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Augusta Helena, mon roman historique, gratuit sur Wattpad

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Couverture à l’arrache mais authentique mosaïque romaine. (Wikimedia)

J’hésitais à m’auto-publier, mais vu les circonstances, j’ai décidé de mettre en ligne gratuitement mon roman Augusta Helena, à l’intention de ceux et celles qui sont confinés chez eux. Et aussi de tous les gens qui ne le sont pas mais qui ont bien besoin d’un peu d’évasion ! C’est en accès gratuit sur Wattpad. Des versions PDF et epub devraient suivre quand j’aurai bien en main Smashwords et/ou Amazon.

Pour l’instant, bonne lecture, et bon courage ! Suivez les consignes officielles pour éviter de vous contaminer… et surtout de contaminer les autres.

Trois romans, une auteure

Je ne saurais dire depuis combien de temps j’écris : faut-il compter l’époque où j’imaginais des histoires avant même de savoir lire ? Pour le roman, en revanche, c’est plus facile. C’était à la fin de la classe de 5ème, grâce à une prof qui nous avait assigné, comme dernier devoir de rédaction avant les vacances, « écrire le premier chapitre d’un roman ».

Cela n’avait pas donné grand chose, bien sûr. Je ne prétends pas être une surdouée, ou autre gag. Mais ce fut un déclic important : depuis, j’ai pensé possible d’écrire des romans. Et je m’y suis mise sérieusement.

Le premier que j’ai terminé, ce fut L’Héritier du Tigre : un roman de fantasy qui aurait dû être le premier d’une série… Je ne sais pas si j’y reviendrai un jour (j’espère bien), mais en attendant, le texte se suffit à lui-même comme aventure. Paru en 2006 aux éphémères éditions Le Navire en pleine ville, il s’est retrouvé épuisé au bout de quelques années… Puis je l’ai retravaillé pour en faire une série chez Rocambole et c’est là désormais que l’on peut le lire !

Écrire le premier jet de ce premier roman m’avait pris trois ans, trois ans à tenir à peu près le rythme de l’écriture tous les week-ends, et à douter une bonne partie du temps. Mais cela avait marché. Après, trouver un éditeur, qui était d’ailleurs une éditrice, et améliorer le texte, avait aussi pris du temps. Inutile de dire que si j’avais espéré pouvoir vivre de ma plume, mes illusions se seraient dissipées aussitôt.

Heureusement pour moi, j’étais partie du principe que l’écriture ne payait pas, ce qui statistiquement est vrai. J’ai donc continué malgré les déboires de mon éditrice et le passage dans les limbes qui avait suivi.

Mais je n’avais pas renoncé à écrire. Vers 2016, je ne sais plus à quel moment exactement, j’écoutais un podcast rationaliste quand la question des miracles et reliques est venue sur le tapis, et l’invité de mentionner le cas de l’impératrice Hélène, mère de Constantin, qui était partie vers l’âge de 80 ans à la recherche de la croix du Christ, ou du moins était-ce la légende… « Une Indiana Jane de l’Antiquité », en somme ! Comment ne pas voir là un savoureux sujet de roman ? J’ai donc rédigé ce qui est devenu Augusta Helena, mon deuxième roman, et premier roman historique. Toujours en quête d’un éditeur, s’il y en a qui sont intéressés… (Mise à jour du 19/03/2020 : Ce roman est désormais en ligne gratuitement sur Wattpad.)

Ce deuxième opus avait demandé en tout deux ans, grâce à l’expérience, et aussi au fait que je m’étais cette fois organisée pour écrire au moins un peu chaque jour, ce qui est le conseil numéro un qu’on peut donner à tous les écrivants. (L’autre conseil incontournable : terminer son texte.)

