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Pourquoi j’ai rejoint le Parti de la société civile

Aujourd’hui sur LaïcArt.org, mon billet : « Je m’appelle Irène Delse et j’ai rejoint le Parti de la société civile. 

Quand j’avais 17 ans, on a tenté de me recruter dans un mouvement radical et potentiellement violent. À l’époque (1986-1987), il ne s’agissait pas de djihad, certes, mais de trotskisme. N’empêche que le souvenir m’en est revenu, cette année, dans la litanie des commentaires sur les phénomènes de « radicalisation » et leurs causes.

On a beaucoup parlé de la propagande de Daech, l’autoproclamé État islamique, du terreau sur lequel elle prospère, etc. Et si on s’intéressait aux causes qui arrêtent cette plongée de jeunes adultes, parfois d’adolescents, dans un trip mortel ?

« Et en attendant que les masses se soulèvent, il n’était pas interdit, selon elle, de frapper les esprits par des actes tels que l’assassinat de Georges Besse. Pourquoi lui, avais-je demandé ? Elle avait haussé les épaules : c’était un patron, n’était-ce pas suffisant ? »

Par exemple, les livres. Et je dis bien les : comme dans le Nom de la rose, malheureux ceux qui n’ont jamais lu qu’un seul Livre ! Alors que c’est la pluralité de points de vue qui caractérisait mes lectures d’adolescente. Et quand cette amie-qui-me-voulait-du-bien me prêchait que l’avenir, c’était la Révolution et la dictature du prolétariat (oui, elle y croyait, au premier degré et à 100 pour cent), j’avais en moi les ressources pour me dire : « Holà, d’après tout ce que j’ai lu en histoire, pourquoi s’imaginer que l’humanité résoudrait dans un avenir proche les problèmes d’inégalité qui ont toujours existé ? Et pourquoi cette révolution serait plus juste, et moins encline à tourner au carnage, que celles de 1789 ou 1917 ? » Avant qu’on m’objecte que je « fais du cinéma » : la destruction physique de la bourgeoisie était exactement ce que suggérait cette jeune fille qui venait prêcher dans notre lycée, et qui n’a jamais voulu me dire exactement à quel parti ou groupement elle militait. Une destruction « dans le sang », pour faire un « grand nettoyage », tels étaient ses mots. Et en attendant que les masses se soulèvent, il n’était pas interdit, selon elle, de frapper les esprits par des actes tels que l’assassinat de Georges Besse. Pourquoi ? lui avais-je demandé. Elle avait haussé les épaules : c’était un patron, n’était-ce pas suffisant ?

« La fraternité, voilà qui n’était pas un vain mot, chez nous. Et contrairement aux prêcheurs d’absolu, la foi en Jésus telle que ma mère nous la présentait, jour après jour, n’était pas une chose inaccessible : au contraire, tout le monde, tout le monde sans exception, était sauvé. Même Hitler, avais-je demandé ? Oui, me répondit-elle, même Hitler peut se repentir et être changé, et Dieu lui pardonnerait. »

À ce moment-là, évidemment, elle avait compris, et moi aussi, que je n’adhérerai jamais à ce genre de mouvement. J’avais trop lu le Nom de la rose, et la Ferme des animaux, le Journal d’Anne Frank et le Siècle des Lumières d’Alejo Carpentier, et Victor Hugo, et Zola, et puis le Seigneur des Anneaux, et encore les écrits de Simon Leys sur la Chine, pour être autre chose qu’humaniste de cœur. Sans compter un début d’éducation chrétienne, par des parents sincèrement croyants, et tout aussi sincèrement attachés aux réformes de Vatican II. La fraternité, voilà qui n’était pas un vain mot, chez nous. Et contrairement aux prêcheurs d’absolu, la foi en Jésus telle que ma mère nous la présentait, jour après jour, n’était pas une chose inaccessible : au contraire, tout le monde, tout le monde sans exception, était sauvé. Même Hitler, avais-je demandé ? Oui, me répondit-elle, même Hitler peut se repentir et être changé, et Dieu lui pardonnerait. (En théorie, car, admit-elle ensuite, l’hypothèse n’était pas très probable. Mais l’important était que la porte ne serait fermée à personne a priori. J’avais depuis perdu la foi (en lisant le beau livre de Jacques Lacarrière, En suivant les dieux, étrangement…) mais la notion que la douceur était une valeur en soi, que la justice était forcément individuelle et non de classe, voilà qui ne m’avait pas quitté.

