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Oscillokézaco : quand Google me demande des trucs bizarres…

J’ai testé pour vous… le virus qui cause ces satanées angines un peu partout en région parisienne ; et je peux confirmer : c’est une belle saleté. Deux jours que je n’ai plus de voix… Grrr. Et ne me parlez pas des médicaments dé-remboursés !

Illustration médicale : anatomie de la bouche

Anatomie de la bouche, par Duncan Kenneth Winter (Otis Archives, sur Flickr, Creative Commons)

Et cela n’aide pas quand Google me considère comme la destination de requêtes un peu à l’ouest. Tiens, par exemple : « occilococcilum homéopatie » [sic].

Kézaco ? C’est l’une des requêtes (à l’orthographe approximative) qui a fait aboutir sur mon blogue, et c’est aussi un microbe imaginaire qui a survécu (dans la tête des homéopathes) à l’échec de l’hypothèse de départ de son « découvreur », mais au nom duquel on tue chaque année un certain nombre de canards de Barbarie pour confectionner un succédané de médicament. Le tout vendu par une entreprise qui n’aime pas, mais alors pas du tout, les critiques…

Bref, on ne se porte pas plus mal en s’en passant. Ne gaspillez pas vos sous.

Plus que dix jours avant d’aller chez l’ophtalmo…

Ou à peu près. Grrr. Pas drôle de chercher à s’informer sur Internet comme d’hab’ quand on a l’impression d’avoir un cercle de plomb (fondu) autour des yeux. Pas envie de bloguer non plus…. Hélas, avec l’âge, ma myopie ne s’arrange pas (ça ne s’arrange jamais, on ne peut que ralentir la progression) et en prime la presbytie est venue. Joyeux quarante-troisième anniversaire!

Et j’aurais besoin de nouvelles lunettes. Et essayez de trouver un ophtalmo à Paris qui ne fasse pas de dépassements d’honoraires et qui donne des rendez-vous moins d’un mois (voire deux) à l’avance.

Résultat: je force sur mes muscles oculaires pour voir de loin, et je fais la même chose pour voir de près. Et ça devient pire chaque jour. Aïe-yeux.

Je sais, je sais, j’aurais mieux fait de m’y prendre plus tôt. Ben voyons. L’ennui, c’est que je m’y étais quand même prise dès le début avril. On m’avait alors donné une date pour dans un délai de six semaines – le vendredi 18 mai. Et puis la secrétaire m’avait recontactée pour m’informer que oups, erreur de sa part, c’était le pont de l’Ascension et le centre médical était fermé ce jour-là. Est-ce que le 11 juin vous conviendrait chère madame?

Ben, que pouvais-je dire? Mais oui, merci, je note.

Il n’y avait plus ensuite qu’à patienter. (Jeu de mot inclus, bien sûr.) Et re-grrr.

Valse d’étiquettes dans les pseudo-médecines

Que faire si des essais cliniques mettent en évidence que la pratique de l’acupuncture traditionnelle n’est pas plus efficace qu’un placebo par acupuncture simulée (par exemple, le fait de piquer légèrement la peau avec un cure-dents ou d’utiliser des aiguilles rétractiles)? Que faire si, tests à l’appui, aucune trace des méridiens ni du Qi n’est trouvé, si le placement exact des aiguilles sur le corps n’a pas d’importance pour le soulagement (subjectif) annoncé par les patients, et si même il n’est pas besoin de percer réellement la peau pour observer le même effet?

En bref, comment la profession d’acupuncteur peut-elle s’en relever?

Photo: acupuncture (Wikimedia Commons)

Heh. Facile. Il suffit de baptiser des choses qui marchent « acupuncture », ou quelque mot dérivé, et le tour est joué!

Le simple fait d’appuyer sur la peau marche? Vous avez l’acupressure, en pressant avec les doigts ou un objet sur les « points d’acupuncture ».

La neurostimulation électrique transcutanée (TENS) est utilisée par les médecins et kinés pour soulager la douleur? Elle consiste à appliquer un courant électrique sur la peau grâce à des électrodes, pour stimuler directement les terminaisons nerveuses? Prenez une aiguille (ou autre appareil de même forme), reliez-la à un générateur de courant, et voici l’acupuncture électrique! (Garantie non traditionnelle et non chinoise, mais on évitera de le dire.)

