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Votre littérature est sexiste, épisode 4972

David et Bethsabée, aux sources des archétypes de genre (Véronèse)

« Prenez dix lignes écrites par le plus honnête des hommes et je vous y trouverai de quoi le faire pendre. » (Attribué au cardinal de Richelieu.)

Rien de plus facile que de jouer les redresseurs de torts en littérature. Quoi de plus bavard qu’un livre, après tout ? Je choisis un genre plus ou moins vaguement défini, je prends dedans cinq ou six titres à peu près récents et/ou populaires, de préférence adaptés à l’audiovisuel, je balance quelques termes de sociologie (que je me garde bien de définir) et boum, voilà une dénonciation du sexisme/racisme/etc. dans la culture populaire. Rincez, séchez, balancez sur les réseaux sociaux. Et venez décrocher votre diplôme de chevalier blanc.

On devinera du ton ironique de ce qui précède que je ne suis pas vraiment impressionnée. Diantre. Est-ce que je nierais par hasard que le sexisme peut exister en littérature ? Non, et je pense qu’un tour même rapide sur ce blog montrera assez d’où je parle.

Non, s’il y a quelque chose qui me chiffonne dans ces dénonciations, c’est que c’est toujours la même chose. On démontre moins des faits qu’on ne réitère des mèmes. Il y a des dizaines d’articles sur « Le sexisme dans la fantasy », ou « La fantasy est trop blanche », généralement basés sur des séries et films plutôt que sur des livres (et le cas de Tolkien, pour parler de que je connais bien, montre que l’adaptation peut diminuer la diversité, par rapport à l’œuvre initiale) mais pas ou peu d’intérêt porté aux auteurs qui sortent de ce schéma.

Qui sait, par exemple, que dès les débuts du genre sword and sorcery, dans les années 1930, l’auteure américaine C. L. Moore avait inversé le cliché de l’aventurier sauvant une jeune femme en détresse (cher, par exemple, aux lecteurs de Conan le Barbare), en mettant en scène avec Jirel de Joiry une héroïne intelligente, brave et très capable de sauver un homme à son tour ?

Plus près de nous, il y a Morgaine, l’héroïne de C. J. Cherryh, qui combine d’ailleurs le rôle d’aventurière à l’épée redoutable, et celui de la détentrice du savoir ancien et de guide, un autre élément classique de la fantasy. Ou encore Ista, l’héroïne du roman Paladin des âmes de Lois McMaster Bujold, est non seulement une femme, mais une femme entre deux âges, ayant déjà connu mariage, enfants et veuvage, et pour qui partir à l’aventure représente une seconde chance dans la vie. Difficile de faire plus différent du protagoniste de fantasy tel qu’on se l’imagine d’après la poignée de titres adaptés à l’écran… (Pour être parfaitement franche, j’ajouterai qu’Ista a été une de mes inspirations pour mon Augusta Helena.)

En fait, plutôt que de se demander pourquoi il y a du sexisme en fantasy (comme dans toutes les activités humaines…), il faudrait questionner la propension du public à plébisciter Conan plutôt que Jirel et d’Hollywood à adapter Game of Thrones mais pas le Cycle de Morgaine.

Il faudrait sans doute aussi se demander pourquoi Ursula Le Guin, en début sa série de Terremer, en 1966, a cru bon de créer pour son univers une société au sexisme marqué, au point d’en être dégoûtée vingt ans plus tard et d’utiliser son roman Tehanu pour argumenter contre l’auteure qu’elle avait été alors. (Cela n’a pas amélioré le roman, mais comme aperçu dans la fabrique à histoires d’un écrivain, c’est passionnant.)

Est-ce lié au fait que la fantasy se nourrit d’exemples anciens, soit au plan des civilisations (Moyen-Âge européen, mais aussi Antiquité, Chine ancienne, ancien Japon, Afrique d’avant la colonisation…) ou littéraire (Iliade et Odyssée, Chanson de Roland, cycle d’Arthur, Mille et Une Nuits…) ? Cela doit jouer, forcément. Quand on modèle sa seconde création sur un univers qui est patriarcal, au sens étymologique et anthropologique du terme, il est difficile de se dégager des rôles distincts assignés aux hommes et aux femmes dans ces sociétés.

Je vais faire ici un petit aveu. Quand j’ai imaginé ma propre société pseudo-médiévale pour L’Héritier du Tigre, je n’ai pas procédé autrement : le récit est venue d’abord, un récit évidemment inspiré par des précédents littéraires et historiques, et j’ai ensuite imaginé la société qui collait au récit. Le résultat est, là aussi, patriarcal, et je ne cherche pas d’excuses là-dessus. En revanche, je me suis posé la question du contour exact des rôles féminins et masculins dans cette société : les femmes peuvent-elles hériter pleinement, ou seulement à défaut d’héritier mâles ? Peuvent-elles régner ? (Pas évident. Au Moyen-Âge, la France a opté pour non, ses voisins pour oui.) Si la guerre est un domaine réservé des hommes, y a-t-il un domaine réservé des femmes ? Tout cela n’apparait pas forcément tout de suite dans le roman, mais enrichit l’arrière-plan.

