Archives de Catégorie: Carnets d’écriture

Mon travail de Romain : voyage en compagnie d’une Indiana Jane de l’Antiquité (spécial #NaNoWriMo)

Mosaïque représentant quatre personnes, dont une dame de la haute société, une servante et feux jeunes gens

Dolce vita à la Villa del Casale (mosaïque du IVe siècle), source Wikimédia

Il faut bien l’avouer, j’ai peu blogué ces derniers temps, mais c’est pour la bonne cause : l’écriture d’un roman. Un roman historique, même, un roman romain. (Excusez le jeu de mots. Après une journée de travail, il en faut peu…)

J’ai commencé la rédaction du premier jet le 1er janvier 2017 très précisément. J’ai actuellement plus de 350 000 signes au compteur, et ça devrait en faire au moins le double à l’arrivée. Oui, je me lance dans le pavé. C’est un peu la loi du genre, il faut dire. Voyez le dernier Ken Follet…

L’époque, on l’aura devinée aux subtils (ou presque) indices ci-dessus : l’Antiquité romaine. Plus précisément, l’époque de l’empereur Constantin, bref les débuts de l’Empire chrétien. C’est une période assez mal aimée, coincée entre la période antique classique et le Moyen-Âge. Et pourtant ! C’est là que, pour reprendre un titre de Paul Veyne, « notre monde est devenu chrétien ». C’est là aussi que s’est produite la plus importante mutation du christianisme en date jusqu’à la Réforme : la cristallisation des églises locales, avec leurs traditions et textes divers, en une seule Église catholique, apostolique et romaine.

C’est une époque où l’Empire était encore tolérant – par pragmatisme, sans doute, car l’empereur voyait l’intérêt d’être à la fois le pontifex maximus des païens, selon la tradition, et une sorte d’évêque honoraire pour les chrétiens. Oui, c’est complexe.
Et ce qui est encore plus intéressant, c’est Hélène, la mère de Constantin : de condition obscure à l’origine (servante d’auberge, si on croit ses biographes), elle est devenue sous le règne de son fils une sorte d’éminence grise, une personne de confiance à qui l’empereur confiait des missions délicates, comme cette « tournée d’inspection » dans les provinces d’Orient récemment rattachées à l’Empire, au cours de laquelle elle découvrit, selon la légende, la Vraie Croix du Christ. Elle devait être âgée de 75 ou 80 ans à ce moment-là.

Pas mal, pour une « Indiana Jane » du IVe siècle !

C’est donc ce voyage qui fait l’objet de mon roman. Plutôt que le merveilleux légendaire, c’est l’humain qui m’intéresse : comment chrétiens, païens et juifs cohabitent, tant bien que mal, dans ce monde en transformation, comment les uns et les autres rationalisent des opinions auxquelles ils n’arrivent pas par la raison, mais par le pli de l’habitude, ou par fidélité à une tradition. Ou parfois par un coup de foudre, tant il est vrai que la foi est souvent un autre nom de l’amour.

Il y a bien des aspects de l’histoire qui requièrent du doigté. Je ne désire ni caricaturer les anciens chrétiens, malgré leur sectarisme et leur étroitesse de cœur, ni en faire des parangons de vertu, comme c’est encore trop souvent le cas dans la littérature (jusqu’à Max Gallo qui a donné de Constantin un portrait à l’eau bénite). L’Antiquité, c’est aussi une époque où il esclavage était universel et quasiment jamais remis en question. Les plus éclairés se bornaient à demander un traitement humain des esclaves : ne leur fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fis, en quelque sorte. Il faut mettre au crédit de Constantin une législation qui rend plus facile l’affranchissement des esclaves, et met des bornes aux châtiments que les maîtres pouvaient exercer sur eux.

Plus largement, c’est la question de la sensibilité d’époque qui m’intéresse : les mentalités, les idées reçues, l’horizon intellectuel. Dans son roman Le Perroquet de Flaubert, Julian Barnes se demande si la gelée de groseilles du XIXe siècle avait la même couleur que la nôtre. Quant à moi, je cherche à voir la pierre volcanique grise des voies romaines et la pourpre intimidante qui enveloppait l’empereur. Je cherche le parfum du baume de Judée et la fraîcheur de l’ombre le soir. Parmi mes lectures, celles qui m’ont le plus aidé sur ce plan est, croyez le ou non, d’abord Agatha Christie, reine de l’observation et du détail, puis la série de Simone Bertière sur les Reines de France. Mentalité et sensibilité, toujours. 