Quand ça marche, pourquoi s’arrêter ? En janvier 2019, je me suis lancée dans la rédaction d’un troisième roman (et deuxième roman historique). Cette fois, le déclic est venu de la lecture des éphémérides de Wikipedia (et oui, j’ai un fil internet à la patte…), qui mettaient à l’honneur une certaine Marie-Angélique Duchemin, engagée volontaire de la Révolution française et première femme à avoir reçu la légion d’honneur. Un sujet de roman, s’il en fut jamais ! Cela donna Tous les Accidents, un texte dont je suis particulièrement contente, et qui cherche lui aussi en ce moment un éditeur.

On notera que ce dernier roman n’a pris qu’un an à écrire. Je pense avoir atteint là une vitesse de croisière, qui me permette d’écrire de façon productive tout en continuant à exercer mon emploi à plein temps. Il faut bien vivre. Et puis je suis consciente de ce que cela m’apporte d’avoir ce contact avec le monde extérieur. Bosser à un guichet de l’administration, ce n’est pas toujours facile, mais je le recommande à tous ceux et celles qui auraient une panne d’imagination. On en voit de toutes les couleurs.

Mes outils d’écriture (9) : N’imaginez pas, vérifiez. Puis imaginez !

Photo : panneaux indiquant les différentes attractions du zoo mais aussi des villes lointaines

Sur la route de l’écriture aussi, les panneaux indicateurs peuvent être fantasques. (Zoo de Vincennes, août 2019)

Comment faire pour écrire un roman avec une importante matière historique ? Ou pour situer des scènes de façon crédible dans une ville que vous n’avez jamais visitée ? À quel point se renseigner sur la biographie de tel personnage réel qui va intervenir dans votre roman historique, ou sur l’arrière-plan socio-économique de votre univers de fiction ?

Il n’y a pas de réponse toute faite. Et surtout, il n’y a pas de solution miracle, pas de raccourci commode. Si on veut acquérir des connaissances sur un pays, une époque, un personnage historique, il faut en passer par une bonne dose de documentation.

Quelle dose ? Cela dépend du temps que vous pouvez y consacrer. Mais disons que lorsque j’ai décidé d’écrire un roman sur Hélène, mère de l’empereur Constantin, j’ai réorienté tout le temps que je consacrais d’ordinaire à des lectures distrayantes pour l’utiliser à lire des choses sur l’empire romain. Rassurez-vous : cela incluait des romans historiques situés à cette époque, afin de me rafraîchir les idées sur le genre lui-même. Car ce n’est pas tout d’amasser les matériaux bruts, encore faut-il avoir une idée de ce que d’autres ont déjà fait de ce côté-là. Ne pas réinventer la roue, tout ça.

Pour le roman que je suis actuellement en train d’écrire, et qui se situe à l’époque de la Révolution, la partie « lecture d’autres romans » a été étoffée, parce que la matière est abondante. Mais aussi parce que certains, écrits peu après, par des contemporains ou quasi-contemporains, apportent une dose condensée de détails vécus et de mentalité d’époque. Pensons à La Chartreuse de Parme de Stendhal, participant malgré lui à la geste napoléonienne. ou Les Blancs et les Bleus d’Alexandre Dumas père, où il s’appuie sur les souvenirs de son ami Charles Nodier, jeune témoin de la Terreur et du Directoire. Même Victor Hugo, écrivant Quatrevingt-Treize au début des années 1870, avait la ressource des récits de son propre père, qui avait fait les guerres de Vendée comme officier de l’armée républicaine.

Mais cela, ce sont les matériaux bruts. Ne l’oublions pas : c’est pour écrire un roman que l’on s’est embarqué, pas un essai historique ou sociologique. Du moins c’est ainsi que je m’embarque. Et cela veut dire qu’il faut passer à la deuxième étape : imaginer.

