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  • Un mystère et une nouvelle : mon prochain texte

    Des lettres volées, une belle aventurière, des agents doubles et un trésor plus précieux que de l’or… Dans Paris occupé, après le départ de Napoléon pour Sainte-Hélène, Antoine Dargent va devoir s’exposer pour gagner la partie. Mais ce qu’il en retirera n’est pas forcément ce qui était prévu.

    Ma nouvelle, « La plus grande impudeur », à retrouver dans l’anthologie Énigmes, objets maudits & trésors enfouis, Black Rabbit éditeur, l’une des deux à paraître en novembre.

    Quatrième de couverture où l'éditeur présente l'anthologie

    Le financement minimum a largement été dépassé la première semaine ! Mais la campagne se poursuit sur Ulule et chaque euro supplémentaire servira de bonus : cadeaux pour les contributeurs, illustrations originales supplémentaires…

    Soyons fous ! L’anthologie compte vingt textes inédits, zéro IA, du suspense et pas mal d’humour. Un petit trésor, non ?


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  • Le détecteur d’IA est-il raciste ? Quelques faits pour alimenter la réflexion

    J’ai fait une petite expérience : j’ai pris au hasard des extraits de quatre auteurs et je les ai collés dans Pangram pour les tester. Ils ont tous été jugés « 100% humains ».

    Oh, et une autre chose : c’étaient tous des auteurs noirs.

     robot en train de lire une tablette électronique
    Andrea De Santis sur Unsplash

    J’en parle parce qu’il y a une nouvelle affaire autour d’un écrivain accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle. Cette fois, c’est Simbarashe Kundizeza, un Zimbabwéen écrivant en anglais, dont la nouvelle ”The Blue Fighter » a gagné un prix littéraire avant d’être pointée comme « très probablement écrite par IA » par le détecteur Pangram.

    Et comme après l’affaire Orélien, comme après l’affaire Falade, les accusations de racisme viennent aussi très vite. Tous ces auteurs sont noirs ! On ne ferait pas ça avec des blancs !

    Est-ce vraiment la seule explication ?

    Déjà, premier point important : c’est légitime de se poser des questions. Il y a bien des façons d’être influencé par des préjugés ou des biais cognitifs, qu’on s’en rende compte ou non. Et des problèmes de stéréotypes raciaux et sexistes ont bien été révélés chez certaines IA génératives. Par exemple, si le prompt demande une image de médecin, l’IA va plus souvent dessiner un homme blanc, etc. Quand un LLM ou autre IA manifestent des biais dans leur vision du monde, c’est de nous qu’ils les prennent.

    (Du moins c’était la situation jusqu’à assez récemment. On a aussi vu des phénomènes de surcorrection, comme dans l’affaire des « Nazis noirs », mais ça montre que les gens en sont conscients.)

    Mais revenons à nos auteurs bien humains, et surtout à Pangram.

    Je n’ai pas d’opinion sur la confiance à accorder ou non à ses évaluations. Je me suis juste posé la question : s’il y a un biais, par quel mécanisme s’introduit-il ? Et j’ai fait une expérience que tout le monde peut répéter : tester le détecteur. Regarder comment il fonctionne en pratique.

    Donc je vais sur le site officiel, Pangram.com. (Précision importante, il semble que des gens ont obtenu des résultats bizarres avec des pages qui l’imitaient.)

    Et comme c’était le point en dispute, j’ai choisi des textes d’auteurs d’ascendance africaine — des textes indubitablement humains, étant antérieurs aux LLM — et je les ai collés dans le détecteur. Parmi l’échantillon : André Césaire, Amadou Hampâte Bâ, Mohamed Mbougar Sarr, et pour faire bonne mesure Alexandre Dumas père. Bref en matière d’époque, style, genre littéraire (un essai, un poème, deux romans), j’ai essayé de faire varié.

    1re information : Le résultat. Pangram est d’accord, les textes sont à 100% écrits par des humains

    2e information : Le processus. J’ai juste eu à copicoller des blocs de texte, on ne m’a à aucun moment demandé le nom ou la photo des auteurs. C’est sur le texte que Pangram pratique l’analyse, pas sur la personne.