Surtout, j’ai essayé d’avoir une société cohérente, à la fois sur le plan des structures politiques que du niveau technologique. Par exemple, quand il n’y a pas de moyen de contraception fiable et accessible à toutes, les options offertes aux femmes restent limitées par la biologie. (C’est d’ailleurs un point que j’ai exploré dans mon roman historique Tous les Accidents.)

Mais passons. Je n’ai pas pour but ici de me vanter non plus. Seulement de revenir à ceci : une bonne partie du « sexisme de la fantasy » est celui de nos sociétés et des classiques de la littérature. C’est plus visible en raison de la prédilection pour des époques passées, mais qu’on regarde un peu vers un autre genre qui se complait lui-aussi dans ces époques, le roman historique… On y trouverait amplement matière à dénonciations vertueuses et à empoignades sur les réseaux sociaux ! Pourquoi en entend-on moins parler ?

Je crains que la réponse ne soit toute simple : il y a moins de geeks pour s’y intéresser. Et ainsi le champ de vision définit-il celui du militantisme.

Contre les violences faites aux femmes, apporter sa contribution, au quotidien

Je ne me sens pas l’obligation de bloguer tous les jours, ni sur tous les sujets qui font l’actu (ou ce qu’on appelle ainsi), mais celui-là a pour moi une résonance particulière. Non pas directement – j’ai cette chance ! – mais pour avoir suivi et accompagné pendant plusieurs mois le parcours une amie confrontée à des violences dans son couple.

Chose particulièrement insidieuse, cela n’est pas venu tout de go, mais c’est une situation qui s’est installée peu à peu, d’abord par du dénigrement occasionnel, puis de plus en plus fréquent, minant la confiance en soi de cette femme ; puis cela a tourné aux insultes, aux menaces, enfin aux coups. Un cas classique « d’emprise », pour citer le terme choisi par Marie-France Hirigoyen. Cette amie a pu s’en sortir avec un minimum de dégâts, entre autres, parce qu’il y a eu des gens pour l’écouter et l’aider au moment où elle en avait besoin. Pour être là, à l’écoute, quand elle était saisie de peur ou de doute. Pour l’aider sur le plan pratique aussi : garder un enfant pendant qu’elle allait faire des démarches, etc.

Ceux et celles qui ont dans leur entourage une personne confrontée à la violence dans le couple, ou dans la famille, comprendront sans doute : pour la victime, il est souvent difficile de juste mettre des mots sur ce qui se passe. D’où l’importance pour les proches, les amis, d’être vigilant ; d’être à l’écoute, sans juger ; d’être disponible aussi.

Je me souviens qu’en fréquentant ce couple,  j’avais senti vaguement que quelque chose n’allait pas, même avant que cette amie commence à s’en ouvrir. Je n’avais pas voulu la pousser, ni m’immiscer dans sa vie (sachant combien cela peut être difficile quand le danger vient de la sphère intime)… J’avais seulement dit : « si tu as besoin de moi, pour parler ou pour un service, je suis là ». Quelques semaines après, le téléphone sonnait.

Logo orange et bleu de la "journée orange" des Nations unies

Tous les 25 du mois, une piqûre de rappel avec les Nations Unies

Alors, oui, il y a des échéances annuelles, comme la Journée internationale pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes parrainée par les Nations Unies. Il y aura aussi des journées de sensibilisation tous les 25 du mois avec la « journée orange » (Orange Day… bizarre, ils n’ont pas peur de confusion en Irlande du Nord, apparemment).

Et chez nous en France, ce 25 novembre, le président Hollande, qui visitait un centre d’hébergement en compagnie de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des droits des femmes, a annoncé un plan global pour les femmes victimes de violences.

Bonne surprise : à peu près tous les points sur la liste de mesures prévues entrent en résonance avec mon vécu. Prévention et éducation dès l’école, formations spécifiques pour les intervenants (force de l’ordre, justice, santé…), hébergements d’urgence et appartements réservés dans les logements sociaux, procédures plus rapides et suivies d’effets….

On verra à l’usage, bien sûr. Deux points qui pêchent particulièrement en France, le logement et les procédures judiciaires. Le premier : on connaît la pénurie ; dans le cas d’une femme qui veut se soustraire à l’emprise d’un homme violent, voire d’un milieu familial ou d’un quartier délétère, n’avoir nulle part où aller, pas de visibilité sur l’avenir, c’est un grave frein pratique et psychologique. Il y a des centres d’hébergement d’urgence, mais pour celles qui essaient de rebondir après, d’avoir une vie « normale », le manque est cruel.

Pareil pour le manque de compréhension encore trop souvent rencontré au niveau des autorités judiciaires ou de la police, sans parler de la lourdeur des procédures et du manque de protection dont souffrent celles qui ont porté plainte mais dont l’affaire n’est pas encore jugée. (On l’a vu dans ce triste procès des viols collectifs à Fontenay-sous-Bois…)

Dans le cas dont je peux témoigner, cette amie m’a raconté avoir été heureusement surprise de l’attitude des divers policiers et policières qui ont recueilli ses déclarations (dans un commissariat parisien) : écoute attentive, par des gens courtois et bien au courant des développements de la législation (le délit de violences psychologiques a été inscrit au Code pénal en 2010 par exemple). Mais elle a quand même dû changer d’avocat parce que le premier (ou plutôt la première, hé oui !) ne concevait manifestement pas la situation que représente l’emprise dans le couple et les problèmes particuliers que cela pose.

