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Vaccinée, libérée ! Mes aventures pour une piqûre

SARS-CoV-2, portrait de virus. (Source : CDC.) En rouge, la désormais fameuse protéine Spike qui se lie aux cellules à infecter.

Comme beaucoup de monde, j’ai vécu les différentes étapes de la pandémie en serrant les dents, sachant que je faisais partie des personnes qui ont un risque de développer un Covid sévère. Pas exactement riant comme perspective. Au printemps 2020, j’ai bénéficié d’une autorisation d’absence à ce titre, et parce que le télétravail n’était pas adapté à mon cas. La rançon d’être fonctionnaire de guichet. Mais je suis reconnaissante pour cette autorisation accordée rapidement et sans histoire par l’administration.

Je suis donc restée chez moi en avril 2020, temps que j’ai mis à profit en écrivant une série de science-fiction pour Rocambole. Mais si, vous vous souvenez : c’était L’Interprète, déjà une histoire policière, cette fois dans un futur pas très éloigné. Au passage, gros coup de chapeau à l’entreprise, qui s’est pris dans les dents le coronavirus au moment où ils lançaient leur nouvelle formule et ont tout de suite rebondi en s’organisant pour travailler à distance, tout en lançant de nouveaux titres et en mettant les textes en accès gratuit pour la durée du confinement (les auteurs ayant été consultés bien sûr).

À l’automne 2020, toutefois, lors du second confinement, je n’ai pas cherché à bénéficier d’une nouvelle autorisation d’absence. J’aurais sans doute pu, mais ça ne me souriait absolument pas. J’ai beau apprécier la solitude, il y a un moment où cela pèse. Et puis on avait désormais des masques, du gel, et une bonne connaissance des mécanismes de transmission du virus. Aller travailler était donc un risque calculé.

N’empêche, quand les vaccins ont commencé à arriver, je n’ai eu qu’une hâte : pouvoir enfin en bénéficier. C’est ainsi que lorsque, courant février 2021, le ministre de la Santé a annoncé que les personnes de 50 ans et plus avec une affection les mettant à risque de Covid grave pourraient se faire vacciner chez leur médecin généraliste avec le vaccin AstraZeneca (qui peut être stocké dans un frigo ordinaire, ce qui simplifie son emploi), j’ai sauté sur l’occasion. J’ai eu ma première injection le 6 mars, après avoir été sur des charbons ardents pendant quelques jours : mon médecin partait à ce moment-là en vacances et j’ai eu un peu de mal à joindre son remplaçant. Mais au final, ça s’est fait et j’ai pu pousser un premier ouf de soulagement. Ce n’était pas une protection complète, bien sûr, mais c’était mieux que rien. Et je n’ai même pas eu d’effets secondaires embêtants.

Vous connaissez la suite de l’histoire : les informations sur des accidents de coagulation rares mais graves chez des patients jeunes, la décision de réserver ce vaccin aux plus de 54 ans… Ah zut, et ceux qui avaient déjà eu la première injection mais pas la seconde ?

Cela se passait courant mars. Mon rappel de vaccination, selon l’information donnée par le toubib, devait avoir lieu en mai, soit entre 9 et 12 semaines après la première injection. J’ai donc attendu, plus que jamais sur les charbons ardents. Et heureusement que j’avais de quoi m’occuper, n’étant pas plus confinée qu’en novembre.

Je n’ai pas eu à me poser longtemps des questions. En avril, nouveau communiqué du ministère de la Santé : les gens qui avaient eu une première injection AstraZeneca et ne pouvaient bénéficier d’une deuxième en raison de leur âge pourraient à la place recevoir une dose de l’un des vaccins à ARN messager, Moderna ou Pfizer/BioNTech, à la date normalement prévue.

Un panachage, donc, qui d’après les données recueillies au Royaume-Uni (qui a commencé avant et a donc un peu essuyé les plâtres) est efficace. Pas de problème pour moi, d’autant que j’avoue être en admiration devant la technologie des vaccins à ARNm, et à l’élégance d’une telle invention. N’injecter que l’ARN permet notamment d’avoir un vaccin extrêmement pur, ce qui réduit les risques d’effets secondaires.

