Archives mensuelles : avril 2010

Titres cultes, zéro DRM : EZTakes, le service vidéo pour geeks cinéphiles

Téléchargement vidéo ? Ciné-club en ligne ? Eh non, l’info importante du jour n’est pas la disponibilité de films sur iTunes en France ! Enfin, pas l’info vraiment importante…

Pendant ce temps, une autre boutique de vidéo en ligne fait parler d’elle : EZTakes (prononcer « i-zi-teïks », amis francophones). Plus de 5000 titres indés, classiques ou culte à regarder en ligne, mais surtout à télécharger sous forme de fichier mp4 et/ou de DVD à graver. Et ceci dans des formats lisibles où on veut, quand on veut, sur un ordinateur, un baladeur vidéo ou la télé du salon ! Pas de DRM, pas de restrictions sur le nombre de transferts vers des appareils mobiles ni sur la conversion dans d’autres formats de fichiers, pas de casse-tête pour les linuxiens…

En fait, Jim Flynn, le fondateur, ne cache pas s’être inspiré des critiques portées contre les services de VOD classiques et d’en avoir pris le contre-pied.

Quant aux prix, ils s’échelonnent de zéro, pour de nombreux films en streaming gratuit, jusqu’à près de 20$ US pour un titre comme le Ju Dou de Zhang Yimou, avec Gong Li (qui avait été distingué à Cannes et aux Oscars, tout en restant interdit en Chine). Mais pour la plupart, l’éventail va de 2 à 12 $ US.

Ce qui est très raisonnable, d’autant qu’on obtient quatre formats pour le prix d’un : streaming, plus téléchargement du DVD, plus deux fichiers mp4, l’un en haute qualité pour le plein écran, l’autre compressé pour être vu sur baladeur.

En fait, ça va être difficile de trouver à redire à EZTakes. Par exemple, il faut certes installer un logiciel Windows pour accéder au téléchargement d’images DVD… Mais pas pour télécharger les fichiers vidéo, y compris celui de qualité identique à celle d’un DVD. (Que l’on peut ensuite graver soi-même sans restriction, d’ailleurs.) Bref, ce n’est pas moi qui irai me plaindre…

Question navigation, usage du site : c’est extrêmement facile, même si on ne maîtrise pas tout à fait l’anglais.

On peut fureter dans le catalogue (par genres, par collections, par époques ou par prix) ou faire une recherche sur un titre ou un artiste particulier. La page de chaque œuvre permet de lire les critiques et de voir au moins un extrait en ligne avant d’acheter. Enfin, d’un clic sur le gros bouton « Download », on accède au passage en caisse. Pas de prise de tête non plus à ce stade : l’acheteur hors USA pourra sans problème régler avec Paypal, et télécharger ses emplettes sans délai.

Quant au catalogue, on ne sera pas déçu si on cherche des grands classiques à petit prix (Le Cuirassé Potemkine, M le Maudit, Les 39 Marches, Buster Keaton…) ou des films cultes, de la zérie B jusqu’à Z, des Chasses du Comte Zaroff à La Nuit des Morts-vivants, en passant par White Zombie et même Le Père Noël contre les Martiens – un film en concurrence avec ceux d’Ed Wood pour le titre de pire œuvre de cinéma jamais tournée…

Les amateurs de films d’arts martiaux, de péplum, d’espionnage ou de western ne sont pas en reste. Et le choix (vaste) de documentaires recèle des incontournables, comme The Real Middle Earth, sur les sources d’inspirations de J.R.R. Tolkien, ainsi que sur la difficulté de traduire visuellement au cinéma ce qu’il avait créé par les mots et en imagination.

Petit, ou gros regret, enfin. Comme le site est conçu pour des cinéphiles américains à la recherche des œuvres délaissées par les circuits de distribution locaux traditionnels, on trouve même une bonne petite sélection de films francophones… Mais la quasi-totalité est indisponible à la vente en France !

Non, mais, ho, les producteurs et distributeurs de l’Hexagone, vous pensez à quoi, là ?

