Archives de Tag: géopolitique

Les émeutes au Royaume-Uni ne font pas de peine à tout le monde

C’est par exemple bien pratique pour les racistes de service, trop heureux de tourner la page du malaise Breivik et de revenir à leur fixette habituelle: blâmer « les noirs et les musulmans »!

(Noter au passage le vocabulaire. Utiliser « les musulmans » comme catégorie ethnique – raciale, même – c’est tout droit sorti de l’époque de la colonisation – en Algérie, par exemple. Certains ont le cerveau bloqué dans un passé qui, décidément, ne passe pas…)

Pendant ce temps, aux USA, on sent que certains ne sont pas fâchés d’avoir un autre sujet que leurs propres turpitudes budgétaires à étaler à la une de Time

Et pourtant, le temps n’est plus exactement à l’hyper-puissance. Mais cela n’empêche pas la poêle de se moquer du poêlon.

Ces autres «11 septembre» qui ont marqué l’histoire

Oui, bien sûr, c’est aujourd’hui qu’on commémore (?) l’attentat meurtrier sur New York. Ou du moins, on honore la mémoire des victimes, et on se lamente sur les répercussions que cela eut dans le monde. C’est aussi le jour où l’on peut s’employer à décrasser la cervelle aux conspirationnistes. Non mais.

Mais il y a d’autres «11 septembre».

Celui de 1973, au Chili, vous vous souvenez? (Moi pas, remarquez. J’avais quatre ans, et j’entrais en maternelle. Mais passons.) La mort d’Allende, la fin d’une expérience démocratique et sociale et le début d’une sinistre dictature — qui eut l’intéressante distinction d’être courtisée aussi bien par Margaret Thatcher que par Mère Térésa: ah, les «étranges compagnons de lit» qu’engendre la politique…

Et puis, comme le rappelle plaisamment Guy Birenbaum, il y a le 11 septembre 1962, quand les Beatles, qui n’étaient pas encore les Fab Four, ont finalisé leur premier single!

Ah, là, au moins, on a un événement immortel, m’sieurs-dames.

La danse de l’atome, 1945-1998

La vidéo ci-dessous a fait le tour des blogues de la planète, de Pink Tentacle à Boing Boing ou, chez nous, Ecrans et SuchaBlog. Et bien sûr, on peut la voir sur YouTube et DailyMotion.

C’est une carte animée des explosions nucléaires recensées de par le globe au XXe siècle, de 1945 à 1998, réalisée par l’artiste japonais Isao Hashimoto. Pas moins de 2053 détonations, depuis les essais d’Alamogordo et les bombes de Hiroshima et Nagasaki, jusqu’aux derniers essais de l’Inde et du Pakistan. Près de 40 par an.

Il ne manque que les deux essais de la Corée du Nord en 2006 et 2009. Sinon, toute l’histoire de l’atome militaire au XXe siècle est là, du projet Manhattan au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) de 1996.

Le nombre total figure en bas de l’écran à droite, la date en haut à droite (numéro du mois, puis année), et le drapeau du pays apparaît dans la marge du haut ou du bas avec le nombre de détonations provoquées par ce pays. Les explosions s’allument une à une, puis s’éteignent, accompagnées d’effets sonores, comme un étrange ballet moderne, un son et lumière géopolitique… L’effet total est fascinant. Littéralement.

Deux choses qui me frappent:

  • Les États-unis et l’URSS ont passé l’essentiel de la Guerre froide à nucléariser leur propre territoire. La Chine, l’Inde et le Pakistan ont aussi fait sauter leurs bombes chez eux. Le Royaume-Uni et la France ont trouvé le moyen d’effectuer leurs essais hors de leur territoire métropolitain: la France en Algérie, puis dans le Pacifique; le Royaume-Uni, en Australie, dans le Pacifique et même – relations «privilégiées» obligent – aux États-Unis!
  • La France, relativement tard venue, s’est très, très vite rattrapée. Elle a aussi été l’une des dernières à arrêter.

Voilà, c’était mon billet pour le 6 août, anniversaire du lancement de la première bombe atomique à Hiroshima, il y a 65 ans.

Wikileaks en Afghanistan: quand la Grande Muette l’ouvre…

Enfin, l’entrouvre, par Web interposé. On appelle déjà ça la plus grande fuite de renseignements militaires de l’histoire.

La dernière affaire Wikileaks met à nu le quotidien peu glorieux de cette guerre que l’on fait en notre nom. Cafouillages meurtriers, «tirs amis» et «dégâts collatéraux» (c’est-à-dire victimes civiles – ah, ces euphémismes!) en tous genres, trouble jeu de l’allié pakistanais, tiraillements dans les pratiques et les objectifs des différents membres de la coalition (les USA n’étant pas vraiment sur la longueur d’onde que les autres), confusions dans les buts de guerre: lutte contre le terrorisme? L’opium? Pour les droits de l’homme? Ou juste établissement d’un régime local complaisant…

Le linge sale est étalé au grand jour. Difficile de ne pas rapprocher ça de l’affaire du général McCrystal et de ses confessions au kärcher à des journalistes de Rolling Stone.

La faute du général (aussitôt limogé) avait bien sûr été de déblatérer publiquement sur le compte de son commandant en chef, Obama. Pas très professionnel, pour un officier. Mais ce faisant, il en révélait long sur l’état d’esprit des troupes sur le terrain. Si les militaires engagés en Afghanistan, y compris au sommet de l’État-major, pensent qu’ils sont en train de perdre la guerre, et qu’ils ont l’impression de ne pas être entendus par les autorités civiles qu’ils sont censés servir, que leur reste-t-il pour faire passer le message?

Faire fuiter des documents bruts de décoffrage sur un site internet du genre Wikileaks, par exemple…

Ce qui prouve encore une fois qu’on peut mener un âne à la rivière, mais pas le forcer à avoir soif. Aujourd’hui, les bêtes de somme en treillis en ont manifestement gros en travers de la gorge.