« Je me demande comment les jeunes gens et jeunes filles ainsi dragués par les islamistes font pour se préserver. Dans quelles ressources peuvent-ils et elles puiser pour dire non à ceux qui veulent les entraîner dans une guerre de religions ? »

Je n’ai jamais raconté à ma mère ces conversations avec une personne qui voulait que je participe à des actes brutaux. Pourtant, je pense qu’elle n’aurait pas eu à rougir de la réaction de sa fille face à une tentative de radicalisation. Aujourd’hui, et toutes proportions gardées (car les idéologies révolutionnaires marxistes étaient sur le déclin en 1986, alors que l’islamisme politique est encore dans une phase ascendante et peut se targuer de divers succès), je me demande comment les jeunes gens et jeunes filles ainsi dragués par les islamistes font pour se préserver. Dans quelles ressources peuvent-ils et elles puiser pour dire non à ceux qui veulent les entraîner dans une guerre de religions ?

Et la question se pose aussi pour les jeunes qu’un autre extrémisme politique veut prendre dans ses filets, d’extrême-droite celui-là. Ces sirènes-là ne chantent plus la lutte des classes, ni le djihad, mais une identité blanche et souvent catholique (mais pas du genre tolérant !), souvent aussi un régionalisme étroit, refermé comme une huitre sur quelques traditions qui cachent un déficit d’identité plus qu’elles ne la préservent.

Ce sont des questions que je me suis posées au lendemain du 13 novembre. Et aujourd’hui encore, elles se posent de façon brûlante. Je n’ai pas l’impression qu’on se les soit beaucoup posées, au niveau du gouvernement et dans les instances sensées faire de la prévention. Pas plus que les journalistes n’ont (à ma connaissance) exploré cet angle. Et les associations, sur le terrain, s’attellent à bien des sujets, mais guère celui-là.

« C’est pour cette raison, et pour d’autres, que, moi aussi, je ressent le devoir de participer à ce mouvement que nous nommons Parti de la société civile : parce que personne ne représente mes idées. Parce qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Parce que la France vaut la peine qu’on fasse pour elle ce qu’on ferait pour soi. Parce que la démocratie ne s’use que si on ne s’en sert pas. »

Salut, Benoît, c’est Ahmadinedjad…

Il y a des soutiens dont on se passerait… C’est du moins ce qu’a dû se dire le pape Benoît XVI en recevant l’autre jour une lettre de Mahmoud Ahmadinedjad, le très sulfureux et très médiatique président iranien, pour lui demander de faire front commun avec lui contre l’esprit laïque à l’occidentale. Entre «religions divines» [sic], il paraît qu’on peut s’entendre?

(Au passage, merci à OldCola pour le lien.)

Enfin, c’est du moins ce qu’affirme le site Internet de la présidence iranienne, (bonjour l’opération de com’). D’après la dépêche de l’Associated Press:

The Vatican did not release the contents of the message, but the website of the Iranian presidency said that Ahmadinejad had called for cooperation by «divine religions» against secularism.

Oh, ho. Le Vatican, lui, confirme juste avoir reçu la missive, mais ne commente pas le contenu et ne précise pas si le pape a l’intention de répondre… Prudence, prudence!

C’est vrai qu’il y a de quoi semer le trouble chez les catholiques – encore un exemple de «c’est dur d’être aimé par des cons»?

Mais c’est aussi intéressant de voir comment, au-delà de tout prétendu choc des civilisations, une même logique anti-laïque et anti-humaniste anime le «chef spirituel» des catholiques comme le leader politique d’un État islamiste. Car c’est bien le même langage qu’on a encore récemment entendu lors de la visite papale en Grande-Bretagne: haro sur la «sécularisation», le «matérialisme» et même «l’extrémisme humaniste»!

(À croire qu’il s’agit d’un copier-coller.  Tss, quel mauvais esprit!)

Et pourtant, il n’y a rien de plus stimulant, pour l’optimisme, qu’un dialogue franc et serein entre les religions… Pas vrai?

Aider le Pakistan avec la Fondation Richard Dawkins (Non-Believers Giving Aid)

Il paraît que les particuliers se mobilisent peu pour aider le Pakistan, qui vit toujours une situation humanitaire catastrophique après les inondations: risques d’épidémies, populations déplacées, orphelins, sans-logis, etc. Hier, on apprenait sur BBC News que ce pays avait même accepté l’aide d’urgence débloquée par l’Inde, malgré tous les contentieux entre les deux.

Il y a pourtant des façons simples d’agir. Personnellement, j’ai fait un don à Non-Believers Giving Aid (Aide Non-Croyante), une émanation de la Fondation Richard Dawkins, qui collecte des fonds pour deux ONG humanitaires non-confessionnelles, Médecins Sans Frontières et la Croix-Rouge Internationale.

Parce que les cataclysmes n’ont pas de frontières, de religion ni de couleurs. Et parce les non-croyants ne sont forcément pas les derniers à être charitables, même si le mème de la générosité athée est encore à imposer. Comme pour Haïti voici quelques mois, la RDF (Richard Dawkins Foundation) fait en ce moment une campagne de collecte de fonds pour les sinistrés au Pakistan. Et si on s’intéresse au mouvement humaniste, c’est aussi faire d’une pierre deux coup, en montrant, par l’exemple, ce nous pouvons faire de bien.