« Du sang sur les dunes », un roman et un vrai cadeau (oui, la fin de l’année approche)

Du sang sur les dunes, polar historique signé Irène Delse, paru le 20 août 2021 aux éditions du 81 (ISBN 978-2-915-54373-5)

« À l’été 1805, le capitaine Antoine Dargent enquête sur la mort mystérieuse d’un ingénieur à Calais, en marge de l’immense armée réunie par Napoléon pour attaquer l’Angleterre. Quand il réalise que les plans de l’ingénieur concernaient un nouveau type d’arme capable de briser la supériorité maritime des Britanniques, il doit rapidement reconstituer les papiers manquants avant d’être lui-même victime d’agents anglais prêts à tout pour tuer dans l’œuf une telle invention… »

C’est la 4e de couverture de mon roman Du sang sur les dunes, un polar historique qui devrait faire rêver même des gens qui connaissent bien la période, car tous les éléments sont vrais… C’est juste leur rapprochement qui relève de la fiction. Je n’en dis pas plus, on verra que le sort de la France sous ce 1er Empire déjà mondialisé se décidait parfois très loin de nos côtes, et que la rivalité technologique n’était pas moins rude que celle sur les champs de bataille. On peut en sourire aujourd’hui, vu les liens d’amitié liés depuis avec les Britanniques (au Brexit près), mais en 1805, l’ennemi numéro un était toujours la « perfide Albion », et sa puissance fascinait autant qu’elle agaçait. Et l’Empire de Napoléon inquiétait lui aussi déjà pas mal de monde.

Un roman à dépayser, donc, que je m’étais bien amusée à écrire. Et si on y trouve des échos de problèmes actuels, ou plutôt éternels (préjugés racistes, confiance ou non dans la vaccination, lanceurs d’alerte qu’on n’écoute pas…), eh bien, ce n’est pas du tout involontaire.

Où le trouver ? Dans toutes les bonnes librairies ou grandes surfaces culturelles : Fnac, Cultura, Gibert Joseph (celui de St-Michel et à Barbès)… Et bien sûr les librairies du groupe Furet du Nord, pour qui c’est un sujet d’intérêt régional.

« Mais qu’est-ce qu’il leur faut, dans ce pays ? » Deux articles contre les marchands de déclin

Photo : manifestants du 11/01/2015, sur le socle de la statue, place de la République
11 janvier 2015, place de la République

À lire sur Résistance aux extrêmismes, mon dernier article : « Sommes-nous si fragiles ? » J’y compare la réaction digne et courageuse des Français après les attentats de 2015, avec le discours apocalyptique de l’extrême-droite… Et avec les attentes des islamistes de Daech, qui croyaient que la France allait lancer des chasses aux musulmans et basculer dans la guerre civile.

Je signale aussi « Analyse d’une intox de CNews : déclin et PIB français », texte d’une internaute, Pascale Berrie, qui a décrypté point par point les affirmations d’un présentateur de la chaîne sur un prétendu rétrécissement humilient de l’économie française. J’ai juste assuré la mise en forme et ajouté quelques détails.

Bonne lecture !

« Faux chiffres, réalités falsifiées » : mon article sur Résistance aux extrêmismes

Motion illusion – Fiestoforo, CC 3.0

« Ras-le-bol des chiffres farfelus ! » Ainsi s’exclamait récemment Dominique Seux dans Les Échos, en constatant l’avalanche d’affirmations douteuses des candidats réels ou potentiels aux élections de 2022. Le journaliste économiste faisait le constat que si le fact-checking s’est imposé dans l’ensemble de la presse, il n’a pas fait reculer l’infox, loin de là. Face aux vérificateurs, les acteurs de mauvaise foi ont changé de tactique : au lieu de lancer un chiffre faux, ils en prennent un réel mais sorti du contexte qui lui donne son sens, et lui font dire ce qu’ils veulent…

La suite sur Résistance aux extrêmismes. Merci à Jean Corcos, Muriel Stentzel et Valentin Jaunet.

