Archives mensuelles : octobre 2012

Une loi pour le domaine public en France : un rêve, ou bien ?

Monsieur le Premier Ministre,

Madame la Ministre de la Culture,

Mesdames et Messieurs du Parlement,

Nous savons tous que nombreux sont les critiques, mais que peu parmi ceux-là contribuent à la réflexion : la cause est entendue. Néanmoins, lorsque de la réflexion critique naît une proposition de loi complète, le geste citoyen de ma part ne peut être que d’attirer dessus, bien respectueusement, votre attention…

C’est un projet signé Lionel Maurel, juriste et bibliothécaire, qui dans l’excellent blog S.I.Lex, ainsi que sur son flux Twitter @Calimaq, fait une veille active « au croisement du droit et des sciences de l’information ».

Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre de la Culture, Mesdames et Messieurs, vous n’avez pas besoin que l’on vous rappelle que le domaine public est un enjeu de patrimoine, d’accès de tous à la culture et à l’éducation, mais aussi un enjeu d’économie non négligeable à l’heure où le numérique et le réseau des réseaux ne sont plus notre avenir, mais un présent actif et où tout bouge très vite.

Auteure de livres, moi-même, ainsi que de ce blogue (publié sous licence Creative Commons BY-NC-SA 3.0 FR), je me trouve concerneé à mon modeste niveau par les dispositions actuelles du Code de la propriété intellectuelle, de la loi sur les livres indisponibles, des lois sur les contenus en ligne, etc. Tous textes qui, à des degrés divers, laissent, en l’état, à désirer.

C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, je vous suggère bien respectueusement de prendre connaissance du projet de loi Maurel sur le domaine public (ou bien l’appellerons-nous « loi @Calimaq » ?) et de l’inscrire aussitôt que possible au calendrier de vos délibérations.

En vous remerciant d’avance, Mesdames et Messieurs, à mon tour je fais un rêve – le même que Lionel Maurel, et tous ceux et celles qui le soutiennent.

Photo: un mur et le texte "I have a dream"

I Have A Dream. Par Dr Case. CC-BY-NC. Source : Flickr.

P.S. Texte déjà salué par François Bon (de Tiers Livre, Publie.net…), Neottia, J.M. Salaun, Olivier Le Deuff (@neuromancien), Christine Génin, Bibliothèque2.0, Michel Guillou (Éducation Internet et Droit), Biens Communs, @Silvae, Olivier Ertzscheid (@affordanceinfo), et bien d’autres…

Zombies and poetry: Margaret Atwood free to read, on Wattpad

« Poetry is the past that breaks out in our hearts ». (Rilke)

Oh, yes, zombies. They’re mindless, shambling; they’re coming for your brains… And then things will never be the same.

Image: cover of Thriller Suite, poems by Margaret Atwood, published on Wattpad

It’s also a powerful metaphor. Trust Margaret Atwood to explore it! And not only in The Happy Zombie Sunrise Home, the horror fiction series she’s writing for Wattpad in collaboration with Naomi Alderman, and which was announced Wednesday worldwide.

There’s also Thriller Suite, a collection of poems by Atwood, also published on Wattpad, in which my favourite is this one:

There you have it: zombies.
Didn’t you always suspect?
« Poetry is the past
that breaks out in our hearts »
like a virus, like an infection.
How many poems occur about
the dead one who isn’t dead,
the lost one who semi-persists…

« Zombie Poetry Zombie », by Margaret Atwood. Free to read on Wattpad, both the website and the app. Click, enjoy and… shiver.

(Hat tip: @bibliomancienne, ActuaLitté.)

Les Roms, la gauche, l’Europe… et la culture

Mieux vaut tard que jamais, je repère ce billet de Politeeks sur la politique du gouvernement de gauche à l’égard des Roms. Qui peut mieux faire… (Pas que la droite ait de quoi fanfaronner, certes, après avoir fait pire que rien pendant des années !)

