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Les aventures d’un cuiseur à riz – Faire du pain

Dans la catégorie des choses à faire au moins une fois dans sa vie pour ne pas mourir idiote, j’ai testé pour vous… le détournement de cuiseur à riz. Un peu d’esprit geek, un peu de système D, une bonne louche de curiosité, et surtout, surtout, pas mal de patience avant de voir le résultat. Soyez prévenus !

Photo : miche de pain sortant du cuiseur à riz, rompue pour montrer la mie

Mon pain à moi que j’ai fait 😉

Donc, depuis Noël dernier, je suis l’heureuse propriétaire d’un gentil auto-cuiseur à riz tout simple, mais qui fait bien le travail. (Notamment question conservation au chaud. L’isolation thermique est un critère important pour choisir un de ces ustensiles, on s’en doute.) Et je l’ai bien mis à contribution pour cet usage, merci le Japon, la Corée et la Chine pour avoir exporté ces outils chez nous.

Mais cela me démangeait de tester les autres possibilités de la bête, telles que rencontrées au détour d’une navigation internet. Faire des gâteaux, par exemple, voire du pain

Et le résultat ? Eh bien, ça marche ! Mais si, mais si. 🙂

Recette et commentaires

Après moult recherches googliques, j’ai finalement choisi d’adapter une recette trouvée sur le blog anglophone Knifing Forking Spooning : « No-Knead Bread in a Rice Cooker », bref comment faire du pain sans four ni machine à pain, et sans pétrir non plus. Pas plus simple, en somme. Et surtout, c’est bien ce que nous, en France, appelons du pain, et non du pain de mie ou brioché : une miche faite avec de la farine de froment, de l’eau, du sel et de la levure boulangère. Pas de sucre, matière grasse ou autre. Du pain, du vrai, quoi.

Les mesures d’origine sont en unités américaines (cups et compagnie) mais j’ai utilisé ce convertisseur en ligne pour les équivalences.

Ingrédients

– 380 g de farine à pain (type 55 dans mon cas)
– 35 cl d’eau
– 1 sachet de levure boulangère instantanée (ou l’équivalent en levain)
– 1 bonne pincée de sel

Ustensiles

Auto-cuiseur à riz
Verre gradué
Spatule (bois, plastique ou silicone)
Essuie-tout
Torchon ou plat propre
Maniques
Couteau pointu, fourchette ou cure-dent

Préparation

Verser les ingrédients secs dans la casserole du cuiseur à riz. Ajouter l’eau. Mélanger avec une spatule (de préférence en bois ou en plastique pour ne pas abîmer le revêtement) de façon à obtenir une pâte homogène. Essuyez l’extérieur de la casserole et remettez-la dans le cuiseur à riz, puis laissez reposer toute une nuit dans le cuiseur fermé, débranché. Durée totale : de 12 à 18h environ (mais pas plus sinon la levure se dégrade et meurt).

Au bout de ce laps de temps, la surface de la pâte devrait être piquetée de petites bulles, signe (tout comme l’odeur acide du mélange, qui est normale) que les micro-organismes de la levure ont bien fait leur boulot. À ce stade, il faut travailler un peu la pâte. Attention, c’est très gluant.

Farinez-vous bien les mains et saupoudrez un peu de farine à la surface de la pâte. Repliez celle-ci une ou deux fois sur elle-même, autant que faire se peut. (C’est là que je n’ai pas tout à fait réussi à suivre les instructions. Je ne sais pas si c’est mon mélange ou mon manque d’expérience, mais je n’ai pu que tirer sur la masse et vaguement ramener une poignée ou deux en-dessous du reste…) Lissez et arrondissez la masse de façon à former un pâton bien rond. Puis refermez le couvercle et laissez reposer 2h de plus.

Cuisson

Branchez le cuiseur à riz et appuyez sur « cuisson ». La machine s’arrêtera automatiquement quand elle atteint 100 °C, mais bien sûr, ce n’est pas terminé. En fait, c’est là qu’il faut vraiment s’armer de patience !

Une fois le cuiseur arrêté, attendre quelques minutes puis faites repartir la cuisson. Recommencez autant de fois que nécessaire, en appréciant la bonne odeur de pain cuit qui va peu à peu emplir la pièce… On se croirait (presque) chez le boulanger. Vérifiez de temps en temps l’état de la pâte avec un cure-dents ou la pointe d’un couteau : une fois qu’elle forme une masse solide (mais avant que le fond ne carbonise), il faut la retourner et faire cuire à nouveau. Pour cela, renversez la casserole sur un plat ou un torchon propre, en faisant attention à ne pas vous brûler en touchant les parois métalliques. Une paire de maniques est utile à ce stade.