Spécial Halloween : « Une leçon de Terreur », nouvelle par Irène Delse (gratuit)

Début du texte du roman : "Un homme courait dans la nuit, ombre indistincte au milieu des dunes..."
Mon roman Du sang sur les dunes, aux éditions du 81. Restons dans le sombre…

C’est une courte nouvelle que j’ai écrite l’an dernier pour un spécial Halloween de Rocambole, l’appli de lecture, mais dont j’avais conservé les droits. La voici donc ici en entier, histoire de bien préparer la fête des frissons et des maléfices, la semaine prochaine. Je préviens tout de suite : même s’il n’y a pas de descriptions graphiques, la fin est sombre, très sombre. Je n’en dis pas plus : ce sera assez rapidement évident d’après le texte lui-même.

Une dernière chose : est-ce qu’Antoine Dargent, dans cette nouvelle, est le même que le personnage principal de Du sang sur les dunes ? Peut-être. Ou peut-être est-ce un de ses cauchemars…

* * *

Une leçon de Terreur

Par Irène Delse

Ille-et-Vilaine, automne 1793

Petit-Pierre n’avait jamais vu un homme sortir de terre comme une taupe, tout couvert de mousse et de feuilles pourries, et fusiller à bout portant un soldat sans rien dire, pas même : « Vive le Roi ! », avant de disparaître à nouveau. Les Bleus effrayés s’étaient mis à jurer et à battre les buissons à coup de piques et de plat de sabre, sans rien trouver. Ils n’avaient pas vu non plus Petit-Pierre et sa sœur, cachés dans l’arbre creux par leur mère à l’approche des soldats.

Cela faisait déjà un bon moment. Les enfants avaient faim et soif, mais rien n’aurait pu les faire bouger. Quand leur mère reviendrait, elle leur ferait signe en imitant le chant de la fauvette, c’est ce qu’elle avait dit. Petit-Pierre gardait sa sœur serrée contre lui, et guettait, par un trou de l’écorce, tout ce qui approchait.

Il aurait bien aimé avoir un fusil, lui aussi, et tuer les Bleus. Mais il était trop petit.

* * *

Le peloton avait hésité à s’avancer dans le hallier touffu, noyé d’une pénombre de demi-jour. Le lieutenant Gérard, des Volontaires de la Marne, n’avait jamais vu pareil pays, tout en forêts hantées d’une vie farouche, où chaque bosquet, chaque arbre creux, pouvait abriter les bandits chouans. Le sol même était percé de grottes, chemins souterrains, caches de contrebandiers où les mots d’ordre royalistes se propageaient comme une mauvaise fièvre.

Un coup de feu, soudain. Il accourut, prêt à tout, et dut s’efforcer d’empêcher ses hommes de gaspiller leurs cartouches sur les buissons. Le brigand avait déjà déguerpi.

— Ils ont eu Lahure, citoyen lieutenant !

— Merde. Fais-le porter au village le plus proche. Et vous autres, formez-vous par escouades pour fouiller le bois. Trouvez l’entrée du souterrain, je vous promets qu’on les enfumera comme des putois !

* * *

Dans sa masure, un peu à l’écart du village, Gabrielle terminait ses préparatifs. Quand la vermine bleue arriverait, ils fouilleraient tout, comme à leur habitude, et ils trouveraient le tonneau de vin dans la resserre. C’était son homme qui l’avait ramené, l’an dernier, avant qu’il se fasse prendre et guillotiner. Le pauvre Jacquot avait bien fait un peu de contrebande, mais c’est surtout le message qu’on avait trouvé sur lui qui avait été fatal : une lettre d’un agent des Princes aux chefs de l’Armée catholique et royale…

Elle tendit l’oreille. Les envahisseurs étaient arrivés aux premières maisons du village. Ils avaient dû être bien dépités de ne trouver personne ! Mais il était plus que temps pour elle de partir et récupérer les enfants. Elle s’essuya minutieusement les mains et sortit dans la cour.

* * *

De l’intérieur de l’arbre où il était caché, Petit-Pierre vit soudain approcher d’autres soldats, pas en vestes bleues, ceux-là, mais tout en noir, avec des têtes de mort sur leurs chapeaux en tuyau de poêle. Cette fois, il trembla vraiment, songeant à ce que les vieux disaient à mi-mot, à la veillée, sur le terrible Ankou à face de squelette, et ce qui arrivait aux enfants qui ne se signaient pas au passage de sa charrette…

Petit-Pierre se signa en hâte. C’est le moment que choisit sa petite sœur pour commencer à pleurer.