Au passage, quelques interrogations de fond. De société, comme on dit :

« Dans des nations où les populations autochtones se sont sédentarisées à la fin du 19e siècle, début du 20e (France, Italie par exemple)  la résurgence de populations “mobiles” Roms en voyage permanent avec conditions sanitaires odieuses ne projette-elle pas dans l’opinion un rappel de la misère du passé ou des arrières-arrières grands parents  qui chiaient au fond du jardin ? Et donc l’envie de leur dire : Installez vous quelque part et restez y, faites comme nous… Là c’est un vrai débat de société, n’oublions jamais que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Peux-t-on imposer à des gens un mode de vie, et donc d’être sédentaire ? »

En fait, pour mémoire, c’étaient même souvent nos parents qui n’avaient pas de sanitaires dans la maison, pas de tout-à-l’égout, voire pas d’eau courante. Dans la famille de ma mère, chez des paysans du Sud-Ouest, je me souviens d’avoir vu ça dans les années 70, les WC au fond du jardin. Et l’évier qui s’écoulait par un tuyau traversant le mur de la cuisine, dans une rigole qu’on enjambait pour aller au potager.

On pourrait aussi chipoter sur le fait que les populations autochtones ne se sont pas toutes sédentarisées. La plupart des gens du voyage sont de nationalité française, parfois depuis longtemps ; et en Europe centrale et de l’est, certains Roms et autres populations tziganes sont sédentaires, ou l’étaient récemment, jusqu’aux bouleversements politiques, économiques, sociaux qui ont suivi la chute du Mur de Berlin. Mais passons.

Il y a des problèmes culturels, aussi, nous dit-on, de part et d’autre. Faut-il évoquer les raisons de la défiance des nomades en Europe à l’égard de l’État, des institutions, des gouvernements ? Le 20e siècle a été celui de la sédentarisation forcée, des discriminations étatiques, des enfants enlevés à leurs parents pour les « rééduquer », celui de la stérilisation forcée de gens que l’on considérait comme « génétiquement criminels » (jusqu’en 1975, en Suède) ; ce fut celui, en France, de l’instauration du carnet de circulation (que le Conseil constitutionnel vient tout juste d’abroger) et, pendant les guerres, de l’internement dans des camps de nomades soupçonnés de n’être pas de « bons citoyens », puisqu’ils franchissent si aisément les frontières… Ne parlons même pas du génocide tzigane pendant la Seconde Guerre mondiale, parallèle à celui des juifs.

Aujourd’hui, en France, en 2012, on reparle des problèmes de cohabitation avec les nomades, on parle de conditions sanitaires d’hébergement déplorables, et d’enfants qui subissent cette existence marginale. Jusque, trop souvent, à être victime de violences policières. Et après dix ans de droite au pouvoir, la protection judiciaire de la jeunesse manque de personnel…

On parle aussi, en vrac, de trains et autres systèmes électriques qui ne fonctionnent plus à cause des câbles volés pour revendre le cuivre. (Pas que le fait de Roms venus de Roumanie, loin de là…) On parle des 1 million de personnes sans abri ou mal logées en France – nomades forcés, parfois, travailleurs pauvres vivant dans leur voiture ou dans des squats. On parle de campements illégaux et de municipalités enfreignant la loi du 5 juillet 2000 en ne prévoyant pas de terrain pour l’accueil des gens du voyage. Et qui sont rarement sanctionnées.

Il y a en même temps beaucoup de pauvreté en général, et des besoins spécifiques aux nomades. Il y a les conséquences logiques de la misère et de l’économie parallèle qui s’y développe… Il y a des pays européens qui se renvoient la balle « Roms », voire détournent les aides censées aider à leur insertion.

Et il y a des gens qui se méfient a priori des Roms (ou des nomades ? ou des pauvres ? pas clair dans ce billet) pour des raisons culturelles, sur l’air du : « Même si on leur donnait à tous de quoi vivre dignement, ils ne le feraient pas », etc.

Ah ouiche. Où ai-je entendu ça, déjà ? Hmm.