Mais pourquoi donc, me direz-vous ? Est-ce que je n’ai pas assez de matériau pour construire ce que je veux à partir d’éléments authentiques ? J’ai une chronologie détaillée, des récits et témoignages d’époque, un tableau politique fouillé, des analyses savantes sur les relations diplomatiques et la stratégie de la Ie République Française. Je me suis documentée sur l’économie de l’époque, encore bien fragile et dépendante des conditions météo. J’ai des détails sur les uniformes des différentes armées et sur les modes parisiennes de l’époque. Que reste-t-il à imaginer ?

Oh, c’est bien simple : à peu près tout.

Car si j’ai un compte-rendu au jour le jour des mouvements de l’armée de Sambre-et-Meuse, par exemple, cela ne me dit rien de la façon dont les personnages qui étaient plongés dans ces marches et ces combats les ont vécus. Pour certaines journées révolutionnaires, on peut avoir un détail des faits quasiment minute par minute, mais quelle signification pouvait y mettre tel personnage qui y participait ?

C’est là que l’auteure utilise la même technique que lorsque elle écrivait un roman de fantasy : s’arrêter et se mettre virtuellement à la place des personnages. Où se tient mon héroïne ? Que peut-elle voir, entendre, sentir autour d’elle ? Et ce qu’elle éprouve ainsi, est-ce quelque chose de banal, de quotidien, ou bien est-elle en train de réagir à une surprise (bonne ou mauvaise) ? Ces bois que l’on est en train de traverser, sont-ils sombres et pleins de menaces cachées, ou bien frais et reposants ? L’heure qui sonne à un clocher est-elle un son familier et rassurant, ou bien un signe agaçant de l’emprise ecclésiastique, du point de vue de révolutionnaires convaincus ? Ce bâtiment dont les recherches préalables m’ont appris l’existence, et qui a été démoli depuis, quel pouvait être son aspect en plein soleil, ou la nuit au clair de lune ? Est-ce que je peux m’avancer à évoquer la couleur de la pierre qui avait dû servir à sa construction, et qui est celle d’autres bâtiments du même endroit et de la même époque ?

Il y a tout un monde de possibilités. Parfois, les « petits faits vrais » puisés dans les mémoires et manuels historiques sont suggestifs, mais insuffisants en soi à faire de la matière littéraire.

Un exemple ? Je découvre au détour d’un paragraphe que tel général des guerres de la Révolution a fait une bonne partie de sa carrière en luttant contre la tuberculose, fléau endémique à l’époque dans tous les milieux. (Plusieurs membres de la famille proche de Louis XVI en sont morts.) Pas de précisions, cependant, juste la mention qu’il lui arrivait souvent de cracher le sang. C’était donc à moi d’imaginer une scène où ce problème se posait, et les réactions aussi bien du personnage que de son entourage. Est-ce que ses subordonnés ne vont pas être inquiets pour sa capacité à remplir son rôle ? Est-ce que la familiarité avec la maladie, jointe à un certain fatalisme, ne vont pas au contraire rendre plausible que personne, au fond, ne s’en inquiète trop ? Pour ce qui est du point de vue de l’intéressé, en revanche, je n’ai eu aucun mal à l’imaginer : vivre avec une maladie chronique est quelque chose que je connais, merci bien.

Cette focalisation sur le concret devient particulièrement importante quand il s’agit de mettre en scène des êtres aussi chargés de légende que Napoléon Bonaparte – qui, eh oui, est un des personnages du roman, mais pas le principal. Et cela peut permettre d’éviter un écueil fréquent des romans historiques : la page de manuel transcrite en dialogue. Or ces personnages historiques, quand ils étaient immergés dans la vie, dans le moment présent, n’étaient pas les statues de marbre dont la postérité tend à se souvenir. Ils avaient un rhume ou des maux d’estomac, ils subissaient les affres de l’ego et de la vanité (Napoléon prenait grand soin de ses cheveux, surtout quand ils ont commencé à se faire rares), leurs calculs pouvaient se révéler erronés, ou même ils faisaient des erreurs d’appréciation fatales. (Une telle erreur a failli faire perdre à Bonaparte la bataille de Marengo ; à Waterloo, une autre n’a pas été rattrapable.)