Enfin, si rien d’autre ne soulage la douleur que des analgésiques chimiques, on les introduira sous la peau grâce à une aiguille et on appellera cela de la PaP acupuncture et non plus de l’anesthésie locale! (PaP désignant une enzyme, la prostatic acid phosphatase, qui peut avoir un effet anti-douleur plus durable que celui de la morphine.)

On ne sera pas étonné qu’il y ait des gens pour considérer tout cela comme peu conforme à l’éthique, voire carrément malhonnête… On les comprend. En son temps, pourtant, Confucius ne disait-il pas déjà qu’il était crucial « d’utiliser les dénominations correctes » pour agir droit?

Certains de ses disciples ont dû prendre le conseil à l’envers: pour changer la réalité, changez les noms!

#Boiron parviendra-t-il aussi à diluer l’effet Streisand?

Imaginez le topo. Vous êtes une entreprise multinationale [fr] dont les profits ne se portent pas trop mal dans le contexte économique actuel, merci.

Mais un dessin de xkcd marche toujours.

Voilà qu’un blogueur indépendant [en], au sein de la vaste Toile mondiale, critique l’efficacité de votre produit, voire le principe même sur lequel s’appuie votre industrie? Gare à la mauvaise publicité! Vite, vite, envoyez à l’imprudent quelques avocats pour le dissuader!

Sauf que… Ah, mais zut alors, on est sur Internet, et vos menaces contre les fauteurs de mauvaise publicité peuvent rapidement se retourner contre vous, sous forme… de plus encore de mauvaise publicité, sur les réseaux sociaux et dans les moteurs de recherche! Effet Streisand [fr], vous connaissez?

On peut aussi parler d’effet « I am Spartacus! » [fr] si on a des références cinéphiliques.

C’est en tout cas ce que les Laboratoires Boiron devraient découvrir… Car leurs pressions juridiques sur l’auteur de Blogzero [it] sont en train de donner l’occasion à de nombreux médias [it], y compris des poids lourds comme le British Medical Journal [en] (lu par des médecins, des chercheurs, des journalistes scientifiques, des décideurs en matière de santé publique… bref ceux qu’un laboratoire n’a pas envie de s’aliéner), et à divers blogs scientifiques, (comme Science-Based Medecine [en]) de se pencher sur l’affaire… et de répercuter [en] les critiques initiales contre votre business, en plus de pointer du doigt vos tactiques pas très fines [en].

Vous avez dit « oooups »? Ou, en termes plus geekesques, « FAIL »?

P.S. En lumière de ce qui s’est passé la dernière fois que j’ai cité une pseudo-médecine, et pour éviter une énième prise de tête, je préviens aimablement que je me réserve le droit de me gausser bien fort des arguments du premier qui viendra jouer ici la carte du « mais, heuu, il y a aussi des problèmes avec la médecine normale ». Non, faire dérailler une discussion dans tous les sens n’est pas une chose appréciée ici! Pas plus que d’entretenir encore et toujours le genre de confusion mentale [fr] qui ne profite qu’aux charlatans.

Le procès en Class Action que Boiron n’avait pas envie d’affronter

…Mais qui aura lieu quand même en Californie. Hélas, pas d’article en français à ma connaissance (tiens, tiens) [màj du 19/08: depuis, le cas a été mentionné sur le forum des Sceptiques du Québec, que je salue ici], mais le blog sceptique et satirique américain The Jayfk y consacre un fort intéressant billet.

(Source: Butterflies & Wheels.)

On y apprend que Ms Gina Delarosa, résidente du conté d’Orange, en Californie, a déposé le 31 août 2010 une plainte en action collective (class action) contre Boiron USA, Inc. (filiale de notre bon vieux Laboratoires Boiron national), au nom de plusieurs clients qui s’estimaient escroqués par les pilules “Children’s Coldcalm®”, vendues comme médicament anti-rhume pour enfant, et qui seraient en fait… inefficaces.

Anti-Homeopathy poster (PG version)

Les vrais composants de l'homéopathie, si la mémoire de l'eau était une réalité...

