Archives de Tag: xénophobie

En passant

L’historienne Annette Wieviorka, connue pour ses travaux sur Auschwitz et le nazisme, dans un entretien à Rue89: La différence tiendrait au fait que l’élite politique s’en empare davantage aujourd’hui? Certainement. Une certaine élite formule davantage ce contenu xénophobe. Par exemple … Lire la suite

Pour regarder en face les ombres

Deux jours avant les rassemblements prévus le 4 septembre 2010 à l’appel des associations de défense des droits de l’homme, à l’occasion du 140e anniversaire de la République… Je ne peux que reproduire le texte envoyé par l’écrivain Patrick Chamoiseau pour soutenir ce mouvement de protestation contre les dérives xénophobes du gouvernement français:

(Existe aussi en haute définition: cliquer ici.)

Source: Microcassandre.

À reproduire et diffuser largement.

Quel est le point commun entre islamistes et xénophobes?

Les deux groupes ont l’esprit étroit, ils sont généralement fanatiques et intolérants… Mais encore?

Pour ma part, je pense que cela va plus loin et que les xénophobes, racistes et autres réacs «identitaires» ont une vision du monde binaire, du type bien-contre-mal, qui fonctionne de façon similaire à celle des fanatiques religieux. La seule différence est dans la façon dont ils découpent l’humanité en «bons» et «méchants».

C’est une question qui m’a traversé l’esprit en lisant certains commentaires sous le billet de Romain Blachier: «Chrétiens du Pakistan: Ne les laissons pas tuer en silence!»

À l’occasion des inondations catastrophiques qui endeuillent le pays (au passage, il n’est pas interdit de donner ici ou ici ou encore ici pour contribuer à l’aide d’urgence), le blogueur de Lyonnitude(s) se penche sur le sort de la minorité chrétienne du Pakistan, particulièrement peu enviable. L’influence des islamistes pèse lourd là-bas, aussi bien dans la vie quotidienne que sur les institutions.

Sachant que ce pays a été créé pour donner aux musulmans de l’ancienne Inde britannique leur propre État, suite aux émeutes entre hindous et musulmans lors de l’indépendance en 1947, il n’est malheureusement pas étonnant que les membres des minorités religieuses locales (chrétien, hindous, bouddhistes…) soient souvent traités comme des citoyens de seconde zone. Et il ne s’agit pas seulement de violences populaires, comme lorsque des chrétiens ou hindous sont pris à partie par une foule qui cherche des boucs émissaires.

Pire, certaines lois, notamment celle sur le blasphème (qui date de l’époque coloniale, mais que l’ancien président Zia Ul-Haq a durcie à l’instigation des islamistes intégristes) censées protéger l’exercice du culte sont en fait utilisées pour justifier les persécutions à l’égard des non-musulmans, accusés par exemple de profaner le Coran, ou d’empêcher un membre de leur famille de se convertir à l’islam… Et dans ces circonstances, la police se range souvent aux côtés des agresseurs, en toute impunité.

(Il est à noter que les musulmans non fondamentalistes ne restent pas tous muets devant cette injustice. Le mois dernier, le directeur d’un centre d’étude musulman de Bombay a condamné les violences pakistanaises et les religieux qui les encourageaient. Le même avait aussi appelé à supprimer les lois anti-blasphème.)

Bref, une état de faits pour le moins préoccupante! D’autant que s’il faut compter sur la pression des pays occidentaux pour changer la donne… Le Parlement européen de Strasbourg a bien appelé le Pakistan à «revoir en profondeur» une loi qui suscitait autant d’abus; mais tant que ce pays sera notre allié, et surtout celui des États-Unis, dans la guerre en Afghanistan et contre Al-Qaida, je crains que les autorités pakistanaises resteront en possession d’une clef importante de la situation.

Bref. Romain a publié ce billet, et j’ai été parmi ceux et celles à le répercuter sur Twitter.

J’ai aussi laissé un commentaire pour rappeler que certains groupes de pression (ahem – des fondamentalistes chrétiens américains, comme par hasard…) ne reculent pas devant l’instrumentalisation de ces drames, quitte à en rajouter en inventant de toutes pièces certains crimes anti-chrétiens. On aurait pu croire les choses assez terribles sans en rajouter, non?

Mais c’est là qu’on voit pointer une constante de l’esprit fanatique: il faut que le monde soit ou tout blanc, ou tout noir.

C’est pourquoi le commentaire laissé sous l’article de Lyonnitude(s) par Didier Goux, réac bien connu des blogues francophones, est… prévisible. Et, au fond, du même tonneau.

Songeons-y: un blogueur qui se définit comme social-démocrate publie un billet sur les méfaits de l’islamisme? Voilà qui risque d’être dur à admettre pour cet amateur d’identité nationale et grand pourfendeur du prétendu «angélisme» de gauche! Seule solution: sauter sur mon rappel de la complexité des faits, en prétendant que: 1) je m’aveugle sur l’islam; et 2) il n’y a pas de musulmans modérés.

Que le deuxième point soit faux, il suffit de revenir en arrière de quelques paragraphes pour trouver un exemple du contraire (que j’ai d’ailleurs trouvé sur un site d’informations catholiques).

Pour le premier point… Bah! Je renvoie à l’ensemble du présent billet. Ou à quelques minutes de navigation dans la catégorie «islam» de mon blogue.

Mais au fond, là n’est pas la question. Ce que M. Goux ou un autre raciste pense de mon cas, c’est plus qu’un peu académique. Par contre, je trouve intéressante son incapacité à voir des nuances lorsqu’il s’agit de l’islam, voire plus largement du monde non-occidental.