Ces faiblesses humaines ont parfois laissé des traces dans l’histoire. Le cas de Napoléon est extrêmement documenté ; pour Hélène, j’avais moins de matière. Mais c’est là que l’imagination et l’empathie entrent un scène : pour se représenter ce que peut ressentir le personnage dans ces circonstances, rien de tel que d’avoir soi-même éprouvé des blessures d’ego, des contrariétés, des chagrins, des épisodes où il a fallu se rétablir en catastrophe après un ratage…

Bref, d’être humain et d’avoir vécu. Quand Flaubert disait « Madame Bovary, c’est moi », il ne disait pas autre chose. C’est dans sa propre expérience qu’on peut trouver de quoi rendre un personnage vivant, parce que c’est une expérience humaine partagée, dans laquelle les lecteurs pourront entrer de plain pied.

Un après et un avant (le roman)

Tableau représentant Sainte Hélène, en robe pourpre, accompagnée d'un évêque, devant le tombeau du Christ, où des ouvriers exhument la Croix

Agnolo Gaddi, L’Invention de la Croix par Sainte Hélène (Florence, vers 1380). Source : Wikimedia.

Ma vie d’auteure est bien remplie. J’ai terminé cet automne la rédaction et surtout les corrections du roman sur l’impératrice Hélène ; je l’ai re-corrigé à la lumière des commentaires de quelques bêta-lecteurs courageux ; et j’ai bouclé cette phase du cycle en envoyant le manuscrit à un certain nombre d’éditeurs choisis avec soin.

Maintenant, plus qu’à attendre. Ne me dites pas, je vous prie, que le plus dur est passé !

Heureusement, j’ai un autre projet en cours pour m’occuper. Un autre roman, eh oui, et même un autre roman historique. Tout à fait différent quant à l’époque et aux thèmes abordés, cela dit. Un indice ?

Pour me mettre dans le bain, j’ai commencé par des lectures dans le domaine de la fiction : La Chartreuse de Parme, de Stendhal (que j’avais lu à 15 ans et quasi oublié), la nouvelle de Barbey d’Aurevilly « Le rideau cramoisi », le curieux et un peu décevant Deux Hommes de bien d’Arturo Perez-Reverte, et en ce moment Les Blancs et les Bleus d’Alexandre Dumas. Si je dis que j’ai aussi au programme Quatrevingt-treize de Hugo, « Les Duellistes » de Joseph Conrad, La Terre aux loups, de Robert Margerit, ou les souvenirs de Charles Nodier, je pense. Ah, et puis Les Confessions d’un Italien, d’Ippolito Nievo !

Liste non exhaustive, bien sûr. Il y a beaucoup de témoignages et documents d’époque à éplucher. Le Tableau de Paris, de Louis-Sébastien Mercier, les Mémoires et la correspondence de Mme Campan, les récits de voyage de Stendhal en Italie, ceux de Goethe puis Mary Shelley en France… Il est fascinant de découvrir que la première Restauration, en 1814, avait amène un retour des touristes, notamment anglais : Shelley et la jeune Mary Godwin, qui s’était enfuie avec lui, au grand scandale de la bonne société, en ont fait partie. Shocking, mais romanesque à souhait !

Pour ne pas perdre les bonnes habitudes, je commencerai le travail le 1er janvier, ni plus tôt, ni plus tard. Cela m’a plutôt réussi jusqu’ici. Et ce sera de nouveau comme dans l’adage : Nulla dies sine linea.

Mes outils d’écriture : (6) Les leçons des travaux précédents

Gravé sur la souche d'un tronc d'arbre :

En littérature aussi, tout se recycle.

Tout le monde n’est pas obligé d’être capable d’écrire de tout. Néanmoins, il est rare que celle qui écrit se limite à la pratique d’une seule forme.

