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Les Noces alchimiques de Nicolas et Pernelle (nouvelle, et un aveu)

« Nenni, messire ! Je ne suis pas celle que vous croyez ! » (Ste Barbara, statue en bois médiévale, Paris, Musée du Petit Palais)

Vous ne trouvez pas qu’on a besoin de détente, vous ? Moi, si. Et ça tombe bien, j’ai récemment « publié » (plus ou moins) un texte distrayant – en tout cas, cela m’a bien amusée de l’écrire ! C’est le produit d’un atelier d’écriture auquel une amie m’avait conviée en décembre dernier, une « nuit de la nouvelle » où le but est d’écrire un texte entre l’heure du dîner et minuit. Enfin, minuit, il faut le dire vite, on nous a chassés vers 22h45… Chassés ? Eh oui : tout cela se passait à la médiathèque de Yerres (91), et le gardien avait hâte de rentrer chez lui ! Bref, nous avons dû terminer à la maison. Qu’à cela ne tienne, ça donnait plus de temps pour délirer… Pardon, peaufiner. Puis, ce printemps, j’ai reçu un fascicule (tiré à l’imprimante, on n’est pas chez Crésus) contenant les diverses œuvres produites. Mais vous savez ce que cela veut dire, n’est-ce pas ? J’ai bénéficié (indirectement, d’accord) des largesses de la mairie de Yerres, puisque l’association est hébergée dans un local municipal (la médiathèque) ! Je vais me dénoncer de ce pas !

Oh, une autre chose : le thème de l’atelier était « Mariage(s) », et si vous remarquez quelques tournures étranges, ce n’est pas un hasard, ce sont les mots et expressions tirés au sort qu’il fallait intégrer dans le texte, dans l’ordre ou dans le désordre… Oulipo, pas mort.

***

Les Noces alchimiques de Nicolas et Pernelle

par Irène DELSE

« Ma mie, de grâce, ne vous souciez d’enfants ni de famille ! J’ai moi-même assez de bien pour que nul ne puisse prétendre à raison que je vous épouse par matériel intérêt. Du ménage et de ses soins, nous n’auront cure, tant qu’une tendre dilection nous unira. Devant le Christ je l’atteste, et devant le monde ne craindrai jamais de le répéter : seul l’amour de vous m’inspire cette demande. Douce Pernelle, voulez-vous m’épouser ? »

Et elle dit oui, et mit sa main dans la sienne.

* * *
C’était en l’An de Grâce 1417, et maître Nicolas Flamel parcourait avec lenteur la rue des Écrivains, en revenant de ses dévotions à l’église Saint-Jacques, lorsqu’un jeune homme échevelé l’interpella tout soudain :

– Ha, maître, enfin je vous trouve !

Il ôta son bonnet, balayant presque le sol crotté (la réputation des rues de Paris n’était plus à faire) et fit tant de courbettes que le vieux Flamel n’eut pas le cœur de chasser l’impertinent. Encore un écolier qui essayait d’obtenir un réduction sur les textes que les maîtres de Sorbonne leur assignaient – ces godelureaux, comptaient-ils pour rien le travail des copistes ? L’atelier Flamel offrait des prix raisonnables, très raisonnables, même, au vu de la qualité. Et la boutique ne désemplissait pas, surtout en cette saison où la rentrée de l’Université rameutait les étudiants de tout le Royaume de France, même de toute la Chrétienté.

Maître Flamel soupira et s’appuya lourdement sur son bâton.

– Jeune homme, commença-t-il, si vous désirez un Aristote ou des Institutes à bas prix…

Mais le drôle, sans aucun respect pour le rang ni l’âge, l’interrompit :

– Maître, vous voulez m’éprouver, sans doute ! Non, ce n’est point vers les sciences profanes, qui n’effleurent que la surface des choses, que l’étude m’a mené. Longtemps, j’ai peiné sur les textes clefs de l’Alchimie, j’ai bûché Lulle, Trismégiste et Albertus Magnus. Je connais par cœur la Table d’émeraude, et la Turba Philosophorum n’a plus de secrets pour moi. Cependant, maître, vous n’ignorez point que ces textes sont souvent écrits dans un langage obscur, et que les exemplaires qui circulent sont souvent fautifs. Impossible pour un simple écolier de parvenir seul au Grand Œuvre ! Mais si, dans votre bonté, vous daigniez me permettre d’apprendre de votre exemple, de devenir votre apprenti, ô maître Flamel, vous ne le regretteriez pas ! Jamais il n’y eut apprenti aussi diligent, aussi désireux de bien faire que moi.