Le temps de cuisson total va dépendre de votre pâte et de votre cuiseur à riz. Dans mon cas, il a fallu un peu plus de 2h30. Ouf.

À la fin, le pain doit être doré à l’extérieur, blanc et moelleux à l’intérieur, avec de fines bulles, pas trop dense. Et tout cela vous a probablement mis en appétit ! Une tranche de pain chaud sur lequel on fait fondre une lichette de beurre… Miam.

Une bactérie dans le potage

Damned! C’était trop beau! La bactérie qui carburait à l’arsenic, présentée à grand son de trompe par la Nasa, n’était-ce finalement qu’un mirage? Un cadeau empoisonné (ahem) pour journalistes et blogueurs? Sans parler des auteurs de SF, bien sûr…

D’abord, pour comprendre de quoi il retourne, je conseille l’article très complet (et en français) de Traqueur Stellaire. Il explique comment, dans un article de Science, Felisa Wolfe-Simon et onze autres scientifiques ont annoncé avoir réussi à cultiver une souche de bactérie (GFAJ-1) capable d’utiliser de l’arsenic au lieu de phosphore dans son ADN. Un champ de recherche financé, entre autres, par la Nasa, qui s’intéresse aux possibilités de détecter des traces de vie extra-terrestres – une vie dont la biochimie pourrait bien être différente de la nôtre.

Les critiques n’ont pas manqué de dauber sur la « survente » de ce papier par la machine médiatique de la Nasa, comme dans quelques affaires récentes. (La « première exoplanète viable », alias Gliese 581g, dont l’existence n’a pas encore été confirmée, par exemple.)

Pire, dans le cas de la bactérie GFAJ-1 et de son arsenic, voilà que la réalité même du phénomène est contestée par une autre chercheuse  américaine, la microbiologiste Rosie Redfield. Sur son blog, puis dans une lettre ouverte au magazine Science, elle critique les méthodes de l’équipe qui a publié le papier:

1) Selon elle, ils n’auraient pas prouvé que l’arsenic se trouvait dans l’ADN, mais était juste présent à l’intérieur de la bactérie (en ne purifiant pas l’ADN à partir des cultures de bactéries avant de tester la présence d’arsenic, mais en se contentant de déshydrater des échantillons de ces cultures);

2) D’autre part, les sels d’arsenic employé pour « nourrir » la souche de bactérie testée n’auraient pas été suffisamment purs, mais auraient pu être contaminés par du phosphore! Bref, les chercheurs auraient apporté, sans s’en rendre compte, le phosphore nécessaire à une survie tout à fait classique de la bactérie en question… (Et il est également possible que la mort d’une partie des bactéries dans le milieu de culture ait permis aux survivantes de se procurer du phosphore, en cannibalisant leurs tissus.)

Comme on savait déjà que cette souche était extrémophile, capable de survivre dans un milieu pauvre en nutriments et riches en sels toxiques, ce scénario  n’a finalement rien d’improbable.

Il y a un bon résumé de toute cette affaire, en anglais, sur le blogue de la National Association of Science Writers américaine (NASW), une association professionnelle de journalistes scientifiques. Ils profitent de l’occasion pour souligner l’importance croissante des blogues de chercheurs dans la communication et le débat scientifique.

Moralité: voilà qui prouve encore une fois qu’en science, une découverte n’en est pas une tant qu’elle n’a pas survécu à ses critiques et n’a pas été dupliquée.

Un chercheur, ou même une équipe, peut se tromper, s’auto-abuser, croire au Père Noël des bactéries, voire publier des résultats non confirmés (mais alléchants) pour obtenir des subventions… Mais l’ensemble de la communauté des chercheurs est là, normalement, pour passer au crible les candidatures au statut de découverte – et à la postérité.

Ce qui veut dire que la réalité scientifique elle-même est en perpétuelle évolution. Tiens, ça fait penser au Net, tout ça…

Et comme de juste, les héroïnes de nos deux dernières controverses autour de la vie extra-terrestre, l’exoplanète putative Gliese 581g et la bactérie Halomonas GFAJ-1 dont l’ADN contient (peut-être) de l’arsenic, se retrouvent propulsées au rang de célébrités du Net! Elles ont même chacune leur compte Twitter…

La vie sur Terre est un étrange phénomène, vraiment.