Moi-même, j’ai commencé par des textes courts, comme beaucoup de monde : des nouvelles et poèmes relativement faciles à placer dans des revues amateurs. (Enfin, pour être honnête, j’ai commencé à publier des textes courts ! Mes vrais débuts, vers l’âge de treize, étaient des tentatives de romans – inachevés, sans trop de regrets.)

Je ne m’étendrai pas aujourd’hui sur la façon dont on passe de l’un à l’autre. La forme littéraire choisie est affaire de goût, et d’opportunités. Mais il y a une chose que j’ai rarement lue sous la plume de confrères écrivains blogueurs : changer de genre ne remet pas les compteurs à zéro, au contraire ! C’est l’occasion de faire migrer les savoir-faire acquis vers le nouveau projet littéraire en cours.

De la nouvelle au roman

Je disais que j’avais commencé par des textes courts. On ne sera pas surpris si je dis que c’est une excellente école de concision : pas question de prendre trois pages pour une description, ou pour décortiquer les états d’âme d’un personnages ! Au contraire, on apprend à soupeser l’emploi d’un adjectif, d’un adverbe, pour ne le garder que si cela apporte réellement une information indispensable. On apprend à brosser un quelques mots la personnalité des protagonistes. Chaque mot comptant, on n’utilise qu’un ou deux détails frappants pour suggérer une physionomie, un tempérament.

Ce travail n’est pas perdu quand si on passe au roman : même si on a plus de place pour développer l’histoire, cela paye de ne pas la gaspiller en redondances ! Éliminer les longueurs rend le style plus vivant, le récit plus alerte. Et cela se sent à la lecture.

De la poésie à la prose

Je le disais dans un précédent billet, j’aime bien écrire des vers. Est-ce que cela apporte quelque chose à l’écriture de prose ? Ha ! Est-ce que quelque chose ne sert pas quand on écrit ? Pour citer Alfred Bester : « Tout écrivain est un chapardeur. Un écrivain professionnel est un chapardeur professionnel. »

Écrire de la poésie, c’est au minimum apprendre à jouer avec le langage, les images, les sens. Dans un poème, les sonorités d’un mot et les images qu’il évoquent comptent au moins autant que le sens. Développer cette sensibilité permet de tirer le maximum de la langue, qui est quand même l’outil numéro un de l’auteure, oui, même en prose. Pour donner plus de chair à une description, par exemple, les échos poétiques des mots sont bien utiles, ou pour rendre moins théorique une discussion sur des idées, en résumant les positions des uns et des autres en quelques maximes frappantes.

De la fantasy au roman historique

Enfin, et c’est une expérience toute récente, l’écriture d’un roman situé dans un monde imaginaire m’a bien servi pour passer au roman historique. Ce n’est pas seulement une question de matériaux de construction : oui, l’univers évoqué dans L’Héritier du Tigre est plutôt médiéval-fantastique, donc avec une technologie et un contexte socio-évonomique proche de l’Europe pré-Moderne.

Mais surtout, la nécessité dans l’écriture de fantasy d’entremêler au récit les informations nécessaires pour comprendre l’univers du roman est un apprentissage inestimable quand on veut évoquer de façon vivante un monde aussi étrange et familier à la fois que l’Empire romain tardif. Il y a tout un vocabulaire antiquisant dont nous avons des échos par Astérix, les péplums ou la série télé Rome. Il faut doser l’usage de tels mots, et si possible les rendre compréhensibles d’après le contexte. Avoir fait ce genre de travail au préalable avec une langue imaginaire aide à garder le sens de ce qui peut ou non marcher.