J’espère que ce livre sera distrayant – mieux, même : drôle. Visons haut. J’ai quelques cibles en tête, quelques modèles à ne pas imiter mécaniquement, mais pour servir d’inspiration : Les Fosses carolines de François Cavanna, la série SPQR de John Maddox Roberts, Le Nom de la Rose d’Umberto Eco (forcément), divers Astérix (forcément aussi), Paladin des âmes de Lois McMaster Bujold, La Mort des Dieux de Dimitri Merejkovski, et puis un joyau, une pépite, La Puissance du Néant, d’Aphur Yongden Lama. On verra pourquoi en lisant.

Patience, patience. Pour l’instant, je suis encore en Italie, mais le premier tiers du livre environ est fait. J’espère terminer d’ici fin 2018. Cela semble raisonnable. On approche de novembre et donc du NaNoWriMo : bien entendu, pas question d’en commencer un nouveau nouveau, mais bien plutôt de tâcher d’avancer dans mon projet de 50 000 mots, à un éléphant près.

Rendez-vous en décembre, donc. À temps pour évoquer Noël, qui n’était, l’époque qui m’intéresse, pas encore la grande fête de la naissance du Christ. On n’avait d’ailleurs aucune idée de la date de naissance du Christ, même approchée, ni le jour ni même l’année. Et on ne comptait bien sûr pas encore « avant, ou après, Jésus-Christ ». Voilà qui donne une idée du dépaysement !

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Accroche-toi à ton roman : (2) L’homme en noir

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Cette fois, je vais m’inspirer de Jane Fancher et Carolyn J. Cherryh, deux romancières de science-fiction et de fantasy qui sont partenaires dans la vie comme en édition (voir le site Closed Circle [en]).

Le concept de « l’homme en noir » (the man in black), ou « l’homme en noir dans le coin », provient du site personnel de Jane Fancher et de ses réflexions sur l’écriture, mais le terme lui-même a été créé par C.J. Cherryh. Je traduis dans les grandes lignes :

« Dans l’écriture d’un roman, l’auteur rencontre souvent sur son chemin ce type de personnage : l’homme en noir, dans un coin de l’auberge, qui semble là simplement pour donner un coup de main ponctuel au héros. Mais avant longtemps, il aura fait changer l’intrigue de cap et menacera de coloniser tout le roman ! À ce moment, l’auteur n’a plus guère de choix : éliminer l’intrus, l’envoyer sur une autre trajectoire (c’est-à-dire lui consacrer une œuvre à part), ou céder à l’inévitable et lui abandonner le roman. » J. Fancher

Les exemples ne sont pas difficiles à trouver : Aragorn, dans Le Seigneur des Anneaux, que l’on voit apparaître littéralement comme un homme mystérieux habillé de couleurs sombres, dans le coin d’une auberge. C’est probablement la source du nom. Les carnets de J.R.R. Tolkien, publiés dans L’Histoire de la Terre du Milieu (édité par Christopher Tolkien) montrent bien que l’irruption de ce personnage et de tout l’arrière-plan qu’il implique (les Nûmenoriens, Gondor, Arwen…) n’étaient pas prémédités. Au départ, les Frodo et ses amis devaient juste rencontrer un Hobbit (eh oui !) mystérieux, Grand-Pas, qui les mettrait sur la voie pour l’étape suivante de leur voyage. Mais le personnage dépassa bientôt cette dimension utilitaire. Tolkien, sentant les possibilités de « Grand-Pas », lui trouva un nom et une histoire plus épiques, et le monde du Seigneur des Anneaux, tout comme la trajectoire du roman, en fut changé.

Et moi, ai-je rencontré un jour cet « homme en noir », durant la rédaction de L’Héritier du Tigre ? Mais oui. D’où croyez-vous que vienne Tzennkald ? Lui aussi s’est imposé à petit bruit, pour devenir bienincontournable.  Avec cependant une différence : je n’ai pas laissé le roman se réorganiser autour du nouveau-venu ! 

