Archives de Catégorie: Écrire, éditer

Lectrices, lecteurs, cette fois on a besoin de vous !

L’Héritier du Tigre, à lire sur Rocambole

Sur Internet, tout le monde est critique, et je ne parle pas du niveau d’animosité sur les réseaux sociaux : non, de façon plus sympathique, il s’agit de la possibilité pour toute personne avec une connexion Internet de devenir critique de livres, films, etc.

Dans cet esprit, j’ai créé une nouvelle page pour l’édition Rocambole de L’Héritier du Tigre sur Babelio et Booknode, et maintenant on peut mettre une note de lecture ou même juste voter pour ce roman.

Et tant que j’y étais, j’ai aussi créé une page pour Augusta Helena sur Babelio, Booknode et Livraddict (ce dernier site nécessite un ISBN, ce qui exclut hélas les titres de Rocambole, mais pas ceux auto-édités grâce à Smashwords, ce qui est le cas ici).

Donc, voilà du pain sur la planche ! Babelionautes et autres bouquinomanes, je compte sur vous.

P.S. Et bien sûr, cela vaut aussi pour les autres titres de Rocambole, Naked John par Audrey L.D., L’Ancre Noire de Tina Bartoli, etc. « On aime : on en parle », c’est la règle d’or.

Augusta Helena, mon roman historique, gratuit sur Smashwords, Lulu, Kobo, etc. #LecturesDeConfinement

L’actualité est toujours ce que l’on sait, et qui n’a pas besoin de temps en temps d’un peu d’évasion ? J’offre désormais mon roman Augusta Helena en téléchargement gratuit sur Smashwords, avec plusieurs formats disponibles pour vos liseuses et téléphones (epub, mobi, PDF)… Aussi désormais sur d’autres boutiques en ligne :

Et ça devrait aussi marcher sur iTunes Store et Scribd. Pour Amazon, cela pourrait mettre un peu plus de temps, mais on y arrivera.

Bonne lecture !

Tous mes textes en accès libre, Rocambole enfin sur Android, et bien plus #LecturesDeConfinement

capture d'écran : titres de fantasy chez Rocambole
Les mondes de Rocambole

Vous reprendrez bien un peu d’Héritier du Tigre ? En accès gratuit sur Rocambole (iOS et Android) pour toute la durée du confinement, ainsi que les autres séries, décision commune de l’entreprise et des auteurs. C’est le moment où jamais de s’évader et d’évacuer un peu de stress.

C’est dans ce même esprit que je remets ici les liens vers mes autres textes en accès libre :

  • Augusta Helena, 2020, roman historique, publié gratuitement sur Wattpad et désormais sur Smashwords et Lulu.

Un peu de rab’ de L’Héritier du Tigre :

Et dans un cadre historique :

Bonne lecture, j’espère ! N’hésitez pas à partager ces liens, c’est fait pour.

Augusta Helena, mon roman historique, gratuit sur Wattpad

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Couverture à l’arrache mais authentique mosaïque romaine. (Wikimedia)

J’hésitais à m’auto-publier, mais vu les circonstances, j’ai décidé de mettre en ligne gratuitement mon roman Augusta Helena, à l’intention de ceux et celles qui sont confinés chez eux. Et aussi de tous les gens qui ne le sont pas mais qui ont bien besoin d’un peu d’évasion ! C’est en accès gratuit sur Wattpad. Des versions PDF et epub devraient suivre quand j’aurai bien en main Smashwords et/ou Amazon.

Pour l’instant, bonne lecture, et bon courage ! Suivez les consignes officielles pour éviter de vous contaminer… et surtout de contaminer les autres.

Un artiste en son genre (nouvelle)

Peinture : Venise, un pont à trois arches sur un canal et des gondoles

Sur les lieux du crime. (Francesco Guardi, Pont sur le Cannareggio, c. 1780. Source : Wikimedia.)

Un peu d’évasion, cela vous dit ? Avec l’actualité que l’on sait, ce n’est sans doute pas du luxe. Voici une nouvelle qui nous transporte à Venise, à une époque où la ville avait bien d’autres problèmes, l’un d’entre eux s’appelant Bonaparte… C’est un produit du même atelier d’écriture qui a déjà été à l’origine de trois nouvelles humoristiques et quelque peu oulipiennes. (Certains détails bizarres sont dus au fait qu’on doit intégrer au texte des mots ou phrases tirés au sort.)

Bonne lecture.

* * *

Un artiste en son genre

Irène Delse

Venise, le 27 floréal, an V (16 mai 1797)

Sur une mer imaginaire, loin de la rive, une galère dorée voguait au soleil levant, tous étendards déployés. Un tel sujet aurait dû réclamer de grands espaces, au moins deux toises de toile et de peintures, au bas mot. Mais le maestro Claudio Galvan s’était contenté d’un petit rectangle d’un pied sur deux, comme pour la plupart de ses autres œuvres. Pas de grande machine, dans cet atelier, pas de ces tableaux à la dimension d’un mur comme en arboraient les palais des Doges et les cathédrales.

