagne en 1808 : alliée de la France depuis plus d’un siècle, elle avait encore récemment fourni des troupes pour les armées de l’Empire, s’était battue sur mer avec nous contre les Anglais, subi de plein fouet le désastre de Trafalgar… Les Espagnols avaient déjà dû avaler un certain nombre de couleuvres de la part de la France : Napoléon avait cédé la Louisiane aux États-Unis sans leur demander leur avis, avait imposé de façon unilatérale au continent européen un blocus du commerce avec l’Angleterre… Bien sûr, la France était plus riche et plus puissante, mais une bonne partie de cette puissance venait de la coopération avec des alliés qui voyaient leur intérêt à avoir une France forte pour voisine.

    Même un chef victorieux ne peut tout faire tout seul.

    Il y a eu un moment, vers 1807, ou l’empereur s’est senti invincible, où il a cru pouvoir imposer sa volonté au monde comme on donne des ordres à une armée. Son étoile était au zénith, il venait de remporter une victoire éclatante, une de plus… Pourquoi ne pas imaginer qu’il en serait toujours de même ?

    Quelques signes auraient dû l’éclairer, pourtant : les pertes de la très dure campagne d’Eylau, l’usure du pouvoir, les difficultés économiques causées à son propre pays par le blocus… Et les intérêts divergents des pays alliés, de plus en plus tentés de prendre leurs distances. Mais c’est l’aveuglement qui l’a emporté. Et le désir de prendre ses rêves pour des réalités.

    Illusion sur sa propre force, sur la faiblesse des alliés, sur les possibilités de se partager le monde avec un autre potentat…

    Compter les parallèles avec Trump finit par donner le vertige. Petit florilège :

    • Les USA militairement affaiblis après le fiasco en Iran, comme Napoléon après la boucherie de 1806 ;
    • L’illusion d’une entente solide avec la Russie. Après avoir signé la paix avec le tsar, l’empereur s’est persuadé qu’ils étaient de grands amis et pourraient se partager les dépouilles des autres pays. Pour l’instant, Trump y croit toujours, même si Poutine aide activement l’Iran à combattre les États-Unis. Napoléon au moins avait fini par se rendre compte que le tsar ne considérait que ses propres intérêts ;
    • La croyance naïve de Trump et de sa clique en la force des autocraties, leur mépris des autres cultures et leur désir d’exercer non seulement leur leadership, mais d’imposer à ceux qui le suivent des conditions dégradantes.

    C’est ce que Napoléon a voulu faire en Espagne en 1808 : le pays était déjà dans l’orbite française, contribuait à l’effort de guerre impérial, avait des accords financiers et commerciaux favorables aux entreprises françaises, etc. Mais cela ne suffisait pas. Il voulait contrôler entièrement la politique intérieure et extérieure espagnole, et pour ça, s’est mis à faire entrer des troupes en Espagne tout en prétendant que c’était pour la protéger, à occuper par surprise des places-fortes, puis la capitale, en profitant des troubles causés par cette invasion qui ne disait pas son nom. La mainmise semblait totale… Et puis il a franchi une étape à la fois concrète et symbolique : déposer le souverain. 

    Quand ils ont vu la famille royale enlevée et transférée en France, les Espagnols se sont soulevés, et la guerre ainsi allumée n’a jamais vraiment cessé jusqu’à la défaite de 1814 et l’abdication de Napoléon.

    Quel sera l’équivalent pour Trump du « bourbier espagnol » ? À sa place, je serais un peu plus prudente avec le Canada.

    (Et si vous vous demandez à quoi pensent les gens qui, chez nous, font le jeu de Trump, le RN qui veut affaiblir l’Europe, voire carrément en sortir, et se rapprocher de l’autocrate russe auquel il veut nous abandonner… Ou LFI qui, il faut le regarder en face, veut exactement la même chose, tout en prétendant « combattre l’extrême-droite ». On peut se le demander en effet.)

  • Napoléon canonisé ? Presque

    Ça a l’air aussi absurde qu’un Prix Nobel pour Donald Trump, mais c’est vrai : Napoléon 1er s’était dégotté un saint sur mesure, dont la fête, fixée au 15 août, était devenue sous l’Empire une fête nationale !

