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Le livre est épuisé… mais l’auteure, pas encore

[Mise à jour de 2020 : Le texte n’est plus en ligne sur ce blog, parce que L’Héritier du Tigre est désormais republié sous forme de série chez Rocambole. À mettre dans tous les bons smartphones !]Petit rappel des épisodes précédents: en 2006 paraissait mon premier roman, L’Héritier du Tigre, aux toutes jeunes éditions du Navire en Pleine Ville.Les ventes de l’ouvrage ont été honnêtes – pour un premier roman d’une inconnue chez un petit éditeur de province – sans être renversantes; et les avis critiques assez positifs. Le bouquin a même été finaliste du Prix Merlin. (Prix du public en France pour le fantastique et la fantasy.) Tout allait donc plutôt bien quand…L’éditeur a rencontré des difficultés économiques et, en 2009, a déposé son bilan. Ce sont des choses qui arrivent.Depuis, le bouquin est bien sûr devenu introuvable en librairie, ou presque si on compte les revendeurs d’occasion et soldeurs. (Une petite recherche parmi les bouquinistes d’AbeBooks révèle quand même trois exemplaires disponibles, dont un vendu au double du prix initial… Bonjour la spéculation.)Enfin, pour différentes raisons, il est peu probable que je trouve rapidement un autre éditeur pour ce livre. Que faire, que faire? Hmm…Le republier sur le Net, pardi. Ici même, gratis, et en licence Creative Commons.Tant qu’à faire.Il faut dire que c’est quelque chose que j’avais envie de faire depuis le début. Néanmoins, devant la nécessité de trouver un éditeur classique, j’avais dû laisser de côté ces velléités. Qui dit éditeur classique dit cession des droits, et les droits numériques sont par défaut inclus dedans.Je ne vais pas m’étendre sur le sujet (si on veut approfondir, voir par exemple le diagnostic de Callimaq sur le cas du contrat d’édition, « fossile vivant »…)Mais dans les circonstances actuelles, je suis libre. Y compris libre de publier le texte sans intermédiaire et sans exiger de contrepartie financière. (Ce qui ne veut pas dire que je renonce totalement à cette possibilité. Ni à l’éventuelle republication sur papier, si d’aventure un éditeur était intéressé.)Bref, attendez-vous à trouver bientôt sur ce blogue un nouveau feuilleton: les 24 – pardon, 28 – chapitres de L’Héritier du Tigre.Ce sera mon cadeau de fin d’année, si vous voulez.

Affaire Houellebecq: l’éditeur s’est réveillé (sans se presser)

Les délais des éditeurs de livres ne sont pas ceux du Net. On me le faisait remarquer récemment sur Twitter, et le dernier rebondissement de l’affaire Houellebecq en apporte encore une illustration.

Flammarion n’avait pas moufté au mois de septembre dernier, quand le blogueur Florent Gallaire avait mis en ligne le dernier roman de Michel Houellebecq sous licence Creative Commons, à la suite de l’usage de textes issus de Wikipédia (et donc sous CC BY-SA) par le romancier…

Mise en ligne gratuite qui devrait d’ailleurs être parfaitement légale, aux termes des conditions d’utilisation de ces licences: Houellebecq avait parfaitement le droit de copier Wikipédia tant qu’il voulait, mais il aurait dû publier son œuvre sous une licence identique! Florent Gallaire, et quelques autres (sur le site Ebooksgratuits.com, notamment) ne faisaient là que réparer, disons, un oubli de sa part…

Enfin, était-ce vraiment un oubli, ou de l’ignorance? Il n’est pas mauvais de lire à ce propos un récent billet de Veni Vidi Libri sur la nécessité d’accompagner l’usage de la licence Creative Commons, à l’usage des non-initiés. Y compris ceux du monde de l’édition…

(À noter: l’auteur du billet, tout comme la présidente de Wikimédia France, d’ailleurs, ne partage pas l’opinion de Florent Gallaire sur la légalité d’une diffusion gratuite du prix Goncourt sous licence CC. Pas parce qu’ils contestent le principe même de publication des œuvres dérivées aux mêmes conditions — l’analyse de l’effet « viral » des licences libres n’est plus à faire. Il s’agit plutôt de considérations pratiques et jurisprudentielles, notamment sur l’étendue de la licence.)