Le capitaine Antoine Dargent jeta un regard à la ronde, amusé. Du point de vue de quelqu’un qui se proposait de déménager quelques uns de ces tableaux pour les envoyer en France, à la faveur du châtiment qui s’abattait sur Venise, ce n’était pas un souci, au contraire.

Pietro Vidotto, l’un des rapins qui n’avait pas pris la fuite à l’arrivée de l’armée française, hocha la tête avec une jubilation non dissimulée, secouant une tignasse roussâtre, drue comme les piquants d’un hérisson.

— Comme je vous le dis, signor ! Décampés, tous ! À présent, il n’y a plus qu’à se servir…

— Ton maître avait donc bien peur des Français ?

— Surtout des Jacobins, signor. Ce que vous appelleriez le parti pro-Français. Tout le monde sait bien que désormais, c’est eux qui vont faire la loi à Venise, et qu’ils ont gros à reprocher au parti aristocratique, qui les a persécuté toutes ces dernières années…

Antoine sourit, mais non sans un pincement de cœur. C’était la fin pour la Sérénissime République. À force de tenter de louvoyer entre l’Autriche, sa vieille rivale, et la jeune France révolutionnaire, dont les armées avaient fait intrusion un an plus tôt sur la scène italienne avec une vigueur qui avait étonné l’Europe, la Cité des Doges s’était brûlée de tous les côtés, et le vainqueur était décidé à se payer sur la bête. Les Jacobins locaux avaient beau se réjouir, seule l’apparence du pouvoir leur serait concédée. Pour le reste, la province était mise en coupe réglée. Le général Bonaparte avait donné l’exemple en envoyant à la nouvelle administration la liste des œuvres d’art et objets précieux réclamés par la France à titre de « réparations ».

Pendant ce temps, soldats et officiers du corps expéditionnaire avaient à peu de chose près les mains libres, et le loisir d’en profiter.

Pietro, qui n’était pas né de la dernière pluie, avait décroché l’étrange petite marine. Antoine y ajouta une autre toile du même genre, où un bateau de pêcheurs cette fois oscillait sur une mer lumineuse, à l’apparence de joyau. Ces sujets trouveraient toujours preneur en France, pour leur côté exotique. Il en allait de même de divers tableautins représentant des scènes du Carnaval, avec leurs énigmatiques masques noirs ou blancs, et ceux dépeignant les canaux et leurs gondoles.

Il laissa à regret de côté quelques natures mortes, dont une plutôt amusante, où une chouette empaillée voisinait avec des bocaux d’apothicaire. Ce n’était pas ce que recherchait M. Dubourg, ni aucun de ses correspondants à Paris. Et il fallait ménager les heures suivantes pour d’autres trouvailles.

— Je compte sur toi pour emballer tout cela correctement, Pietro.

— N’ayez crainte, signor ! Ça me connaît !

Un coup bref, à la porte d’entrée restée entrouverte, signala un visiteur poli. Antoine se retourna et ne fut guère surpris de reconnaître le lieutenant Silvère Mareuil.

— Eh bien, fit-il, tu as changé d’avis ? Comme tu vois, il y en a pour tout le monde !

Silvère ne daigna pas relever. Mais il s’arrêta pour admirer le contenu de l’atelier, s’attardant tout particulièrement sur les toiles déjà décrochées et mises de côté. Preuve, se dit Antoine, qu’il ne se trompait pas sur le goût du public français.

— C’est… ma foi, c’est très beau, fit le lieutenant. Je crois que je n’étais jamais entré dans la fabrique d’un peintre.

— D’un maître, même. Ce Claudio Galvan est l’un des plus prisés parmi les artistes vénitiens actuels. Outre les toiles qui sont ici, il doit y en avoir cinq ou six fois autant dans les hôtels particuliers de ces messieurs les patriciens.

Silvère lui jeta un regard quelque peu désabusé. Forcément, on envisageait ici l’art sous l’angle du commerce. C’est à cela que serviraient désormais les trésors de Venise : à payer la rançon de ses erreurs passées.

Si tant est que Bonaparte acceptât de les laisser quittes après cela.

En fin de compte, Silvère finit par suivre son ami lors de la visite suivante, qui concernait une maison de jeux et autres débauches, ce que l’on appelait à Venise une « petite maison », un casino. La moralité douteuse de l’endroit semblait avoir un peu atténué ses scrupules.

— Je vous en prie, messeigneurs, nous sommes prêts à verser une substantielle contribution…

Le majordome, un gros homme en habit et perruque à la mode de Vienne, se tordait les mains avec une ardeur toute italienne, ou toute théâtrale. Car après tout, ce n’est pas de son argent à lui qu’il s’agissait.