    Image pieuse : un homme en tunique rouge et sandales, tenant une palme, avec la légende "St Napoléon, martyr"

    Déjà en 1801, alors Premier consul, Napoléon Bonaparte avait signé avec l’Église catholique un Concordat pour mettre fin aux déchirements religieux de la Révolution. L’État assurait la liberté de culte mais reconnaissait le catholicisme comme la « religion de la majorité des Français » et salariait les prêtres. En échange, le pape reconnaissait la République et faisait prier pour elle à chaque messe. Le pape Pie VII aurait sûrement préféré revenir à l’exclusivité (l’État payait aussi les ministres protestants et les rabbins) mais, réaliste, avait sauté sur l’occasion de ramener l’église au centre du village gaulois.

    Une fois devenu empereur en 1804, sacré à Notre-Dame en présence du même pape, Napoléon décide que cela fait tache de ne pas avoir pour patron un saint reconnu. Le prénom Napoléon (Napoleone ou Nabulione en corse) est traditionnel dans sa famille, mais ne fait pas partie du martyrologe. Il semble en fait que ce soit un surnom donné à Gênes et en Corse à des gens d’origine napolitaine. Une autre étymologie le fait remonter à une épithète d’un saint antique réel, Nicolas de Bari, représenté avec son pallium ou anabolium, un manteau d’archevêque.

    Une fois empereur, Napoléon fait exhumer par son oncle, le cardinal Fesch, un obscur « Neopolus », martyr romain du temps de Dioclétien… Et probablement inventé. Qu’à cela ne tienne : on chantera désormais après l’office divin Domine salvum fac imperatorem nostrum Napoleonem, « Dieu sauve notre empereur Napoléon », et on fêtera sans complexe ce saint tout neuf le jour de son anniversaire… Qui se trouve être le 15 août, en même temps que l’Assomption, une garantie qu’il y aura foule aux cérémonies !


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  • L’IA rend-elle l’édition folle ?

    L’affaire du livre à 2,5 millions de dollars rejeté pour soupçon d’utilisation d’IA continue de soulever des questions dérangeantes.

    On récapitule : un agent prestigieux renonce soudain à représenter un livre alors qu’un grand éditeur était sur les rangs, une dizaine d’autres intéressés (l’agent avait mis aux enchères les droits), ainsi que des producteurs pour l’adaptation audiovisuelle… Et un contrat à 7 chiffres (pour ce titre et le suivant) tombe à l’eau. Choc pour l’auteur, dont c’est le premier roman. On n’a pas beaucoup de détails, mais il semble que des rumeurs aient commencé à circuler à un stade où le manuscrit était en cours de lecture chez des éditeurs.

    Est-ce que l’agent était allé trop vite en acceptant le livre ? Il lui avait apparemment suffit d’un premier chapitre et de la lettre de présentation pour décider que c’était un texte « excitant ». L’histoire, un chimiste embauché par des cartels nigérians pour « nettoyer » des scènes de crime et faire disparaître les traces, pouvait se prêter à une série en streaming dans la veine de Breaking Bad ou devenir l’équivalent du Parrain pour la diaspora nigériane.

    Montage : un petit personnage lisant un livre, assis sur une pile de pièces de monnaie géantes.
    (Image : Mathieu Stern, sur Unsplash)

    L’auteur était inconnu mais son profil cochait les bonnes cases, étant lui-même originaire du Nigeria mais basé aux USA, où il poursuit des études. Pas de risque d’accusation de regard occidental ou d’appropriation culturelle, comme dans d’autres controverses récentes autour de romans sur les cartels latino-américains. D’autre part, il est anglophone donc le livre n’a pas besoin d’être traduit. Enfin le sujet est susceptible de toucher une audience globale. Les mafias n’ont pas de frontières.

    Bref ça semble une découverte en or. Mais ça repose un peu sur un château de cartes. Quand un agent s’excite, il intéresse les éditeurs, qui font lever l’oreille aux producteurs, etc. Emballement. Chacun met de l’argent sur la foi de la réputation des autres. Chacun parie sur la création d’une propriété intellectuelle, un contenu qu’on pourra monétiser.

    C’est là que ça coince. On ne peut pas mettre de copyright sur une œuvre créée par IA, considérée comme non originale car non liée à une personne. Oups.