Bref, le débat sur le « plagiat » s’était doublé d’un début de discussion autour des licences libres et de leur non-respect par certains piliers de la « défense du droit d’auteur »…

Car cela fait désordre, un romancier en place qui copie un bout de texte sur le Net et le fait passer pour le sien, comme un vulgaire potache qui bidonne un devoir – ou comme le gros malin de webmestre du Ministère de la Culture qui repique une photo dans un webzine sans l’autorisation de son auteur!

Résultat de cette confrontation inopinée entre le monde du libre et la logique propriétaire:

  • Mais annonce quand même vouloir poursuivre en justice Florent Gallaire pour avoir diffusé le roman sous licence CC;
  • À la suite de quoi le blogueur décide de limiter les frais et retire le fichier de son site;
  • Coïncidence? (Ho, ho!) Flammarion annonce la publication au format numérique (et au prix fort) des bouquins de Houellebecq!

On peut sympathiser (quelques instants) avec le dilemne de l’éditeur aux prises avec cette énième embrouille made in Houellebecq: soit il met en demeure le blogueur de ne plus diffuser gratuitement le fichier, et il est bien obligé d’admettre la contrefaçon dudit auteur. Soit il ne fait rien, nie le plagiat – et cela le réduit à accepter le principe d’une interprétation extensive du domaine de la licence Creative Commons, et donc une restriction des possibilités de marchandisation de la propriété intellectuelle. Cruelle alternative!

Mais… Il y a un mais, et de taille. Car mine de rien, le déroulement dans le temps de l’affaire donne un peu (beaucoup) à penser. En septembre et octobre, Flammarion sommeille. Plagiat? Circulez, y’a rien à voir! Violation de licence libre? Connais pas. Le texte en accès libre et gratuit? Revenez après les prix littéraires

Faut-il croire que c’est le prix qui change la donne? Que tant que le roman est en compétition, tant que l’éditeur ne sait pas encore quel sera le niveau de succès public, on peut fermer les yeux sur un mini-buzz autour de la diffusion gratuite en ligne, surtout que cela n’intéresse vraiment que quelques geeks. Au pire, cela fera de la publicité au bouquin. (Comme cela avait été le cas pour Paolo Coelho, qui avait mis lui-même ses livres sur des sites de P2P et bénéficié ainsi d’un surcroît de notoriété.)

Mais lorsque le Goncourt est enfin dans l’escarcelle (et ils leur a fallu longtemps tirer la langue avant de l’avoir, en plus) et qu’il est quasi-certain que des centaines de milliers de pékins vont acheter le titre les yeux fermés (et le lire itou – pas qu’ils y perdront grand-chose, d’ailleurs), alors là, stop! Pas touche au pactole!

Surtout si on peut rebondir sur ledit buzz et faire mousser le passage au numérique d’un auteur jusque là inconnu des webrairies. Si demande il y a, c’est l’occasion de se faire quelques brouzoufs, non? Et tant pis pour les quelques activistes du libre qui grinchent au non-respect de Creative Commons. Les gros sous, encore et toujours, confèrent certains privilèges; et notamment celui de ne pas avoir à se soucier autant des lois que le commun des mortels.

Cynique, moi? Allons donc… Quel mauvais esprit!

Nouveau programme universitaire, version Fnac?

Pris au passage cet après-midi à la Fnac des Halles, à Paris:

Voilà au moins qui devrait motiver les étudiants à potasser leurs bouquins, pas vrai?

Non, Wikipédia n’est pas un auteur (mais ce n’est pas la bonne question)

Wikipédia est-il un auteur, se demande Alain Beuve-Méry dans le Monde des Livres? Et surtout: peut-on plagier Wikipédia? Il est bien gentil de se poser la question à la place de, disons, Michel Houellebecq

C’est pourtant clair. Légalement, non, Wikipédia n’est pas l’«auteur» des articles qui y sont publiés; les auteurs sont les contributeurs individuels. Ainsi, chaque article de Wiki a souvent plusieurs auteurs, certains anonymes, d’autres non. Il serait certes bien difficile à chacun de faire valoir leur droits moraux, dans ces conditions…

Mais surtout, ce n’est pas la bonne question.

Comme le rappelle utilement Alain Beuve-Méry, le contenu de Wikipédia est  publié sous une licence Creative Commons (CC). Là où il erre, c’est lorsqu’il croit que cette licence en interdit l’usage commercial. En fait, il y a six options sous le régime CC. Dans le cas de Wikipédia, c’est une licence Creative Commons by-sa, c’est-à-dire qui autorise la reproduction du contenu, y compris à titre commercial… à condition d’en reconnaître la paternité (bref, en citant le ou les auteurs) des textes et en publiant l’œuvre dérivée sous une licence identique!