— Allons, fit Antoine, mon cher messer Cavasin, ce n’est pas sérieux, ce que vous me dites là. Le propriétaire est un de ces patriciens qui ont fui la ville à l’approche de l’armée française. Le temps que vous lui envoyiez un émissaire, nous aurons été appelés ailleurs par les nécessités de la guerre. Pendant ce temps, vous avez les clefs, vous connaissez les lieux, et vous êtes bien placé pour savoir ce qu’il y a de mieux à récolter.

L’autre s’épongeait le front avec nervosité.

— Tenez, reprit Antoine, nous ne sommes pas déraisonnables : je vous garantie qu’il vous restera de quoi faire votre pelote et partir loin du courroux du noble seigneur !

L’endroit était certes infiniment plus riche qu’un simple atelier de peintre. Pendules dorées, couverts de vermeil, bibelots de corail ou de nacre, chinoiseries, verres multicolores de Murano, habits de soie laissés en gage par des clients malchanceux… Plus le contenu du coffre, bien sûr. Celui-là, Antoine le répartit entre lui, Silvère, et le majordome complice.

Ce dernier accepta même la tâche d’emballer et d’expédier les pièces les plus fragiles, délicates porcelaines et verrerie soufflée. Tant il était vrai qu’une fois le doigt mis dans l’engrenage, les étapes suivantes venaient plus aisément.

Antoine trouva même dans l’un des salons une autre toile de Claudio Galvan : un petit concert de rue, avec trois musiciens masqués et quelques badauds tout autour. Il ne perdit pas de temps pour la décrocher.

— Combien de temps le général compte-t-il nous faire camper dans Venise ?

Le lieutenant Silvère Mareuil lorgna au fond de son verre d’un air morose. Il n’aimait pas penser à ce qu’ils étaient en train de faire, mais c’était indubitablement la politique officielle.

Antoine leva le sourcil :

— Le général Bonaparte ?

— Ha ! Y en a-t-il un autre en ce moment ?

Les deux officiers sourirent. Tout le monde savait que ce n’était pas le gouvernement du Directoire qui avait décroché la présente trêve avec l’Autriche, mais le vainqueur d’Arcole et de Rivoli. Il était présentement en train de négocier avec l’empereur une paix durable — du moins l’espérait-on.

Antoine vida lui aussi son verre et considéra l’atmosphère enfumée de la taverne. Les Français étaient nombreux, ici, ainsi que les divers parasites qui suivaient toujours l’armée : tricheurs, filles publiques, saltimbanques… Au fond de la salle, quelques uns de ceux-ci avaient dressé une planche sur deux tréteaux et commençaient leurs tours.

— En ce qui concerne Bonaparte… (Antoine s’interrompit pour réfléchir.) Le problème, c’est que la mer est houleuse, même si on ne s’en rend pas compte d’ici. Tous ceux que nous avons battus hier, le roi de Sardaigne, le pape, les Autrichiens, vont vouloir prendre leur revanche dès que le général aura les yeux tournés ailleurs.

— Et il faut, ajouta Silvère, compter avec les complots des Émigrés et l’or que les Anglais répandent partout où ils peuvent exciter la haine de la Révolution.

— Tout juste. L’un dans l’autre, je ne pense pas que nous resterons longtemps à Venise. Il y a tant à faire, y compris à Paris où les royalistes relèvent la tête…

Antoine n’ajouta pas que le sort de Venise était déjà scellé, même si peu de gens en dehors de l’état-major de Bonaparte étaient au courant. Au mois de germinal, alors que le général en chef français négociait avec l’empereur les préliminaires de la paix à Leoben, le capitaine Antoine Dargent avait fait partie de l’escorte de l’autre général français de quelque importance alors en Italie, Bernadotte, qui assistait aux négociations. Il avait eu l’occasion d’entendre un certain nombre de choses, qui n’auraient pas été du goût des patriotes et Jacobins italiens.

La république démocratique qu’ils espéraient bâtir ici sur le modèle de la France était morte dans l’œuf. Dès la signature définitive de la paix, Venise serait livrée aux Autrichiens, pour agrandir leur façade maritime. La France se contenterait de mettre la main sur la flotte et sur les caisses publiques. Qui étaient certes considérables.

L’attention de Silvère s’était tournée ailleurs.

— Regarde-moi cette petite danseuse ! Parbleu, c’est un morceau de roi !

— Hmm ? Où cela ?

— Là, voyons, debout sur cette planche !

Et en effet, les tréteaux des saltimbanques s’étaient transformés en piste de danse, où une jeune fille de quinze ou seize ans à peu près s’était mise à évoluer.

Antoine haussa les épaules avec un sourire. Il était plus tenté par la partie de dés qui avait commencé à la table voisine, où quelques soldats qui avaient fait une belle récolte aujourd’hui semblaient décidés à la perdre aussi vite.

