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« Dédiaboliser » l’extrême-droite… pour quoi faire, au juste?

Attention, billet pas content, plein de politique et d’ironie inside. Vous serez prévenus.

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Il vient de certains blogs et de certains éditoriaux une drôle de petite musique susurrant que non, décidément, ce n’est pas une bonne idée de condamner purement et simplement la fachosphère, le FN et autres sinistres…

« Diaboliser » (leur terme; admirons l’orientation préalable du débat au moyen du vocabulaire) ne serait pas productif, parait-il (et les anti-racistes seraient les pires ennemis de la lutte contre le racisme… ahem). Air connu. Mais en attendant, à force de décrypter savamment, d’expliquer par la psycho-politique, de chercher à « comprendre », on glisse gentiment dans ce qu’il faut bien appeler de la complaisance. Oups?

Il y a quelques jours, c’était un article du Monde qui tartinait sur les « dandys » de la fachosphère, sans arriver à se déprendre d’une assez pitoyable fascination admirative.

Rebelote: voici que son confrère tout en ligne, Slate, ne trouve rien de mieux à faire que de suggérer que finalement, Fdesouche.com, ce n’est pas si horrible que ça; qu’en fait on peut les admirer (?) de faire du « journalisme de liens » [sic] et se rasséréner en songeant qu’ils offrent « juste » un exutoire à des « petits blancs de banlieue » qui se ressentent comme « en souffrance » – mais même notre webzine ne va pas jusqu’à assurer qu’il n’y en aurait jamais aucun, dans le nombre, pour réagir comme un psychopathe et prendre un fusil d’assaut, à l’émulation de Breivik…

Et pourtant. Et pourtant, pas un de ces donneurs de leçons pour prendre la peine de rappeler que si les « petits blancs de banlieue » qui cherchent juste une « catharsis » sur Fdesouche se sentent « dominés », ça n’a rien à voir avec la couleur de leur peau

Il faudrait leur apprendre qu’il y a une chose appelée le système capitaliste, qui produit par son fonctionnement normal même ce genre de domination de classe.

Oh, mais alors, vous serez catalogué « gauchiste ». Horreur, malheur! Et c’est ainsi que le hold-up mental sur les classes populaires (pour parler comme une sociologue) se poursuit, avec la complicité objective (mais pas forcément toujours involontaire?) de divers éditorialistes.

Bref, pour parler poliment, bonjour le foutage de gueule.

Arnaud Montebourg, la télé Bouygues et la réplique qui tue

Que peut répondre Nonce Paolini, le patron de Télé-Sarko-Bouygues… heu, pardon, TF1 – à la lettre cinglante (mais pas fausse) que lui avait adressé le député Arnaud Montebourg? Bah, heu

Tweeté par Paul Larrouturou:

Heureusement que le ridicule, lui, ne tue pas. Sinon on ramasserait souvent des cadavres dans les couloirs de TF1.

Le plus beau, évidemment, c’est que le brave Paolini devait penser tenir là un argument massue. Si on considère le reste de sa lettre, en effet, on est pris de vertige devant tant de vide béant.

Ses arguments principaux? Que Montebourg «se trompe» (ça ne mange pas de pain); ou que ses propos «révèlent (…) un retour à une culture d’État de sinistre mémoire», ce qui commence à être un peu usé, comme ficelle (NB: C’est moi qui souligne. M. Paolini semble confondre les députés, élus du peuple, avec l’appareil d’État, c’est-à-dire l’exécutif. Si c’est un lapsus, il est révélateur de tout un état d’esprit sarkozyste…)

Ho, hum. Sinistre mémoire? Laquelle, au juste? Du temps de l’ORTF? Car inutile, j’espère, de prétendre encore qu’il s’agit d’une référence aux années 30, l’antienne préférée des sarkozystes: en ce temps-là, c’était plutôt la presse d’extrême-droite qui harcelait impitoyablement les députés, pas le contraire!

Et comme tout cela reste quand même un peu léger, le cher Nonce finit par appeler les pièces jaunes à la rescousse! Mais oui, vous avez bien lu: la preuve que TF1 ne pense pas qu’au fric, c’est (sans rire), les bonnes œuvres! À nation de propriétaires, télé de publicrates et de dames patronnesses: au fond, c’est logique…