Qu’à cela ne tienne : j’ai donc cherché sur sante.fr un créneau de vaccination dans la période qu’on m’avait indiqué, entre le 8 et le 29 mai…

C’est là que je découvre à quel point les places sont chères. Dans l’absolu, ce n’est pas une mauvaise chose : ça montre que les gens veulent être protégés ! Mais je finis par trouver un créneau le samedi 15 mai, et dans un centre de mon quartier. Du moins je pense avoir trouvé. En recevant mon courriel de confirmation, cependant, je vois la mention : « la seconde injection doit se faire dans le même centre que la première ». Zut alors, ils ne sont pas au courant pour AstraZeneca ? Ou bien ils n’ont juste pas mis à jour leur message ?

Tant pis, pour en avoir le cœur net, je leur téléphone. Ce n’était pas une mauvaise chose, car j’apprends (on est alors fin avril) qu’il n’y a pas de problème pour ça, mais que la deuxième injection doit obligatoirement être faite 12 semaines après la première, avec une tolérance d’un jour en plus ou en moins, mais c’est tout.

Retour à la case départ. Le rendez-vous du 15 mai est annulé, et je dois chercher un créneau pour fin mai, impérativement. Ah non, désolée, ce centre ne donne de rendez-vous que quinze jours à l’avance, rappelez plus tard.

Soit. Je suis retournée à Internet, et j’ai trouvé le site https://vitemadose.covidtracker.fr/ qui était alors assez récent mais déjà d’une efficacité magistrale. Et c’est grâce à lui que j’ai trouvé un autre centre à Paris qui avait un créneau libre pour le bon jour, le bon vaccin et le bon public (certains centres étant réservés au personnel soignant ou aux plus de 60 ans). Et là j’ai croisé les doigts pour pas attraper le virus avant.

Quinze jours plus tard, je reçois un appel du centre de mon quartier : ils me proposent un rendez-vous pour le vaccin. C’est très gentil, je leur ai répondu, mais j’ai déjà trouvé, merci.

Et en effet, le 29 mai sans faute, je suis passée à travers la mécanique bien huilée du centre de vaccination. Vérification du nom et de la carte Vitale, attente, questionnaire sur mes antécédents médicaux, attente, piqûre (au bras gauche pour les droitiers), attente, et enfin délivrance du joli QR-code qui me permet de rentrer chez moi tranquille.

Le lendemain, j’ai le haut du bras sensible, mais trois fois rien. C’est la preuve que l’ARNm fait son travail, et mes cellules le leur : elles fabriquent des protéines d’enveloppe de virus. Et mon système immunitaire aura ainsi les outils nécessaires pour reconnaître très vite le vilain SARS-Cov-2 s’il se montre dans les parages, et pour l’estourbir avant qu’il ait pu faire des dégâts.

Alors, ce n’est pas la folie, bien sûr, je continue à porter le masque dans les transports en commun et au travail jusqu’à ordre contraire, mais je me sens déjà plus tranquille quand je suis à côté de gens qui le portent mal ou l’enlèvent à tout bout de champ.

Je vous laisse avec une chanson qui rappellera des souvenirs aux geeks dans mon genre. Ah, les temps déjà lointains de fin 2020…

(Aussi publié sur Substack.)

« Tous demandent à Lalon sa religion et sa caste. Lui demande : à quoi ressemblent ces choses ? »

C’est important de rappeler que la libre pensée n’est pas l’apanage des pays occidentaux, ni de l’époque contemporaine. Et si le langage reste souvent une barrière, la musique peut servir de passeport, témoin cette chanson, trouvée grâce au blog de l’écrivaine et militante féministe athée Taslima Nasreen :

Paroles (traduites à partir des sous-titres et de la page Wikipédia en anglais sur l’auteur, Lalon) :

« (Refrain) Tous demande à Lalon à quel jât [litt. « naissance », comprenant caste et religion] il appartient en ce monde,
« Lui demande à quoi ressemble un jât ? Il n’en a jamais vu de ses yeux !

« La circoncision marque l’homme musulman,
« Mais quelle est la marque de la femme musulmane?
« Un homme de la caste des brahmanes se reconnaît à son fil sacré,
« Mais qu’est-ce qui distingue la femme brahmane ?

‘Tous demande à Lalon à quel jât il appartient en ce monde,
« Lui demande à quoi ressemble un jât ? Il n’en a jamais vu de ses yeux !