Soudain, la voix du jeune Pietro se fit entendre :

— Ah, signor, c’est fait ! Vos affaires sont emballées…

— Bravo ! Allons, tu boiras bien un coup ?

— C’est pas de refus, signor.

Pendant qu’une soubrette peu farouche remplissait leurs verres, Pietro reprit :

— Faites excuse, messeigneurs, si je suis trop curieux, mais… Est-ce que le général Bonaparte va venir en personne à Venise ? On n’a vu jusqu’ici que le général Baraguay d’Hillier…

Lui aussi avait bien compris qui tenait les clefs de l’avenir en main.

Antoine aurait voulu répondre : non, hélas. Il agit comme mon oncle Bastien, qui ne donnait jamais un nom aux chevreaux qui naissaient à la ferme, parce qu’il aurait plus tard à les tuer et les vendre au marché. Non. Il est installé à Campo-Formio et il finasse avec les envoyés de l’empereur. Mais le plus gros est déjà décidé, et ce sera la fin de la partie pour Venise.

Au lieu de quoi, avec un petit rire, il murmura :

— Oh, je ne sais pas s’il viendra, il a tant à faire. Batailles, traités, lois… On lui demande de trancher de tout. C’est un artiste, en son genre.

Le général était certainement capable, à ce qu’Antoine avait pu voir, d’apprécier l’art italien. Il reprit :

— À ce propos, Pietro, maintenant que le maestro est parti, que vas-tu faire ?

Le jeune homme sourit, l’air rayonnant :

— Ce que je vais faire ? Oh, toujours de la peinture, signor ! Pas forcément à Venise, mais qui sait ? À Rome, à Milan, n’importe où. À Paris, même, pourquoi pas ! Là où il y a une cour, on paie les artistes. C’est le plus beau métier du monde.

Mon roman L’Héritier du Tigre, en série sur #Rocambole : à dévorer !

En route vers d’étranges aventures…

Ça y est, le jour J est arrivé ! Pour lire ce roman, rendez-vous sur l’appli Rocambole, pour les heureux propriétaires d’iPhone ou iPad. (Version Android à venir, promis, juré.) Un peu de fantasy sombre et dépaysante, comme on aime.

Pour se donner une idée, on peut déjà lire les deux premiers épisodes sur leur site. Bonne lecture, et n’hésitez pas à venir commenter sur le Discord de Rocambole !

« Le joueur d’échecs », une nouvelle dans l’univers de #Shalinka (en attendant la série sur #Rocambole)

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On accélère ! Dans le précédent billet, j’annonçais que mon roman de fantasy L’Héritier du Tigre serait publié chez Rocambole sous forme de série à partir du 22 janvier… Mais, petit chamboulement de calendrier, ce sera dès le 15 janvier ! Bref dans deux jours. J’ai tout juste le temps de boucler la republication de nouvelles promises. J’ai un faible pour celle-ci, qui fut mon premier texte publié professionnellement, et où on entrevoit déjà les grandes lignes de l’univers exploré dans le roman.

Bonne lecture ! et rendez-vous après-demain…

séparation de texte ; labguette coupée dans le tableau de Roërich

Shalinka était seul devant son échiquier. Les blancs avaient perdu : mauvais présage pour la bataille à venir. Ils avaient eu si peu de chance ces derniers temps… Il fixa amèrement les silhouettes noires sur le plateau. Elles semblaient le regarder par en dessous, d’un air narquois.

Shalinka se secoua, et sortit dans l’air froid et pâle. Il regarda le soleil se lever sur la plaine du Tsinari, d’un vert grisé sous les brumes du printemps. Il regarda son haleine monter et se disperser comme une fumée.

Le jour se lève, tout recommence :

Dans la blanche lumière, le monde est mis à nu.

La nuit rusée dépouille ses longs voiles,

Comme un serpent défunt ressort vif de sa peau.

En face d’eux, derrière la mince forêt de bouleaux, se tenait l’armée du prince Nayi, beau-frère du Roi. C’était lui qui mènerait l’assaut. Shalinka regarda avec tristesse la rivière couverte de brumes, le ciel bleu pâle, les reflets du soleil sur le métal luisant. La bannière jaune des Nayi flottait haut près de la bleue des Taïrilaïgor. Face aux Royaux brillaient ses propres lignes, rangées en bon ordre sous leurs insignes rouges comme le sang. Pouvait-il s’y fier ? Pouvait-il leur confier sa vie et sa liberté ? La haine avait beau animer ses hommes, elle ne leur mordait pas les tripes comme à lui. Le Roi était toujours, pour eux, le Roi : ils le craignaient, à leur façon superstitieuse, et tout au fond d’eux-mêmes, ils le respectaient.

Shalinka se pencha de nouveau sur son vieil échiquier. Seul sous sa tente, assis à même le sol, il commença à disposer les pièces de bois poli, patiné par un trop long usage.