    Pour le plaisir, j’ai aussi mis dans la moulinette quelques textes que j’avais sous la main : un à moi, un d’une auteure indienne écrivant en anglais, Bulbul Sharma, un autre de Robert Van Gulik, hollandais écrivant en anglais, plus un dont je savais qu’il était le produit d’une IA générative utilisée par une amie dans le cadre d’un exercice.

    Verdict : humain, humain, humain, machine.

    Certes, l’expérience est limitée. Il serait intéressant de la répéter. Mais n’aurait-il pas été bon de commencer par là plus tôt, avant de crier à la discrimination ?

    On peut aussi accorder un autre point aux soutiens des auteurs accusés dans ces affaires : le choix de vérifier si tel ou tel livre est écrit avec l’IA n’est pas forcément neutre. Les lanceurs d’alerte peuvent être motivés par des préjugés envers les auteurs issus d’un arrière-plan culturel différent. Et peut-être aussi qu’ils réagissent plus sévèrement qu’avec des auteurs blancs pris la main dans le sac de plagiat.

    Houellebecq a pu continuer sa carrière, par exemple. Et on a rapidement cessé de parler des accusations contre Patrick Poivre d’Arvor ou de Thierry Ardisson.

    Mais d’un autre côté, Orélien n’a pas souffert niveau ventes, et il est toujours en lice pour le prix Renaudot. Un auteur bien blanc, Raphaël Enthoven, a récemment été épinglé pour des « emprunts non attribués ». Enfin le fait de ne pas être blanc n’a pas nui à la carrière de nombreux auteurs, dont les quatre cités plus haut. Déjà en 1921, le prix Goncourt de René Maran vient illustrer cette ouverture du monde des lettres en France. On pourrait citer beaucoup de noms aussi dans le reste du monde, de Rabindranath Tagore à Han Kang, en passant par Wole Soyinka, pour en rester au plus haut niveau avec le Nobel de littérature.

    Si on laisse aux auteurs accusés le bénéfice du doute, pourquoi pas à ceux qui les critiquent ?

    D’autant que quelques autres petits faits viennent brouiller le tableau. Ainsi, la journaliste qui a soulevé la question de l’IA pour un auteur zimbabwéen, Vauhini Vara, n’est pas blanche elle-même. Chose intéressante, les fondateurs de Pangram ne le sont pas non plus ! Enfin, le prix Caine récompense des auteurs africains écrivant en anglais, donc si Simbarashe Kundizeza ne l’avait pas eu, c’est un autre Africain qui aurait été couronné.

    (Là où il reste peut-être un doute : et s’il y avait des faux positifs chez les auteurs qui écrivent dans une autre langue que leur langue maternelle ? Comme un auteur haïtien écrivant en français de métropole plutôt qu’en créole, un Nigérian en anglais plutôt qu’en yoruba ou haussa… Ce serait intéressant de faire le test. Mais les deux exemples cités plus haut, Sharma et Van Gulik, montrent qu’écrire dans une seconde langue n’est pas forcément un obstacle à une évaluation correcte.)

    Bref il est urgent de ne pas sauter aux conclusions. L’IA est là, elle bouleverse déjà le monde du livre, et si on veut être juste avec les auteurs africains, antillais ou asiatiques, pourquoi ne pas admettre qu’ils ont autant de ressources et de scrupules, ou d’absence de scrupules, que les autres, et donc sont aussi capables de vouloir prendre le raccourci de l’IA ? C’est bien un travers humain.

    Post-scriptum :

    Depuis, les organisateurs du Prix Caine ont réagi et annoncé qu’ils mettaient en place « un processus centré sur l’humain« .


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  • Énigmes, trésors et bien plus : la campagne Ulule est lancée pour les anthologies Black Rabbit

    Ça y est : on peut précommander Énigmes, objets maudits & trésors enfouis, le bouquin où je vous avais annoncé qu’il y aurait une de mes nouvelles !

    Couverture du livre avec un dessin d'une femme-lapine explorant une grotte

    L’objet : une anthologie originale, où une vingtaine d’auteurs et d’auteures laissent libre cours à leur imagination sur le même thème mais dans des genres différents. Science-fiction, fantasy, policier, historique, humour… Il y en a pour tous les goûts. Le texte que j’ai contribué, « La plus grande impudeur », est une aventure d’Antoine Dargent, le héros de mes propres romans policiers historiques. Ça devrait vous dire quelque chose…

    Mais ce n’est pas tout : la campagne permet aussi de financer une autre anthologie, sur le thème de la mort, celle-là !

