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Joyeux parasites et bonne année

L’anti-héros de l’histoire… (Venom, 2018, Sony Pictures)

J’avais raté le film Venom lors de sa sortie, mais quelqu’un me l’a récemment conseillé, alors j’ai fait du rattrapage. Très bon tuyau ! Si on aime les films de super-héros, la SF ou juste les histoires un peu déjantées, il y a de quoi passer un bon moment.

Mais ce film est intéressant aussi à un autre niveau, et je ne parle pas du message politique qui court tout au long de l’histoire sur les mégacorporations, le militarisme et la xénophobie. On m’avait parlé des thèmes anti-Trump du film, mais le « méchant » est plutôt une espèce d’Elon Musk sous acide : un génie avec sa propre flotte de vaisseau spatiaux et un furieux désir de se hisser sur le piédestal d’un dieu. Tout cela est assez banal, mais ce qui l’est moins, c’est que la « créature » ne finit pas comme celle de Frankenstein : le mot clef ici est « symbiose »…

Et c’est là que j’ai vraiment apprécié le film, pour cette représentation fascinante de deux organismes en train d’essayer d’occuper le même espace au même moment. Qu’est-ce d’autre, sinon ce qui se joue à chaque instant dans notre corps, au niveau le plus fondamental ?

Prenez le microbiote, par exemple. On a tous entendu parler de ces bactéries commensales qui logent dans notre injures et nous aident à tirer partie des aliments. Mais il n’y a pas que l’intestin : la surface de la peaux et des muqueuses, tous les replis et anfractuosités sont colonisés par des bactéries qui ont le grand intérêt pour nous d’occuper le terrain et de rendre plus difficile pour des organismes pathogènes de s’y installer. Il y a à peu près autant de cellules microbiennes sur et dans le corps humain qu’il n’y a de cellules du corps lui-même. (Les premières estimations, qui donnaient un rapport d’une cellule du corps pour 10 de microbes, étaient surévaluées, mais c’est déjà une quantité impressionnante.)

Quand, dans le film, on voit le « Symbiote » lutter avec un hôte potentiel, quand ils se disputent au sujet de la nourriture nécessaire pour leur survie à tous deux, ou que le Symbiote commence à consommer les organes de l’hôte, c’est un peu ce qui se passe au niveau de nos tissus avec, mettons, les staphylocoques dorés qui se nourrissent sur nous, dans nos fosses nasales, par exemple, et qui n’attendent qu’un affaiblissement du système immunitaire pour proliférer, nous envahir et nous digérer.

Oui, bon appétit à vous aussi. Songez à vos bactéries cet hiver : couvrez-vous bien.

Mais il y a une symbiose à un niveau encore plus fondamental, au sein même de chacune des milliers de milliards de cellules de notre corps. Vous avez deviné ? Oui, ce sont des stars dans leur genre : les mitochondries !

Ces petites organelles (les sous-unités de la cellule) apportent l’énergie nécessaire au fonctionnement de chaque cellule de peau, de cœur, de foie… Elles sont présentes chez tous les Eucaryotes, bref les organismes qui ont une cellule complexe : animaux, végétaux, champignons et levures, et même les amibes. Et, caractéristique singulière, elles possèdent leur propre ADN, ce qui a mis les scientifiques sur la voie quant à l’origine de ces mitochondries : selon la théorie énoncée par Lynn Margulis, c’étaient au départ des micro-organismes indépendants qui ont été absorbés par l’ancêtres des Eucaryotes – mais pas digérés. Une étrange fusion s’est opérée en ces temps primordiaux, chez ces ancêtres de nos ancêtres, et les proto-mitochondries ont réussi à se faire leur place au sein des cellules eucaryotes, tout comme le journaliste Eddie Brock dans le film à continué à vivre en tant qu’hôte de l’extraterrestre Venom. Ou bien est-ce l’alien qui est la mitochondrie ?