Il plaça sur l’échiquier le roi blanc, entouré de ses zaïnyar, ses cavaliers et ses pions. Les forces du prince Nayi, selon ses éclaireurs, étaient légèrement supérieures aux siennes. Shalinka hésita un instant, puis haussa les épaules. Au tour des pièces noires de prendre position. La journée serait décisive. Il se mit à déplacer les pièces sur l’échiquier, lentement d’abord, puis de plus en plus vite, comme en transe. À une pièce noire succédait une blanche, à un dertaïkar un cavalier ; on sautait une case, puis deux, puis trois, en une folle cavalcade, et les pions un à un disparaissaient du plateau. En quelques claquements de bois, l’étrange combat fut terminé. Tous les zaïnyar blancs étaient perdus. Cerné de pions noirs, réduit à l’impuissance, le roi blanc ne put que se rendre.

Shalinka resta un moment pensif devant le champ de bataille. Un frisson glacé le secoua. Encore une défaite ! C’était un signe.

Et le roi noir semblait maintenant lui sourire sous sa couronne de bois.

Il contemplait toujours l’échiquier quand son écuyer arriva, soulevant timidement un pan de cuir de la tente. « Mon seigneur, pardonnez-moi… Je me demandais…

— Ce qui pouvait bien, par tous les diables, me retenir ? Rien du tout ! Je suis aussi prêt qu’on peut l’être. »

Shalinka eut un rire sans joie. « Vas-t-en, à présent. Je m’habillerai seul. »

Lentement, il rangea l’échiquier, ceignit son épée, coiffa son heaume, attacha sa cuirasse. Il empoigna son bouclier, où bondissait la terrible image du tigre rouge. Puis, sortant sous le brillant soleil, il réunit ses officiers et donna l’ordre d’engager le combat.

La bataille fut longue. Adossée aux collines grises, l’armée de Shalinka s’était bâti des positions très fortes. Quatre fois la cavalerie royale se lança à l’assaut, et quatre fois les hommes de Shalinka la repoussèrent dans la plaine ; mais avec chaque fois, cependant, de plus lourdes pertes. A la fin du jour, Nayi fit donner ses dertaïkar. Les rangs fléchirent sous les coups de boutoir de leurs lourdes colonnes. Un instant, le sort hésita. Puis un fort parti de Royaux, qui avait contourné les collines, réussit à prendre les Shalinka à revers. Quand Shalinka eut vent de ce désastre, il tira mentalement son chapeau au prince Nayi tout en le maudissant. Et il jeta ses dernières réserves dans la bataille.

Mais cela ne servit à rien. Autour de Shalinka, l’étau se resserra peu à peu. Les rangs de sa garde, qui avaient fait autour de lui comme une forteresse vivante, se clairsemaient. Soudain, atteinte par une flèche, sa monture s’abattit au sol. Il n’eut pas le temps de vider les étriers. La jambe brisée, prisonnier du cadavre, il fut rejoint et maîtrisé par les soldats ennemis.

* * *

Tard dans la nuit, on entendait encore des clameurs sur le champ de bataille. Nayi avait donné l’ordre d’égorger les prisonniers et d’achever les blessés. Des feux brûlaient ça et là. Les troupes royales festoyaient et pillaient dans la campagne alentour.

Le prince s’était retiré sous sa tente quand on lui amena Shalinka. Mi-porté, mi-traîné, le chef rebelle fut jeté sur le sol. Il ne pouvait marcher. Tout en ôtant sa cuirasse, le prince Nayi Noyyessin Dmaraï considéra cet ennemi effondré, face contre terre. Il donna un ordre, et les soldats retournèrent le prisonnier. Shalinka étouffa un cri. Se soulevant sur un coude, il posa sur le prince un regard triste, écœuré, et laissa retomber la tête sur le sol. Qu’aurait-il pu lui dire ? Rien de cela n’en valait la peine.

Un serviteur entra avec une carafe et un gobelet d’argent. Le prince Nayi se servit, but une gorgée de vin, et dit avec un léger sourire : « Vous n’êtes guère sociable, ami Shalinka. Espérez-vous m’accabler de mépris ? Alors, vous jouez de malchance. Je n’ai pas envie de discuter avec vous. Je tiens seulement à vous informer que vous avez perdu : avant huit jours, je mettrai le siège sous les murs de Shalin-Yari. »

Shalinka, qui avait fermé les yeux, les rouvrit soudain.

« Ah, cela vous étonne ? » Le prince eut un petit rire. « J’ai tout bonnement fait tomber vos derniers avant-postes, et cela il y a trois jours. Quant à Izeyya, votre précieux allié, il s’est enfui comme un lièvre ! Mon cher, si vous n’étiez pas venu ce jour me chercher querelle, j’aurais déjà en main et votre château, et votre sœur ! »

Shalinka se releva à demi, le visage déformé par la douleur et la haine. « Vous irez en enfer, Nayi ! Shíra-aux-Dents-Noires vous mangera le cœur !

