Mes héros sont capitalistes ? Oui, et c’est aussi un peu un mystère pour moi…

Du sang sur les dunes, par Irène Delse, aux éditions du 81

C’est un fait que j’ai constaté en cours d’écriture de mon premier roman policier historique, Du sang sur les dunes : on parle beaucoup de la façon dont le héros, Antoine Dargent, parvient à s’enrichir. Et ce sera encore plus net dans le roman de la même série qui devrait paraître en octobre de cette année, Mort d’une Merveilleuse.

C’est normal pour un héros du XIXe, vous me direz : c’est le siècle de la bourgeoisie et des fortunes basées sur des « coups » spéculatifs. On est là en plein Balzac, mais aussi, ne l’oublions pas, Hugo, qui dans Les Misérables a dépeint avec « M. Madeleine » (alias de Jean Valjean) un entrepreneur qui s’enrichit grâce à l’innovation avant de faire le bien autour de lui. Il a aussi consacré Les Travailleurs de la mer à un aventurier du capital, un entrepreneur qui croit en l’avenir de la machine à vapeur pour les transports maritimes et y risque tout ce qu’il a. Bref, c’est parfaitement raccord avec l’esprit de l’époque.

Mais ce n’est pas tout : dans Augusta Helena (dont le premier tome est paru en janvier 2022), l’un des personnages principaux, Lucius Aurelius, se montre aussi un entrepreneur avisé, avec toujours l’œil pour le profit à petite ou grande échelle, comme on peut s’y attendre d’un membre de la classe dirigeante romaine de l’époque, faite de grands latifundiaires qui font fructifier leur capital en prêtant à des entreprises diverses : manufactures (on a notamment une bonne documentation sur les ateliers de poteries), commerce au long cours…

Je semble donc attirée vers ce genre de personnage et de situation. Il faut dire que c’est fascinant comme aventure humaine. Mais cela me plonge dans une certaine perplexité : c’est vraiment loin, très loin de mon milieu d’origine et de mes expériences personnelles. Quasiment toute ma famille proche est dans la fonction publique, par exemple. Et c’est mon cas aussi.

En revanche, question lectures… C’est vrai que j’ai beaucoup fréquenté Donald Westlake/Richard Stark : ses histoires de gangsters sont aussi « une continuation du capitalisme par d’autres moyens », pour paraphraser Clausewitz. Il s’agit toujours de l’argent et de ceux qui cherchent à le contrôler. Mais si on veut la source principale, à mon sens, de cette inspiration, il faut regarder du côté de l’écrivaine de fantasy Chelsea Quinn Yarbro et de sa série Saint-Germain. Vers les années 2009/2010, j’ai découvert et… dévoré. Sans être exceptionnellement bien écrite ou documentée (sur certains points, il y a même des lacunes impardonnables), c’est un exemple passionnant de série qui fait évoluer un héros récurrent sur une longue période, et aussi un exemple de capitalisme au service d’une intrigue romanesque.

On me dira que prendre un héros riche est une ficelle fréquemment utilisée par les romanciers, pour des raisons bêtement pratiques : pour qu’il ou elle soit dégagé de la nécessité de gagner son pain et puisse se consacrer à son hobby de détective, dirons nous. (Pensons à Hercule Poirot et tous les détectives armateurs.) Mais ici, c’est autre chose : le capital est une source de reconnaissance sociale autant qu’un moyen d’action dans le monde, c’est un élément essentiel de l’identité du personnage en même temps qu’une source de dangers, à cause des convoitises qu’il génère.

Bref des situations offrant un riche matériau pour nourrir une intrigue ! Et c’est exactement ce qui se passe avec Augusta Helena et Du sang sur les dunes. Entrelacée dans l’intrigue principale, il y a aussi toutes ces questions de capital, d’enrichissement, d’opportunités à saisir… Et de risques à prendre. On est dans le suspense, après tout.

Mort d’une merveilleuse : finalement, le roman sortira le 7 octobre, désolée du retard

Changement de programme par rapport au dernier billet.

Oui, je sais, il y avait eu le même gag l’an dernier… Mais on n’y peut rien, le monde de l’édition n’a pas changé substantiellement entre temps. Donc Mort d’une Merveilleuse, dont la sortie était prévue pour le 19 août, paraîtra finalement le 7 octobre.