Le vieil homme se frotta les yeux. Sainte Vierge, on voyait de nouveaux fous chaque jour ! Cherchant à gagner du temps, il sortit de son gousset son pince-nez et le chaussa, scrutant à nouveau le visage de l’étudiant. Ce n’était pas un Parisien, c’était clair à son parler. Il devait venir du Berry, oui, probablement de Bourges. Par les temps qui couraient, avec la pauvre France coupée en deux entre partisans du Dauphin et ceux du Roi d’Angleterre, traverser ainsi les lignes pour venir dans Paris l’Anglaise, voilà qui dénotait chez cet illuminé une détermination hors du commun.

– Jeune homme… D’abord, quel est votre nom ?

– Jacques, pour vous servir !

– Jacques, soit. Écoutezmoi bien, Jacques. Je ne sais quelle mouche vous a piqué d’étudier l’alchimie, qui est science douteuse et suspecte, mais je puis vous garantir que je n’ai jamais touché à la moindre page de Trismégiste ni d’aucun de ces charlatans ! Non, non, ne m’interrompez point ! Sachez que je suis de ma profession écrivain public, que je tiens boutique au vu et au su de tous, et que l’Université de Paris m’honore de la charge de libraire-juré, par laquelle je suis rattaché à sa juridiction et non à celle du prévôt des marchands. Je suis bon paroissien, et j’ai plusieurs fois contribué à la réfection de l’église Saint-Jacques et du cimetière des Innocents. Tout cela fait de moi un tout autre personnage que le songe-creux alchimiste que vous semblez chercher, jugez-en !

L’étudiant le contempla d’un air déconfit.

– Pourtant, maître, votre réussite, votre fortune…

– Eh bien ?

– N’avez-vous point… N’avez-vous point trouvé la Pierre Philosophale ?

– La quoi ? Ha, la méthode pour changer les vils métaux en or ?

– Oui, oui, maître, vous voyez que…

– Je ne vois rien du tout ! Oui, la prétendue Pierre des Philosophes est de notoriété commune parmi les savants, hélas pour la réputation des bons philosophes, dont les textes subtils n’ont rien de commun avec vos bouilleurs de pots-au-feu alchimiques, qui effeuillez les manuscrits comme les petits enfants la marguerite ! Jeune homme, songez-y, par tous les Saints : science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Laissez cela, et revenez à l’étude !

Le jeune homme tortillait son bonnet entre ses doigts, le visage figé, comme s’il avait déjà revêtu un de ces masques qui envahiraient la ville en Carnaval.

– Cependant, maître, on m’avait dit que votre fortune…

Maître Flamel soupira derechef. Jésus, Marie, et tous les Saints ! On abusait de sa patience, vraiment.

– Un homme ne peut-il s’enrichir autrement que par des œuvres magiques ? Les fruits du travail sont-ils vraiment tant dédaignés par cette génération ? L’argent pousse-t-il entre les feuillets des livres de cuisine alchimiques ?

Un silence s’ensuivit, interrompu soudain par les cloches de Saint-Jacques sonnant à la volée. Midi, déjà ! Sur ce, le vieil homme repartit, courroucé, en marchant sur le pied de l’étudiant au passage. Blanc-bec, va !

Dépité, celui-ci le héla encore, mais maître Nicolas n’en avait cure. La voix s’estompa peu à peu parmi le brouhaha de Paris :

– Maître, souvenez-vous de mon nom : Jacques, de Bourges ! Jacques Cœur ! Un jour, moi aussi… je serai…

Arrivé enfin chez lui, maître Nicolas Flamel fit un tour de l’atelier, par habitude plus que par besoin. Il fallait montrer qu’il était là, et maître chez lui.

Puis il monta à sa chambre et, tout doucement, ouvrit à part lui une petite cassette. Dedans se trouvait une couronne de fleurs séchées, un anneau d’or, quelques rubans aux couleurs passées.