Le prince, faisant tourner entre ses doigts le gobelet d’argent, eut un sourire froid.

« Puisque votre jambe droite est cassée, vous ne verrez aucun inconvénient à ce que nous brisions aussi la gauche, je suppose ? »

Il fit un signe de la main en direction des soldats qui attendaient à l’entrée de la tente. L’air goguenard, l’un d’eux sortit, et revint peu après avec un escabeau. Saisissant la jambe gauche de Shalinka pendant que deux autres soldats lui immobilisaient les bras, il l’étira de façon à faire reposer le pied sur l’escabeau, où il le maintint fermement. Un quatrième garde commença à frapper sur la jambe étendue avec le manche de sa lance. Il y eut bientôt un craquement sec. Shalinka hurla comme une bête. Il parvint presque à écarter les deux hommes qui maintenaient ses bras, mais il se laissa retomber sur le sol, trempé de sueur.

Le prince Nayi sourit et se resservit du vin. « Je n’ai que faire de vos malédictions, Shalinka. Il est beaucoup trop tard pour vous. » Il vida son verre et s’assit sur un siège pliant. Sortant un de sa manche peigne d’or, il entreprit de mettre un peu d’ordre dans sa belle chevelure. Il se retourna soudain vers les gardes. « Cassez aussi le bras gauche ! Il n’en aura plus besoin ! »

Et cela recommença. Mais cette fois, Shalinka n’essaya même pas de lutter. Il sentait une sorte de brume rouge tomber devant ses yeux. Loin, très loin, il entendit encore le prince s’exclamer, moqueur : « Non, laissez-lui le bras droit ! Il le lui faudra pour jouer aux échecs. Car vous êtes un maître des échecs, n’est-ce pas, Shalinka ? »

Mais celui-ci était déjà trop loin pour répondre.

* * *

Devant Shalin-Yari, le siège semblait ne devoir jamais finir. L’automne touchait à sa fin. L’armée royale était lasse, et depuis des mois, les assiégés tenaient bon. Certains signes, pourtant, racontaient une autre histoire.

Le prince Nayi examinait la flèche, dans la main noire de l’éclaireur. Pointe d’acier, fût peint en noir, deux rangées d’ailettes bleues.

Il hocha la tête. « C’est une des nôtres.

— Elle a pourtant été tirée du château, Noble Prince. » Le capitaine eut un léger sourire. « Comme des dizaines d’autres, depuis deux jours. Et s’ils nous les renvoient…

— C’est qu’ils sont à court ? Oui, sans doute. Mais je me méfie des ruses des Shalinka. Dame Ayyendis dirige elle-même la résistance, savez-vous ?

— Que Votre Altesse me pardonne, mais il est de fait que l’ennemi s’essouffle. Ils n’avaient guère de chevaux, ce matin, à leur dernière sortie.

— Bon. Ils manquent de vivres. Et pour l’eau ? »

Un autre officier s’avança, bardé dans une cuirasse de fer.

« Ici, nous avons moins de chance, Votre Altesse. D’après les prisonniers, il y a dans la forteresse des puits très profonds, s’enfonçant jusqu’au cœur de la colline dans l’épaisseur du roc.

— Ils s’étaient bien préparés… »

Le prince contemplait l’horizon, ligne impassible et sombre dans la rougeur du couchant. Au sommet de la colline, dans son dos, le crépuscule descendait sur la forme ramassée de la forteresse. Il récita à mi-voix :

« Rouges coulent les larmes du jour

Dans la plaine, sous le ciel.

Les ombres en silence s’allongent,

La terre même se tait et le soleil s’enfuit.

Voici que rampe le crépuscule :

Sortant du ventre des ténèbres,

Dans une mer de sang,

C’est la naissance de la nuit. »

Souriant toujours, le prince se détourna et prit la direction du camp.

* * *

Shalinka jouait seul aux échecs, accroupi dans un petit enclos. Son échiquier était un carré tracé dans la poussière, ses pièces de petits cailloux. Une longue chaîne reliait sa main droite à un montant de la clôture, tintant à chaque mouvement. La plupart du temps, on ne le gardait même pas. Ses jambes brisées s’étaient ressoudées sous des angles bizarres ; elles ne pouvaient plus le porter. Son bras gauche pendait sans force, raccourci et tordu, à son côté.

Il leva la tête un instant, puis reprit sa partie sans rien dire. Le prince Nayi s’était approché et accoudé à la barrière de l’enclos.

« Belle journée, Shalinka !

— Peut-être.

