Archives de Catégorie: Carnets d’écriture

Accroche-toi à ton roman : (2) L’homme en noir

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Cette fois, je vais m’inspirer de Jane Fancher et Carolyn J. Cherryh, deux romancières de science-fiction et de fantasy qui sont partenaires dans la vie comme en édition (voir le site Closed Circle [en]).

Le concept de « l’homme en noir » (the man in black), ou « l’homme en noir dans le coin », provient du site personnel de Jane Fancher et de ses réflexions sur l’écriture, mais le terme lui-même a été créé par C.J. Cherryh. Je traduis dans les grandes lignes :

« Dans l’écriture d’un roman, l’auteur rencontre souvent sur son chemin ce type de personnage : l’homme en noir, dans un coin de l’auberge, qui semble là simplement pour donner un coup de main ponctuel au héros. Mais avant longtemps, il aura fait changer l’intrigue de cap et menacera de coloniser tout le roman ! À ce moment, l’auteur n’a plus guère de choix : éliminer l’intrus, l’envoyer sur une autre trajectoire (c’est-à-dire lui consacrer une œuvre à part), ou céder à l’inévitable et lui abandonner le roman. » J. Fancher

Les exemples ne sont pas difficiles à trouver : Aragorn, dans Le Seigneur des Anneaux, que l’on voit apparaître littéralement comme un homme mystérieux habillé de couleurs sombres, dans le coin d’une auberge. C’est probablement la source du nom. Les carnets de J.R.R. Tolkien, publiés dans L’Histoire de la Terre du Milieu (édité par Christopher Tolkien) montrent bien que l’irruption de ce personnage et de tout l’arrière-plan qu’il implique (les Nûmenoriens, Gondor, Arwen…) n’étaient pas prémédités. Au départ, les Frodo et ses amis devaient juste rencontrer un Hobbit (eh oui !) mystérieux, Grand-Pas, qui les mettrait sur la voie pour l’étape suivante de leur voyage. Mais le personnage dépassa bientôt cette dimension utilitaire. Tolkien, sentant les possibilités de « Grand-Pas », lui trouva un nom et une histoire plus épiques, et le monde du Seigneur des Anneaux, tout comme la trajectoire du roman, en fut changé.

Et moi, ai-je rencontré un jour cet « homme en noir », durant la rédaction de L’Héritier du Tigre ? Mais oui. D’où croyez-vous que vienne Tzennkald ? Lui aussi s’est imposé à petit bruit, pour devenir bienincontournable.  Avec cependant une différence : je n’ai pas laissé le roman se réorganiser autour du nouveau-venu ! 

Je n’en dis pas plus. Ceux et celles que cela tente pourront lire la suite ici-même. On sait qu’après la faillite de mon cher éditeur, j’ai mis le roman en ligne – gratis.

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Accroche toi à ton roman : 1. La scène-à-ne-pas-manquer

Interwebz Cat Haz A Nom De Plume

Tout le monde est familier, je crois, avec le concept de « la scène à faire » : le passage d’un film ou d’un roman qui marque les esprits, même longtemps après, à tel point qu’on ne pourrait imaginer l’œuvre sans. Pensons à la rencontre de Jean Valjean par Cosette devant le puits au fond des bois, dans Les Misérables. Ou Han Solo confrontant un chasseur de prime, dans La Guerre des Étoiles, et tirant le premier. (La fureur des fans quand George Lucas changea ce détail est d’ailleurs révélatrice !)

La scène à faire (SAF) est souvent haute en couleurs, pleine de bruit, de fureur et de pouvoir dramatique. Elle coïncide en général avec un moment-clef de l’intrigue, qu’elle fait soudain avancer d’un bond. Mais elle peut aussi se trouver là comme le pinacle chapeautant l’édifice. Un exemple : la scène du Champ de Cormallen, dans Le Seigneur des Anneaux.

