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Non, Wikipédia n’est pas un auteur (mais ce n’est pas la bonne question)

Wikipédia est-il un auteur, se demande Alain Beuve-Méry dans le Monde des Livres? Et surtout: peut-on plagier Wikipédia? Il est bien gentil de se poser la question à la place de, disons, Michel Houellebecq

C’est pourtant clair. Légalement, non, Wikipédia n’est pas l’«auteur» des articles qui y sont publiés; les auteurs sont les contributeurs individuels. Ainsi, chaque article de Wiki a souvent plusieurs auteurs, certains anonymes, d’autres non. Il serait certes bien difficile à chacun de faire valoir leur droits moraux, dans ces conditions…

Mais surtout, ce n’est pas la bonne question.

Comme le rappelle utilement Alain Beuve-Méry, le contenu de Wikipédia est  publié sous une licence Creative Commons (CC). Là où il erre, c’est lorsqu’il croit que cette licence en interdit l’usage commercial. En fait, il y a six options sous le régime CC. Dans le cas de Wikipédia, c’est une licence Creative Commons by-sa, c’est-à-dire qui autorise la reproduction du contenu, y compris à titre commercial… à condition d’en reconnaître la paternité (bref, en citant le ou les auteurs) des textes et en publiant l’œuvre dérivée sous une licence identique!

Conséquence: Michel Houellebecq – et en fait n’importe quel auteur – peut parfaitement copier des articles ou parties d’articles de Wikpédia en toute légalité, sans que personne puisse parler de plagiat… Mais, et c’est là que ça coince, il aurait dû pour cela:

  1. Citer ses sources (au moins citer les auteurs des articles dans les remerciements en fin de roman);
  2. Publier son livre sous la même licence CC by-sa qui en autorise la reproduction

Eh oui. C’est ainsi que croyant pouvoir allonger, sans peine et sans danger, la sauce de son roman, un auteur à la mode se prend les pieds dans les subtilités du droit moral.

Au moins, et puisque Wikipédia est une entreprise bénévole et d’intérêt commun, notre célèbrauteur pourrait se fendre d’un petit don à la fondation Wikimedia. Vu la cote de ses à-valoirs, sans parler des chiffres de vente, des traductions, etc., il devrait avoir les moyens.

Manque juste l’élégance, peut-être…

P.S. du 20/09/2010: Pour plus de précisions, voir aussi le commentaire de Callimaq et ceux de DM (David Monniaux), qui a d’ailleurs publié un billet fort détaillé sur la question.

P.P.S (21/09): Raisonnement similaire sur le blogue de Florent Gallaire: il serait maintenant légal de diffuser le dernier Houellebecq sur le Net. Et de montrer l’exemple en fournissant un PDF sous licence libre (CC BY-SA)!

P.P.P.S (29/09): Et comme un scan, c’est tout de même peu pratique question lecture à l’écran… J’ai depuis reçu les liens suivants, pour télécharger le texte dans des formats plus adaptés à la lecture sur liseuse ou tablette:

1) Format texte seul (.txt), brut et sans fioriture:
http://www.ebooks-gratuit.com/forum/sujet-3431-la-carte-et-le-territoire-michel-houellebecq.html

2) Format epub, avec table des matières:
http://download.ebooks-gratuit.com/4002449

Et merci aux libristes militants qui ont passé le bouquin au scanneur et à l’OCR…

Oh, ces écrivains !

Allons bon, un éditeur m’écrit… C’est Le Pont du Change, une petite maison d’édition fondée à Lyon en 2009 par Jean-Jacques Nuel. (Un ancien de la galaxie Calcre, si cela vous dit quelque chose.)

Pourquoi ? Eh bien, pour signaler la parution de Tu écris toujours ? Manuel de survie à l’usage de l’auteur et de son entourage, de Christian Cottet-Emard. Un recueil de chroniques d’humeur et d’humour dont plusieurs ont paru précédemment dans le Magazine des Livres. On peut juger sur pièces en téléchargeant un extrait sur Feedbooks :

Votre écrivain est infernal et vous ne savez plus comment vous y prendre avec lui : avez-vous pensé à vous équiper d’un cochon d’Inde ? En observant attentivement ce petit rongeur, vous verrez que votre écrivain et lui ont beaucoup de points communs.

Par exemple, il existe bien sûr des élevages de cochons d’Inde mais savez-vous qu’on peut aussi faire de l’élevage d’écrivain ? Mais oui, dans des lieux très variés comme certaines grandes maisons d’édition et dans les universités américaines. Quelques organismes publics pratiquent aussi l’élevage d’écrivain mais leurs résultats sont aléatoires. Souvent, les écrivains ainsi élevés (par les bourses) s’habituent et, une fois lâchés par l’éleveur, ils n’arrivent plus à s’adapter au retour à la vie sauvage. C’est bête.

[…]

Le cochon d’Inde, que la nature n’a pas doté de moyens de défense très efficaces, compense ce handicap, lorsqu’il est agressé, par toute une panoplie de comportements théâtraux censés impressionner ou déstabiliser l’adversaire (mâchoire ouverte, agitation, poils hérissés). Parfois, les écrivains le font aussi, même à la télévision, mais comme ils sont habillés, on ne voit pas leurs poils.

(Extrait de Tu écris toujours ? de Christian Cottet-Emard, éditions Le Pont du Change, 2010. Informations & bon de commande chez l’éditeur.)

La zoologie au service des auteurs en milieu hostile ? Attention, esprits chagrins s’abstenir !

Internet n’a pas d’odeur

Michel Onfray (dans Le Monde du 17/04) a – encore – une dent après Internet. Et il essaie désespérément de l’opposer au bon vieux livre d’autrefois, jusqu’à friser le point Godwin.

Mais… Une « Littérature de vespasiennes », vraiment ?

Quelle ironie. On se souvient de la fameuse réponse de l’empereur : « Non olet. »

Internet, monsieur le philosophe, c’est comme la recette des taxes sur les toilettes publiques sous Vespasien : ça ne sent pas. Tout dépend de l’usage qu’on en fait.

Et si on peut lire aux cabinets avec une tablette électronique, il reste plus facile d’y emporter un bouquin en papier.

Voire même un quotidien de référence.

La fête à l’édition : Claude Durand se livre

Un grand éditeur, Claude Durand (ancien patron de Fayard), se livre face à la caméra de Judith Bernard et Hubert Artus, pour l’émission D@ns le texte :

(Signalé par Guy Birenbaum, qui est également éditeur. Paroles d’orfèvre ?)