Je n’en dis pas plus. Ceux et celles que cela tente pourront lire la suite ici-même. On sait qu’après la faillite de mon cher éditeur, j’ai mis le roman en ligne – gratis.

Accroche toi à ton roman : 1. La scène-à-ne-pas-manquer

Interwebz Cat Haz A Nom De Plume

Tout le monde est familier, je crois, avec le concept de « la scène à faire » : le passage d’un film ou d’un roman qui marque les esprits, même longtemps après, à tel point qu’on ne pourrait imaginer l’œuvre sans. Pensons à la rencontre de Jean Valjean par Cosette devant le puits au fond des bois, dans Les Misérables. Ou Han Solo confrontant un chasseur de prime, dans La Guerre des Étoiles, et tirant le premier. (La fureur des fans quand George Lucas changea ce détail est d’ailleurs révélatrice !)

La scène à faire (SAF) est souvent haute en couleurs, pleine de bruit, de fureur et de pouvoir dramatique. Elle coïncide en général avec un moment-clef de l’intrigue, qu’elle fait soudain avancer d’un bond. Mais elle peut aussi se trouver là comme le pinacle chapeautant l’édifice. Un exemple : la scène du Champ de Cormallen, dans Le Seigneur des Anneaux.

On ne s’étonnera pas qu’il y ait une SAF (au moins) dans mon roman L’Héritier du Tigre. La décrire serait déflorer l’histoire, cependant. Disons juste qu’elle se situe au premier chapitre !

Mais il y a un autre type de scène qui doit retenir l’attention pour l’écriture romanesque : la scène à ne pas manquer (SANPM).

De quoi s’agit-il ? D’un passage de roman ou de scénario où se font / se disent des choses qui sont incontournables pour la compréhension du reste de l’histoire. Sans être toujours aussi marquante que la SAF, la SANPM provoque des échos en cascade dans toute la suite de l’intrigue.

Quelqu’un a-t-il déjà rencontré ce concept ? L’idée m’est venue à l’esprit alors que je réfléchissais à la meilleure façon de commencer une suite à L’Héritier. Deux possibilités : partir du moment où le roman en question se termine, sans hiatus temporel, et raconter la rencontre de mon protagoniste avec un certain personnage (une certaine, d’ailleurs) amenée à jouer un rôle pivot dans l’intrigue. Ou bien je pouvais reprendre la formule de L’Héritier et commencer in media res, quelques semaines ou mois après, au moment où se déroulerait la première péripétie. La première formule risquait d’être plus longue ; la seconde risquait d’obliger à faire des retours en arrière pour établir certains éléments déterminants des relations entre mes différents personnages.

En fin de compte, je me suis décidée pour un début suivant immédiatement la fin de L’Héritier du Tigre, et ce parce que je voyais se profiler une SANPM. La scène où Yenshaya (mon protagoniste) rencontre ce personnage est une scène clef, car de ce qui se dit et de ce qui est perçu à ce moment vont découler leurs relations futures. Bref, une scène qui conditionne l’incompréhension de part et d’autre, qui à son tour rendra possible certaines décisions… Le type même de « scène à ne pas manquer » !

J’avais ma réponse. Et par la même occasion, un nouveau (je pense !) concept de technique littéraire.

Choses que l’auteure a apprises grâce aux jeux de rôles

Comment donner plus d’épaisseur aux personnages d’un roman, par exemple, de façon à les rendre plus crédibles, plus réalistes. Non, non, ne riez pas, il y a une logique là-dessous…

Cela remonte à pas mal d’années. Quand j’étais étudiante, j’ai pendant un moment joué assez régulièrement à des jeux de rôles, essentiellement des variantes de Donjons & Dragons. (Ultra-banal, quoi.)

Je n’étais pas super passionnée, juste joueuse du week-end. Le genre qui se fait « tuer » en ouvrant bêtement une porte ou en lisant un grimoire(1)

Mais j’en ai quand même profité pour acquérir une ou deux astuces qui se sont révélées utiles dans un domaine presque voisin: la création et l’animation le temps d’un récit de personnages de fiction.

