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Touche pas à mon #Hobbit ! (et surtout à mon Trade Mark)

Quand Nicolas Gary, d’ActuaLitté, publie un billet que j’aurais aimé faire… ma foi, il n’y a plus qu’à le citer !

Image : crâne de l'homme de Florès (Homo floresiensis)

Homo floresiensis (the « Hobbit »), posté sur Flickr par Ryan Somma

La Terre du Milieu n’est donc pas épargnée par le #CopyrightMadness. (Ou, en l’occurence, le #TradeMarkMadness…) Certains pourraient arguer que Brent Alloway, le chercheur néo-zélandais qui voulait titrer sa conférence sur la découverte et les implications de Homo floresiensis « The Other Hobbit » (en référence à ce petit film qui va sortir, vous savez, incessamment sous peu, ahem…) aurait un peu caressé les moustaches du tigre : n’était-ce pas vouloir profiter de la notoriété de l’œuvre de Tolkien, et de la proximité de la sortie du blockbuster annoncé ?

Comme beaucoup de monde, sans doute… Et avait-il demandé l’autorisation à Tolkien Estates (les héritiers de J.R.R. Tolkien), au moins ?

Mais voilà, ceux-ci assurent qu’ils n’y sont pour rien, et que ce sont les détenteurs des droits d’adaptation au cinéma et sur divers produits dérivés, Saul Zaentz Company/Middle Earth Enterprises, qui ont mis le holà. Car ils sont propriétaire de la marque déposée Hobbit™. Ben voyons.

Ah, ces chers (très chers) « ayant-droits »…

On se demande pourquoi ils réagissent maintenant, et pas en 2004, lors de la publication de la découverte de cet Homme de Florès, alors que la communauté scientifique et les médias avaient déjà largement commencé à utiliser le mot « Hobbit » de façon informelle pour parler de ce nouveau mais minuscule cousin d’Homo sapiens. Un lien avec le fait que le film n’était pas alors d’actualité et que les ayant-droits étaient alors occupés à récolter les dividendes de la trilogie de films tirés du Seigneur des Anneaux ? Tss, tss, quel mauvais esprit.

Cela dit, tout de même… Ne serait-il pas possible de plaider le « fair use » ? Un usage raisonnable, ici éducatif et non commercial puisqu’il s’agissait d’une conférence gratuite de vulgarisation scientifique ?

Gageons que les avocats spécialisés vont encore longtemps en débattre.

Pour revenir à J.R.R. Tolkien, l’auteur, il me revient qu’il avait été confronté lui-même au piratage au début des années 1960, quand Donald A. Wolheim, auteur et éditeur américain bien connu du milieu de la SF (mais pas toujours très scrupuleux…) avait carrément sorti une édition de poche non autorisée, sans payer de droits d’auteur. Tout cela en s’appuyant sur l’absence (du moins selon son interprétation) de copyright sur l’œuvre aux États-Unis. Oups.

S’ensuivit bien sûr un procès entre les représentants légaux de Tolkien et Ace Books, l’éditeur indélicat… mais ce ne fut pas forcément l’élément déterminant qui fit plier Ace Books : la correspondance de Tolkien avec ses fans, des deux côtés de l’Atlantique, servit rapidement de déclencheur à une campagne desdits fans pour amener Ace à respecter les droits (et pas seulement financiers) de l’auteur. En fin de compte, Ace retira son édition et versa à Tolkien une somme symbolique, après quoi un autre éditeur devint acquéreur du droit d’éditer en poche une œuvre pour laquelle la demande aux States avait été plus que prouvée.

Une expérience précoce, bien antérieure au Net, de « DRM social », en somme !

P.S. J’avais déjà rédigé le billet avant de tomber sur un tweet de @trakr_stellaire qui rappelle qu’il existe aussi un gène nommé HOBBIT par ses découvreurs, qui joue un rôle dans le développement embryonnaire… Sans doute est-ce trop technique pour attirer l’attention du grand public. D’où le passage largement en-dessous du radar des ayant-droits !