— Et demain sera encore plus beau. Savez-vous pourquoi ? »

Les blancs cheveux du prince brillèrent dans les rayons dorés. Shalinka s’était arrêté de jouer et le regardait fixement. Des rides s’étaient creusées dans son visage noir, profondes et ravinées. Ses yeux bleus avaient pris un air triste et maussade. Il semblait plus âgé que le prince, à présent.

« Shalin-Yari tombera demain.

— Peut-être.

—Vous n’avez guère de conversation, Shalinka. On dirait que je vous ennuie. Mais peut-être ceci pourrait-il vous intéresser… »

D’une bourse attachée à sa ceinture, il tira deux figurines précieuses, l’une de jade blanc, l’autre d’opale noire, et les tendit à Shalinka dans sa paume sombre. Le soleil avait presque sombré sous l’horizon, teintant de rouge ses cheveux.

« Demain, » reprit le prince, « nous attaquerons dès le lever du jour. Tout est prêt : mon frère Eïssinlaï commandera l’assaut. Mais j’aimerais que nous nous affrontions aux échecs, vous et moi, pendant ce temps.

— Vous me faites beaucoup d’honneur, Nayi. » Shalinka hocha la tête d’un air rêveur. « Tól kan g’ti lyessin g’tan… Très bien. J’accepte votre offre. Nous verrons si vous êtes toujours le plus fort. »

Le prince eut un petit rire. « Nous verrons, en effet. Puisque vous en doutez. »

Et il s’en alla, drapant sur ses épaules son vaste manteau jaune. Shalinka le contempla en silence. La nuit était tombée. Il baissa la tête, effaça l’échiquier sur le sol et se traîna péniblement, faisant tinter sa chaîne, vers la cabane qui lui servait d’abri.

* * *

Avec l’aube se leva la brume, froide et pâle, masquant le monde au sein de ses voiles blancs. Le son des cors s’éleva, faiblement, d’abord, comme étouffé, puis de plus en plus clair, de plus en plus haut, perçant l’air matinal de leurs cent voix de cuivre. Et puis des formes sombres s’ébranlèrent dans la plaine, et l’armée du prince Nayi attaqua.

Sur une petite hauteur, une table de jeu avait été dressée. Le prince là siégeait dans une chaire à haut dossier. On y traîna Shalinka, on l’assit en face de lui dans une chaire identique, et le prince fit un signe à son écuyer. Shalinka regarda d’un air surpris l’homme lui saisir la main gauche, la plaquer contre la table, paume vers le bas, et la clouer au bois d’un coup de poignard. Le sang gicla. Avec un hoquet de douleur, Shalinka s’affaissa vers l’avant.

« Eh bien, mon cher, pouvons-nous commencer la partie ? » Un sourire flottait sur les lèvres du prince.

Shalinka releva lentement la tête. Une lueur de folie et de haine brûlait dans ses yeux clairs. Les lèvres tremblantes, il murmura :

« Très bien, Nayi. Tant pis pour vous. Avant longtemps, vous regretterez tout cela !

— Et comment donc ? » Le prince, qui disposait minutieusement les pièces du jeu, semblait sincèrement amusé. « Que pourriez-vous faire ? Gagner la bataille ? Gagner la partie, peut-être ? Mais trois fois déjà je vous ai affronté depuis le début du siège, et par trois fois vous avez perdu. Votre réputation de g’ti lyessin gtán était bien surfaite ! Comme beaucoup de vos prétentions, à vous autres, bâtards de Shalinka !

— Peu m’importe ce que vous pensez. » Le chef rebelle était soudain devenu très calme, comme l’eau profonde. « Vous êtes perdu, Nayi. Je n’ai plus qu’un seul allié, et maintenant, c’est pour vous qu’il est trop tard.

— Vraiment ? » Le prince déplaça l’un des pions blancs délicatement sculptés. « Un nouvel allié ? Vous ne pensez pas à Izeyya, j’espère, ni à ce chien de Solendis ! Ils n’auraient pas le temps d’intervenir. »

Lentement, posément, Shalinka joua à son tour. Soudain, le prince éclata de rire. « Ciel tout-puissant ! Vous comptiez peut-être invoquer Shíra, stupide sorcier que vous êtes ! Vraiment, la plaisanterie est bonne ! »

Il secoua la tête. « Shíra le Démon ! Shíra-aux-Mains-de-Glace ! Je comprends que vos ancêtres aient échoué à monter sur le trône, s’ils étaient aussi naïfs que vous. »

Il entama une attaque tournante qui impliquait deux cavaliers et la totalité des pions, mais Shalinka la déjoua au deuxième coup et riposta par un coup en avant des dertaïkar, les terribles cataphractaires, ceux-là même qui, lors de la précédente bataille, au bord du fleuve, avaient complètement enfoncé les rangs de sa cavalerie.