« Les uns portent des mâlâs [chapelets hindous],
« D’autres des tasbihs [chapelets musulmans],
« Les gens disent appartenir à différents jâti,
« Mais portais-tu le signe de ton jât quand tu es venu au monde ?
« Le porteras-tu quand tu quitteras ce monde ? »

N.B. La chanson est en bengali, et le chanteur s’accompagne d’un ektara, instrument traditionnel des Bâuls, les bardes itinérants du Bengale. Parmi eux, le plus fameux est Lalon (dit Lalon Shah ou Lalon Fakir), poète, mystique, et réformateur social né à la fin du 18e siècle, dont les chansons critiquaient de façon radicale le sectarisme des castes, ethnies et religions qui divisaient le pays.

Bien que pauvre et illettré, Lalon n’en est pas moins devenu en Inde et au Bengladesh un symbole de la tolérance religieuse. De son œuvre se réclament de nombreux penseurs, en Inde et au-delà, depuis le Prix Nobel Rabindranath Tagore (qui favorisa la reconnaissance des Bâuls pour leur contribution à la musique, à la poésie et à la pensée indienne) jusqu’à Allen Ginsberg. Le répertoire des Bâuls est aujourd’hui inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

The Dave Brubeck Quartet, « Take Five » (1966)

C’est idiot, la mort. Il y a tant d’artistes pour qui on n’aura jamais tant entendu parler qu’à cette occasion. Mais c’est déjà ça.

Tiens, au fait, ce qu’on sait peut-être moins chez nous, c’est que si Brubeck avait popularisé le jazz auprès du public blanc, dans les années 50, il refusait de jouer dans les lieux de spectacle pratiquaient la discrimination, ou les émissions de télé qui auraient mis le contrebassiste noir du quartette, Eugene Wright, hors champ.

Soir d’élection, quelle ballade!

S’inquiéter pour les Grecs ou se réjouir pour le PS? Saluer la dignité de Ségolène Royal ou ricaner du drôle de gag arrivé au clan Le Pen? Parti Pirate qui fait le bilan ou Front de Gauche qui encaisse? On peut aussi faire un intermède musical avec Bob Dylan:

(Via @BoraZ.)

Les Variations Goldberg en Creative Commons par Kimiko Ishizaka

C’est le bon plan de la journée, vu sur Boing Boing: amateurs de musique classique et en particulier de musique baroque, fans de Jean-Sébastien, ne manquons pas The Open Goldberg Variations, un enregistrement entièrement libre et gratuit à télécharger, utiliser et copier, puisqu’il est sous licence Creative Commons Zéro (domaine public)!

Comment est-ce possible? Avec la participation de beaucoup de monde, et à l’aide non seulement de la technologie, mais aussi de nouveaux concepts.

Le projet a été lancé par l’informaticien et fan de Bach Robert Douglass sur Kickstarter, et financé par le public (crowdfunding); la partition éditée et numérisée par Werner Schweer grâce au logiciel libre Musescore; puis la pianiste Kimiko Ishizaka a enregistré cette nouvelle version de l’une des plus célèbres œuvres de Bach sur piano Bösendorfer 190 Imperial, au studio Teldex de Berlin, et la production en a été assurée par la française québécoise (1) Anne-Marie Sylvestre. Enfin, les fichiers sonores sont hébergés dans le nuage avec Soundcloud.

Partition et enregistrement totalement libres et gratuits, d’accès aisé sur Internet: un bon plan pour les mélomanes, mais aussi pour les créateurs, les enseignants, les associations!

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(1) Voilà qui m’apprendra à ne pas penser trop hexagonal, la prochaine fois… 😉

En guise de post-scriptum

Parce que cette chanson et sa vidéo ont pour moi plein de résonances, pour diverses raisons… Et que certains soirs de fête nationale, on se sent un peu beaucoup citoyenne du monde, en fait.

Pour le plaisir…

Et parce que c’est l’humeur du jour.

(Chanson signée qui vous savez, bien sûr. Vidéo: un certain Bardotiano sur YouTube, apparemment.)

Ces autres «11 septembre» qui ont marqué l’histoire

Oui, bien sûr, c’est aujourd’hui qu’on commémore (?) l’attentat meurtrier sur New York. Ou du moins, on honore la mémoire des victimes, et on se lamente sur les répercussions que cela eut dans le monde. C’est aussi le jour où l’on peut s’employer à décrasser la cervelle aux conspirationnistes. Non mais.

Mais il y a d’autres «11 septembre».