Peu importe, c’est très sympathique de voir l’un des mécanismes fondamentaux de la vie et de l’évolution mis en scène dans un film grand public. Car, comme disait Darwin lui-même, l’évolution est autant affaire de coopération que de compétition.

Certes, les symbioses de ce genre sont rares dans l’histoire de la vie, mais c’est aussi un aspect que le film reflète bien : tous les extraterrestres ne parviennent pas à établir une « relation » viable avec un être humain. Mais pour ceux qui y parviennent, le résultat est extraordinaire.

Et je ne parle même pas des « fossiles » d’anciennes symbioses présents dans notre ADN : des gènes provenant de virus qui ont jadis infecté nos ancêtres, mais qui ont été conservés parce qu’ils apportaient des avantages. Comme pour permettre au bébé, chez les mammifères, de ne pas être rejeté par l’organisme de la mère : il devait à l’origine servir à un virus à ne pas être attaqué par le système immunitaire !

Et c’est un autre genre de parasitisme et de symbiose. Le film n’explore guère cet aspect, ayant un personnage principal masculin, mais qui sait, lors d’une suite, peut-être…

P. S. J’oubliais de le mentionner, mais ce Venom fonctionne aussi comme une version plus optimiste du classique de l’horreur et de la SF de John Carpenter, The Thing. Le plan d’ouverture est d’ailleurs identique. Tant qu’à emprunter, que ce soit aux meilleurs.

Atelier One Planet : ici, on fabrique notre futur

Photo : deux briques avec l'aspect de la pierre, l'une du granite rouge, l'autre tricolore, avec granite rouge, marbre blanc et quartzite gris-bleu

Carbon Fiber Stone®. Esthétiques, solides, durables, ces briques sont aussi des pièges à CO2. Intéressés ?

L’équation est simple. Il y a plus de gaz carbonique dans l’atmosphère aujourd’hui qu’avant la Révolution industrielle, et chaque jour qui passe augmente cette proportion. Ce dioxide de carbone absorbe les rayons infrarouges, ce qui contribue à retenir dans l’atmosphère terrestre une partie de la chaleur du soleil qui sinon aurait été réexpédiée dans l’espace. Ce qu’on appelle, métaphoriquement, l’effet de serre. Résultat : la planète se réchauffe. Pas de façon uniforme, on l’a bien vu durant les récentes vagues de froid, mais en moyenne, le résultat est net.

Ça chauffe.

C’est déjà un souci en soi : avec des températures moyennes plus élevées, certaines régions du globe risquent de ne plus être habitables en été, tout simplement. Ou alors il faudra y bâtir des installations similaires à celles de l’Antarctique et vivre dans une bulle. Mais ce n’est pas tout : l’atmosphère, les sols et les océans sont une grande machine ou chaque élément est dépendant des autres. La hausse des températures a déjà commencé à faire diminuer les glaces polaires, et celle-ci, à son tour, fait monter le niveau des océans. Plusieurs régions parmi les plus peuplées de la planète sont en danger de submersion : de la Louisiane au Bangladesh et aux îles Vanuatu, en passant par Venise ou la Camargue près de chez nous.

Et attendez, ce n’est pas tout ! Cette énergie thermique piégée dans l’atmosphère provoque des effets en cascade dans des endroits parfois inattendus. Les océans ne font pas que se réchauffer, par exemple, ils deviennent plus acides, ce qui a des effets sur l’écosystème tout entier. La fonte des glaces polaires injecte à son tour de l’eau relativement froide dans le système, ce qui modifie le régime des courants marins et des vents. Les phénomènes de « Moscou-Paris » n’y sont pas étrangers. Au niveau des sols, également, le réchauffement du permafrost dans les régions arctiques risque de conduire à un dégagement massif de clathrate de méthane, qui est aussi un gaz à effet de serre. C’est un cercle vicieux, une boucle de rétroaction positive qui risque de changer la planète de façon à proprement parler catastrophique.

À quel point on est mal ?