Il ne pensait plus au jeune homme qu’il avait laissé dans la rue, la tête toujours farcie d’alchimie. Comme chaque fois qu’il contemplait ces reliques, il quittait le présent pour cet instant, quarante années auparavant, où dame Pernelle avait accepté sa demande en mariage. Et, comme un éternel fiancé, il murmurait :

« Ô, Pernelle, toujours je pense à vous. Oui, en ce moment, je pense à vous, qui m’avez enrichi plus que d’or, plus que toute Pierre Philosophale ne l’aurait pu. Si nous n’avons pas eu d’enfants, nous avons nourri et vêtu les enfants pauvres. De votre bien et du mien, nous avons bâti plus qu’une maison, nous avons agrandi et enrichi la maison de Dieu. Votre nom et le mien resteront toujours non seulement sur le parchemin, mais dans les prières des hommes et des femmes de bien. Ô, ma douce amie, départie depuis de cela vingt ans, toujours je pense à vous ! »

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Premier roman : dix ans déjà !

​J’ai peine à le croire, mais c’est ainsi : j’ai laissé passer le dixième anniversaire de la publication de mon roman L’Héritier du Tigre. Dix ans ! Une décennie depuis ce mois de mai 2006 où les éditions Le Navire en pleine ville livraient au public ce qui se voulait être le premier tome d’une série. Depuis, l’éditeur a déposé son bilan, mon roman est parti au pilon, et la série… Ma foi, la série en est toujours au tome 1. Mais celui-ci est désormais en ligne, gratuitement.

Couverture du roman L'Héritier du Tigre

C’était un beau bouquin, il n’y a pas dire…

Tout ça pour ça ? Non, justement. D’avoir écrit ce premier roman a fait de moi une autre personne – je pense que tout écrivain serait d’accord là-dessus : écrire transforme. On y apprend qui on est, vers quoi on penche. On grandit peu à peu.

Depuis, j’ai tenté divers projets d’écriture, avec assez peu de bonheur, il faut bien dire. Je crois que c’est une autre leçon que l’on apprend de l’écriture : savoir survivre à son premier essai réussi, se sortir de ce moule. J’en suis toujours là, et depuis le début de ce mois je me suis embarquée dans une nouvelle tentative. On verra. Mais rien de cela ne se ferait sans la première manche réussie.

Roman, mon petit roman, je te salue.

Alertez les auteurs : vos indisponibles ne le sont pas pour tout le monde ! #ReLIRE

Petit message que font passer en ce moment plusieurs auteurs et petits éditeurs (Jean-Claude Dunyach sur les forums de science-fiction et fantasy, François Bon sur son blog), et qui mérite d’être répété : toute personne qui publie ou a publié au moins un livre diffusé sur le marché français a intérêt à faire au plus vite un petit tour du côté du Registre des Livres Indisponibles en Réédition Électronique (ReLIRE) de la BNF et vérifier si ses œuvres y figurent…

Si c’est le cas, congratulations : vous avez 6 mois (c’est la loi) pour vous opposer à « l’entrée en gestion collective agréée », c’est-à-dire pour éviter de perdre votre droit à rééditer (ou non) ces œuvres en numérique et à les gérer vous-même, ou à confier ce droit à l’éditeur de votre choix.

Et encore, bien heureux si le registre ne contient pas vos titres à tort ! Bien que cette loi ne concerne, en principe, que les livres publiés en France entre le 01/01/1901 et le 21/12/2000 qui sont toujours sous droit d’auteur et qui ne sont pas actuellement publiés, ni sur papier ni sous forme numérique, la liste des couacs recensés est impressionnante : titres publiés en langue française chez un éditeur étranger (par exemple québécois) mais recensés parce que le livre était disponible en France ; titres épuisés dans l’édition d’origine mais republiés sous forme électronique ou même papier par l’auteur lui-même, ou par un éditeur artisanal comme Publie.net ; éditions postérieures au XXe siècle, comme certains titres de feu mon éditeur, le Navire en pleine ville

Heureusement pour moi, toutefois,  L’Héritier du Tigre a échappé (pour le moment ?) aux griffes maladroites de ReLIRE : je ne le trouve pas dans le registre, ni en cherchant par nom, ni par titre, ni par éditeur. Capture d’écran à l’appui :

Capture d'écran : registre des indisponibles de la BNF (ReLIRE)

NB : recherche faite, je ne trouve pas mon livre, ce qui est normal (capture d’écran du 24/03/2013). Au moins la loi ici est respectée.

Non mais c’est vrai, quoi.