Bande de nuls. Tiens, je vais me consoler en allant plutôt regarder, parmi les films disponibles, un petit joyau du cinéma d’animation anté-CGI : Le Rossignol et l’Empereur de Chine, Jiří Trnka.

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Map of Paris hand-drawn by (presumably) juvenile American A-hole

Update (25/08/2010):

Well, it wasn’t an American. In shocking truth, the artist is a Parisian guy! Thanks to reader sarah g for the info. This stuff is still kinda funny, though. Both funny and infuriating.

So I live in a neighborhood best described by « North African drug dealers ». In ALLCAPS, please. Huh? Other places of interest in the city are « Chinese food », « BBC », « Gays and Jews », « Palais de Tokyo » and « ex-intellectual privileged assholes ».

(Which is an obvious error, by the way: there’s nothing « ex- » about the privileged intellectual assholes in the area. But I digress.)

This is a from a map of Paris hand-drawn for a Slate reader by a friend, who, presumably, lives or had lived there:

Note the very prominent touristy landmarks, Anglo-American world-view (did he really confuse the Radio France building with the BBC??), and huge majority of disdainful, bigoted, judgmental or simply boorish descriptions. Only one regret: the artist didn’t sign his or her name. Maybe we can guess: « Ugly American »?

And isn’t it interesting that the Chinatown-like neighborhood is labeled « Chinese food » (and not something like « Triads »), when the North African one is all « Drug dealers », not « Food ». Show me your prejudices…

Oh, and they didn’t mention the tourists either! Lots of loud, obvious, oblivious tourists. No few of them are Americans. And don’t even get me started on the ex-pats!

Okay.

/End rant. 😉

The map actually comes from a thought-provoking article by Julia Turner in Slate:

« It’s a guide to the neighborhoods of Paris, put in terms a young New Yorker can understand. Although the map is simplistic and juvenile, the effort to match Parisian arrondissements with demographically corresponding areas in Brooklyn is a conceptually interesting way to present information about an unfamiliar town. »

Conceptually, indeed. It may even be useful if you are a foreigner in the city and trying to score drugs, locate a gay bar, find a rabbi, or simply wanting to know where to go for above-average Chinese restaurants.

Now, I guess that a hand-drawn map of, say, New York or Los Angeles, made by a typical foul-mouthed Parisian smart-ass would also be… pretty interesting.

Collection printemps-été 2010 chez WordPress

Disons que je teste le thème Twenty Ten, un nouvel habillage pour blogues de chez WordPress. J’aime bien la clarté et la sobriété de la mise en page, ainsi que la possibilité de personnaliser l’en-tête, le fond de page et les polices de caractère (ces dernières grâce à l’outil Typekit inclus).

Bref, visuellement, très bien. La traduction partielle me chiffonne un peu, toutefois. Le mélange d’anglais et de français est bizarre et plus agaçant qu’une interface monolingue…

Mais on verra ce que ça donne à l’usage.

Actu télescopage, ou petite chronique des discriminations françaises

Deux brèves, deux instantanés de la France d’aujourd’hui. Où il vaut mieux être blanc et chrétien que musulman et avoir le teint foncé. Quoi que certain(e)s, par confusion ou malhonnêteté, essaient de prétendre.

Inversion des effets et des causes : Bernard Debré, député UMP, doit absolument tenir à recueillir l’entonnoir familial. « Tergiverser » ? Dites plutôt que c’est en battant vigoureusement la mayonnaise islamiste (en sortant des dossiers quelques cas soigneusement choisis, par exemple) que le gouvernement aide le FN à prospérer. Écoutez donc le cri de la poêle quand elle proteste après le poêlon…

Causes idéologiques, conséquences humaines : au commissariat de Juvisy, dans l’Essonne, on arrête un homme présumé n’avoir pas ses papiers en règle. Et avec lui, son fils de trois ans, laissé pendant deux heures en garde à vue avec son père menotté.

Pas d’omelette sans casser d’œufs, comme dirait certain avocat.

