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Alertez les auteurs : vos indisponibles ne le sont pas pour tout le monde ! #ReLIRE

Petit message que font passer en ce moment plusieurs auteurs et petits éditeurs (Jean-Claude Dunyach sur les forums de science-fiction et fantasy, François Bon sur son blog), et qui mérite d’être répété : toute personne qui publie ou a publié au moins un livre diffusé sur le marché français a intérêt à faire au plus vite un petit tour du côté du Registre des Livres Indisponibles en Réédition Électronique (ReLIRE) de la BNF et vérifier si ses œuvres y figurent…

Si c’est le cas, congratulations : vous avez 6 mois (c’est la loi) pour vous opposer à « l’entrée en gestion collective agréée », c’est-à-dire pour éviter de perdre votre droit à rééditer (ou non) ces œuvres en numérique et à les gérer vous-même, ou à confier ce droit à l’éditeur de votre choix.

Et encore, bien heureux si le registre ne contient pas vos titres à tort ! Bien que cette loi ne concerne, en principe, que les livres publiés en France entre le 01/01/1901 et le 21/12/2000 qui sont toujours sous droit d’auteur et qui ne sont pas actuellement publiés, ni sur papier ni sous forme numérique, la liste des couacs recensés est impressionnante : titres publiés en langue française chez un éditeur étranger (par exemple québécois) mais recensés parce que le livre était disponible en France ; titres épuisés dans l’édition d’origine mais republiés sous forme électronique ou même papier par l’auteur lui-même, ou par un éditeur artisanal comme Publie.net ; éditions postérieures au XXe siècle, comme certains titres de feu mon éditeur, le Navire en pleine ville

Heureusement pour moi, toutefois,  L’Héritier du Tigre a échappé (pour le moment ?) aux griffes maladroites de ReLIRE : je ne le trouve pas dans le registre, ni en cherchant par nom, ni par titre, ni par éditeur. Capture d’écran à l’appui :

Capture d'écran : registre des indisponibles de la BNF (ReLIRE)

NB : recherche faite, je ne trouve pas mon livre, ce qui est normal (capture d’écran du 24/03/2013). Au moins la loi ici est respectée.

Non mais c’est vrai, quoi.

Vu que ce titre est paru pour la première fois en 2006, chez le Navire en pleine ville, et qu’en 2011, après la disparition d’icelui, j’ai mis le roman en diffusion numérique ici même, sur ce blog. Robots fureteurs de la BNF, archiveurs numériques, sociétés de gestion collectives : prenez-en bonne note !

(Dommage quand même que l’État, via la Bibliothèque nationale, ainsi que les sociétés de gestion, laissent aux auteurs et aux éditeurs la tâche de vérifier l’exactitude du registre. Pas comme s’ils n’avaient que ça à faire, hein… Et tiens, au fait, où sont les Gallimard et consorts qui pleuraient quand c’était Google qui voulait imposer le système de l’opt-out ? Hmm ? Je crains que la conclusion qu’en tireront beaucoup d’auteurs, à l’avenir, est que le système français classique, où un auteur confie à un éditeur la gestion de tous ses droits, est obsolète, et que pour trouver un partenaire qui s’occupe de leurs intérêts, c’est vers les agents littéraires qu’il faudra se tourner… Encore faut-il en avoir les moyens, bien sûr.)

Mille Saisons réédite ma nouvelle «Cause perdue» — en numérique

Bonne nouvelle (sans jeu de mots) pour les amateurs francophones de fantasy et de lectures numériques: depuis le 1er septembre, les éditions Mille Saisons proposent des nouvelles à télécharger au format PDF, sans DRM et au prix unitaire de 2,00 € désormais 1,00 €.

Et parmi celles-ci, ma nouvelle de 2007, «Cause perdue», précédemment publiée dans l’anthologie Solstice 1: Facettes d’Imaginaire, aux mêmes éditions Mille Saisons, dont les 200 exemplaires imprimés sont désormais épuisés. Si vous l’aviez manqué, c’est l’occasion de réparer ça! Il y a sept titres réédités parmi les nouvelles qui composaient de cette anthologie.

Mieux: jusqu’au 15 septembre, Mille Saisons a décidé d’offrir l’une de ces nouvelles gratis, au choix, à toute personne qui achèterait un livre auprès de leur boutique en ligne.

Je me suis laissée dire que c’était là une expérience, histoire de tester l’appétit du public pour ce genre de produit… À suivre, donc.

P.S. Je réponds en commentaire à Béranger, qui fait remarquer que cette «Cause perdue», comme plusieurs de mes nouvelles, est disponible gratuitement sur Feedbooks. Juste. Je n’y pensais plus, et il a raison de le rappeler. Mais que cela n’empêche pas, si on a aimé ces nouvelles, de manifester l’approbation en mettant quelques sous dans l’escarcelle de l’auteure et de l’éditeur… 😉

P.P.S. Et selon l’éditrice (cf. commentaire du 12/09/10), l’opération «une nouvelle gratuite pour un roman acheté» pourrait se prolonger. Excellente idée.