Très mal, pour le moment. La trajectoire actuelle nous mène vers +3°C à l’horizon 2050, alors que tous les modèles montrent qu’il faudrait limiter la hausse de température à +2 grand maximum, et de préférence à +1,5. C’était l’engagement de l’Accord de Paris.

Avec la trajectoire actuelle, on tombe dans des scénarios très inquiétants, où le climat de modifie de façon exponentielle, et où la planète devient très, très différente de celle que nous connaissons et sur laquelle est bâtie notre actuelle civilisation.

Alors, comment échapper à ce scénario d’inflation climatique ? Les mesures actuelles en faveur de l’efficacité énergétique et de la « neutralité carbone » (de l’anglais « carbon neutrality », le gaz carbonique se disant carbon dioxide) ne suffiront pas : il y a déjà trop de CO2 dans l’atmosphère, et si on veut être à +1°C en 2050, il faudra passer à la carbon negativity, à une économie non pas neutre mais négative en CO2.

C’est là qu’entre en scène l’Atelier One Planet.

Ils sont trois mousquetaires, Kolja Kuse, l’Allemand, Stephan Savarese, le Français (et résident du 18e), ainsi que Michael Green, l’Américain. Et ils ont une idée.

Comment retirer le gaz carbonique de l’atmosphère ? Il y a un système éprouvé : la photosynthèse. Avec leur chlorophylle, les plantes fixent le CO2 de l’atmosphère et fabriquent avec du tissu végétal. Si on couvrait de forêts toutes les surfaces qui sont actuellement utilisées par l’agriculture, l’industrie ou les villes, on pourrait fixer 50% du CO2 qu’il fait retirer. Vous voyez tout de suite où ça coince.

Et si on fixait ce CO2 à la place dans des matériaux de construction ?

La PME TechnoCarbon (franco-allemande) possède les brevets pour la fabrication d’un matériau innovant, baptisé Carbon Fiber Stone®, obtenu en combinant de la pierre avec des fibres de carbone et une petite quantité de résine époxy. Le résultat est étonnant : légèreté et plasticité de l’aluminium, mais grande résistance à la pression, aux vibrations et à la chaleur. Et, la cerise sur le gâteau, aspect esthétique !

Photo : haut parleur stéréo d'aspect marbre noir

Un haut-parleur en marbre noir ? Non, c’est du Carbon Fiber Stone®

Pour l’instant, Techno-Carbon fabrique ce matériau en petites séries, pour des applications qui tiennent plutôt de la vitrine technologique que de l’application industrielle. Des haut-parleurs, par exemple, des skis ou des caisses de guitare témoignent de la plasticité du CFS® et de son bon comportement en présence de vibrations. Un fabricant italien de tôles métalliques a aussi commandé des gabarits pour vérifier la taille des plaques de métal tout juste sorties du laminoir : la résistance à la chaleur du CFS© en fait une solution idéale. Enfin, il y a des poutrelles, des tuyaux et des briques pouvant servir dans divers projets de construction. La SNCF et la Deutsche Bahn sont déjà intéressées par des traverses de chemin de fer et des dalles soutenant les rails de tramway. Et le groupe de BTP NGE aussi.

Photo : brique composée d'un sandwich de trois pierres différentes, granite rouge, marbre blanc et quartzite gris-bleu

Brique tricolore : les fibres de carbone sont combinées à trois types de pierre différentes

La brique tricolore ci-dessus n’est pas un gadget. Outre qu’elle peut d’ores et déjà servir de serre-livres ou presse-papiers aux couleurs nationales (valable aussi, naturellement, aux Pays-Bas, Royaume-Uni, etc.), elle fait la démonstration qu’un sandwich de CFS® utilisant plusieurs pierres différentes garde les mêmes propriétés vis à vis de la chaleur, de l’humidité, etc. C’est un problème dans la construction : on ne peut associer deux matériaux ayant des propriétés différentes. Le CFS® résout le problème.