En d’autres termes, à force de déshumaniser régulièrement, en paroles comme en pratique, certaines catégories de population (ici, les étrangers, ou tous ceux qui en ont l’air, vu la façon dont se pratiquent les contrôles d’identité), en multipliant contre eux les lois d’exception, en les montrant plus ou moins subtilement du doigt comme premières et principales cause de divers problèmes économiques ou sociaux (selon une logique revenant à peu près à blâmer les lapins pour les accidents de chasse), forcément, on fait tout pour que les « bavures » se multiplient. Quelle surprise.

Je remarque en passant que l’article de 20 Minutes écrit que le père arrêté à Juvisy était « en situation irrégulière », sans source ni conditionnel, alors que s’il est en garde à vue, son cas n’est pas encore jugé, et il est présumé innocent selon la loi.

Mais c’est un exemple, parmi une myriade, de la façon dont une certaine pratique du deux poids, deux mesures est assez largement entrée dans les mœurs lorsqu’il s’agit d’étrangers. Surtout s’ils ont le teint foncé ou basané, un nom exotique et des habits itou. Et s’ils sont musulmans, s’ajoute le soupçon toujours présent d’un possible « intégrisme », voire d’appartenir à une « mouvance » terroriste (ah, ces termes vagues et attrape-tout…) – et, en arrière-pensée de l’imaginaire islamophobe, de vouloir convertir le bon peuple gaulois, et surtout imposer le voile à « nos femmes », comme on lit parfois dans la réacosphère. Qui révèle par là combien elle est engluée dans des positions héritées du colonialisme. Touche pas la femme blanche…

S’il n’y avait que des groupes réacs pour appeler à la discrimination légalisée, le problème serait déjà sérieux, mais limité.

Or il y a toujours eu des passerelles entre les factions extrémistes et les « partis de gouvernement » (distinction artificielle, d’ailleurs, et qui sert surtout à éviter qu’on se pose trop de questions sur ces liaisons dangereuses). Et ce sont les autorités françaises (avec la complicité indifférente ou l’approbation d’une bonne partie de la population, il faut le dire) qui donnent trop souvent l’exemple de la stigmatisation des minorités visibles.

J’écrivais plus haut qu’en France, aujourd’hui, mieux vaut être blanc et chrétien (ou juif, bouddhiste ou athée, soyons justes) que noir ou arabe et musulman. J’ai failli ajouter : « riche que pauvre, français qu’étranger »…

Mais l’affaire Hebbadj, à Nantes, montre qu’une famille aisée et de nationalité française peut parfaitement se retrouver dans le collimateur juridico-médiatique d’une campagne de stigmatisation déclenchée en haut lieu, lorsque son profil est suffisamment exotique pour faire oublier à la presse, au moins un temps, quelques « détails » gênants.

La légalité de toute l’opération, par exemple. On a une personne arrêtée à cause de son apparence, verbalisée sous un prétexte tiré par les cheveux, des gens montrés du doigt à cause de leur religion et d’un mode de vie qui n’a rien en soi d’illégal.

Vous avez dit lynchage ? Fabrication de boucs émissaires ? Ben tiens.

(Qu’on me permette d’insister un peu sur ce rien d’illégal. En effet. Ou sinon, il faudrait mettre hors la loi le fait d’avoir des relations sexuelles avec plusieurs adultes consentant(e)s. La République laïque ne reconnaît pas le mariage traditionnel musulman, pas plus d’ailleurs que le mariage traditionnel catholique et son indissolubilité. Mais heureusement, elle ne se mêle pas – encore ? – d’interdire le fait d’avoir des maîtresses ou des amants, ni le polyamour. Ou sinon, on connaît une certaine chanteuse qui aurait des ennuis avec la loi… Avis à ceux et celles qui pensent que contre « l’intégrisme » musulman, la fin justifierait les moyens.)

Finissons. Si j’y arrive.

On me dira peut-être que j’ai bien tort d’en écrire si long là-dessus, vu que c’est un fumigène, un pétard lancé dans les jambes des journalistes pour les faire courir après un épouvantail, au lieu de s’intéresser de trop près aux chiffres du chômage, aux révélations sur l’attentat de Karachi, au voyage du préz’ à Canossa (pardon, en Chine), à la petite cuisine des gouvernements de l’UE face à la crise grecque, ou encore au feuilleton jamais interrompu d’absurdités de l’Hadopi.