Les films français pas téléchargés? À la place de Gaumont et Co., je serais embêtée

Zut, alors! Où va-t-on si nos cinéastes et producteurs nationaux se réjouissent que les internautes s’intéressent si peu aux films du cru qu’ils ne prennent même pas la peine de les télécharger? Et pourtant, c’est ce dont le rapport financier annuel de Gaumont se vante:

« Entre le 15/05 et le 15/12/11, aucun film français téléchargé sur le Web » (Cf. PC INpact)

Bonjour le « rayonnement » de la culture française. Et quid de l’intérêt des artistes – et des entreprises de l’industrie culturelle? On a encore vu ce mois-ci une énième étude montrant un lien entre le « piratage » en ligne et le succès commercial des œuvres. Plus les gens sont curieux à propos d’un nouveau titre, plus ils sont nombreux à chercher à jeter un œil et/ou une oreille dessus, même avant sa sortie. Et de créer le buzz. Et de susciter encore plus de curiosité, donc de clients potentiels… Faut-il continuer?

Détail qui tue: vu que le rapport affirme aussi qu’un internaute flashé par l’Hadopi a commis une « contrefaçon », alors que le délit n’est pas encore avéré, faute de procédure ayant abouti et d’avis des tribunaux… et que de toute façon il s’agirait alors d’un « défaut de sécurisation » de la connexion Internet…

On se dit que ce n’est pas très sérieux, tout ça. Et qu’à la place des actionnaires de Gaumont, Pathé et consorts, on se poserait quelques petites questions.

Juste une idée, comme ça… 😉

Cette fachosphère qui les fascine, farce en trois tweets

Mais non, ce n’est même pas une tragi-comédie. La presse française se penche sur la fachosphère, gasp! Et découvre que ces petits messieurs ne se prennent pas pour de la crotte.

Je ne crois pas que je pourrais faire mieux que reproduire ici cet échange d’hier sur Twitter à propos d’un article du Monde (parmi tant d’autres, soyons justes) à propos des « hussards bruns du ouaibe ». Dont fait partie certaine vieille connaissance… Didier Goux. (Tiens, tiens!)

C’est vrai, au fond. Un lecteur du Monde avait posté en commentaire de l’article: « C’est effarant cette fascination de la presse française pour l’extrême-droite ». Mais quelque part, c’est logique.

Regardez les films de Hitchock. Et James Bond. Star Wars. Harry Potter. Même Walt Disney. Élitistes, les « super-villains » hollywoodiens? Au plus haut niveau. Snobs? Vous reprendrez bien un doigt de whisky pur malt avant d’être jeté dans le bassin à piranhas, hmm? Et qui vomissent 99,9% de l’humanité tout en se contemplant dans le miroir? Par définition.

Moralité: chers éditorialistes, pensez aux bons vieux classiques de la culture populaire, du mélodrame à Hollywood. Vous trouverez la source du plagiat.

Cette fois, j’ai tout compris aux religions…

Comparer les fanatiques de Star Trek, Star Wars et autres Harry Potter aux adeptes d’un culte religieux n’est plus très original, certes. Mais… et si c’était l’inverse?

Considérez le passage suivant, qui se multiplie par copi-collage sur le Net depuis au moins 3 ans, sautant de 4chan (oui!) à des forums d’éducation, et de Yahoo! Answers à divers blogues et forums athées:

Think of it like a movie. The Torah is the first one, and the New Testament is the sequel. The Qu’ran comes out, and it retcons the last one like it never happened. There’s still Jesus, but he’s not the main character anymore, and the messiah hasn’t shown up yet.

Jews like the first movie but ignored the sequels, Christians think you need to watch the first two, but the third movie doesn’t count, Moslems think the third one was the best, and Mormons liked the second one so much they startred writing fanfiction that doesn’t fit with ANY of the series canon.

(Cité ici par Feynmaniac sur Pharyngula)

Traduction rapide par mes soins:

« Pensez-y comme à une série de films. La Torah est l’épisode un, et le Nouveau Testament la suite. Puis le Coran paraît avec une retcon sur le précédent, comme si tout ça n’était jamais arrivé: Jésus est toujours là, mais maintenant ce n’est plus le personnage principal, et dans cet épisode le messie n’est toujours pas apparu.