Science-fiction et livres numériques: e-Bélial’, c’est parti!

Un petit mot rapide pour signaler que le lancement de e-Bélial’, la boutique en ligne – oh, pardon, plate-forme numérique – des éditions du Bélial’, c’était aujourd’hui, 1er septembre!

Au catalogue, des titres de Joëlle Wintrebert, Jean-Pierre Andrevon, Claude Ecken, Thomas Day, Xavier Mauméjan, Ugo Bellagamba et Roland C. Wagner. Les prix vont de zéro (pour tester) à 10 € (pour un roman/recueil de nouvelles), et il y a la possibilité d’acheter juste une ou deux nouvelles et non tout le recueil.

Question format, c’est plutôt sympathique: on peut choisir entre epub (à mettre dans les liseuses et smartphones) et PDF, pour imprimer ou lire sur ordinateur.

Enfin, ce qui ne gâte rien: pas le moindre petit bout de DRM!

Alors, soit, il n’y a pour l’instant que peu de titres, mais si le succès est au rendez-vous, on peut espérer là une jolie webrairie francophone spécialisée dans l’imaginaire.

P.S. Évidemment, tout le monde n’est pas du même avis. Pour un point de vue critique, lire «Quelque chose comme une lettre ouverte…», par Ayerdhal. (Signalé par @cgenin.)

Les éditeurs français et le prix des livres numériques

Donc, les ventes de livres numériques ont dépassé celles de livres en grand format chez Amazon.com, aux USA. Et les éditeurs français, dans tout ça?

Il faut évidemment comparer ce qui est comparable. Le marché du livre en langue française est beaucoup plus petit qu’en langue anglaise; et les achats de livres en anglais par les gens qui lisent l’anglais sans l’avoir comme langue maternelle ajoutent encore à la confusion. C’est souvent parce que le livre vient de sortir en V.O. avec une large publicité (*tousse* Harry Potter… *tousse*) et que les fans ne veulent pas attendre plusieurs mois pour la traduction. La question de la politique de traduction des éditeurs français est un autre débat.

(Je laisse aussi volontairement de côté la question de la TVA à 19,6% sur le livre numérique, tout simplement parce les situations sont très différentes selon les pays. Ainsi, il n’y a pas de TVA aux USA, mais des taxes sur les ventes qui différent selon les États et même les villes. Au Canada, il y a une TVA plus des taxes de vente locales. Au Royaume-Uni, la TVA est de 17,5%. Et ainsi de suite. Mais, comme j’entends le montrer ci-dessous, même sans cette question de la TVA, il faudrait s’attendre à des prix plus élevés chez nous par rapport à Amazon.com.

Précisons aussi que l’Union européenne laisse aux États membres la possibilité d’inclure les livres numériques dans les produits à taux réduit, mais que pour l’instant le gouvernement français ne s’en est pas préoccupé. Associations de consommateurs, syndicats de l’édition et de la librairie, la balle est dans votre camp…)

Revenons à nos moutons. Qui dit marché plus étroit dit moins de possibilités pour faire des économies d’échelle. Ergo, il ne faut pas s’étonner si «les livres numériques en français sont plus chers que sur Amazon.com!» devient un leitmotiv régulier. Et lancinant.

Mais évidemment, ce n’est pas tout. D’abord parce qu’Amazon n’est pas là pour jouer les locomotives… avec des méthodes plus ou moins subtiles. Eh oui, quand on est le vendeur de livres n°1 au monde, on peut se permettre de casser les prix, et vendre à perte! Au point que plusieurs grands groupes d’édition, à commencer par Macmillan, ont l’année dernière rué dans les brancards et réclamé la fin des prix fixés arbitrairement à 9,99$ par Amazon sur les best-sellers et les nouveautés.

Il faut savoir que la contre-partie de ce prix d’appel, c’est qu’Amazon ne se gêne pas pour monter les prix des livres non concernés, jusqu’à offrir des éditions Kindle plus chères que l’édition de poche déjà disponible. Ben oui, c’est bien pratique, quand on a créé son marché captif… On peut y faire ce qu’on veut. Quitte à faire trinquer auteurs et lecteurs, pris en sandwich entre la logique du «toujours moins si ça m’arrange» d’Amazon et celle des éditeurs, qui l’ont mauvaise si les utilisateurs n’ont plus d’argent disponible pour acheter des livres une fois le Kindle ou autre belle machine achetée. Oups.

C’est dire que le marché des éditions Kindle, ce sont les possesseurs de Kindle! (1) Difficile de comparer avec un marché fragmenté, chez nous, entre différents supports (ordinateurs, liseuses, smartphones…) et différents formats (du PDF à l’epub, en passant par le Mobipocket). Là encore, l’expression-clef, c’est «économies d’échelle».