Oui, absolument. Tout cela est vrai. Mais si on s’imagine qu’en ne parlant pas des fantasmes racistes, et de leur exploitation politique, on les empêche de prospérer, c’est qu’on prend encore une fois la conséquence pour la cause.

Les fumigènes marchent parce qu’il y a déjà beaucoup de gens qui ont de la fumée dans les yeux.

Des gens prêts à s’exciter en entendant les mots « burqa » ou « polygame », il y en a dans les rédactions comme parmi les consommateurs de médias, devant les écrans télé et Internet, et chez le marchand de journaux du coin. C’est parce que le terrain est propice aux fantasmes que le gouvernement peut les cultiver.

En parler ou pas en parler ? Pile je gagne, face tu perds. Alors ?

Alors, si se borner à réagir, à chaud, peut nourrir le phénomène, il ne faudrait pas pour autant s’interdire d’y regarder de plus près. De chercher la logique du système sous le fait-divers, d’en tirer les conséquences, d’en exposer les enjeux.

En espérant secouer un peu ledit système.

Par exemple, et pour revenir aux cris de paons de tous ceux qui, à droite (et parfois hélas aussi à gauche), agitent l’épouvantail de l’intégrisme, on peut commencer par leur faire remarquer une chose qui est si évidente qu’elle semble leur crever les yeux : toutes ces prohibitions de vêtements ou d’insignes religieux qu’ils réclament sont un prolongement direct et quasiment en miroir des interdits religieux intégristes. Qui doivent se réjouir d’imposer ainsi leurs préoccupations particulières à ceux-là mêmes qui prétendent les combattre !

Et dans le cas de cet autre épouvantail, le FN, contre lequel le gouvernement tonne tout en pratiquant une politique inspirée par ses idées : mes chers messieurs-dames, quand on fait tout pour normaliser, et même légaliser, le délit de sale gueule, on est mal placé pour geindre ensuite que l’extrême-droite attend avec gourmandise de recueillir dans les urnes les fruits que l’on a soit-même fait pousser.

* * *

« Sometimes, just talking sense is an act of revolution. » — Dana Simpson

Attention, les tablettes tactiles arrivent

Parce qu’il n’y a pas que l’iPad dans la vie, PC INpact a eu la bonne idée de faire un tableau comparatif des principales concurrentes qui se bousculeront bientôt sur le marché français. Asus EeePad, HP Slate, les PC Tablet et Home Tablet d’Archos, la futur bébête de Google… Plus une certaine JooJoo, du constructeur singapourien Fusion Garage.

Celui-ci a déjà défrayé la chronique : le blogueur Michael Arrington (TechCrunch), qui a travaillé sur le développement de la tablette, accuse FG accuse d’avoir volé ses idées. À suivre.

On aurait enfin trouvé l’œuvre des cinq gus dans leur garage…

Un grain de prudence, tout de même : la plupart de ces machines ne sont pas encore disponibles, soit qu’elles n’existent qu’en version US (l’iPad), soit qu’elles restent en cours de développement (HP Slate, Google Pad). D’autres sont annoncées, mais pas encore en magasins. Les caractéristiques annoncées sont donc sujettes à révisions.

Grand débat littéraire : Chacun-ses-goûts contre Best-seller-vite-torché (XLXIIe édition)

C’est dur à croire, et pourtant… Je me suis retrouvée prise sur Facebook dans une chaude controverse à propos de Marc Lévy. Ou plutôt à propos des jugements de valeur en littérature en général, et du bien-fondé de l’expression « mauvais goût » appliquée à un best-seller en particulier.

(Oui, d’accord. Je cherche les problèmes, là. Et je fréquente sûrement trop Facebook. Mais le moyen de faire autrement. C’est quasiment le seul endroit en ligne où je peux discuter avec certains de mes amis… De vrais amis.)

Bref, en réagissant aux « suggestions » générées automatiquement à mon intention sur la page d’accueil (le spam institutionnel, quoi), je poste :

Et vlan ! Que n’avais-je pas dis là.