Les juifs aiment beaucoup le premier film mais ignorent les suites. Les chrétiens pensent qu’il faut regarder les deux premiers épisodes mais que le troisième ne compte pas. Les musulmans pensent que le troisième est le meilleur. Enfin, les mormons aiment tellement le second qu’ils ont commencé à écrire une fanfiction qui ne colle avec AUCUN des épisodes précédents. »

Voilà, voilà. Tout s’explique…

P.S. Billet repris par Dazibaoueb, Betapolique et Les Mots ont un sens. Merci à eux. 😉

En passant

La Nouvelle Vague dans le torrent! Et Godard dans la galère avec les pirates? Le plus français des cinéastes suisses a envoyé un chèque de 1000 € à l’internaute James Climent, condamné à une lourde amende pour téléchargement illégal – … Lire la suite

Titres cultes, zéro DRM : EZTakes, le service vidéo pour geeks cinéphiles

Téléchargement vidéo ? Ciné-club en ligne ? Eh non, l’info importante du jour n’est pas la disponibilité de films sur iTunes en France ! Enfin, pas l’info vraiment importante…

Pendant ce temps, une autre boutique de vidéo en ligne fait parler d’elle : EZTakes (prononcer « i-zi-teïks », amis francophones). Plus de 5000 titres indés, classiques ou culte à regarder en ligne, mais surtout à télécharger sous forme de fichier mp4 et/ou de DVD à graver. Et ceci dans des formats lisibles où on veut, quand on veut, sur un ordinateur, un baladeur vidéo ou la télé du salon ! Pas de DRM, pas de restrictions sur le nombre de transferts vers des appareils mobiles ni sur la conversion dans d’autres formats de fichiers, pas de casse-tête pour les linuxiens…

En fait, Jim Flynn, le fondateur, ne cache pas s’être inspiré des critiques portées contre les services de VOD classiques et d’en avoir pris le contre-pied.

Quant aux prix, ils s’échelonnent de zéro, pour de nombreux films en streaming gratuit, jusqu’à près de 20$ US pour un titre comme le Ju Dou de Zhang Yimou, avec Gong Li (qui avait été distingué à Cannes et aux Oscars, tout en restant interdit en Chine). Mais pour la plupart, l’éventail va de 2 à 12 $ US.

Ce qui est très raisonnable, d’autant qu’on obtient quatre formats pour le prix d’un : streaming, plus téléchargement du DVD, plus deux fichiers mp4, l’un en haute qualité pour le plein écran, l’autre compressé pour être vu sur baladeur.

En fait, ça va être difficile de trouver à redire à EZTakes. Par exemple, il faut certes installer un logiciel Windows pour accéder au téléchargement d’images DVD… Mais pas pour télécharger les fichiers vidéo, y compris celui de qualité identique à celle d’un DVD. (Que l’on peut ensuite graver soi-même sans restriction, d’ailleurs.) Bref, ce n’est pas moi qui irai me plaindre…

Question navigation, usage du site : c’est extrêmement facile, même si on ne maîtrise pas tout à fait l’anglais.

On peut fureter dans le catalogue (par genres, par collections, par époques ou par prix) ou faire une recherche sur un titre ou un artiste particulier. La page de chaque œuvre permet de lire les critiques et de voir au moins un extrait en ligne avant d’acheter. Enfin, d’un clic sur le gros bouton « Download », on accède au passage en caisse. Pas de prise de tête non plus à ce stade : l’acheteur hors USA pourra sans problème régler avec Paypal, et télécharger ses emplettes sans délai.

Quant au catalogue, on ne sera pas déçu si on cherche des grands classiques à petit prix (Le Cuirassé Potemkine, M le Maudit, Les 39 Marches, Buster Keaton…) ou des films cultes, de la zérie B jusqu’à Z, des Chasses du Comte Zaroff à La Nuit des Morts-vivants, en passant par White Zombie et même Le Père Noël contre les Martiens – un film en concurrence avec ceux d’Ed Wood pour le titre de pire œuvre de cinéma jamais tournée…

Les amateurs de films d’arts martiaux, de péplum, d’espionnage ou de western ne sont pas en reste. Et le choix (vaste) de documentaires recèle des incontournables, comme The Real Middle Earth, sur les sources d’inspirations de J.R.R. Tolkien, ainsi que sur la difficulté de traduire visuellement au cinéma ce qu’il avait créé par les mots et en imagination.