Même chose pour rendre plus vivantes et spécifiques les descriptions, l’évocation de faits historiques. Pour un domaine aussi rebattu que le christianisme dans l’Empire romain, il fallait trouver le moyen de redonner un peu d’étrangeté, de distance, à ces figures par trop connues, ces récits surinvestis par l’Histoire aussi bien que la légende. Je suis partie d’une réalité historique : l’époque de Constantin se situe avant la traduction de la Bible en latin, avant les textes fondateurs en cette langue des saints Augustin, Ambroise et Jérôme. Bref, la chrétienté parlait grec pour l’essentiel ! Citer des termes théologiques, des versets des Psaumes, etc., en grec, avec la sonorité peu familière pour nos oreilles de la koïné, c’était une façon de jouer sur le même type d’effets que lorsque, en fantasy, on parle elfique ou autre langue imaginaire.

Pour finir, que l’on permette d’édicter une loi plus générale, que je n’aurai pas l’outrecuidance d’intituler « loi de Delse », mais « Principe littéraire Lavoisier », avec un clin d’œil à la loi de conservation de la masse :

« On peut poser en principe que dans tout travail de rédaction, rien ne se perd, et tout peut être repris et recyclé. »

Mes outils d’écriture : (3) Immersion et maturation

Tableau représentant une Madonne tenant un fil d'or sur lequel un pénitent progresse pour parvenir au château qui représente le Royaume des Cieux

Nicolas Roerich, « Madonna laboris », 1931. L’une des très nombreuses œuvres picturales sur lesquelles j’ai rêvé pendant la rédaction de mon dernier roman.

Il y a un adage que tous les auteurs connaissent, mais qui est peut-être le moins bien compris de toute la littérature : Écris sur ce que tu connais.

Qui ne s’est pas demandé un jour, en s’arrachant les cheveux : mais alors, je ne vais pas pouvoir écrire grand chose ! De combien de romans sur la vie ordinaire d’un rejeton de la classe moyenne avons-nous besoin ? L’autofiction est-elle vraiment l’horizon indépassable des lettres contemporaines ?

Dit comme cela, ça a l’air absurde – et en effet, ça l’est.

« Ce que tu connais » ne veut pas juste dire « ce que tu as vécu comme aventures » (ou l’absence de celles-ci). C’est plutôt un rappel qu’il y a des choses communes à tous les êtres humains, sur lesquelles l’auteure peut s’appuyer pour façonner un univers romanesque dans lequel la lectrice peut entrer, comme dans une seconde peau.

Nous éprouvons tous des émotions ; nous avons tous l’expérience d’avoir été enfant ; nous appréhendons tous plus ou moins la mort ; nous cherchons tous à être acceptés, reconnus, aimés. C’est avec ces sentiments qu’on peut bâtir un récit de portée universelle, même avec les personnages les plus lointains qu’on puisse imaginer – l’impératrice Hélène, par exemple, servante d’auberge sous l’Empire romain, devenue mère de l’empereur Constantin, protectrice de l’Église et sainte pour les catholiques et les orthodoxes.

Si on reste à la surface des choses, aux étiquettes sociales et historiques de ces personnages, on risque de rester piégé par ces attributs extérieurs. On risque de fabriquer des silhouettes sans vie, des découpages de carton dans un paysage de toile peinte. Il faut non pas tant mettre de la chair sur ces ébauches que les créer vivantes dès le départ, avec leurs caractéristiques individuelles, mais aussi les émotions et aspirations par lesquelles ils touchent à l’universel.

De ce côté-là, j’ai une chance : j’écris lentement. Je commence par m’immerger dans l’univers du roman par des lectures (surtout des bouquins d’histoire, dans ce cas), des visites de musées (archéologie et art de l’Antiquité), même simplement en regardant des tableaux qui me semblent participer des émotions que je veux faire passer dans le récit.

