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« Tous demandent à Lalon sa religion et sa caste. Lui demande : à quoi ressemblent ces choses ? »

C’est important de rappeler que la libre pensée n’est pas l’apanage des pays occidentaux, ni de l’époque contemporaine. Et si le langage reste souvent une barrière, la musique peut servir de passeport, témoin cette chanson, trouvée grâce au blog de l’écrivaine et militante féministe athée Taslima Nasreen :

Paroles (traduites à partir des sous-titres et de la page Wikipédia en anglais sur l’auteur, Lalon) :

« (Refrain) Tous demande à Lalon à quel jât [litt. « naissance », comprenant caste et religion] il appartient en ce monde,
« Lui demande à quoi ressemble un jât ? Il n’en a jamais vu de ses yeux !

« La circoncision marque l’homme musulman,
« Mais quelle est la marque de la femme musulmane?
« Un homme de la caste des brahmanes se reconnaît à son fil sacré,
« Mais qu’est-ce qui distingue la femme brahmane ?

‘Tous demande à Lalon à quel jât il appartient en ce monde,
« Lui demande à quoi ressemble un jât ? Il n’en a jamais vu de ses yeux !

« Les uns portent des mâlâs [chapelets hindous],
« D’autres des tasbihs [chapelets musulmans],
« Les gens disent appartenir à différents jâti,
« Mais portais-tu le signe de ton jât quand tu es venu au monde ?
« Le porteras-tu quand tu quitteras ce monde ? »

N.B. La chanson est en bengali, et le chanteur s’accompagne d’un ektara, instrument traditionnel des Bâuls, les bardes itinérants du Bengale. Parmi eux, le plus fameux est Lalon (dit Lalon Shah ou Lalon Fakir), poète, mystique, et réformateur social né à la fin du 18e siècle, dont les chansons critiquaient de façon radicale le sectarisme des castes, ethnies et religions qui divisaient le pays.

Bien que pauvre et illettré, Lalon n’en est pas moins devenu en Inde et au Bengladesh un symbole de la tolérance religieuse. De son œuvre se réclament de nombreux penseurs, en Inde et au-delà, depuis le Prix Nobel Rabindranath Tagore (qui favorisa la reconnaissance des Bâuls pour leur contribution à la musique, à la poésie et à la pensée indienne) jusqu’à Allen Ginsberg. Le répertoire des Bâuls est aujourd’hui inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

The Dave Brubeck Quartet, « Take Five » (1966)

C’est idiot, la mort. Il y a tant d’artistes pour qui on n’aura jamais tant entendu parler qu’à cette occasion. Mais c’est déjà ça.

Tiens, au fait, ce qu’on sait peut-être moins chez nous, c’est que si Brubeck avait popularisé le jazz auprès du public blanc, dans les années 50, il refusait de jouer dans les lieux de spectacle pratiquaient la discrimination, ou les émissions de télé qui auraient mis le contrebassiste noir du quartette, Eugene Wright, hors champ.

Soir d’élection, quelle ballade!

S’inquiéter pour les Grecs ou se réjouir pour le PS? Saluer la dignité de Ségolène Royal ou ricaner du drôle de gag arrivé au clan Le Pen? Parti Pirate qui fait le bilan ou Front de Gauche qui encaisse? On peut aussi faire un intermède musical avec Bob Dylan:

(Via @BoraZ.)

Les Variations Goldberg en Creative Commons par Kimiko Ishizaka

C’est le bon plan de la journée, vu sur Boing Boing: amateurs de musique classique et en particulier de musique baroque, fans de Jean-Sébastien, ne manquons pas The Open Goldberg Variations, un enregistrement entièrement libre et gratuit à télécharger, utiliser et copier, puisqu’il est sous licence Creative Commons Zéro (domaine public)!

Comment est-ce possible? Avec la participation de beaucoup de monde, et à l’aide non seulement de la technologie, mais aussi de nouveaux concepts.

Le projet a été lancé par l’informaticien et fan de Bach Robert Douglass sur Kickstarter, et financé par le public (crowdfunding); la partition éditée et numérisée par Werner Schweer grâce au logiciel libre Musescore; puis la pianiste Kimiko Ishizaka a enregistré cette nouvelle version de l’une des plus célèbres œuvres de Bach sur piano Bösendorfer 190 Imperial, au studio Teldex de Berlin, et la production en a été assurée par la française québécoise (1) Anne-Marie Sylvestre. Enfin, les fichiers sonores sont hébergés dans le nuage avec Soundcloud.

Partition et enregistrement totalement libres et gratuits, d’accès aisé sur Internet: un bon plan pour les mélomanes, mais aussi pour les créateurs, les enseignants, les associations!

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(1) Voilà qui m’apprendra à ne pas penser trop hexagonal, la prochaine fois… 😉

En guise de post-scriptum

Parce que cette chanson et sa vidéo ont pour moi plein de résonances, pour diverses raisons… Et que certains soirs de fête nationale, on se sent un peu beaucoup citoyenne du monde, en fait.

Pour le plaisir…

Et parce que c’est l’humeur du jour.

(Chanson signée qui vous savez, bien sûr. Vidéo: un certain Bardotiano sur YouTube, apparemment.)

Ces autres «11 septembre» qui ont marqué l’histoire

Oui, bien sûr, c’est aujourd’hui qu’on commémore (?) l’attentat meurtrier sur New York. Ou du moins, on honore la mémoire des victimes, et on se lamente sur les répercussions que cela eut dans le monde. C’est aussi le jour où l’on peut s’employer à décrasser la cervelle aux conspirationnistes. Non mais.

Mais il y a d’autres «11 septembre».

Celui de 1973, au Chili, vous vous souvenez? (Moi pas, remarquez. J’avais quatre ans, et j’entrais en maternelle. Mais passons.) La mort d’Allende, la fin d’une expérience démocratique et sociale et le début d’une sinistre dictature — qui eut l’intéressante distinction d’être courtisée aussi bien par Margaret Thatcher que par Mère Térésa: ah, les «étranges compagnons de lit» qu’engendre la politique…

Et puis, comme le rappelle plaisamment Guy Birenbaum, il y a le 11 septembre 1962, quand les Beatles, qui n’étaient pas encore les Fab Four, ont finalisé leur premier single!

Ah, là, au moins, on a un événement immortel, m’sieurs-dames.