Vu que ce titre est paru pour la première fois en 2006, chez le Navire en pleine ville, et qu’en 2011, après la disparition d’icelui, j’ai mis le roman en diffusion numérique ici même, sur ce blog. Robots fureteurs de la BNF, archiveurs numériques, sociétés de gestion collectives : prenez-en bonne note !

(Dommage quand même que l’État, via la Bibliothèque nationale, ainsi que les sociétés de gestion, laissent aux auteurs et aux éditeurs la tâche de vérifier l’exactitude du registre. Pas comme s’ils n’avaient que ça à faire, hein… Et tiens, au fait, où sont les Gallimard et consorts qui pleuraient quand c’était Google qui voulait imposer le système de l’opt-out ? Hmm ? Je crains que la conclusion qu’en tireront beaucoup d’auteurs, à l’avenir, est que le système français classique, où un auteur confie à un éditeur la gestion de tous ses droits, est obsolète, et que pour trouver un partenaire qui s’occupe de leurs intérêts, c’est vers les agents littéraires qu’il faudra se tourner… Encore faut-il en avoir les moyens, bien sûr.)

Mon recueil de nouvelles de nouveau disponible sur Lulu.com

De temps en temps, on me demande des nouvelles de ma prose, notamment pour savoir si ces textes sont disponibles, et si oui sous quelle forme. Récemment, c’est @Monolecte qui, convertie aux liseuses (chouette !) voulait savoir si mon roman était disponible comme livre électronique. La réponse est oui (voir la page « Textes de fiction » dans le menu en haut de ce blog) ; mais cela m’a rappelé que j’avais en 2008 tenté l’aventure de l’autoédition, en publiant un petit recueil chez Lulu.com : La Faim et autres nouvelles.

Image : couverture de livre, style science-fiction (texture métallique, motif fractal)

La Faim et autres nouvelles par Irène Delse (Lulu.com)

Au départ, il s’agissait uniquement de la version papier, mais il s’y est entre temps ajouté la possibilité d’offrir la version PDF, puis bien sûr le format epub.

Aujourd’hui, la version papier (broché, 69 pages) est disponible pour 5,22 € chez Lulu.com,  et le livre électronique (PDF ou epub) pour 1,99 € seulement – cela sans aucune « protection » technique, c’est-à-dire sans DRM.

Les deux formats sont lisibles tels quels sur ordinateur, mais aussi sur la plupart des liseuses (Kobo, Sony, Cybook…) ainsi que sur les smartphones et tablettes. (Pour Android, Blackberry et les ordis sous Windows, Mac OS ou Linux, utiliser par exemple FBReader ; pour iPhone/iPad, Stanza.) Enfin, si on a un Kindle, on peut convertir très facilement le fichier .epub en .mobi, lisible sur ce support, grâce à un freeware très sympathique, Calibre.

Bref, en réponse à la question « comment trouver mes livres », la réponse pour celui-ci est : « Voyez chez Lulu.com, les amis ! » 😉

La Faim et autres nouvelles, par Irène Delse.

Support independent publishing: Buy this e-book on Lulu.

Touche pas à mon #Hobbit ! (et surtout à mon Trade Mark)

Quand Nicolas Gary, d’ActuaLitté, publie un billet que j’aurais aimé faire… ma foi, il n’y a plus qu’à le citer !

Image : crâne de l'homme de Florès (Homo floresiensis)

Homo floresiensis (the « Hobbit »), posté sur Flickr par Ryan Somma

La Terre du Milieu n’est donc pas épargnée par le #CopyrightMadness. (Ou, en l’occurence, le #TradeMarkMadness…) Certains pourraient arguer que Brent Alloway, le chercheur néo-zélandais qui voulait titrer sa conférence sur la découverte et les implications de Homo floresiensis « The Other Hobbit » (en référence à ce petit film qui va sortir, vous savez, incessamment sous peu, ahem…) aurait un peu caressé les moustaches du tigre : n’était-ce pas vouloir profiter de la notoriété de l’œuvre de Tolkien, et de la proximité de la sortie du blockbuster annoncé ?

Comme beaucoup de monde, sans doute… Et avait-il demandé l’autorisation à Tolkien Estates (les héritiers de J.R.R. Tolkien), au moins ?