    Visuel de la campagne : les couvertures des deux anthologies avec le logo de l'éditeur et celui d'Ulule

    Quinze autres nouvelles, même concept, un foisonnement d’imagination et de styles. N’en jetez plus !

    Le projet est porté par un petit éditeur indépendant, Black Rabbit, situé dans la bonne ville d’Arras. Les livres sont écrits et illustrés par des humains, en France, et avec la passion de gens qui aiment lire autant qu’écrire. (Ayant travaillé sur les corrections et les épreuves avec l’anthologiste Guillaume Suzanne, je peux témoigner que c’est fignolé.)

    On peut choisir de commander l’une des anthologies, ou les deux, ou rajouter d’autres titres du catalogue Black Rabbit. Cadeaux de Noël en prévision, qui sait ? Un livre fait toujours plaisir. Et comme pour toute bonne campagne de financement participatif, il y aura des bonus à la hauteur des sommes récoltées : illustrations supplémentaires, jaspage…

    À vous de jouer !


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  • Dr Scénario contre Hercule Poirot

    Manière de parler, bien sûr. Mais la question mérite d’être posée : que s’est-il donc passé avec la série d’adaptations des aventures d’Hercule Poirot par Kenneth Branagh ? Pourquoi des films par ailleurs brillants laissent malgré tout une impression décevante ?

    La public a marché pour les deux premiers puis a boudé le troisième. Peut-être un peu de lassitude à voir encore et toujours des adaptations au lieu d’une création originale ? C’est une tendance lourde à Hollywood, le pari sur l’inconnu est risqué — du moins dans l’esprit des producteurs. Mais Agatha Christie est une mine tellement riche, un matériau tellement populaire qu’on a déjà eu recours à l’IA pour continuer à l’exploiter !

    Alors ? Peut-être, comme la vidéo ci-dessus le suggère, que le problème vient du personnage. Le Poirot des romans d’origine est ce qu’on appelle un héros récurrent, ou héros iconique, pour employer le terme de Robin D. Laws, qui a rédigé la meilleure définition (à mon avis) de ce type de personnage :

    Un héros iconique est un héros dont l’éthos reste le même d’une aventure à l’autre et qui par son action exerce un changement sur le monde qui l’entoure.

    Couverture du livre Beating the Story, par Robin D. Laws

    Dans la fiction populaire, c’est généralement un changement positif : Hercule Poirot, Miss Marple, Sherlock Holmes, Batman ou Superman sont là pour rétablir la justice. Mais il y a aussi des méchants iconiques : Moriarty ou le Joker, par exemple, agents du chaos récurrents.

    Ou, toujours pour citer R.D. Laws, les héros iconiques guérissent le monde, ce ne sont pas eux qui portent un trauma et sont en quête d’une guérison. Tout le contraire des héros qu’affectionne généralement Hollywood, dont l’arc narratif est celui d’une transformation : de la naïveté à l’expérience (Luke Skywalker), de l’égoïsme à l’altruisme (Han Solo), et, très souvent, d’un état de souffrance ou de manque à la guérison, la paix, le contentement, la renaissance (innombrables histoires d’amour, romans d’apprentissage, récit de survivants et j’en passe).

    Dans les films de Branagh, l’arc narratif est moins celui de la résolution de l’énigme que celui de l’évolution d’Hercule Poirot. Ses expériences pendant la Première Guerre mondiale ne sont plus un élément de son arrière-plan, elles le définissent. On s’intéresse à son état émotionnel plus qu’à ses prouesses intellectuelles. C’est lui qui évolue plus qu’il ne fait évoluer le monde.

    Pourquoi pas ? Mais ce n’est pas la même chose. Si on veut une histoire centrée sur l’évolution d’un personnage, pourquoi ne pas en créer une nouvelle ? Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de public pour les arcs narratifs individuels !

    Mais comme le succès même d’Agatha Christie le montre, les héros iconiques aussi suscitent l’appétit des foules. On veut des histoires qui consolent en montrant que l’injustice n’est pas inéluctable, où des gens exceptionnels par leur intelligence (Poirot) ou leur force (Superman) utilisent leurs pouvoirs pour le bien de leurs concitoyens et non pas juste pour leur propre profit.