    Pas de copyright, pas de propriété intellectuelle. Et c’est tout le château de carte qui vacille.

    (On se souvient que la question de la propriété intellectuelle s’était posée pour Houellebecq et Wikipédia. Même problème : qui est l’auteur, donc le détenteur des droits, quand l’œuvre est un mélange composite ?)

    Pire, avec l’IA, les LLM entraînés sur des œuvres protégées par le droit d’auteur (autant dire tous les LLM) ouvrent la voie à des procès pour violation de la propriété intellectuelle, ce qui est arrivé à Anthropic, avec dommages et intérêts versés aux auteurs lésés. Beaucoup d’auteurs. C’est ballot, il y a pourtant assez de livres du domaine public pour entraîner toutes les machines qu’on veut, non ? Ou bien ils auraient pu verser des royalties aux créateurs avant d’être traînés en justice. C’est ce qu’ont choisi de faire certains dans le domaine de la musique. Pour l’instant, OpenAI vient d’annoncer que son modèle ne copierait plus le style d’un auteur particulier. Prudence, prudence.

    Pour l’instant, il semble que le plus prudent est d’éviter l’IA comme la peste, surtout si on veut publier à compte d’éditeur. Même quand vous êtes autoédité, le fait d’utiliser une image de couverture générée par IA vous expose à la suspicion : quoi d’autre dans le livre est produit par la machine ? Le soupçon va surtout peser sur les débutants, ceux qui n’ont pas déjà une œuvre antérieure à 2022 (début public de ChatGPT) prouvant qu’ils sont capables de produire un livre eux-mêmes. Injuste, évidemment. La paranoïa juridique va conduire les éditeurs et producteurs à préférer les propriétés intellectuelles datant d’avant les LLM, et tant pis pour les découvertes. La tendance du marché grand public à recycler des matériaux sûrs va s’accentuer, avec peut-être çà et là quelques pépites piochées chez des créateurs indépendants, comme quand aujourd’hui un grand éditeur prend en marche le train d’un auteur autopublié. Mais alors il faut être prêt à montrer les traces de son travail, brouillons préliminaires, métadonnées des fichiers, etc.

    Jusqu’ici, toute l’industrie du livre est basée sur ce que certains appellent le « triangle de confiance« , entre auteur, éditeur et libraire. L’intrusion de la machine est en train de l’éroder. Et c’est troublant de voir que s’il y a réellement ici eu usage d’IA, plusieurs agents et éditeurs peuvent avoir un manuscrit en main, le trouver génial et préparer un contrat sans rien détecter.

    Y a-t-il des usages non risqués de l’IA ? Faire des recherches sur un sujet donné, bien sûr, c’est au fond comme un moteur de recherche ou une grande bibliothèque. Il est admis jusqu’ici de demander l’aide des documentalistes (les auteurs à succès, qui peuvent payer pour ça, ne s’en privent pas.)

    La correction orthographique et grammaticale aussi passe. Au fond, tout logiciel de correction un peu sophistiqué contient déjà des outils d’IA. Et personne ne vous embête pour Antidote.

    Mais dès qu’on veut utiliser la bête pour améliorer sa prose, la zone grise commence. La zone de peur pour le copyright. L’un des risques est que l’IA recrache un paragraphe entier d’un des modèles d’œuvres sur lequel elle a été entraînée, c’est déjà arrivé. Un auteur qui n’est pas tout à fait familier avec la langue dans laquelle il écrit, par exemple, et qui tente d’adapter le texte au marché visé, peut se faire avoir. On pense à tous les auteurs de pays qui ont hérité de la langue d’un ancien colonisateur et qui tentent de percer en Occident. Mais aussi les gens qui n’ont pas confiance dans leur niveau de langue ou essayent d’écrire dans la veine d’un auteur qu’ils admirent… Ce qu’on fait dans ce cas, normalement, c’est de s’exercer. Mais si une machine vous offrait un raccourci ?

    C’est facile d’être tenté.

    Reste qu’on peut imaginer des utilisations expérimentales. Un modèle d’IA très personnalisé, qui aide à analyser un manuscrit déjà rédigé en se basant sur le corpus existant de l’auteur, sans être alimenté par la masse d’autres textes qui flottent sur internet ?