En écrivant un roman ou une nouvelle, il y a des moments où l’on n’a pas de peine à « sentir » la logique interne d’un personnage, ses émotions profondes, ses valeurs, ses réflexes, et donc à décider comment il ou elle réagira dans une situation donnée. Et puis parfois, hélas, cela devient beaucoup moins évident. Coincée, l’auteure hésite, ne sait plus comment poursuivre, car son protagoniste principal lui échappe entre les doigts.

C’est là que je me suis rendu compte que j’appliquais en pratique le conseil donné naguère par un MD (oui, on était fort classiques, dans notre groupe):

Si tu as des doutes sur ce que peut faire ton perso et que ce n’est pas autrement spécifié, ni incompatible avec le jeu, n’hésite pas à lui donner une de tes propres caractéristiques.

(Par exemple: ton barbare sait-il nager? ton voleur sait-il lire? ta magicienne aime-t-elle les chats? Et ainsi de suite.)

Le principe a l’air simpliste, mais en pratique… ça marche. Surtout dans mon cas, puisque j’ai tendance à écrire des histoires qui sont chaque fois racontées du point de vue d’un ou d’une protagoniste en particulier, donc qui nécessitent pour l’auteure et les lecteurs de rester un long moment dans la tête du personnage, guidés par sa façon de sentir, de penser et de réagir face au monde extérieur.

On conseille souvent aux auteurs débutants d’écrire sur « ce qu’ils connaissent ». Pour la science-fiction ou le fantastique, cela n’a pas l’air évident… Et pourtant, c’est utile – même si d’une façon légèrement modifiée! 😉

____

(1) Ou en se disputant avec les persos des autres joueurs… Authentique.

Quelques paragraphes, en attendant mieux

Et cela continue. À ce train, je devrais bientôt avoir terminé un second chapitre!

Mais à ce moment, le sort voulut que nous fussions interrompus par un jeune Kna vêtu d’une longue anbaï blanche bordée de pourpre – la dernière mode à la capitale, à ce que je devais bientôt comprendre. Si j’étais saisi de le voir ici, ce n’était rien à côté de la stupéfaction marquée à mon encontre par Izeyya Dreïminri Ksaïsha !

— Yenshaya ! Que le Ciel me damne… Enfin, monseigneur Shalinka, je veux dire, évidemment ! Je vous demande bien pardon. Si j’avais pu m’attendre…

Je faillis éclater de rire.

— Ksaïsha, Ksaïsha ! Ne fais donc pas l’idiot, je t’en prie, ni le courtisan ! Crois-moi, c’est par là que tu m’offenserais mortellement !

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Quand l’auteure est en vacances…

Elle écrit. Ben oui, quelle sale manie… Deuxième billet fictionnesque en deux trois jours, on frise l’overdose, décidément.

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La Cité des Jours Nouveaux, chap.1 (extrait)

— Oh, vous avez dû vous montrer fin diplomate, Shalinka ! Le roi eut un petit rire. Quel âge avez-vous ? Dix-sept ans ? Dix-huit ? Et donner des leçons à un vieux soldat comme Soltaranyi… J’aurais voulu y être !

Je gardai la tête haute, mais serrai les poings en silence à mes côtés. Diplomate ? Oh, vous allez avoir de la diplomatie à ne plus savoir qu’en faire, Sire, avant que j’en aie fini avec les Noldaïs ! Et avec ceux qui leur font confiance…

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Avec de vrais morceaux de roman dedans

On avance, on avance, doucement mais sûrement. Si vous avez suivi, vous saurez de quoi je parle.

Capture d'écran (Libre Office et StarDict sous Ubuntu)

Nous avancions parmi les rues encombrées ; plus légers cependant, au fond de notre cœur, depuis avoir quitté le palais. Seul Néreïssin faisait grise mine.

— Toujours inquiet, Neïri ?

— Je ne sais pas… Mal à l’aise, surtout. Vois-tu, Yenshaya, la vérité n’est pas monnaie de bon aloi en ce pays-ci.

— Ce pays… Que veux-tu dire ? Ici, au Nintaïka ?

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