Conséquence: Michel Houellebecq – et en fait n’importe quel auteur – peut parfaitement copier des articles ou parties d’articles de Wikpédia en toute légalité, sans que personne puisse parler de plagiat… Mais, et c’est là que ça coince, il aurait dû pour cela:

  1. Citer ses sources (au moins citer les auteurs des articles dans les remerciements en fin de roman);
  2. Publier son livre sous la même licence CC by-sa qui en autorise la reproduction

Eh oui. C’est ainsi que croyant pouvoir allonger, sans peine et sans danger, la sauce de son roman, un auteur à la mode se prend les pieds dans les subtilités du droit moral.

Au moins, et puisque Wikipédia est une entreprise bénévole et d’intérêt commun, notre célèbrauteur pourrait se fendre d’un petit don à la fondation Wikimedia. Vu la cote de ses à-valoirs, sans parler des chiffres de vente, des traductions, etc., il devrait avoir les moyens.

Manque juste l’élégance, peut-être…

P.S. du 20/09/2010: Pour plus de précisions, voir aussi le commentaire de Callimaq et ceux de DM (David Monniaux), qui a d’ailleurs publié un billet fort détaillé sur la question.

P.P.S (21/09): Raisonnement similaire sur le blogue de Florent Gallaire: il serait maintenant légal de diffuser le dernier Houellebecq sur le Net. Et de montrer l’exemple en fournissant un PDF sous licence libre (CC BY-SA)!

P.P.P.S (29/09): Et comme un scan, c’est tout de même peu pratique question lecture à l’écran… J’ai depuis reçu les liens suivants, pour télécharger le texte dans des formats plus adaptés à la lecture sur liseuse ou tablette:

1) Format texte seul (.txt), brut et sans fioriture:
http://www.ebooks-gratuit.com/forum/sujet-3431-la-carte-et-le-territoire-michel-houellebecq.html

2) Format epub, avec table des matières:
http://download.ebooks-gratuit.com/4002449

Et merci aux libristes militants qui ont passé le bouquin au scanneur et à l’OCR…

Oh, ces écrivains !

Allons bon, un éditeur m’écrit… C’est Le Pont du Change, une petite maison d’édition fondée à Lyon en 2009 par Jean-Jacques Nuel. (Un ancien de la galaxie Calcre, si cela vous dit quelque chose.)

Pourquoi ? Eh bien, pour signaler la parution de Tu écris toujours ? Manuel de survie à l’usage de l’auteur et de son entourage, de Christian Cottet-Emard. Un recueil de chroniques d’humeur et d’humour dont plusieurs ont paru précédemment dans le Magazine des Livres. On peut juger sur pièces en téléchargeant un extrait sur Feedbooks :

Votre écrivain est infernal et vous ne savez plus comment vous y prendre avec lui : avez-vous pensé à vous équiper d’un cochon d’Inde ? En observant attentivement ce petit rongeur, vous verrez que votre écrivain et lui ont beaucoup de points communs.

Par exemple, il existe bien sûr des élevages de cochons d’Inde mais savez-vous qu’on peut aussi faire de l’élevage d’écrivain ? Mais oui, dans des lieux très variés comme certaines grandes maisons d’édition et dans les universités américaines. Quelques organismes publics pratiquent aussi l’élevage d’écrivain mais leurs résultats sont aléatoires. Souvent, les écrivains ainsi élevés (par les bourses) s’habituent et, une fois lâchés par l’éleveur, ils n’arrivent plus à s’adapter au retour à la vie sauvage. C’est bête.

[…]

Le cochon d’Inde, que la nature n’a pas doté de moyens de défense très efficaces, compense ce handicap, lorsqu’il est agressé, par toute une panoplie de comportements théâtraux censés impressionner ou déstabiliser l’adversaire (mâchoire ouverte, agitation, poils hérissés). Parfois, les écrivains le font aussi, même à la télévision, mais comme ils sont habillés, on ne voit pas leurs poils.

(Extrait de Tu écris toujours ? de Christian Cottet-Emard, éditions Le Pont du Change, 2010. Informations & bon de commande chez l’éditeur.)

La zoologie au service des auteurs en milieu hostile ? Attention, esprits chagrins s’abstenir !