Tout cela, c’est bien beau, mais le bilan carbone ? D’où viennent ces fibres et comment sont-elles fabriquées ? Et combien ça coûte ?

C’est là que cela devient vraiment intéressant.

D’abord, il y a l’intérêt de remplacer le béton classique, dont la fabrication est une source très importante de rejets de CO2 aujourd’hui, par un matériau qui, grâce aux fibres de carbone incorporées, fixe ce même CO2 pour longtemps.

Et ce n’est pas tout. On fabrique actuellement ces fibres de carbone à partir d’hydrocarbures, issus de l’extraction (mais évidemment, ce n’est pas le but) ou, mieux, de recyclage : au lieu d’être brûlés comme déchets, des huiles de friture de la restauration sont ainsi transformées en CFS®. On remplace ainsi une émission de CO2 (combustion) par la fixation dans un matériau durable. C’est déjà bien, mais il y a mieux.

Car il existe une filière qui maîtrise la culture d’algues pour produire des hydrocarbures : le bio-kérosène. Hé oui, il y a dans quelques endroits du globe, en Australie, notamment, de grands systèmes de bassins où on cultive des algues microscopiques pour les transformer en carburant pour l’aviation. On recycle ainsi une partie du CO2 émis par le transport aérien.

Or l’un des sous-produits de ce procédé est de la glycérine, qui peut servir à fabriquer les fibres de carbone du CFS® ! On parvient ainsi à retirer de l’atmosphère le CO2 et à la fixer durablement. Si, en plus, on utilise non plus l’électricité comme source d’énergie pour la fabrication de ces fibres, mais directement la chaleur solaire concentrée, le prix de revient des fibres de carbone est divisé par deux. La technologie pour ces fours solaires existe déjà.

Seule contrainte : pour pouvoir produire des algues de façon assez efficace, il faut aller en dessous du 42e parallèle. Idem pour l’utilisation de l’énergie solaire pour leur transformation en fibre de carbone. Mais cela permet de s’associer avec un fabricant de bio-kérosène, qui peut aussi être intéressé par l’utilisation de fours solaires comme source d’énergie propre et à prix compétitif.

Des plans qui mènent loin… Mais où en est-on ?

Aujourd’hui, les produits de TechnoCarbon sont fabriqués dans trois usines différentes, une en Allemagne, une au Canada et une autre aux USA. Leur plan cependant est de regrouper la production sur une usine pilote, si possible dans le nord de Paris (sur le site de l’ancienne usine de Pont-Marcadet) ou à Saint-Denis, pour joindre le social à l’environnemental. Les partenaires et bailleurs de fonds sont pour l’instant l’Union Européenne ainsi que les pays concernés, France et Allemagne, plus des universités (Munich, Aix-la-Chapelle) et des fonds d’investissement. Ainsi que quelques entreprises déjà citées : NGE, Deutsche Bahn…

D’autre part, il faut lancer à grande échelle la production d’algues dans un endroit ensoleillé, où il y a de l’espace et près d’une source d’eau salée. Là, le partenaire tout trouvé est le Fonds vert pour le développement, qui déplore de n’avoir pas assez de projets à ce jour. Le Sénégal aussi est très intéressé : non seulement cela créerait des emplois et valoriserait les ressources naturelles, mais l’eau salée utilisée pour la culture d’algues peut aussi être traitée, toujours grâce à l’énergie solaire, et une fois dessalée servir pour l’irrigation.

D’autres sites peuvent évidemment être concernés : Tunisie, sud de l’Italie ou de l’Espagne, Guyane, pourquoi pas. Mais l’Atelier One Planet cherche là aussi à joindre le développement humain au souci d’efficacité économique et environnemental.