    C’est fou, c’est comme si le monde qui nous entoure était différent et que s’en évader un peu devenait nécessaire à la santé mentale…


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  • Quand les historiens nous égarent

    Il y a peu d’époques aussi récupérées politiquement que la Révolution française. Événement fondateur et point de rupture, progrès rapides et conflits sanglants, phénomène hors normes ou matrice de toutes les révolutions futures : on a tous les éléments pour une grande empoignade sur son interprétation — et surtout les leçons à en tirer. Ce travail de digestion intellectuelle a commencé avant Thermidor, les acteurs de la Révolution étant conscients eux-mêmes du caractère exceptionnel de ce qu’ils vivaient.

    Mais…

    Il n’y a pas que les politiques pour tordre dans le sens qu’ils veulent l’interprétation de l’Histoire. Les historiens eux-mêmes ne sont pas à l’abri. Voyez Olivier Ritz, dans Une histoire littéraire de la Révolution française (Gallimard, 2026), chapitre VII :

    Photo d'une page de livre affirmant : Des représentations de la Révolution s'imposent entre elle et nous, à commencer par "la Terreur” écrite avec une majuscule. Le mot [...] est disqualifié par l'usage essentialisant qui en a été fait. La "Terreur" comme régime politique d'exception a été une invention rétrospective et le mot fait écran.

    Des représentations de la Révolution s’imposent entre elle et nous, à commencer par « la Terreur” écrite avec une majuscule. Le mot […] est disqualifié par l’usage essentialisant qui en a été fait. La « Terreur » comme régime politique d’exception a été une invention rétrospective et le mot fait écran.

    Et pourtant… L’étiquette de Terreur qui a été posée sur la période reprend les mots des Jacobins eux-mêmes, quand la Convention, sous l’impulsion de Barère, déclare « la terreur à l’ordre du jour » le 5 septembre 1793.

    La radicalisation s’était faite peu à peu. Déjà, en août 1792, après la chute de la monarchie, une police politique est instaurée avec le Comité de sûreté générale. En mars 1793, dans une atmosphère de montée des périls quand la France est menacée d’invasion, c’est au tour de la justice d’être mise sous contrôle : le Tribunal révolutionnaire va sévir contre les adversaires de la République ou supposés tels. Le 17 septembre 1793, la « loi des suspects » vient donner des outils à la répression en permettant d’incarcérer tous ceux sur qui plane le moindre soupçon. Les choses s’aggravent au printemps 1794 avec la « Grande Terreur », quand la procédure devient encore plus expéditive et que les suspects sont quasi automatiquement condamnés à la guillotine. Cela durera jusqu’au 28 juillet 1794, ou 10 thermidor.

    On peut débattre des liens entre 1789 et 1793, de la fatalité ou non du basculement vers l’extrémisme et la violence politique, mais pas de sa réalité. Il s’agissait bien d’un régime d’exception, et le soulagement lorsqu’il a cessé a été général, même chez les plus fervents républicains.

    Au début du XIXe siècle, un ancien député à la Convention, Marc-Antoine Baudot, pourtant de « gauche » lui-même, écrivait :

    Je ne serais pas étonné qu’à l’aide de beaucoup de sophismes la mémoire de Robespierre ne fût un jour réhabilitée dans la mémoire des hommes.

    (Notes historiques sur la Convention nationale, qui ne seront publiées qu’en 1893)

    Ces nostalgiques a posteriori forment tout un courant de l’historiographie française, notamment marxiste, qui réhabilitent Robespierre et Saint-Just, relativisent la nature du régime de 1793 ou plaident la nécessité de la Terreur, tout comme ils justifient en 1917 la « dictature du prolétariat ». On peut ne pas être d’accord, surtout quand il y a tant de documents et de témoignages pour éclairer la période d’une lumière plus crue.

    Ô ma patrie en larmes ! ô malheureux Français ! que vous aura servi d’avoir renversé des bastilles, si des brigands viennent danser dessus et nous égorgent sur leurs débris ? » (Beaumarchais, mémoire à la Convention, 6 mars 1793)

    Les historiens se plaignent justement de l’instrumentalisation de l’Histoire par les mouvements politiques. Mais est-ce leur faire injure que de remarquer qu’ils ne sont pas exempts de biais idéologiques ni d’esprit de chapelle ?


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