* * *

Les hussards de la mort passèrent sans s’arrêter, gardant le milieu du chemin creux, par habitude de prudence. Le hallier à gauche, une haie à droite ; le paysage ne révélait aucune présence humaine, mais le brigadier Antoine Dargent, qui commandait l’escouade, ne savait que trop bien à quoi s’en tenir. On aurait pu cacher là un régiment entier.

Ils étaient venus de Paris quelques mois plus tôt, après avoir combattu à Valmy et à Trèves. Cette guerre de buissons était bien différente des batailles rangées que les jeunes patriotes avaient imaginées en s’engageant. Prendre pour emblème la tête de mort des terribles hussards noirs de Brunswick avait été le genre de plaisanterie que l’on fait au moment de regarder en face les canons ennemis. Celui-ci était alors prussien, et c’était l’existence même de la République qui était en jeu.

Ici, un an plus tard, c’était peut-être son âme. Antoine en était venu à détester ces insignes morbides et tout ce qu’ils représentaient ; mais la République n’était pas riche, et il fallait faire avec les uniformes qu’ils avaient, comme avec la pénurie de poudre, de chevaux et même de pain. Les paysans haïssaient les réquisitions, mais le moyen de faire autrement ? Il fallait bien manger.

Apercevant quelques maisons, les hussards ralentirent l’allure. Mais ils virent aussitôt les habits bleus disséminés dans le hameau.

Un homme qui portait des galons de lieutenant s’avança vers eux :

— Citoyens, vous tombez bien ! On vient de nous tendre une embuscade dans ce petit bois. Je requiers votre assistance, au nom de la République, pour aider à fouiller les environs !

Antoine le considéra, mi-amusé, mi-agacé. Les règles étaient parfois un peu floues, dans l’armée révolutionnaire.

— Citoyen lieutenant, on nous attend à Vitré ce soir, sans faute. Je regrette…

À ce moment, des cris perçants, comme de femmes et d’enfants, s’élevèrent dans le village ; un coup de feu retentit ; et le lieutenant se retourna, alarmé, pour rejoindre ses hommes.

Antoine Dargent hésita un instant, partagé entre le devoir et la curiosité.

— Que fait-on, citoyen brigadier, demanda l’un des hussards ?

Il haussa les épaules.

— Pied à terre, citoyens, et prudence en entrant dans le village. Ce ne devrait être l’affaire que d’un moment.

* * *

C’est avec un soupir de soulagement que le lieutenant Gérard découvrit l’occasion du tumulte : une paysanne que ses hommes avaient arrêtée alors qu’elle tentait de gagner les bois. Têtue et maussade, elle marmonnait des patenôtres, la sotte royaliste.

— C’est bon, citoyenne, pas tant d’alarme, nous ne faisons pas la guerre aux femmes, nous autres !

Une des escouades qu’il avait envoyé fouiller le bois revint à ce moment. Le caporal lança en riant :

— Ni aux enfants ! Voyez ce que j’ai trouvé dans un arbre creux !

Il tenait dans ses bras deux petits qui sanglotaient, un garçon d’environ cinq ans et une fillette qui pouvait en avoir trois, qui tendirent les mains vers la prisonnière.

Attendri malgré lui, Gérard décréta :

— Allons, donne-lui ses mioches, citoyen Féraud ! Et toi, citoyenne, tiens-toi tranquille, il ne te sera fait aucun mal.

* * *

Gabrielle avait pris ses enfants dans ses bras avec désespoir, enfouissant son visage dans leurs tignasses blondes pour qu’on ne vît pas l’angoisse qui l’avait saisie. On la poussa dans un coin de la cour. Les soldats allaient et venaient, fouillaient les maisons. Bien sûr, ils cherchaient les gens, qui s’étaient enfuis à leur approche au son du tocsin, mais ils chercheraient aussi des vivres, comme à leur habitude. Et à ce moment…

Elle commença une prière silencieuse. Elle risquait d’en avoir besoin.

* * *

Le village semblait bel et bien abandonné. Antoine allait se décider à partir avec ses hussards quand l’un des Volontaires de Gérard découvrit ce qui mit toute la troupe en joie : un tonneau de vin plein à ras bords.

Bien entendu, il y eut quelqu’un pour vouloir y goûter tout de suite. Et un autre pour s’écrier, avec la méfiance née de mauvaises expériences :

— Citoyens, si c’était un piège ? Tout le village a décampé, et on nous laisse ce cadeau ? À d’autres !