Petit, ou gros regret, enfin. Comme le site est conçu pour des cinéphiles américains à la recherche des œuvres délaissées par les circuits de distribution locaux traditionnels, on trouve même une bonne petite sélection de films francophones… Mais la quasi-totalité est indisponible à la vente en France !

Non, mais, ho, les producteurs et distributeurs de l’Hexagone, vous pensez à quoi, là ?

Bande de nuls. Tiens, je vais me consoler en allant plutôt regarder, parmi les films disponibles, un petit joyau du cinéma d’animation anté-CGI : Le Rossignol et l’Empereur de Chine, Jiří Trnka.

Alexandre Dumas, les Noirs et le star-system

Racisme ? Communautarisme ? Pour comprendre la polémique sur L’Autre Dumas, film à grand spectacle et (probablement, hélas) occasion manquée, il est bon de lire cet article de Claude Ribbe, dans Jeune Afrique.

Écrivain et historien, Ribbe se définit comme originaire de Guadeloupe et de la Creuse. Et il a consacré à Alexandre Dumas une biographie, Le Diable noir. Car l’auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo, cet écrivain français métis dont le père était né esclave à Haïti, se définissait lui-même comme un « nègre aux cheveux crépus ». Et son teint de peau tirait plus sur le café au lait que sur les pétales de roses !

On le sait, vous me direz… Mais depuis combien de temps ? Dumas, férocement raillé et caricaturé de son vivant sur cette négritude, qu’il assumait d’ailleurs crânement, a longtemps été perçu comme un grand-écrivain-français, point, c’est tout. Et ce qui est français est universel, et ne devrait donc pas afficher de particularités raciales… Sauf blanches, mais on ne le dit pas. Bref, la mémoire d’Alexandre Dumas a été pieusement blanchie par omission.

Et encore aujourd’hui, quand des producteurs français, avec le soutien d’une chaîne de service public, financent un film sur Alexandre Dumas, non seulement le terme de « nègre » n’y est employé que pour désigner son collaborateur discret, Auguste Maquet, mais on embauche pour cela un acteur bien blanc, Gérard Depardieu.

Il faut croire que dans leur logique, seul le nom d’une méga-star dans le rôle titre pouvait permettre le succès du film, qu’ils auront sans doute à vendre à l’étranger. Et s’il n’y a pas d’acteur métis de cette envergure dans le monde du cinéma français, tant pis pour l’exactitude !

Dommage, car il aurait sans doute aussi bien été possible de trouver un acteur un peu moins connu, mais de faire le film pour moins cher. Et de rentrer quand même dans ses frais, tout en donnant à un acteur originaire des « minorités visibles », comme on dit, l’occasion de briller. Chacun ses priorités…

Mais non, Dumas sera incarné par un blond portant une perruque. Et le film, bâti sur une rivalité Dumas-Maquet montée en épingle, manquera l’occasion d’explorer les péripéties traversées par l’écrivain en raison de ses origines et de son faciès. Au lieu d’un film qui familiarise, voire réconcilie, les Français avec cette part de négritude dans leur héritage, on a un film qui fait seulement de Dumas – ô ironie ! – un « négrier » littéraire. Et en réhabilitant le collaborateur invisible du grand écrivain, on contribue à garder dans l’ombre les artistes français noirs ou métis.

Chose ironique, le réalisateur choisi pour le film, le Bayonnais Safy Nebbou, est lui-même de père algérien. Son nom et son visage ne laissent aucune illusion sur ses origines peu gauloises… Mais on dirait qu’il est plus facile pour le cinéma français – et son public – d’accepter un « sang-mêlé » derrière la caméra que devant ! Histoire de mieux s’identifier aux personnages du film, direz-vous ?

Aïe. Et voilà que ressurgit cette satanée « identité » française…

Il paraît que Gérard Depardieu « se fout d’être français ». Certains le blâmeront pour cette franchise, sans doute. Mais j’avoue, parfois, que je le comprends.

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« Mais très certainement. Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, monsieur : ma famille commence où la vôtre finit. » – Alexandre Dumas père, à un fâcheux qui lui demandait s’il s’y connaissait en « nègreries ».