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Lecture numérique, la grande question: «Mais est-ce que ça marche avec…»

Je savais bien, en publiant mon billet sur la plate-forme numérique des éditions du Bélial’, que l’une des premières questions porterait forcément sur la compatibilité avec telle ou telle tablette à la mode. La seule incertitude restait la marque. Kindle? Sony? iPad? Eh bien voilà, ce fut l’iPad.

Ah, ce réflexe de réclamer aux blougueurs un service après-billet!

Bon. Rien que de très normal, vous me direz. À nouveaux modes de lecture, nouvelles habitudes à prendre, et cela nécessite un apprentissage… Et comme je suis bonne (et que j’aime les livrels, les liseuses et tout ce qui va avec), voici trois petits trucs à noter pour qui veut savoir avant d’acheter si telle webrairie pourra alimenter, sans trop de prises de tête, leur machine à lire personnelle:

1) Vous êtes sur le site de l’éditeur, du libraire ou de la plate-forme numérique Truc? Il y a probablement une page de F.A.Q. (Foire aux questions), ou Aide, ou même un forum d’utilisateurs où on peut échanger des tuyaux. (Exemple: dans le cas du Bélial’, c’est un forum. Et le sujet consacré à la plate-forme numérique est ici.)

2) Vous avez votre liseuse ou tablette avec vous? Repêchez au fond de la boîte le manuel d’utilisation! Si vous ne l’avez plus, ou si c’est un manuel sous forme de fichier numérique, chargez ce fichier à l’écran. Au pis, vous pouvez toujours vous rendre sur le site du constructeur, qui devrait avoir lui aussi une rubrique d’aide. (Dans le cas des liseuses électroniques de Bookeen, que je connais bien, il y a un manuel numérique dans l’appareil plus une F.A.Q. sur le site.)

3) Enfin, puisque vous lisez ceci, vous êtes sur Internet: essayez donc de poser la question dans votre moteur de recherche favori! Dans le cas de l’iPad et de la webrairie du Bélial’, qui offre des livrels aux formats epub et PDF, il suffit de taper dans (allez, au hasard, Google) les mots clefs «iPad + epub» ou «iPad + PDF» pour atterrir, dans la première page de résultats, sur des sites qui donnent la réponse. (Pour le PDF: ActuaLitté. Pour l’epub: eBouquins ou iClarified.)

Profitons-en pour faire la pub de Calibre, un gestionnaire de bibliothèque numérique (un biblioticiel?) qui a l’avantage d’être un logiciel libre et de savoir presque tout faire, y compris synchroniser avec divers appareils (dont l’iPad) et convertir d’un format de livrel dans un autre (dont l’epub). Seul défaut: l’interface est en anglais. Mais la prise en main est très, très simple.

Oh, et une dernière chose: je peux personnellement garantir que les fichiers epub téléchargés sur e-Belial se lisent très bien sur le Cybook Opus de Bookeen. Testé et approuvé. 😉

P.S. C’était là une liste rapide des ressources en français. Pour ceux qui lisent la langue de Steve jobs, il y en a une à ne pas manquer: les forums et wikis de Mobile Read. C’est d’ailleurs là que j’ai découvert Calibre.

Édition numérique: attention, ça bouge très vite

Nous sommes en 2010 et le premier éditeur important à passer au tout-numérique s’est déclaré: c’est Dorchester Romance, aux USA, qui publiait jusque là des romans sentimentaux et/ou fantastiques en édition de poche bon marché (mass market paperback), va désormais abandonner cette débauche de papier et proposer ses titres directement sur la Toile, d’une part au format électronique pour le Kindle et autres liseuse, et d’autre part en impression à la demande (print-on-demand ou POD) – eh oui, comme chez Lulu.

La source: un article de Publishers Weekly, signalé sur son blogue Wave Without A Shore par l’écrivaine de science-fiction C.J. Cherryh. Merci à elle.

Et à propos de science-fiction, fantasy et autres mauvais genres apparentés, je constate que chez les éditeurs francophones, ce sont ces catégories-là qui sont les plus avancées dans la transition vers le numérique.

À preuve l’éditeur québécois Alire (celui entre autres d’Élisabeth Vonarburg, de Joël Champetier, de la revue Solaris, etc.), qui publiait le 10 août 2010 ses chiffres d’exploitation (reproduits sur Tiers Livre par François Bon): déjà une centaine de titres disponibles en numériques, et plus d’un millier de ventes depuis août 2009, soit un an après le lancement de leur catalogue numérique. Mieux, cela représente 18% des ventes sur l’entrepôt numérique pour seulement 5% des titres… Bref, l’expérience est probante. Oh, et vous savez quoi? Le fait que les livrels de chez Alire soient seulement marqués et non «protégés» par des verrous numériques n’est pas, à mon peu humble avis, étranger au fait.