La mauvaise nouvelle, c’est que vous aurez un peu plus longtemps à attendre. La bonne (pour moi), c’est que cela laisse plus de temps pour parler du livre. Je croise les doigts.

Mort d’une Merveilleuse : mon prochain roman à paraître en octobre (nouvelle date)

Couverture du roman Mort d'une Merveilleuse : peinture représentant une femme brune dans une robe blanche légère et un châle brodé, sur fond de colonnes de marbre.
Mort d’une Merveilleuse, par Irène Delse, Éditions du 81

C’est tout chaud : mon prochain roman, Mort d’une Merveilleuse, à paraitre le 7 octobre (NB : date modifiée par l’éditeur), est en précommande à la Fnac, chez Decitre, Amazon, Cultura, Furet du Nord, Gibert, La Procure, dans des libraires indépendantes comme Ici Grands Boulevards… Et chez LesLibraires.fr plus généralement !

C’est toujours un roman noir historique, cette fois sous le Directoire. Pour citer la 4e de couverture :

« À l’hiver 1797, le capitaine Antoine Dargent rentre à Paris après la campagne d’Italie, mais, à peine arrivé, il trébuche littéralement sur le cadavre d’une mystérieuse jeune femme. Son enquête le mène dans un noeud d’intrigues qui pourraient compromettre le prétendant au trône de France Louis XVIII, alors en exil. Toutefois, avant de faire éclater la vérité, il doit rester en vie car l’assassin rôde toujours. »

Quant au tome 2 (et dernier, ouf) d’Augusta Helena , ce sera pour le 21 octobre. Encore un petit moment à patienter.

#Roman Augusta Helena : tout ce que j’ai inventé

Couverture du roman "Augusta Helena", par Irène Delse : détail d'un vitrail représentant Sainte Hélène de Constantinople, tenant une croix

Dans le précédent billet, je détaillais tout ce que je ne n’avais pas eu besoin d’inventer en écrivant Du sang sur les dunes, parce que la matière historique était déjà si riche. Mais parfois ce n’est pas si simple.

Avec Augusta Helena, par exemple, un roman qui se passe sous l’Empire romain à l’époque de Constantin, la distance temporelle qui nous en sépare est tellement énorme et les bouleversements historiques depuis tellement profonds que l’information disponible est bien souvent manquante.

Qu’on en juge : en m’embarquant dans ce roman, je ne connaissais ni le lieu de naissance de mon héroïne, ni son âge, ni où et comment elle est morte. J’avais quelques indications sur ses origines sociales, parce que c’est une chose qui avait défrayé la chronique à l’époque, mais je n’étais même pas sûre que son vrai nom était Hélène, et non un nom élégant pris pour s’élever dans le monde. Quant à la religion chrétienne, si importante dans sa vie et celle de son fils, les témoignages d’époque se contredisent sur l’époque et la manière de sa conversion.

Bref il a fallu inventer. Beaucoup inventer. Et pas que pour Hélène. Combien de personnages historiques bien attestés de ce temps ne nous sont connus que par une liste de faits et de dates secs, sans qu’on ait accès à leurs émotions, à leur vécu personnel ? Princes et princesses de la famille impériale, évêques, généraux, artistes, mystiques dont l’histoire a reconnu le nom : ils restent inaccessibles, simples silhouettes sur le mur de la caverne…

Par exemple, il y l’évêque de Rome, Sylvestre (celui qui sera immortalisé comme Saint-Sylvestre), qui a fait construire la toute première basilique sur le Vatican. On sait que c’était un homme de pouvoir, comme tous les dignitaires religieux de l’époque ou presque. Ses relations avec Constantin étaient-elles tendues ou cordiales, était-il manipulateur ou manipulé ? Et comment se passait la coexistence avec la majorité païenne de Rome ? Car si une partie de l’Empire avait déjà basculé du côté chrétien, surtout dans la partie grecque, Rome, l’ancienne ville latine, faisait de la résistance !

Il a fallu à chaque fois imaginer, mettre des couleurs et des émotions sur les énoncés laconiques de l’histoire. Qui était Hélène ? Pourquoi est-elle partie vers la Terre Sainte ? A-t-elle vraiment trouvé la Croix du Christ, comme une tradition postérieure l’affirme ? Et quel a pu être son rôle dans le drame qui avait secoué la famille impériale peu avant cela, la mort de l’épouse et du premier fils de Constantin ?