Un jour, j’espère, nous pourrons regarder derrière nous et dire : « Oui, 2018 était le début de la solution – et on y était ! »

J’ai touché les dieux, et cela m’a fait réaliser deux ou trois choses sur le cerveau

Sculpture interactive : sur le bouton

« Choose your god » : Bouddha, Vishnou et les autres

Avez-vous visité l’exposition « Persona, étrangement humain », au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac ? Si non, allez-y vite : elle dure jusqu’au 13 novembre 2016. Et, contrairement à certaines critiques dans la presse, ce n’est pas « terrifiant ».

Mais ça donne à penser. Parmi les nombreux thèmes évoqués, celui de la « vallée de l’étrange » ou uncanny valley. Ce concept proposé par le roboticien japonais Masahiro Mori pourrait être plus précisément traduit par « vallée de l’inquiétante étrangeté ». C’est un phénomène psychologique maintenant bien connu : les réactions des êtres humains devant les robots dépendent étroitement de l’apparence des robots eux-mêmes. Devant un robot industriel, on n’éprouvera pas de sympathie, mais pas non plus de dégoût. Devant une représentation humaine, telle qu’une statue ou une marionnette, la sympathie augmente, ainsi que devant les animaux en peluche ou robotisés… Sauf qu’il y a un point où la courbe s’inverse : un robot essayant trop de nous ressembler déclenche une réaction de peur et de dégoût. On est dans la vallée de l’étrange. Comment en sortir ?

Il semble qu’une piste soit religieuse. Les gens, a fait remarquer Mori, éprouvent des sentiments encore plus positifs devant une statue de Bouddha que devant un être humain en chair et en os. (Du moins au Japon. Il faudrait répliquer l’expérience en Occident, par exemple avec une statue de Jésus.) D’où certaines installations de l’expo Persona.

Sculpture interactive : faire tourner pour changer la tête où le torse

Une foire aux immortels…

La photo ci-dessus, par exemple. Cette installation titrée « Choose your god – Choisissez votre dieu » propose au visiteur de faire exactement cela : grâce aux poignées rouges, tourner les trois plateaux portant les têtes, torses et jambes jusqu’à obtenir la configuration qui vous plaît. Une tête de singe avec un corps de femme et une queue de serpent ? C’est possible !

Mais c’est là que les choses se compliquent. Et que, de la vallée dérangeante, on bifurque vers théologie expérimentale ! Je visitais l’exposition avec une amie, ce dimanche. Il a bien fallu nous y mettre à deux pour faire tourner l’un des plateaux, et ce ne fut pas petite tâche. Était-ce l’effort investi ? En nous redressant enfin pour admirer notre œuvre, nous avons ressenti quelque chose qui ressemblait à de l’affection pour cette étrange collection de statues ! C’était d’autant plus curieux qu’au premier abord, elles nous avaient parues plutôt laides, des figures de carnaval ou de foire en plastique grossier.

Mais nous avions « oeuvré » sur ces statues, nous avions accompagné leur transformation vers un nouveau panthéon. Et soudain, ce n’étaient plus seulement des objets inanimés : elles avaient acquis le statut de « personne ».
Et c’est là que j’ai eu un frisson. « Choisissez votre dieu », certes ! Les religions savent bien que par la participation, on obtient des gens qu’ils adhérent à une doctrine sans qu’ils y prennent garde. Augustin d’Hippone le disait en toutes lettres : que les nouveaux convertis prononcent les prières, qu’ils aillent à la messe, et au bout de quelques temps, à force de pratiquer, ils croiront. Dans un autre contexte, ce n’est probablement pas un hasard si le premier des commandements de l’islam est de dire la profession de foi. La répétition fait le croyant.

Pour le coup, on entre dans un autre type de vallée dérangeante : celle des « amis imaginaires » qui nous veulent du bien. Celle où les apologistes des religions s’avancent masqués, tous bénins : mais non, ils ne veulent pas imposer leur dogme, juste faire mieux connaître leur mode de vie, leurs valeurs, et si seulement on voulait essayer un moment de voir le monde par leurs yeux, si on faisait quelques pas avec eux, l’humanité et la tolérance en seraient grandies…

C’est ainsi qu’une association étudiante propose une « journée hidjab » pour « mieux se comprendre ». (Pas une journée sans hidjab pour que les musulmans comprennent mieux les autres, non, pas question remettre en cause une religion…) C’est ainsi que le Vatican, sachant bien que le Carême pâtit d’une image archaïque et contraignante, suggère de faire un carême partiel, en se privant de télévision, par exemple. La religion, c’est facile comme de mettre le doigt dans l’engrenage !