Quoi, des clients râlent parce qu’un produit homéopathique n’a pas d’effet? Qu’il ne soulage même pas les symptômes du rhume comme c’est prétendu sur la boîte? Où va le monde…

Évidemment, ça ne fait pas les affaires de Boiron, qui dépose donc un recours devant un tribunal fédéral. Pas de chance pour lui, mais bonne nouvelle au contraire pour les plaignants: le labo a été débouté le 27 juillet dernier. C’est donc bien la justice qui tranchera si les affirmations de Boiron quant à son médicament censé soulager congestion nasale, maux de gorge, sinus douloureux et autres désagréments liés au rhume sont basées ou non sur des réalités.

Aïe, aïe, ça risque de faire mal. En droit, on n’a guère l’habitude des preuves qui sont d’autant plus efficace qu’elle sont plus diluées

(Màj du 09/08/2011)

Quelques liens en bonus, suite à une polémique hier sur Twitter, parce qu’il est parfois nécessaire de revenir au B, A, Ba:

Et ce n’est là qu’une sélection des sources les plus argumentées et les moins virulentes par le ton à propos des médecines dites « alternatives ». Si on a l’estomac solide, on peut toujours aller regarder du côté du blogue Imposteurs [fr] ou du podcast de Mark Crislip, Quackcast [en]. Ce n’est pas très diplomatique, mais ça fouette le sang!

  • P.S. Billet cité sur Rue89. Cool. 🙂

Trois frères et un gâteau, ou les recettes de santé de la famille Sarkozy

«Les 3 frères», ce n’est pas seulement un restaurant de Belgrade (NB: les fans d’Enki Bilal comprendront), mais le scénario d’une jolie petite mise en coupe du système de santé et de l’assurance retraite en France. C’est le conte compte de fées des trois frères Sarkozy,

l’un en charge de l’exécutif, notre Président, l’un à la tête d’un des plus gros groupe d’assurance santé et le dernier qui sert les intérêts des laboratoires. Si ça ne s’appelle pas un conflit d’intérêt, je me demande ce que c’est…

Et comme par hasard, nous sommes en plein dans le conflit de la réforme des retraites, après avoir essuyé celui sur la réforme de l’hôpital, et avant le prochain qui s’annonce autour des mutuelles santé.

À lire chez LoCiol, pour ne pas dire ensuite qu’on ne savait pas.

P.S. Et à compléter par le tableau d’ensemble que brosse Ménilmontant des gros appétits de la fratrie – et bien sûr des rejetons! Car on n’a pas déjà oublié l’affaire de Jeannot bombardé à la tête l’EPAD, j’espère?

Le «malaise du matin d’école» est-il plus répandu en milieu défavorisé?

Je pose la question parce que c’est ce qu’affirme le titre d’une dépêche AFP/La Croix citée dans cet article de Dazibaoueb (retwitté par Céleste, merci à elle). Or cette dépêche ne cite que les chiffres d’une enquête de l’Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville) réalisée dans le cadre de la 3e Journée du refus de l’échec scolaire, chez des élèves de primaire et collège de quartiers populaires. Des chiffres qui font réfléchir, notamment celui-ci: un sur trois déclare avoir mal au ventre le matin avant d’aller à l’école.

Mais  à partir de ce chiffre brut, le titre choisi par La Croix (et Dazibaoueb à sa suite) pour présenter l’enquête, fait tout à coup un raccourci entre ces deux éléments: élèves physiquement malades le matin, élèves de milieux défavorisés; et pose implicitement un lien de cause à effet.

Soyons clairs: je pense que cette conclusion est probablement juste. Le problème, c’est que cette enquête, toute intéressante qu’elle soit, ne permet pas de conclure dans ce sens, faute d’échantillon de contrôle.

J’ai eu la curiosité de consulter le texte complet de ce «Baromètre 2010» de l’Afev sur «le rapport à l’école des enfants de quartiers populaires», qui est disponible ici sous forme de PDF. Citons l’exposé de la méthode employée pour l’enquête:

L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 760 élèves de primaire et de collège, issus de quartiers populaires et suivis par un étudiant de l’AFEV, entre avril et juin 2010. De manière générale, les tendances que l’on avait pu mettre en exergue les années précédentes (2008 et 2009) perdurent. Dans cette édition 2010, de nouvelles questions ont été introduites permettant d’expliciter et de préciser les constats importants du baromètre mais aussi de nourrir le thème de la troisième «Journée du Refus contre l’échec scolaire»: «Souffrances à l’école».