— Donnons-en à cette fille, cria quelqu’un, si elle boit, c’est que le vin est bon. Sinon…

Gérard se rendit à ces raisons.

La paysanne ne fit guère de difficultés pour goûter une tasse de vin. Mais quand le lieutenant, qui n’était pas un méchant homme, voulut en donner aussi aux enfants affamés, elle se récria :

— Non ! Non, je vous en prie…

— Hé, citoyenne, qu’est-ce qui cloche ? Ne me dis pas que ces marmots n’ont pas besoin d’un peu de fortifiant. Ou bien le vin ne serait pas bon, peut-être ?

Elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, pâle comme un linge. Mais elle finit par secouer la tête, et prendre à nouveau la tasse.

* * *

Antoine Dargent soupira. Il ne croyait pas à un piège, mais il n’avait pas l’intention de laisser ses hommes s’enivrer si tôt. Puisque des brigands avaient été signalés dans le bois de tout à l’heure, prétexta-t-il, on allait y retourner, et fouiller un peu.

Les hussards obéirent d’assez mauvais gré. Antoine avait escompté repartir pour de bon, mais la chance voulut qu’ils interceptassent un homme qui tentait de s’esquiver à travers une haie. Vêtu comme un paysan, taché de terre et de feuilles mortes, il portait un fusil qui avait servi depuis peu, et des restes de poudre lui noircissaient les mains.

— Voilà le brigand du citoyen Gérard ! C’est bon, retour au village, camarades ! Et ligotez-moi ce malandrin.

La première chose qui les frappa, ce fut le silence. Une heure au plus avait passé. Les Volontaires seraient donc partis si vite ?

Puis ils virent le premier corps, étendu au milieu de la rue. Puis un autre, qui étreignait la margelle du puits, comme mu par une soif dévorante. Antoine commença à entrevoir ce qui avait dû se passer.

Un cadeau qu’on leur avait laissé, en vérité ! Un brouet de sorcière, concocté avec qui savait quelles plantes de ces bois obscurs, où une armée pouvait disparaître comme si la terre l’avait avalée… Et cette fanatique avait été prête à mourir pour les envoyer à la mort – pire, à y entraîner ses enfants !

Il courut à la maison fatale. Il trébucha sur un corps qui tressaillit et gémit, et tenta de l’étrangler : le citoyen lieutenant Gérard était coriace, le malheureux. Antoine se dégagea. Si cette damnée Chouanne vivait encore…

* * *

Gabrielle souffrait déjà le martyre. Puisse le Bon Dieu lui ôter ça de son Purgatoire… Elle aurait dû boire plus qu’une gorgée, elle serait déjà morte. C’était du feu dans ses entrailles, et surtout dans son âme. Les cris des deux petits… Dieu ! Si seulement un des Bleus était là, pour la transpercer de sa pique…

Une ombre s’approcha, sombre comme la mort.

— Ayez pitié, murmura-t-elle, achevez-moi, ou tuez mes enfants. Ne me laissez pas comme ça…

Antoine la contempla un moment, visage gris de douleur, qui tendait la main vers les deux petits corps agités de spasmes. Poings serrés, il hésita. Puis, délibérément, il l’abandonna à son sort.

FIN

Un roman, deux romans… Et plus si affinités

Photo : mon livre, Du sang sur les dunes, sur un présentoir de librairie
Premier d’une série de romans noirs historiques

C’est encore un peu tôt pour donner des détails, mais je peux déjà l’annoncer : l’année 2022 sera celle d’une nouvelle parution aux éditions du 81 ! Oui, un autre roman signé Irène Delse… Si vous avez suivi ce blog, vous devez avoir une ou deux idées sur le titre précis. Je ne vous en dis pas plus. Mais je suis très, très contente.

D’ici là, ma fois, il y a Du sang sur les dunes, mon polar historique, toujours disponible. Idéal pour un cadeau à une grande lectrice ou grand lecteur. Il n’est pas trop tôt pour penser à Noël, donc… N’hésitez pas à le demander au libraire si vous ne le voyez pas, les livres restent parfois peu de temps sur les tables. Et si vous avez l’occasion d’en parler sur votre forum littéraire favori, en ligne ou IRL, ce serait formidable. N’oubliez pas : mieux ce livre de vendra, plus on pourra envisager d’en publier d’autres ! À bon entendeur, salut.