On ne s’étonnera pas qu’il y ait une SAF (au moins) dans mon roman L’Héritier du Tigre. La décrire serait déflorer l’histoire, cependant. Disons juste qu’elle se situe au premier chapitre !

Mais il y a un autre type de scène qui doit retenir l’attention pour l’écriture romanesque : la scène à ne pas manquer (SANPM).

De quoi s’agit-il ? D’un passage de roman ou de scénario où se font / se disent des choses qui sont incontournables pour la compréhension du reste de l’histoire. Sans être toujours aussi marquante que la SAF, la SANPM provoque des échos en cascade dans toute la suite de l’intrigue.

Quelqu’un a-t-il déjà rencontré ce concept ? L’idée m’est venue à l’esprit alors que je réfléchissais à la meilleure façon de commencer une suite à L’Héritier. Deux possibilités : partir du moment où le roman en question se termine, sans hiatus temporel, et raconter la rencontre de mon protagoniste avec un certain personnage (une certaine, d’ailleurs) amenée à jouer un rôle pivot dans l’intrigue. Ou bien je pouvais reprendre la formule de L’Héritier et commencer in media res, quelques semaines ou mois après, au moment où se déroulerait la première péripétie. La première formule risquait d’être plus longue ; la seconde risquait d’obliger à faire des retours en arrière pour établir certains éléments déterminants des relations entre mes différents personnages.

En fin de compte, je me suis décidée pour un début suivant immédiatement la fin de L’Héritier du Tigre, et ce parce que je voyais se profiler une SANPM. La scène où Yenshaya (mon protagoniste) rencontre ce personnage est une scène clef, car de ce qui se dit et de ce qui est perçu à ce moment vont découler leurs relations futures. Bref, une scène qui conditionne l’incompréhension de part et d’autre, qui à son tour rendra possible certaines décisions… Le type même de « scène à ne pas manquer » !

J’avais ma réponse. Et par la même occasion, un nouveau (je pense !) concept de technique littéraire.

Choses que l’auteure a apprises grâce aux jeux de rôles

Comment donner plus d’épaisseur aux personnages d’un roman, par exemple, de façon à les rendre plus crédibles, plus réalistes. Non, non, ne riez pas, il y a une logique là-dessous…

Cela remonte à pas mal d’années. Quand j’étais étudiante, j’ai pendant un moment joué assez régulièrement à des jeux de rôles, essentiellement des variantes de Donjons & Dragons. (Ultra-banal, quoi.)

Je n’étais pas super passionnée, juste joueuse du week-end. Le genre qui se fait « tuer » en ouvrant bêtement une porte ou en lisant un grimoire(1)

Mais j’en ai quand même profité pour acquérir une ou deux astuces qui se sont révélées utiles dans un domaine presque voisin: la création et l’animation le temps d’un récit de personnages de fiction.

En écrivant un roman ou une nouvelle, il y a des moments où l’on n’a pas de peine à « sentir » la logique interne d’un personnage, ses émotions profondes, ses valeurs, ses réflexes, et donc à décider comment il ou elle réagira dans une situation donnée. Et puis parfois, hélas, cela devient beaucoup moins évident. Coincée, l’auteure hésite, ne sait plus comment poursuivre, car son protagoniste principal lui échappe entre les doigts.

C’est là que je me suis rendu compte que j’appliquais en pratique le conseil donné naguère par un MD (oui, on était fort classiques, dans notre groupe):

Si tu as des doutes sur ce que peut faire ton perso et que ce n’est pas autrement spécifié, ni incompatible avec le jeu, n’hésite pas à lui donner une de tes propres caractéristiques.

(Par exemple: ton barbare sait-il nager? ton voleur sait-il lire? ta magicienne aime-t-elle les chats? Et ainsi de suite.)