Celui de 1973, au Chili, vous vous souvenez? (Moi pas, remarquez. J’avais quatre ans, et j’entrais en maternelle. Mais passons.) La mort d’Allende, la fin d’une expérience démocratique et sociale et le début d’une sinistre dictature — qui eut l’intéressante distinction d’être courtisée aussi bien par Margaret Thatcher que par Mère Térésa: ah, les «étranges compagnons de lit» qu’engendre la politique…

Et puis, comme le rappelle plaisamment Guy Birenbaum, il y a le 11 septembre 1962, quand les Beatles, qui n’étaient pas encore les Fab Four, ont finalisé leur premier single!

Ah, là, au moins, on a un événement immortel, m’sieurs-dames.

Souvenirs inopinés

J’avais quelques chansons de Brassens dans la tête, hier. On se doute pourquoi. Mais au détour de YouTube, je suis tombée sur celle-ci:

Putain de toi. Georges Brassens, les chats perdus, une femme de même… Des mots et des choses. Un sourire qui court parmi les notes de musique.

Et puis le choc de l’émotion.

Souvenirs…

Il faut savoir que ma mère aimait beaucoup les chansons de Brassens. C’est peu de le dire. Ses cassettes tournaient quasiment quotidiennement à la maison, quand j’étais gosse, en alternance avec Montant, Brel, Félix Leclerc, et bien sûr France Inter aux heures canoniales (pardon, celle des infos).

Il faut aussi savoir que j’ai perdu ma mère en mai dernier. Vous vous souvenez d’un billet intitulé «Ma vie n’est pas un roman»? Je venais d’apprendre la nouvelle et me préparais à sauter dans le train.

Je n’ai pas voulu en parler à ce moment. Trop tôt. Trop sensible. Et puis les circonstances étaient compliquées, vu les relations dans la famille. Pendant quelques semaines, j’ai eu du pain sur la planche avec les pompes funèbres, l’administration, les gens à prévenir… Et avec tout ce que cela changeait pour moi. Pour nous tous.

Mais en ce moment, je découvre que je ne peux pas entendre certaines chansons de Brassens sans pleurer. Celles qui figuraient sur les cassettes de maman.

Et la madeleine de Proust n’est plus seulement de la littérature.

«Pour la mousique»

Ne me parlez pas de la Fête de la Musique. (Et parlez moi encore moins de son nouvel intitulé à l’impératif catégorique.)

La musique, je sors d’en prendre. Dans le métro. Enfin, si on appelle cela de la musique…

Il y a plusieurs types de musiciens du métro à Paris. Certains sont vraiment doués, d’autres font ça comme on va pointer, et un petit nombre est vraiment (mais alors vraiment) exécrable. À croire qu’il y a un grain de vérité dans la caricature du gars qui fait la manche en jouant d’un instrument jusqu’à ce qu’on lui donne de l’argent pour aller ailleurs.

C’est seulement la dernière catégorie que je trouve pénible.

Oh, il y a pas mal de musiqueux besogneux dans les transports urbains de Paris, des gens qui donnent l’impression d’avoir reçu le matin un accordéon et un ticket de métro, et débrouille-toi pour ramener le fric à la fin de la journée. (Oui, ceux-là ont généralement un accordéon. Et parfois une sono portable, ce qui aide à entretenir l’illusion. Encore un exemple de la technique venant en aide à l’humanité, j’imagine.)

Bon, ce n’est peut-être pas fort virtuose, mais c’est de la musique, quoi. La mélodie est reconnaissable, le rythme assez régulier pour aider plutôt qu’entraver la prestation, bref ça meuble cinq minutes de métro.

Quand on a affaire à un gars vraiment mauvais, cependant, du genre tellement mauvais qu’il ne se rend pas compte qu’il est mauvais (effet Dunning-Kruger, es-tu là)…

Le genre non seulement qui joue faux, qui massacre les mélodies non pas l’une après l’autre mais en en mélangeant deux ou trois à la fois, et en plus qui est infichu de garder à peu près le rythme, mais s’arrange pour être en permanence ou presque à contre-temps.

Si, si, tout ça à la fois. Et sur un accordéon des plus cheapos, évidemment.

(Que dis-je, c’est à l’accordéon, ce qui est déjà un facteur aggravant. À mon peu humble avis. Vu qu’il est difficile d’être mélodieux à l’accordéon, voire de produire avec autre chose que de la muzak.)

Là, ça donne plutôt des minutes qui durent des heures.