Eh oui, je sais, on peut commander un Kindle depuis la France et l’alimenter avec des éditions en vente sur le site Amazon.com (eh non, pas sur Amazon.fr, pas encore). Mais regardez bien: quand on arrive sur le Kindle Store, il y a une liste de zones géographiques, en haut à gauche, que vous pouvez vous amuser à changer, pour voir. Et vous remarquerez ainsi deux choses:

  1. Les prix affichés ne sont pas les mêmes si vous vous connectez depuis l’Europe continentale, le Royaume-Uni, les USA, etc. Et sont généralement plus chers en Europe.
  2. Tous les titres ne sont pas disponibles pour toutes les zones géographiques.

Alors? Alors, Amazon n’est apparemment pas pressé de dupliquer hors USA le modèle Kindle. La machine a été lancée à l’automne 2007, il faut le rappeler. Presque trois ans plus tard, et alors que la concurrence d’Apple et bientôt Google sur les livres numériques devrait lui donner des ailes, Amazon n’a toujours pas lancé l’équivalent en Europe, et surtout pas en langue française, de son Kindle store.

M’est avis que l’un des problèmes, c’est la question des contrats. (En plus, évidemment, de la langue. Taille du marché, rappelez-vous.)

Pour publier des livres français, allemand, italiens, etc., sur les sites correspondants, il faudrait des accords directs avec les éditeurs de ces pays. Et la législation diffère d’un pays à l’autre, tout comme la culture. Les éditeurs français, notamment, semblent encore aujourd’hui avoir du mal à lever le nez de leur production pour regarder l’horizon.

Il y a donc aujourd’hui des solutions partielles. Des libraires en ligne comme Immatériel, ePagine, Bibliosurf et quelques autres tentent de faire la pige à la Fnac, qui tente elle-même de jouer les Amazon à la française (question de poids) mais sans avoir un modèle unique de liseuse à mettre en avant (elle vend aussi bien le Sony Reader que le Cybook Opus). Certains «vendent» uniquement avec DRM (ahem, suivez mon regard vers la Fnac), les autres laissent aux éditeurs le choix de verrouiller ou simplement marquer leurs livres pour indiquer la provenance, en comptant que les lecteurs seront assez responsables pour ne pas balancer tous leurs bouquins sur les torrents une fois achetés. (En général, la confiance, ça marche. Mais allez en convaincre les éditeurs…)

Il y a enfin quelques courageux (vous avez dit Publie.net? Babelpocket?) pour vendre totalement sans DRM.

Bon, j’avoue que cette question de DRM est importante pour moi (je n’achète pas si c’est DRMisé) mais évidemment pas pour l’énorme majorité des acheteurs de livres, vu le succès des offres verrouillées d’Amazon. Grand bien leur fasse. Mais qu’ils sachent que les DRM introduisent des coûts supplémentaires et qu’ils repoussent un certain nombre d’acheteurs potentiels.

En d’autres termes, la présence de DRM est un facteur de maintien des prix élevés sur les livres numériques.

Intéressant, non?

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(1) Oui, je sais: plus ceux qui utilisent l’application Kindle pour Windows ou pour iPhone. Mais devinez quoi? Je suis exclue si j’utilise Linux. Merci, les gars…

Amazon vend plus de livres numériques que de livres (hors poches)

Jeff Bezos, le patron d’Amazon, est tout content de sa stratégie Kindle: les ventes de livres numériques sur le site Amazon.com ont dépassé celles de livres papier hardback, (c’est-à-dire à couverture rigide, le standard pour une première édition d’un livre grand public aux USA). Au mois de juin, il y a eu environ 180 titres en édition Kindle vendus pour 100 hardbacks!

Et les ventes de la liseuse elle-même ont triplé entre le premier semestre 2009 et celui de 2010, consécutivement à une importante baisse de prix. (Ben non, il n’y a aura pas de Kindle surprise.)

Il faudrait évidemment s’entendre sur cette question de «vente» de livres en édition Kindle. D’abord, à cause des DRM, on n’achète pas réellement un livre pour Kindle sur le site d’Amazon: on loue le droit d’y accéder. Et comme l’ont montré quelques affaires (les titres d’Orwell effacés, vous vous souvenez?) dans un passé récent, l’équipe d’Amazon ne se prive pas d’utiliser cette charmante particularité juridique.

Ensuite, rappelons que bon nombre de titres vendus sur Amazon.com sont dans le domaine public, et disponibles pour le Kindle à 0,00$. Facile de les vendre, dans ce cas, pas vrai?

Mais, bon, c’est vrai que c’est impressionnant. D’autant qu’Amazon annonce que les ventes de hardback ont aussi augmenté chez eux entre 2009 et 2010.