Le principe a l’air simpliste, mais en pratique… ça marche. Surtout dans mon cas, puisque j’ai tendance à écrire des histoires qui sont chaque fois racontées du point de vue d’un ou d’une protagoniste en particulier, donc qui nécessitent pour l’auteure et les lecteurs de rester un long moment dans la tête du personnage, guidés par sa façon de sentir, de penser et de réagir face au monde extérieur.

On conseille souvent aux auteurs débutants d’écrire sur « ce qu’ils connaissent ». Pour la science-fiction ou le fantastique, cela n’a pas l’air évident… Et pourtant, c’est utile – même si d’une façon légèrement modifiée! 😉

____

(1) Ou en se disputant avec les persos des autres joueurs… Authentique.

Quelques paragraphes, en attendant mieux

Et cela continue. À ce train, je devrais bientôt avoir terminé un second chapitre!

Mais à ce moment, le sort voulut que nous fussions interrompus par un jeune Kna vêtu d’une longue anbaï blanche bordée de pourpre – la dernière mode à la capitale, à ce que je devais bientôt comprendre. Si j’étais saisi de le voir ici, ce n’était rien à côté de la stupéfaction marquée à mon encontre par Izeyya Dreïminri Ksaïsha !

— Yenshaya ! Que le Ciel me damne… Enfin, monseigneur Shalinka, je veux dire, évidemment ! Je vous demande bien pardon. Si j’avais pu m’attendre…

Je faillis éclater de rire.

— Ksaïsha, Ksaïsha ! Ne fais donc pas l’idiot, je t’en prie, ni le courtisan ! Crois-moi, c’est par là que tu m’offenserais mortellement !

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Quand l’auteure est en vacances…

Elle écrit. Ben oui, quelle sale manie… Deuxième billet fictionnesque en deux trois jours, on frise l’overdose, décidément.

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La Cité des Jours Nouveaux, chap.1 (extrait)

— Oh, vous avez dû vous montrer fin diplomate, Shalinka ! Le roi eut un petit rire. Quel âge avez-vous ? Dix-sept ans ? Dix-huit ? Et donner des leçons à un vieux soldat comme Soltaranyi… J’aurais voulu y être !

Je gardai la tête haute, mais serrai les poings en silence à mes côtés. Diplomate ? Oh, vous allez avoir de la diplomatie à ne plus savoir qu’en faire, Sire, avant que j’en aie fini avec les Noldaïs ! Et avec ceux qui leur font confiance…

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Avec de vrais morceaux de roman dedans

On avance, on avance, doucement mais sûrement. Si vous avez suivi, vous saurez de quoi je parle.

Capture d'écran (Libre Office et StarDict sous Ubuntu)

Nous avancions parmi les rues encombrées ; plus légers cependant, au fond de notre cœur, depuis avoir quitté le palais. Seul Néreïssin faisait grise mine.

— Toujours inquiet, Neïri ?

— Je ne sais pas… Mal à l’aise, surtout. Vois-tu, Yenshaya, la vérité n’est pas monnaie de bon aloi en ce pays-ci.

— Ce pays… Que veux-tu dire ? Ici, au Nintaïka ?

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Juste quelques mots de plus…

…Après une journée d’écriture. Eh oui, le même travail en cours.

— Passerons-nous cette fois par la Cour d’Onyx, Yenshaya ? Si tu ne l’as jamais vue, c’est le moment ou jamais.

Mais ce n’était que plus de splendeur glaciale, évidemment. Pas de plantes, pas de statues ; rien que des colonnes aux couleurs étranges soutenant une galerie en guise de promenade. Au centre, un jet d’eau retentissait dans sa vasque, solitaire parmi les dalles. La roche blanche de Tsilkansa resplendissait au soleil du matin.

Je hâtai le pas, frissonnant dans l’air doux et léger, sans bien savoir pourquoi.

Allez, mentionnons un titre. La Cité des Jours Nouveaux. Probablement. Merci de rester… hum, pas « à l’écoute », évidemment, mais… en ligne?