Tant qu’on est dans les littératures de l’imaginaire, penchons-nous sur le cas des éditions du Bélial’, chez nous, en France, qui va lancer le 1er septembre 2010 sa propre plate-forme numérique. Et c’est alléchant: des titres à prix doux, sans DRM, disponible aussi bien sur le site du Bélial’ que sur la plate-forme des libraires, et en prime, un pourcentage de droits d’auteur plus élevé que pour le livre papier. À suivre de près… Et merci à e-Bouquins pour l’info!

La science-fiction, d’accord… Mais au fait, dans le cas de Dorchester, pourquoi un éditeur de romans à l’eau de rose? Leurs lectrices ne sont pas supposées être particulièrement branchées, non? Erreur.

À part quelques best-sellers qui défraient la chronique (vous avez dit Millenium? Hmm…), ce segment ultra-populaire (quoique mal considéré, comme tous les «genres») de l’édition est l’un de ceux qui marchent le mieux au format numérique. Jetez donc un œil à la catégorie «Romance» de la webrairie américaine Fictionwise, pour voir.

Et comme de juste, la catégorie littéraire qui bat actuellement tous les records de croissance est la paranormal romance, les histoires mêlant roman d’amour et magie ou êtres fantastique.

Si vous savez épeler S-t-e-p-h-e-n-i-e M-e-y-e-r, vous voyez ce que je veux dire…

Bookeen + ILV + Ubuntu = une liseuse libre ?

Attention, Amapple et autres Googazon : la résistance s’organise… Enfin, l’offre alternative s’élargit ! Témoin celle signalée par PC INpact aujourd’hui : deux sociétés françaises, Bookeen (à qui on doit les très chouettes Cybook Gen3 et Opus) et In Libro Veritas (éditeur et prestataire d’auto-édition proche de la philosophie « libriste » – ayant notamment publié La Bataille d’Hadopi) s’allient pour proposer en pré-commande jusqu’au 20 mai le petit ILV Opus, un « e-reader libre », décliné en plusieurs couleurs et configurations, pour 199 € et pas un centime de plus… Et bien sûr, sans DRM.

Pour ceusses qui auraient suivi l’actualité récente de Bookeen, il ne sera pas difficile de reconnaître la nouvelle déclinaison multicolore du Cybook Opus. Les caractéristiques techniques sont sans surprise (technologie E-Ink, écran 5 pouces – non tactile, attention – et 4 niveaux de gris, résolution 600×800, 1 Go de mémoire flash, affichage portrait ou paysage, lecture des formats standard Adobe PDF et epub). Les changements résident, outre dans le choix de plusieurs couleurs pour la coque, dans une nouvelle version du logiciel embarqué (firmware, d’ailleurs aussi basé sur GNU/Linux), pour plus de fiabilité et de rapidité, à ce qui est annoncé.

Et bien sûr, si on achète l’édition spéciale chez ILV, on peut choisir de recevoir son Opus avec un choix de livres numériques déjà présents en mémoire. Plusieurs choix possibles, selon les goûts, dont :

  • La version « Ubuntu », comprend le livre de référence Simple comme Ubuntu, de Didier Roche, plus la distribution Lucid Lynx prête à l’installation ;
  • La « Sélection ILV-Bibliothéca », avec plusieurs des titres phares édités par ILV (dont Internet et Création, Le Hold-up planétaire, etc.) ;
  • Enfin, plus classique, mais ça ne fait pas de mal, une « Sélection domaine public », avec des œuvres de « jeunes auteurs » comme Shakespeare, Homère ou Victor Hugo, histoire de bien débuter une e-bibliothèque.

Pas de sans fil ? Pas d’écran tactile ? Pas de quoi faire trembler Googappfnamazon ? Et alors ? C’est une liseuse, pour les gens qui aiment lire, et qui souhaitent pouvoir emporter partout avec eux leurs livres de chevet ou de référence – et sans avoir à s’enquiquiner avec des verrous numériques, évidemment !

Publier son livre numérique sans DRM avec Smashwords

Découvert au détour de Twitter, grâce à un message du blogueur philippin et passionné de science-fiction Charles A. Tan : c’est Smashwords, un site qui permet aux auteurs, mais aussi à de petits éditeurs, de publier des livres numériques et de les vendre sur Internet.

Précisons que le site est en anglais, mais permet aussi de publier dans d’autres langues. Avis aux francophones…

Le principe est un peu le même que celui de Lulu ou The Book Edition : une plate-forme d’auto-publication qui permet à M. et Mme Tout-le-monde de mettre en ligne leurs œuvres sans investissement de départ et sans apprendre la PAO.