    Peut-être. Mais avec un mur étanche entre lui et le cloud.

    (Personnellement, je garde une bonne quantité de matériaux dans mes sauvegardes, y compris des fichiers Scrivener, des variantes, etc. Et j’envoie par courriel diverses versions à des bêta-lecteurs. Une habitude à ne pas perdre. J’ai déjà dit ici que l’IA a bien d’autres usages plus intéressants que de nous libérer des processus créatifs. Humainement parlant.)

    On ne sait pas non plus comment évolueront les goûts du public. Pour certains lecteurs, c’est juste le plaisir du livre qui compte, pas son origine. Mais beaucoup de gens sont mal à l’aise à l’idée de se retrouver sans le savoir avec un texte généré artificiellement. Et les choses vont très vite. S’il a une conclusion provisoire pour les auteurs et autres professionnels, ce serait : jouez la transparence. Dire d’avance si on a utilisé l’IA et pour quoi faire – y compris les éditeurs qui s’en servent discrètement aujourd’hui pour examiner les manuscrits… Après, aux lecteurs de se décider. Mais je prends les paris que le livre 100% humain existera toujours, au minimum comme marché de niche

    Bilan des courses.

    Les entreprises qui vendent de l’IA font tout pour rendre leur produit addictif, et comme avec la cigarette, ce sont les clients qui souffrent des effets secondaires.

    C’est dur pour Jerry Falade, l’auteur du livre par lequel l’affaire a éclaté, mais qui sait ? Tout ce battage est aussi de la publicité gratuite. Peut-être que cela attirera un autre éditeur… Ou peut-être qu’il décidera de se lancer lui-même dans l’autoédition. S’il mettait aujourd’hui le texte sur Amazon, il ne manquerait pas d’acheteurs.

    Post-scriptum (05/08/2026) :

    Jerry Falade a décidé de s’exprimer. Il a annoncé avoir engagé un avocat et affirme qu’il n’a utilisé l’IA que pour faire des recherches sur les détails techniques (avec un programme tournant sur son propre ordinateur pour éviter de laisser dans Google des traces de choses comme « comment faire disparaître un cadavre », on le comprend) et pour vérifier des expressions américaines.

    Selon lui, l’une des personnes qui a lu le manuscrit pendant le processus éditorial a entré le texte dans un détecteur d’IA sans son autorisation. Or ces détecteurs sont notoirement peu fiables, avec de nombreux faux positifs même sur des textes classiques… Si ça a suffi à l’agent pour se décider, c’est un peu léger. Il pouvait commencer par demander des explications à l’auteur, qui assure avoir montré son premier jet à un de ses professeurs des années avant. Est-ce que c’est une preuve suffisante pour lever les soupçons ?

    Oui et non. C’est la preuve qu’il a travaillé personnellement et sérieusement sur le roman avant de le soumettre. Mais même avec un simple usage de l’IA pour la recherche et la correction, la crainte des éditeurs est qu’elle recrache tel quel un passage d’un livre sous copyright ou suive de trop près le style d’un auteur déjà publié, et que ça ouvre la voie à un procès. D’où la décision de nombreux auteurs d’éviter totalement l’IA.

    C’est peut-être de la parano mais c’est plus prudent.

    Il y a un autre élément dans la réaction de l’auteur où je suis un peu sceptique : il pense avoir été rejeté parce que noir. Il y a certes eu récemment des auteurs noirs à avoir été accusés d’utiliser l’IA sans le déclarer, comme dans l’affaire Shy Girl. Mais la publicité autour de ces accusations d’IA peut être un bonus : dans le cas de H.M. Wolfe, un autre éditeur s’est manifesté et le roman a fait un très bon début. Ceux qui l’ont refusé doivent se mordre les doigts

    Il y a aussi des créateurs blancs qui ont des ennuis similaires, le dernier en date un vlogueur. Et d’un autre côté, le fait que J. Falade soit nigérian a aussi sans doute été considéré au début comme signe d’authenticité pour écrire sur un sujet de ce type. (Ce qui est une autre forme de cliché, mais passons…)

    Enfin il affirme que « des auteurs blancs se vantent d’utiliser l’IA ». Certains peut-être, mais ils sont nombreux aussi à la regarder comme un fléau et ne pas vouloir y toucher avec des pincettes.


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