Je m’immerge, et puis je rumine, j’imagine, je tâche de visualiser mes personnages et les lieux qu’ils habitent. Sur des plans de Rome sous l’Empire, je trace des itinéraires, m’efforçant de sentir l’esprit des lieux, la blancheur du stuc sous le clair de lune ou la solidité intemporelle des dalles de pierre volcanique sur les voies romaines. Je prends les menus et recettes de cuisine qu’ont laissé à la postérité quelques gourmets romains, et je module en fonction de la région, de la classe sociale, de la solennité de l’occasion, de la saison, surtout. Je m’intéresse au climat et aux phases de la lune, à l’époque d’introduction en Occident de tel ou tel fruit ou légume, de telle technologie, et de la façon dont les gens faisaient avant de la connaître. (Saviez-vous que les Romains ne connaissaient très probablement pas le fer à cheval ? Et l’étrier non plus.)

Cette alchimie demande du temps, bien sûr. J’ai déjà dit plus tôt que je m’étais organisée pour écrire régulièrement. Ajoutons que je ne cherche pas à vivre de ma plume. Non seulement c’est une gageure dans les conditions économiques actuelles, mais je préfère être libre de ne pas publier souvent, mais de peaufiner ce que j’écris.

On verra à l’usage si le public accepte d’entrer dans cet univers. Pour le moment, je ne suis pas mécontente de l’avoir créé.

Mes outils d’écriture : (1) le début et la fin

Chat tenant dans sa gueule une plume, avec la légende

Comment écrire ? Il doit y avoir autant de réponses que d’auteurs. La mienne a évolué depuis mes débuts balbutiants avec un Bic et un cahier d’écolier ; mais avec maintenant deux romans terminés à mon actif, plus un certain nombre de nouvelles, je commence à voir apparaître certaines constantes dans ma pratique.

Et d’abord, je commence par le début. On me dira que j’enfonce une porte ouverte ? Pas vraiment. Ce que je dis là, c’est que je ne fais pas de plan détaillé avant de commencer la rédaction : je pars de la situation initiale, et je déroule l’intrigue jusqu’à aboutir à la fin envisagée.

Car c’est l’autre élément important pour moi : un projet de roman ou de texte plus court ne me semble viable que si je visualise la situation d’arrivée. À ce moment, je me lance, ou plutôt je lance mes personnages dans l’aventure, et je suis les fils de l’intrigue au fur et à mesure, en tâchant de ne pas les emmêler – ni les perdre.

Seules exceptions, quand je participe à un atelier d’écriture en temps limité, où je pars avec seulement le début. Là, je lance aussi ma balle, et je m’arrange pour bâtir une fin à l’endroit où elle aboutit.

C’est une façon de faire comme une autre. Certains parleront de « méthode scripturale », ou discovery writing, mais ce n’est pas tout à fait vrai, car j’ai en tête un canevas sommaire, avec au minimum le but auquel je veux arriver.

Pour ce deuxième roman, je m’étais aussi fait avant de commencer une liste des personnages et des lieux importants, mais elle a fortement évolué au cours de l’écriture. Certains personnages ont changé de nom, d’origine, voire de personnalité, parce que ce que j’avais imaginé au départ ne collait plus, ou pour éviter des doublons. D’autres ont émergé de l’écran au moment de la rédaction. Garder une liste détaillée et mise à jours de tous les personnages a d’ailleurs été un outil indispensable.

Les lieux ont moins changé, tout simplement parce que la géographie était une donnée de base : celle de l’Empire romain au IVe siècle de notre ère, avec ses cités, ses campagnes, ses échanges commerciaux, ses peuples que les Grecs divisent en « Grecs et barbares », distinction que les Romains ont reprise en se plaçant subrepticement du bon côté, tout en restant non-Grecs.

Ce qui a émergé durant la rédaction, c’est toute la chair du roman jetée sur cette simple ossature : les amours, les combats, les intrigues de cour, les illuminations mystiques, les petits matins lumineux sur l’Adriatique et la froideur des nuits dans le désert, la chaleur étouffante de l’été, les voies rectilignes tracées à travers les plaines et les montagnes, le goût d’un vin vieux coupé de glace lors d’un banquet, les fruits secs grignotés dans une taverne ou sur les gradins du Cirque. Tout un monde, en somme.