Et sans vouloir me vanter, là aussi j’ai pu aider cette amie : geeke chevronnée, je peux répondre présente à la demande « dis, toi qui t’y connais en recherches sur internet, tu ne pourrais pas m’aider… » à consulter l’annuaire du barreau de Paris ou à vérifier ce que dis la loi sur tel et tel point !

Un baiser aussi pour les garçons

Allez, avouez que le fameux « baiser de Marseille » n’a pas fait plaisir qu’aux lesbiennes… ni celui, télévisé, entre Audrey Pulvar et Enora Mala ! Comme le fait remarquer @scolastik sur le blog Féminismes, c’est toujours plus facile de faire passer le baiser de deux filles dans les médias grands publics. (Comme par hasard, l’animateur de l’émission Touche pas à mon poste, qui avait d’abord proposé de refaire les deux unes des Inrocks sur les baisers entre 2 filles ou 2 garçons, a finalement « annulé » celle avec les mecs et gardé uniquement les nanas… Vous avez dit « sexploitation » ?)

Allons, allons, pensons à nos amis les hommes ! Et pour eux, je reposte ici un classique qui fera aussi chaud au cœur des geeks de tous sexe, âge et orientation sexuelle : le baiser surprise de David Tennant à John Barrowman lors de la convention Comic Con 2009 !

Photo : David Tennant embrasse John Barrowman sur la bouche

Doctor Who et Captain Jack Harkness in « Epic kiss! »

Et pour voir ou revoir toute la scène, on peut aller sur YouTube regarder toute la scène… ou juste l’instant crucial. (Attention le son ! Comme on peut s’y attendre, la réaction des fans est lourde en décibels.)

Voilà, voilà. Un petit bisou bien gentil, en tout bien tout honneur. Et pas de discrimination sur les internets. 😉

Cette fois, on va m’entendre (dans un balado)

Juste un mot rapide pour signaler que je suis cette semaine l’invitée du balado Scepticisme scientifique (Jean-Michel Abrassart aux manettes), pour parler d’un sujet qui a bien remué la blogobulle sceptique depuis quelques semaines: la polémique dite de l’« Elevatorgate ».

Funny cat picture: "skeptical cat is fraught with skepticism"

Hem. Oui. Si vous aviez réussi à échapper aux retombées, eh bien, c’est trop tard! Désolée… 😉

Toutes les explications sont dans l’épisode… Mais pour les curieux, disons qu’il s’agit d’un débat qui touche au féminisme, à la place des femmes en général et de Rebecca Watson en particulier dans le(s) mouvement(s) athée/sceptique/humaniste, au rôle de Richard Dawkins au sein de ce mouvement… et à la façon de ne pas draguer dans un ascenseur!

Si on a suivi, on est au courant du débat qui nous avait déjà opposés, Jean-Michel et moi, par blogs interposés. Nous défendions des positions distinctes, mais pas (à mon sens, du moins) totalement incompatibles. C’est donc avec plaisir que j’ai accepté d’en discuter de vive voix et par Skype interposé.

Une dernière chose: il y a un passage où, en me présentant, j’évoque le fait que je n’ai plus d’éditeur en me disant « auteur SDF ».

Réflexion faite, j’en suis un peu embarrassée. Et désolée. Le sort des gens à la rue dans la Vraie Vie™ n’est pas rigolo, rigolo, et cela ne me donne guère le cœur à plaisanter.

  • Lien RSS du balado, à l’intention des mobilonautes.

Mais si, cher monsieur, vous êtes féministe…

Malgré quelques difficultés à passer le cap de l’identification (ô, Blogger, pourquoi tant de haine?) mon commentaire sur Scepticisme scientifique est donc passé. Mais au fait, pourquoi n’en faire profiter que le lectorat de Jean-Michel Abrassart? Cela mérite d’être dit et répété, apparemment.

Voici donc ce que j’écrivais:

Ben, pourquoi « pas un fan du féminisme »? [Alors que ce blogueur condamne les attitudes sexistes, justement.] Si, si, défendre le point de vue que les femmes naissent égales aux hommes en dignités et en droits et qu’il y a encore des progrès à faire pour mettre la chose en pratique, y compris dans les pays occidentaux, c’est exactement ce que pense la (très) grande majorité des féministes… 😉

Voilà, voilà. Je vous laisse méditer tout ça. Et n’oubliez pas de lire le billet sur lequel je rebondis. Au-delà l’appel à balayer devant sa porte quand on veut combattre les discriminations sexistes à caractère religieux, Jean-Michel y rappelle que la saine levée de boucliers de nombreux athées contre l’attitude de Sir Richard Dawkins himself illustre bien l’inanité de la critique consistant à apposer à ce mouvement l’étiquette de simples « fans » ou « membres d’une secte comme une autre »…