Réaction d’une Facebookienne et écrivaine :

même si je ne suis pas fan de cet auteur, cela voudrait dire que 20 millions de lecteurs ont mauvais goût ^^ je n’approuve pas ce côté réducteur.
Tu n’aimes pas, point 😉

Et un Facebookien (qui lui aussi écrit) de renchérir :

Sans parler de qualité ou de goût, il semble répondre à une demande du public. C’est déjà très appréciable. En dehors de ça, je n’ai pas d’avis… 😉

(Petite remarque au passage : je suis frappée par la façon qu’ont ces commentateurs de ne pas s’engager, d’éviter tout jugement ou même expression d’un avis personnel. Mais dans ce cas, pourquoi intervenir pour critiquer mes opinions ? S’ils suivaient à fond leur logique et pensaient vraiment qu’un avis en vaut un autre, ils me laisseraient penser ce que je veux. Non ?)

Là, forcément, je dis tout le mal que je pense de l’argumentum ad populum, ou raison de la majorité :

Désolée, mais l’argument de la popularité n’est pas valide. L’homéopathie aussi est populaire, ça ne veut pas dire qu’elle marche…

Quand je parle de la qualité ou non d’un livre, me répondre que ça se vend bien et que des tas de gens le lise[nt] est sans doute intéressant du point de vu d’une étude de marché, ou de la sociologie de la culture, mais cela n’a *strictement* rien à voir avec les jugements que l’on peut porter dessus au plan artistique. Pour reprendre mon parallèle avec l’homéopathie (ou l’astrologie, s[i] on veut) : c’est une pratique courante, que beaucoup de gens trouvent agréable et qui sert de base à une industrie florissante, mais cela ne dit strictement rien sur le contenu des petites pilules (ou la vérité des horoscopes).

(Je corrige entre crochets mes horreurs de frappe. Réseaux sociaux, laboratoires de la mal-langue.)

S’ensuit un vaste débat, pendant mon absence, sur la possibilité ou non de porter un jugement sur un livre, et sur le poids à accorder aux jugement des autres. Assaisonné de quelques interventions tranchantes et d’envois de fleurs.

Comme lorsque arrive une éditrice qui n’a pas sa langue dans sa poche :

Désolée, votre culture littéraire [celle d’une personne qui venait de dire qu’elle avait aimé Si c’était vrai « mais pas les autres »] est insuffisante pour comprendre pourquoi vous avez lu une daube. Maintenant, tout le monde n’a pas de culture littéraire, tout le monde n’a pas les capacités de faire la différence entre une œuvre littéraire et une historiette racontée. Tant mieux pour vous si vous avez aimé, personne n’ira vous le reprocher. Par contre vous [s’adressant aux gens qui ne veulent pas aller contre la sanction du marché], et tous les autres à nous faire ce genre de réflexion particulièrement gonflante et pompante, tâchez de comprendre que ce serait bien d’assumer votre mauvais gout au lieu de faire la morale à deux sous lorsque quelqu’un a un avis qui ne vous plait pas sur la question.
Zut à la fin, quoi, ras le bol.
S’ensuivent des réponses assez classiques, quoique sur un ton fort soft, par contraste : les autres intervenants ne manquent pas de déplorer un tel « élitisme » et conseillent (perfidement…) à la contradictrice de lire Matin brun comme remède à la « pensée unique ». (Mais qu’est-ce que cette expression déjà passe-partout vient faire là ? On ne sait plus ce que n’importe quoi veut dire, là.)
Sur ce, le temps passe (il n’a rien d’autre à faire), je me reconnecte et essaie de me dépatouiller avec le résultat.
Disons que je remets mon grain de sel. Avec l’avantage d’avoir pu cogiter entre temps. J’essaie de varier les métaphores (en songeant au problème des « bruits » ou filtres de la communication) et surtout de distinguer entre les différentes choses que l’on peut dire en jugeant un livre ou son auteur :
[D]ire qu’un livre de Marc Levy est à un bon roman ce qu’une barquette du rayon light de Carrefour est à un repas savoureux, c’est juste reconnaître qu’on ne lit pas tous de la même façon. Pas plus qu’on [ne] se nourrit de la même façon. Le tout-prêt-facile-qu’on-mange-vite-qui-reste-pas-sur-l’estomac, ça dépanne, mais ça ne remplace pas la cuisine. Après, à chacun de décider si ça vaut la peine ou non d’éduquer ses papilles. Je ne force personne, mais je n’irai pas non plus prétendre qu’il n’y a pas de différence, quand il y en a.