Comment ça marche ?

  1. Vous avez un texte sur lequel vous possédez les droits de reproduction (ça va sans dire, j’espère…) et que vous voulez publier.
  2. Vous créez un compte Smashwords gratuitement.
  3. Vous préparez un fichier au format Microsoft Word en suivant les conseils du manuel (gratuit aussi) The Smashword Style Guide.
  4. Vous le transférez sur leur site (« upload », quoi) et remplissez les diverses rubriques – titre, résumé, genre, etc.
  5. Vous choisissez le prix de vente (l’option « gratuit » est disponible) et le ou les formats numériques sous lesquels vous voulez voir votre livre publié (PDF, Kindle, etc.).
  6. Le moteur de numérisation de Smashwords tourne.
  7. Une fois que c’est terminé, vous vérifiez et approuvez le résultat.
  8. Il ne reste plus qu’à attendre l’acheteur.

Et voilà. Votre livre numérique, ou e-book, ou livrel, est disponible à la vente publique ! Vous êtes un auteur du XXIe siècle !

En option, on peut choisir de mettre en vente le titre non seulement sur le site de Smashwords, mais aussi chez d’autres revendeurs en ligne, dont Sony et Barnes & Noble, avec qui Smashwords a signé un partenariat. Sont également annoncés pour bientôt Apple (iPad, mon bel iPad…) et Amazon.

Évidemment, pour les ventes effectuées par l’intermédiaire de tiers, il y a des frais supplémentaires : à la commission prélevée par Smashwords (15%) s’ajoute celle du vendeur partenaire, qui peut monter jusqu’à 50% pour des poids-lourds comme Sony ou B&N. L’auteur touche dans ce cas environ 1/3 du prix de vente au public, alors que pour une vente directe sur le site de Smashwords, c’est 85%. À chacun de décider si le surcroît de visibilité ainsi offert justifie de leur abandonner la part du lion.

Reste un gros bémol, pour les auteurs qui sont situés hors des États-Unis (comme la majorité de mes lecteurs, j’imagine) : si on vend son livre sur Smashwords et ses partenaires, il faut remplir un formulaire d’enregistrement auprès de l’IRS, le fisc américain. Sans quoi, Smashwords ne peut vous verser vos royalties.

À mon avis, à moins de vraiment vouloir devenir auto-entrepreneur, mieux vaut s’abstenir.

Mais, bon. À tout le moins, il faut noter que tout cela se fait sans vous infliger, ni à vos lecteurs, le moindre verrou numérique. Quand on sait que les DRM rendent les produits numériques plus chers et moins faciles à utiliser, on appréciera.

Personnellement, je ne pense pas utiliser Smashwords pour vendre des livres numériques, du moins dans un avenir prévisible. (Pour cela, voir plutôt Babelpocket.) Mais comme plate-forme de re-publication et promotion de textes que je mets déjà gratuitement à la disposition du public sous licence Creative Commons, et en parallèle avec Feedbooks, pourquoi pas ?

Un libraire en ligne qui n’aime pas les DRM

Les titres avec DRM, c’est deux fois moins de ventes et nettement plus de SAV : un constat établi chez Immatériel.fr, détaillant en livres numériques.

Problèmes de compatibilité, nécessité d’installer un logiciel spécifique, complexité des transferts sur les liseuses… Pas vraiment user-friendly, tout ça.

Et, chose intéressante, l’absence de DRM n’incite pas spécialement au piratage :

Enfin, notre expérience nous montre que ceux qui déposent les fichiers sur Internet sont majoritairement de faux clients qui utilisent des cartes de crédit volées, et n’ont pas vraiment de scrupules à partager les fichiers, avec ou sans DRM (car bien sûr, les livres avec DRM sont aussi piratés, soit parce que le verrou est cassé, soit parce que la version papier est scannée). Au moins eux ne se plaignent jamais…

En prime, mettre des verrous numériques est un coût supplémentaire, qui se répercute au final sur l’acheteur.

Conclusion : le mieux, ce serait clairement de se passer de ces gadgets qui coûtent cher à tout le monde et n’assurent qu’une sécurité illusoire. Un simple marquage du fichier assure la traçabilité de la vente et sert de « DRM social ».

Hélas, la majorité des éditeurs français ne semble pas prête à entendre ce discours. Pire : certains rajoutent des contraintes supplémentaires, comme l’impossibilité de transférer le fichier livre de l’ordinateur sur une liseuse électronique portable !

De quoi dégoûter a priori les lecteurs des livres numériques. Ou pis, les pousser dans les bras des pirates…