Mais voilà, ceux-ci assurent qu’ils n’y sont pour rien, et que ce sont les détenteurs des droits d’adaptation au cinéma et sur divers produits dérivés, Saul Zaentz Company/Middle Earth Enterprises, qui ont mis le holà. Car ils sont propriétaire de la marque déposée Hobbit™. Ben voyons.

Ah, ces chers (très chers) « ayant-droits »…

On se demande pourquoi ils réagissent maintenant, et pas en 2004, lors de la publication de la découverte de cet Homme de Florès, alors que la communauté scientifique et les médias avaient déjà largement commencé à utiliser le mot « Hobbit » de façon informelle pour parler de ce nouveau mais minuscule cousin d’Homo sapiens. Un lien avec le fait que le film n’était pas alors d’actualité et que les ayant-droits étaient alors occupés à récolter les dividendes de la trilogie de films tirés du Seigneur des Anneaux ? Tss, tss, quel mauvais esprit.

Cela dit, tout de même… Ne serait-il pas possible de plaider le « fair use » ? Un usage raisonnable, ici éducatif et non commercial puisqu’il s’agissait d’une conférence gratuite de vulgarisation scientifique ?

Gageons que les avocats spécialisés vont encore longtemps en débattre.

Pour revenir à J.R.R. Tolkien, l’auteur, il me revient qu’il avait été confronté lui-même au piratage au début des années 1960, quand Donald A. Wolheim, auteur et éditeur américain bien connu du milieu de la SF (mais pas toujours très scrupuleux…) avait carrément sorti une édition de poche non autorisée, sans payer de droits d’auteur. Tout cela en s’appuyant sur l’absence (du moins selon son interprétation) de copyright sur l’œuvre aux États-Unis. Oups.

S’ensuivit bien sûr un procès entre les représentants légaux de Tolkien et Ace Books, l’éditeur indélicat… mais ce ne fut pas forcément l’élément déterminant qui fit plier Ace Books : la correspondance de Tolkien avec ses fans, des deux côtés de l’Atlantique, servit rapidement de déclencheur à une campagne desdits fans pour amener Ace à respecter les droits (et pas seulement financiers) de l’auteur. En fin de compte, Ace retira son édition et versa à Tolkien une somme symbolique, après quoi un autre éditeur devint acquéreur du droit d’éditer en poche une œuvre pour laquelle la demande aux States avait été plus que prouvée.

Une expérience précoce, bien antérieure au Net, de « DRM social », en somme !

P.S. J’avais déjà rédigé le billet avant de tomber sur un tweet de @trakr_stellaire qui rappelle qu’il existe aussi un gène nommé HOBBIT par ses découvreurs, qui joue un rôle dans le développement embryonnaire… Sans doute est-ce trop technique pour attirer l’attention du grand public. D’où le passage largement en-dessous du radar des ayant-droits !

Le photographe, la guenon et le domaine public

Une « fable » du droit d’auteur à découvrir sur S.I.Lex: peut-on définir à qui appartient le droit d’auteur dans le cas d’une photo (ou tout autre « œuvre de l’esprit ») créée par un animal? (En l’occurrence, une guenon, malgré le surnom « Simius qui lui a généralement été attribué dans la presse.)

En effet, cette photo n’appartient pas à l’agence, ni au photographe, mais elle n’appartient pas non plus au singe (du moins tant que l’on aura pas reconnu de personnalité juridique au profit des animaux). Mais tout comme nous avons parfois un peu de mal à nous passer d’horloger, il est difficile de concevoir une photo sans auteur et ce besoin d’imputation fait le lit de toutes les théories les plus farfelues.

N’appartenant pourtant à personne, l’autoportrait de Simius fait donc partie du domaine public, au même titre que les informations et les faits bruts, dépourvus d’originalité et ne portant pas l’empreinte de la personnalité d’un humain.

En fait, la notion de « propriété intellectuelle » a-t-elle même un sens dans ce cas? Comme l’avait fait remarquer Jastrow en commentaire d’un précédent billet sur la même affaire, en droit français:

« Les animaux sont des choses au regard des classifications du droit des biens. Ils sont donc insusceptibles de créer au regard du droit d’auteur. [Ces œuvres] n’en seront pas moins ignorées par le droit d’auteur puisque la création exige une intervention humaine. »  (Cf. Christophe Caron, Droit d’auteur et droits voisins.)