Je conseille plus que jamais d’aller voir cette exposition intrigante et parfois dérangeante, et de tester ce « Choose your god », pour voir comment l’interaction avec un objet inanimé lui confère une « personnalité » et comment, à force de se couler dans un comportement, l’être humain se fait prendre au piège de la croyance qui le sous-tend.

BOINC, ou comment aider la recherche scientifique avec un téléphone

Ou une tablette. Ou tout autre appareil sous Android. Le principe de la plate-forme BOINC : utiliser les ressources non utilisées d’un ordinateur (quand il est sous économiseur d’écran, par exemple, ou quand un portable est en cours de chargement) pour faire tourner des calculs scientifiques, grâce au principe du calcul distribué. Mathématiques, biologie, recherche médicale, cryptographie, astronomie, étude du climat, j’en passe… Oh, et bien entendu, pas de panique, le programme se charge de tout ! Assigner à votre machine sa portion de calcul à effectuer, gérer finement les ressources employées (en mettant à contribution le processeur, mais aussi le cas échéant la puce graphique, pendant que les autres programmes ne les exploitent pas trop), puis envoyer les résultats au serveur, d’où ils s’intégreront à un projet de recherche.

Logo du BOINCManager pour Android (licence GNU)

Logo du BOINCManager pour Android (licence GNU)

C’était déjà possible sur un ordinateur personnel sous Windows, Mac OS ou GNU/Linux, divers Unix et dérivés, et même sur certaines consoles de jeu, mais désormais, les terminaux portables sous Android ont aussi leur version du BOINC Manager, disponible gratuitement sur Google Play. Le programme et sa page d’accueil de téléchargement sont en anglais, mais pas d’un niveau bien difficile. Et on apprécie que les autorisations demandées pour l’installation du programme soient minimales.

C’est bien entendu un logiciel libre et open source. Et le programme reste léger en termes d’occupation de la mémoire et des ressources de l’appareil. Il marche parfaitement sur mon petit Androphone Wiko Cink Slim, millésime 2012, par exemple. Après l’installation, il suffit de quelques minutes pour parcourir les projets disponibles pour Android et s’y inscrire, puis vogue la galère ! J’ai coché World Community Grid (recherche contre le Sida, les maladies tropicales, etc.) et Asteroids@Home (pour mieux connaître ces astéroïdes qui grouillent dans notre système solaire, et pourraient bien un jour faire de gros dégâts sur Terre)…

Juste un petit bémol toutefois : le projet préféré des geeks, SETI@Home, n’est pas encore compatible Android. Ah, là là, qu’attendent-ils ? 😉

Oscillokézaco : quand Google me demande des trucs bizarres…

J’ai testé pour vous… le virus qui cause ces satanées angines un peu partout en région parisienne ; et je peux confirmer : c’est une belle saleté. Deux jours que je n’ai plus de voix… Grrr. Et ne me parlez pas des médicaments dé-remboursés !

Illustration médicale : anatomie de la bouche

Anatomie de la bouche, par Duncan Kenneth Winter (Otis Archives, sur Flickr, Creative Commons)

Et cela n’aide pas quand Google me considère comme la destination de requêtes un peu à l’ouest. Tiens, par exemple : « occilococcilum homéopatie » [sic].