Pas de groupe de contrôle, on le remarquera. L’Afev, qui s’intéresse aux raisons de l’échec scolaire et aux moyens d’y remédier, a porté le regard sur les populations en difficulté, et dressé un tableau de tout ce qui peut être source de stress et de mal-être à l’école, tout ce qui peut contribuer à éloigner l’environnement familial de l’environnement scolaire, etc.

Des données très intéressantes, mais à quoi les comparer? Comment faire la part de tous ces éléments dans le fait social complexe dénommé «échec scolaire»?

Où est la contre-enquête dans des écoles et collèges de Neuilly ou du 16e arrondissement sur le mal au ventre du matin avant d’aller en classe?

Parce que je peux garantir que le «stress» et le «mal-être» à l’école qui vont jusqu’à faire somatiser et rendre physiquement malades les enfants qui ne «s’adaptent» pas ne sont pas des phénomènes limités aux quartiers populaires.

Eh oui, je parle d’expérience… Le malaise du matin d’école, c’était mon pain quotidien pendant les 6 ou 8 premières années de ma scolarité.

Dans mon cas, pourtant, pas de «handicap socio-culturel» (comme on disait à l’époque): issue de la classe moyenne, avec des parents fonctionnaires et enseignants, j’aurais dû être pile-poil dans le public idéal de l’institution scolaire, non?

Eh non. J’étais psychologiquement mal à l’aise, j’avais horreur des groupes importants, du bruit, de l’agitation des autres enfants. Être comparée aux autres aussi me faisait horreur, surtout quand l’institutrice passait du temps à expliquer longuement à ceux et celles qui comprenaient lentement, et que je m’ennuyais. Quand elle passait sans voir mon doigt levé pour répondre (et c’était souvent), et allait donner la parole à un cancre à qui il fallait arracher mot à mot une bribe d’esquisse de réponse, cela me semblait injuste… C’était pourtant son métier d’encourager tous les élèves à participer! Et si je comprenais sans qu’on ait besoin de me faire un dessin, c’était tant mieux, autant de travail en moins pour elle!

Bref, je percevais l’école comme un endroit truffé de périls, d’injustice et de temps perdu. Il me semblait que j’apprendrais plus vite seule avec un livre que forcée de m’enfermer toute la journée dans une classe avec 25 autres gamins.

Comme on s’en doute, j’ai survécu. Pas que j’ai cessé de ressentir du malaise, non. Mais j’ai trouvé des façons de m’adapter. Par exemple,  j’ai cessé de me formaliser si mon voisin voulait copier sur moi: je ne ressentais plus l’injustice de la chose, mais trouvais désormais de l’avantage à le voir ainsi occupé tranquillement, sans m’embêter. Même, je lui facilitais l’opération. (C’était sans danger. Les profs gardaient à l’œil les élèves agités, pas les bons élèves ni les copieurs discrets.)

Pourquoi je raconte ces anecdotes, qui n’ont guère de valeur que comme donnée ponctuelle dans un vaste ensemble d’observations sur l’école et la société?

Mais pour illustrer ce que je disais plus haut: il n’y a pas qu’une cause unique, forcément sociale, au malaise du matin d’école; n’étudier que les chiffres d’une catégorie sociale (ici, les élèves de milieux populaires) risque de masquer la complexité des problèmes désignés sous l’expression «échec scolaire» ou «mal-être à l’école.» Par exemple, tous les enfants n’apprennent pas de la même manière, mais l’école privilégie certains modes d’apprentissages et pas d’autres.

Pour agir, il faut comprendre. Pour comprendre, il faut regarder la totalité du phénomène.

D’autant que l’échec scolaire est par excellence un phénomène relatif: il s’agit d’un échec par rapport à l’ensemble de la population, ou par rapport à une moyenne… Et on peut rappeler que l’expression «échec scolaire» ne désignera pas la même chose dans tous les milieux sociaux. Mais ceux qui ont les moyens dépensent pas exemple des fortunes en cours particuliers, séjours culturels, écoles privées, etc., pour essayer de s’en prémunir.

Mais cela ne veut pas dire que leurs enfants n’ont pas de «problèmes» à l’école, justement. Sinon, ce ne serait pas un marché si florissant.