[…] souviens-toi, un  jugement sur la *valeur littéraire* d’une œuvre n’a rien à voir avec un jugement *moral*. […] Les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, mais cela n’implique pas qu’on doive dire amen à tout ce qui se publie. Ou alors, on s’interdit de comprendre la richesse et les nuances de la littérature. Apprécier un bon livre, c’est aussi pouvoir dire qu’on en retire plus que de la lecture d’autres livres, plus légers ou bâclés, ou d’intérêt anecdotique ou nombriliste, ou encore fabriqués à la chaîne en appliquant une formule de best-seller.

Hélas, hélas. La plupart des combattants s’étaient lassés, ou bien je les avais fait fuir avec ces distinguos. (Facebook – allez, la Toile… – est aussi un haut lieu du déficit d’attention.)

Last but not least, le dernier participant finit par invoquer la réponse qui tue :

Tout ceci est subjectif.

Aaargh.

Et c’est là que je bénis le Net de m’avoir fait découvrir, il y a peu, les Lois de Wiio (du nom du Finlandais, Osmo A. Wiio, chercheur en communication humaine), dont la première dit simplement :

Communication usually fails, except by accident.

(La communication échoue le plus souvent, sauf accident.)

À classer dans les grandes annales du pessimisme lucide avec les lois dites de Murphy et de Sturgeon.

Je vous laisse le soin de voir comment elle s’applique à la présente situation.

When the e-book you want to buy is not available in your country

It’s very, very annoying. Trust me.

Or no, don’t trust me. Rather, witness this Twitter conversation between two serious book lovers and geeks who happen to express themselves in English, even writing professionally in that language, but don’t live in a dominantly English-speaking country.

Says Aliette de Bodard, a French-American sci-fi writer who lives in Paris, where she works as an IT engineer:

I’m getting tired of the ebooks I want not being available outside of the US or Canada…

Charles A. Tan (sci-fi writer, blogger and editor, in Philippines) answers:

and that’s the irony of eBooks; not available in areas that has demand for them

@aliettedb:

yeah, they really need to rework their rights model (geographical distribution shouldn’t apply anymore to books-maybe language?)

(Emphasis mine, as below.)

@charlesatan:

Language is fine. Unfortunately, companies and laws are still regional.

@aliettedb:

yeah, I know. Sucks for us, though…

Obvious consequence of such restrictions?

Enters @theefer (Sébastien Cevey, a French sci-fi writer who lives and blogs in London):

Time to put on your pirate helmet? (could buy paper versions and offer them to friends if you feel morally awkward)

@aliettedb:

I am seriously tempted, and not for the first time. This is bloody ridiculous

Indeed. That’s one of the reasons I dislike DRM « protection » so much on e-books. If the publisher wants to restrict the sale of their products to one geographical market (say,  North America), they have both the technical tools and the legal right to do so. And they have the on-line retailers like Fictionwise, Booksonboard or Amazon filter the buyers from their IP addresses.

If one is outside the rights-holder’s zone, the message received is a loud and clear: « Go away, we don’t want your money! Or go back to the dead tree era, you loser. »

Riiight.

(No pun intended.)

Now, compare with John Scalzi’s essay/rant: « On How Many Times I Should Get Payed For A Book (By Readers) »

Buy one paper book, download a DRM-free e-edition, and piracy concerns be damned?

Tempting, very tempting.

Obviously, this issue won’t be resolved by authors or even authors’ fans alone. But publishers should be concerned about the bad e-book buying experience of their customers, especially when these customers are bloggers, journalists or writers who can give it a wider echo.

And authors’ agents too should give it a chunk of their brain-time if they want to do what’s best, in the long run, for their book-writing clients.