Kézaco ? C’est l’une des requêtes (à l’orthographe approximative) qui a fait aboutir sur mon blogue, et c’est aussi un microbe imaginaire qui a survécu (dans la tête des homéopathes) à l’échec de l’hypothèse de départ de son « découvreur », mais au nom duquel on tue chaque année un certain nombre de canards de Barbarie pour confectionner un succédané de médicament. Le tout vendu par une entreprise qui n’aime pas, mais alors pas du tout, les critiques…

Bref, on ne se porte pas plus mal en s’en passant. Ne gaspillez pas vos sous.

Valse d’étiquettes dans les pseudo-médecines

Que faire si des essais cliniques mettent en évidence que la pratique de l’acupuncture traditionnelle n’est pas plus efficace qu’un placebo par acupuncture simulée (par exemple, le fait de piquer légèrement la peau avec un cure-dents ou d’utiliser des aiguilles rétractiles)? Que faire si, tests à l’appui, aucune trace des méridiens ni du Qi n’est trouvé, si le placement exact des aiguilles sur le corps n’a pas d’importance pour le soulagement (subjectif) annoncé par les patients, et si même il n’est pas besoin de percer réellement la peau pour observer le même effet?

En bref, comment la profession d’acupuncteur peut-elle s’en relever?

Photo: acupuncture (Wikimedia Commons)

Heh. Facile. Il suffit de baptiser des choses qui marchent « acupuncture », ou quelque mot dérivé, et le tour est joué!

Le simple fait d’appuyer sur la peau marche? Vous avez l’acupressure, en pressant avec les doigts ou un objet sur les « points d’acupuncture ».

La neurostimulation électrique transcutanée (TENS) est utilisée par les médecins et kinés pour soulager la douleur? Elle consiste à appliquer un courant électrique sur la peau grâce à des électrodes, pour stimuler directement les terminaisons nerveuses? Prenez une aiguille (ou autre appareil de même forme), reliez-la à un générateur de courant, et voici l’acupuncture électrique! (Garantie non traditionnelle et non chinoise, mais on évitera de le dire.)

Enfin, si rien d’autre ne soulage la douleur que des analgésiques chimiques, on les introduira sous la peau grâce à une aiguille et on appellera cela de la PaP acupuncture et non plus de l’anesthésie locale! (PaP désignant une enzyme, la prostatic acid phosphatase, qui peut avoir un effet anti-douleur plus durable que celui de la morphine.)

On ne sera pas étonné qu’il y ait des gens pour considérer tout cela comme peu conforme à l’éthique, voire carrément malhonnête… On les comprend. En son temps, pourtant, Confucius ne disait-il pas déjà qu’il était crucial « d’utiliser les dénominations correctes » pour agir droit?

Certains de ses disciples ont dû prendre le conseil à l’envers: pour changer la réalité, changez les noms!

Faites vous-même votre système solaire

Juste sur Internet, pour le moment, hein! Je n’ai pas encore les pouvoirs d’un Francis Sandow (ahem… fin de la parenthèse geekesque)… Mais je peux toujours utiliser le Solar System Builder, sur le site de la chaîne NGC.

(Source: Knowtex, via un tweet de Nicolas Loubet.)

C’est un gadget sympathique si on est fan d’astronomie et qu’on veut se faire une petite animation du système solaire… Ou bien pour les besoins de la science-fiction, ou d’un jeu de rôle, qui sait?

Le mode d’emploi est simple: on vous donne une étoile. Vous ajoutez les planètes. Modifiez les options de taille et type desdits objets célestes si vous voulez.  Réglez un peu la distance à l’étoile et la vitesse de départ (plus la flèche est courte, plus l’objet est lent) en tirant avec la souris. Lancez la simulation, et observez le ballet majestueux des planètes autour de l’étoile… ou le choc et la consternation si un astéroïde mal placé vient percuter une de vos planètes! Bonus si elle est éjectée de son orbite par l’impact et tombe sur l’étoile avec une explosion plus spectaculaire encore.

Ah, la cosmologie, spectacle plein de bruit (1) lumière et de fureur…

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(1) Dans l’espace, on ne vous entend pas exploser.