Une chose était sûre au départ, pour moi, du moins : impossible que cette mère dont Constantin était très proche, et à qui il faisait une entière confiance dans les domaines religieux et politiques (le fameux voyage en Orient était une tournée d’inspection pour le compte de l’Empereur), impossible qu’elle ait tout ignoré de l’affaire.

Restait à mettre de la chair sur ces os. Ce qui m’a obligée à faire des choix, que certains pourront trouver arbitraires. Mais j’ai fait attention à ne pas contredire ce que l’on savait de façon sûre. Par exemple, les recueils d’édits impériaux dictés par Constantin durant le voyage de Rome à Constantinople nous donne les dates auxquelles le cortège impérial s’est arrêté en route : à Milan, à Plaisance, en Illyrie, à Thessalonique… À partir de là, et des informations sur les lieux à l’époque concernée, on peut brosser un tableau où les personnages peuvent évoluer, de rencontrer, se quitter, se heurter… D’autres sources viennent rajouter des détails intéressants, comme l’archéologie, qui nous donne une idée de ce à quoi ressemblait la vie quotidienne sur une villa romaine, dans une ville de garnison, dans une ville grecque, syrienne, palestinienne…

Parfois, il faut essayer d’imaginer à quoi ressemblait un bâtiment disparu, non pas tel que sur un plan d’architecte, mais comme il se présentait aux passants dans la rue. Le palais du gouverneur de Césarée, nous dit-on, était couvert de marbre blanc. Il devait donc luire au clair de lune. Ce n’est pas une information que j’ai pu trouver dans les textes, mais j’en suis à peu près aussi sûre que si je l’avais observé.

Et j’ai imaginé Hélène. Non pas la personnalité historique, la sainte des églises catholique et orthodoxe, mais une Hélène, une femme complexe et pleine de contradictions, mais qui pourrait être chez elle dans la pourpre du palais impérial comme dans la poussière au pied du Saint Sépulcre.

Romans historiques : tout ce que je n’ai pas inventé

Couverture de mon roman "Du sang sur les dunes" : détail d'un tableau du 18e siècle montrant des bateaux de pêche près d'une jetée, par gros temps.

Quand je me suis lancée dans l’écriture du roman policier historique Du sang sur les dunes, j’avais en tête l’idée de faire quelque chose sur l’épisode du « camp de Boulogne », le projet chimérique d’invasion de l’Angleterre par Napoléon Bonaparte. Une histoire que l’on connaît peu aujourd’hui dans le grand public, parce qu’elle a échoué, mais qui a mobilisé pendant trois ans des énergies considérables. Mais cela en fait un cadre fascinant pour une intrigue politico-policière !

Ce n’est pas le seul cadeau que la plongée dans la documentation m’a offert. Ce début de 19e siècle était une époque bouillonnante sur le plan des sciences et des techniques, de l’art, de la politique, des mœurs. Je n’ai pas eu à inventer pour mettre en scène par exemple Sophie Blanchard, pionnière de l’aérostation, ou le mariage de la scandaleuse Thérésa Cabarrus avec le prince de Caraman-Chimay.

Je n’ai pas inventé non plus la campagne de vaccination contre la variole, pour laquelle l’Empire mobilisait les sages-femmes autant que les médecins et officiers de santé.

Je n’ai pas inventé les expériences sur le tout premier sous-marin, le Nautilus de Fulton, ni les balbutiements de la navigation à vapeur.

Je n’ai pas inventé les aventuriers européens au service des princes et sultans indiens, l’alliance sans lendemain de la France avec certains de ceux-ci contre les Anglais, ni l’expédition du général Decaen dans l’océan Indien, sans laquelle nous n’aurions peut-être pas aujourd’hui un domaine maritime aussi considérable.

Je n’ai pas inventé non plus la politique brutale de Bonaparte envers les Noirs, même libres et vivant en métropole. On sait qu’il a rétabli l’esclavage aux colonies, mais il y eut aussi l’interdiction aux Noirs et métis de vivre dans la capitale, et la mise à l’écart, dans l’armée, des officiers noirs, dont certains s’étaient pourtant couverts de gloire pendant les guerres de la Révolution, comme le général Dumas… Tout un pan d’Histoire humaine qui ne demande qu’à nourrir des histoires. Et donner à penser.