C’est ainsi que Wikimedia Commons s’est enrichie d’un nouveau bandeau, PD-Monkey, indiquant qu’une œuvre est du domaine public et peut être partagée sous le régime Creative Commons lorsqu’elle est l’œuvre d’un singe ou autre animal non humain…

La jurisprudence Simius sur Wikimedia Commons

N’empêche que ce n’est pas la première fois que des personnes ou des institutions récupèrent à leur profit le droit de reproduction – et les royalties – sur des « œuvres » créées par des animaux. Le livre de Christophe Caron cité plus haut évoquait des tableaux « peints » par des chats. Il y a aussi divers précédents de chimpanzés peintres, et même d’éléphants!

J’avais cité le cas de la projet Elephant Art, un refuge pour éléphants, en Thaïlande, où les animaux « peignent » pour les touristes des toiles minute. La vente de ces toiles alimente les caisses de la fondation, qui œuvre pour la sauvegarde des éléphants d’Asie. Les toiles sont même vendues sur leur site avec… un copyright. (Comme l’a si bien observé Calimaq.)

Je ne sais ce qu’il en est du statut des animaux dans le droit thaïlandais, ni en Indonésie – puisque « Simius », notre photographe, est l’hôte d’une réserve naturelle de ce pays.

Mais je ne peux m’empêcher de reproduire ici la modeste (ahem) proposition que j’avais faite chez Calimaq: le parc naturel où vit la guenon a des administrateurs, peut-être représentants de l’État indonésien, ou bien d’une fondation privée. En tout cas, derrière l’animal, il y a des humains. Même si « les animaux sont des choses au regard des classifications du droit des biens » et que la notion de droit d’auteur ne leur est pas applicable, les gens dont ces animaux dépendent ne peuvent-ils être considérés comme leurs représentants légaux?

Donc les droits d’auteurs sur la photo devraient dans cette hypothèse revenir à la réserve naturelle dont l’animal est l’un des « éléments » vivants…

À méditer?

Bonne lecture pour écrivains en herbe (et les autres)

C’est une petite histoire pour encourager, mais aussi faire méditer, tous ceux et celles qui s’acharnent sur leurs projets d’écriture – et plus particulièrement qui veulent accéder au statut de romancier: « La petite grenouille qui voulait faire publier son roman ».

Et l’on y évite pas les questions qui fâchent:

[…] « Quand un éditeur te dit non, même sans expliquer, c’est qu’il a une bonne raison. Tu ne le feras pas changer d’avis sans changer ton texte. Et crois-moi, il se souviendra de toi si tu as pris de son temps de travail en demandant des explications, et ton prochain manuscrit sera reçu avec la plus grande méfiance !
— Mais il devrait quand même expliquer pourquoi, non ?
— Rien ne l’y oblige. S’il n’a pas le temps ni l’envie de le faire, il ne le fera pas : ce n’est pas son travail d’aider les jeunes auteurs. De l’aide, tu peux en trouver sur la mare, avec plein d’autres grenouilles qui seront ravies de t’aiguiller si tu leur proposes ton expérience en échange. L’éditeur, lui, doit juste savoir si le manuscrit est publiable et s’il correspond au public de sa maison d’édition. Autant dire que si tu envoies ton manuscrit, tu dois le penser excellent : n’espère pas avoir juste un avis.
[….]
— Et s’il me propose des pistes de travail avec lesquelles je ne suis pas d’accord ?
— S’il t’a laissé entrevoir la possibilité d’une collaboration, tu peux argumenter pour essayer de comprendre son point de vue. S’il te les a juste données parce qu’il a aimé ton manuscrit mais ne veut pas le publier, c’est inutile : c’était juste une information pour t’aider !
— Super ! Merci, grand esprit de la mare, je vais pouvoir envoyer mon projet à tous les éditeurs maintenant !
— Ne sois pas trop gourmande, petite. Cible les éditeurs qui te conviennent, il y a même un Grimoire Galactique des Grenouilles pour t’y aider. Et attention aux envois groupés qui montrent que tu l’as envoyé à tout le monde ! Ça ne fait vraiment pas professionnel… »

À lire sur Tintamarre, le blog associé au forum CoCyclics, où les auteurs de l’imaginaire se regroupent pour faire de la bêta-lecture, bref, s’entraider pour s’améliorer et pour multiplier leurs chances de se faire éditer.