« Vous jouez presque bien. » L’air dédaigneux, Nayi fit battre en retraite ses cavaliers avant d’esquisser une contre-attaque. « Mais dépêchez-vous de jeter vos sorts si vous voulez que le démon vous prenne au sérieux ! »

Sur la plaine, la brume montait toujours. Un halo pâle encerclait le soleil comme un cocon d’araignée blanche. Les vagues d’assaut avançaient et refluaient au fil des heures, repoussées une à une par les défenseurs de la colline. Là où se tenaient Shalinka et le Prince, les bruits de la bataille parvenaient assourdis, déformés par la distance et les masses de brume. Les appels de trompe, les hurlements, les martèlements de sabots, le fracas du fer contre l’acier, tout cela semblait s’engloutir dans l’épaisseur humide, froide comme un linceul. De temps à autre, des cavaliers essoufflés, l’air hagard, s’abattaient aux pieds du Prince pour lui donner des nouvelles de sa bataille, demander des ordres de la part d’un capitaine ou (mais plus rarement) apporter un drapeau pris à l’ennemi.

Shalinka continuait à jouer.

Sourcils froncés, le Prince contemplait l’échiquier. Soixante-quatre cases, seize pièces chacun. Sept des siennes avaient déjà disparu ! Il était temps de se ressaisir. Fini de jouer au chat et à la souris. Une dernière manœuvre des deux zaïnyar restants, masquée par l’avancée des pions, une charge des dertaïkar, un mouvement tournant, et ce serait la mise à mort. Parfait.

Shalinka s’enfonçait de plus en plus dans sa chaire. Les épaules recourbées, les yeux mi-clos, il semblait presque endormi. Seule sa main droite bougeait de temps à autre, d’un geste minuscule, pour mettre une pièce en mouvement. Sa main gauche avait disparu sous une croûte noirâtre.

Un galop frénétique fendit le calme qui s’était installé autour d’eux. Un cavalier au casque fendu, le visage en sang, hurlant quelque chose d’inintelligible, s’approchait comme la tempête. On distinguait encore sur son armure les insignes bleu et or des Royaux.

« Trahison ! Prince, nous sommes tra — » Une flèche siffla. L’homme s’effondra, face contre le sol.

Le Prince Nayi se leva en jurant. Plusieurs officiers avaient accouru en silence. « Impossible, Votre Altesse ! Nous sommes en train de gagner !

— Qu’est ceci, alors ? »

Le Prince tremblait de rage. Son regard allait et venait, des visages de son état-major au corps sans vie étendu à ses pieds. Leurs silhouettes se découpaient, étrangement noires contre l’étendue rouge du ciel. « Comment ? Le soleil se couche déjà ? Il est trop tôt… » Sa voix se brisa.

« Qu’est ceci ? » reprit-il dans un murmure. « Qu’avez-vous à me dire ?

— Rien d’important, Noble Prince.

— Tout est normal, Votre Altesse.

— La bataille se déroule comme prévu. »

Le Prince se rassit. Les yeux fixes, la bouche sèche, il contemplait l’étendue noire de la plaine. Les limbes du brouillard avaient fait place à de grandes flaques d’ombre, mais d’une certaine manière, la vue était plus claire que jamais. La bataille avait reflué. Quittant les flancs de la colline, le combat avait gagné les zones basses de la plaine, entre la rivière et la forêt de l’Ouest. La note claire d’un cor monta au-dessus du vacarme, annonçant que les assiégés allaient faire une sortie. Sans doute pour faire leur jonction avec ces alliés inattendus sortis de la forêt…

« Shíra, hein ? » Le Prince contempla l’échiquier, puis Shalinka. Le rebelle tenait une pièce en main. Une seule pièce. Un roi noir. Sa main tremblante survola un instant le champ de bataille, puis se posa lentement, comme un souffle. Au milieu du carnage.

Aucune des tactiques du Prince ne donnerait ses fruits, aujourd’hui. Son plan était battu en brèche. Ses cavaliers, détournés ou pris. Son attaque, aussi minutieuse qu’élégante, désorganisée, rendue impuissante par ce seul petit changement dans la disposition des pièces. C’était un mouvement extraordinaire, digne d’un grand maître des échecs. Shalinka souriait.

« Shíra ? Peut-être. Tól kan g’ti lyessin g’tan, sûrement. Le jeu de la mort et de la vie. Le jeu des tactiques de l’esprit. »

Il souriait encore quand le Prince tira son épée et lui trancha la gorge. Mais celui-ci n’eut même pas le temps de retourner l’arme contre lui. Huit silhouettes noires s’étaient approchées sans bruit.

On ne retrouva jamais le corps de Nayi, non plus que celui de Shalinka Eyyenvi Yinlaï. Et nul ne put dire quelle était l’armée qui vint à la rescousse des Shalinka assiégés dans leur heure de désespoir. Mais Shíra est un nom de terreur, avec lequel bien peu osent plaisanter. Les Shalinka encore moins que les autres.

[Première publication : revue Faëries n°5, octobre 2001.]