Mais ne soyons pas trop durs. Ce genre de discours n’éclot pas que sous la plume de blogueurs et blogueuses à la pensée plus légère que la plume. Quand l’historien Emmanuel Todd répond aux questions de Marianne, à propos de Hollande et l’Europe, et que toute ma blogo-twittosphère répercute quelques phrases chocs, je m’étonne que personne, dans le tas, n’ait tiqué sur ce passage :

« Que pensez-vous du fait que rien n’a semblé plus urgent l’été dernier au gouvernement socialiste fraîchement en place que de démanteler les camps de Roms ?

E.T. : Je ne suis pas choqué. A l’époque Sarkozy, j’avais dit que je connaissais la culture rom en tant qu’anthropologue et que les gens seraient surpris de ce que j’en pensais. Dans Le Destin des immigrés, qui date de 1994, je pose les cultures juive et rom comme antinomiques sur certains axes. Ce qui était inadmissible dans l’attitude de Sarkozy, c’était que le président de la République française fasse des Roms une question politique centrale. Mais la culture rom pose des problèmes renouvelés dans notre monde atomisé par la globalisation. Il faut donc traiter ce problème, et c’est bien qu’il soit désormais pris en charge par le ministère de l’Intérieur sans être instrumentalisé par l’Élysée. »

Il est vrai que dans le suivant, il ajoutait : « La gauche ne doit jamais oublier que le véritable ennemi, c’est les riches. »

L’honneur est donc sauf, et on ne lui demandera pas ce que par là il voulait dire.

Tentative de dépoussiérage d’un blogue

Combien de mois que je n’ai pas blogué ? Depuis le 14 juillet, donc un peu plus de 3 mois. On se rouille.

Photo : statue de mammouth au Jardin des Plantes à Paris

Cela ne veut pas dire que je n’ai rien fichu en ligne… Voir @irenedelse par exemple ! 😉

D’ailleurs, c’est sur Twitter que j’ai découvert, grâce à @rosselin, @Zgur_ et bien d’autres, un entretien accordé par Emmanuel Todd à Marianne. Faut-il encore présenter ce chercheur, spécialiste des structures familiales, devenu l’un des intellectuels les plus écoutés de France ?

« Je suis historien et toujours dans le bonheur d’être débarrassé de Sarkozy. C’est quand même quelque chose qu’on peut déguster, non ? Si le président sorti avait été réélu, nous ne pourrions pas aujourd’hui débattre des problèmes économiques de la France. Nous serions encore en train de piapiater sur l’identité nationale, les Roms, les musulmans, les enseignants, les chômeurs et autres boucs émissaires, oubliant la débâcle industrielle et le déficit commercial. » (Emmanuel Todd, Marianne, 16/10/2012)

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce textes ; beaucoup d’à-peu-près, aussi, ou de paris sur l’avenir… et quelques points qui me font tiquer.

Lorsqu’il se réfère (à propos du débat en Allemagne sur la circoncision rituelle) à l’anthropologie, un domaine que je connais un peu, pour l’avoir étudié dans ma folle jeunesse, Todd y va tranquillement à la louche, mêlant le niveau d’analyse sur les États, les groupes culturels, l’avis des individus concernés et la question des droits humains. Un exemple, vous me direz, mais c’est tout le problème : si, lorsque je connais le sujet, je trouve des approximations douteuses chez un « expert », comment accepter tout ce qu’il dit sur les autres sujets ?

Et pourquoi, au fond, interroger sans arrêt des historiens, démographes, linguistes (hello, Mr. Noam Chomsky…), profs de philo (houhou, Michel Onfray ?) ou encore de lettres sur des sujets où ils n’ont pas vraiment beaucoup plus d’expertise que la plupart des gens ?

Bref, gare à l’effet « carnet d’adresse du journaliste », qui s’étoffe mais ne se renouvelle pas.

N.B. À propos de réseaux « sociaux » : j’ai aussi supprimé mon compte Facebook. On se doute pourquoi si on suit les dernières affaires de données-privées-qui-ne-l’étaient-pas-trop… Je n’y venais quasiment jamais, de toute façon.