C’est là qu’intervient cette vision du monde binaire, bons contre méchants, dont je parlais au début.

Tout comme les intégristes musulmans du Pakistan et d’ailleurs, qui divisent l’humanité entre «bons musulmans» (selon leur définition, évidemment…), du côté positif, et «infidèles et leurs alliés», du côté négatif, les identitaristes à la Didier Goux ne conçoivent le monde qu’entre nous (les «gens normaux», blancs, de préférence français et plus ou moins chrétiens) – pour lesquels des nuances sont possibles, puisque c’est la norme, la référence de l’humanité – et eux (les «étranges étrangers», surtout musulmans et basanés), au sujet desquels on peut tout croire, y compris et surtout le pire, puisqu’ils ne sont «pas comme nous».

Il est intéressant, par exemple, que ce monsieur réagisse quand on parle des violences islamistes envers les chrétiens du Pakistan, mais pas quand des hindous fanatiques en font autant en Inde (attaquant les chrétiens, mais aussi les musulmans et les sikhs), ou des bouddhistes extrémistes au Sri Lanka. Quant aux persécutions religieuses contre les athées… Connais pas.

À croire que le sort des minorités autres que chrétiennes ne le concerne guère, ni les persécutions perpétrées par d’autres que des musulmans?

Voir le monde à travers la grille du «choc des civilisations», à la longue, ça déforme aussi la pensée.

Contre-modèle de gauche? Et si on repartait des bases…

Dommage que même des gens intelligents en viennent à opposer l’affaire Woerth et «l’insécurité» comme choses qui préoccupent les Français. Comme si c’était légitime. Les chiffres presque soviétiques d’un sondage de la Pravda, pardon, du Figaro, «veulent dire quelque chose», paraît-il. Et la gauche (qui, il faut l’avouer, réagit en désordre et donne l’impression d’être assez larguée) se voit reprocher de se voiler la face, d’avoir échoué, etc.

Quelques petits rappels:

1) La gauche n’est plus au pouvoir depuis 2002… Huit ans de gouvernement UMP et le sentiment d’insécurité est toujours plus fort? J’en connais qui devraient balayer devant leur porte.

2) Pendant ce temps, et ce d’après les propres chiffres de la police, les crimes de sang et les vols sont en diminution depuis plusieurs années en France. Et les auteurs des crimes les plus graves sont le plus souvent (combien de fois faudra-t-il le dire?) des proches des victimes. On est plus souvent assassiné(e), battu(e) ou violé(e) par un conjoint, un parent, un collègue, un voisin. (Et  les jeunes sont bien plus souvent victimes de violence que les vieux.) Mais la société dans son ensemble se civilise, se pacifie, n’en déplaise à ceux qui, au plus haut sommet de l’État, trouvent opportun d’attiser le catastrophisme. Peut-être est-ce justement pour cela que les crimes restants deviennent de plus en plus intolérables?

3) Les sondages ne sont pas un simple thermomètre de l’opinion, mais des outils pour la manipuler. Tout le monde le sait, mais trop de gens font comme si de rien n’était. Demander «Êtes-vous favorable au démantèlement des camps illégaux de Roms» et pas «Êtes-vous favorable à une sanction des préfets qui n’appliquent pas la loi du 5 juillet 2000 sur la construction des aires d’accueil», ce n’est pas neutre.

4) Pour revenir à l’étrange opposition de «l’insécurité» aux affaires Worth, Bettencourt, César, etc., sans parler de celle de Karachi: dire que les gens se préoccupent moins de la crapulerie d’État que de celle des voleurs à la tire, n’est-ce pas aussi reconnaître la tendance des citoyens lambda à baisser les bras devant une délinquance qui les dépasse, parce que ses auteurs sont trop haut placés pour la justice ordinaire? Et que faire des règles différentes pour des catégories de citoyens différentes – gens du voyages, Français d’origine étrangère – procède du même principe anti-démocratique et anti-républicain d’inégalité devant la loi que l’impunité dont bénéficient les ministres et les milliardaires.

5) La première des insécurités en France aujourd’hui, qui se double d’ailleurs d’une bonne dose d’inégalité, c’est l’insécurité économique. Je n’ai plus trop le courage ces jours-ci d’écouter les journaux de France Inter, mais heureusement que certains sur Twitter le font et rapportent des horreurs de ce genre:

@Vogelsong: Entendu sur #f_inter « 250 000 emplois détruits, mais bonne nouvelle l’interim se redresse » [5 août 2010, 19h10]

Voilà, quelques petites données de base sur la France de 2010 que la gauche ferait bien de reprendre à son compte. Ou à tout le moins d’essayer.

L’égalité de tous les citoyens devant la loi (un principe clef de la démocratie et de l’État de droit, que même le New York Times rappelle aujourd’hui à l’occupant de l’Élysée) et la responsabilité individuelle au lieu de la condamnation en vrac de catégories sociales ou ethniques en guise de boucs émissaires: voilà sur quoi les opposants à la politique racialiste et xénophobe du gouvernement devraient s’appuyer, s’ils veulent vraiment sortir de cette tendance fachistipète…

En attendant, on peut se préparer pour le rassemblement du 4 septembre 2010 contre la politique du pilori, au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Cela se passe à 14h à Paris et dans d’autres villes de France, place de la République – cette République qui est la nôtre depuis un certain 4 septembre 1870, avec pour seule interruption celle du régime de Vichy. Tout un symbole.