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Pendant ce temps je continuerai à jouer

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Un peu de lumière

C’est une histoire toute simple, mais qui résume bien l’état d’esprit nécessaire en ces temps troublés. Je l’ai rencontrée pour la première fois dans un livre de catéchisme. Je devais avoir neuf ans et ces textes me paraissaient bizarres, occupés de choses que je ne connaissais guère. Chanter à l’église, ou apprendre la vie de Jésus, oui, cela pouvait entraîner l’imagination. Mais les leçons de morale un peu ésotériques de ces livres vieillots (c’était dans une école privée assez spartiate) me passaient par-dessus la tête.

Sauf celle-ci. L’histoire m’avait touchée, sur le moment, sans que je comprenne vraiment. Et puis je l’ai rencontrée à nouveau dans un livre d’histoire, des années plus tard… Mais c’est aussi une leçon de vie à méditer dans une optique laïque.

L’incident met en scène le futur saint Louis de Gonzague, alors âgé de 12 ou 13 ans. Il jouait au ballon avec des camarades de son âge, tous catholiques et pieux comme on était tenu de l’être à son époque, dans son milieu. Et voilà que l’un d’eux interroge : « Si on vous disait que le Jugement Dernier arrivait demain, que feriez-vous ? »

Je dirais mes prières, dit l’un.

Je me réconcilierait avec ceux avec qui je suis fâché, répond l’autre.

J’irais me confesser. Je donnerais mon argent aux pauvres. Ainsi de suite.

« Et toi, Louis, demande-t-on au jeune Gonzague, qui n’avait pas encore parlé, que ferais-tu ? »

« Moi ? Mais je continuerais à jouer au ballon, tout simplement. »

L’impolitesse du désespoir

« Des suites d’une longue maladie »: l’euphémisme n’est guère employé pour un déprimé qui se suicide, mais pourtant ce serait juste. Il y a aussi ceux qui s’en sortent, définitivement ou seulement pour un temps. Dans tous les cas, il peut s’avérer utile, indispensable, urgent – thérapeutique – carrément effrayant… courageux en tout cas de témoigner.

Mais c’est le chemin choisi par Laurent Gidon, un auteur qui avait publié chez le regretté Navire le roman Aria des Brumes, et qui a depuis récidivé avec d’autres titres chez Mnémos et Griffe d’encre.

N’allez pas imaginer. Laurent est bien vivant.

C’est le texte qu’il a entrepris de publier, L’Abri des regards, qui risque de flanquer un vieux coup à l’estomac. Roman? Témoignage? Les deux? Un texte en tout cas non pas tant sur la dépression qu’écrit pendant un épisode dépressif majeur, alors que l’auteur commençait à plonger dans un univers d’où son propre père, après des années, n’était sorti que par un suicide.

Parlez de choses qui changent une vie…

Je ne vais pas m’étendre. Lisez plutôt L’Abri des regards. Une publication par épisode, au rythme de quatre pages de manuscrit par jour, et qui devrait s’achever le 10 octobre.

Un dernier mot?

« Ce n’est pas l’auteur qu’il faut chercher là-dedans, mais le bonhomme, qui pourrait être vous ; sa voix, qui pourrait être la vôtre. »

Il y a même une page, « Contributions », pour recueillir d’autres témoignages.

Et pourtant… Et pourtant, derrière la modestie, derrière la pudeur (paradoxalement) avec laquelle l’auteur s’exprime, c’est indiscutablement à une œuvre qu’on a affaire ici. Un texte. Incontournable et singulier.