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En passant

Dans le blogue qu’il tient sur Rue89, l’écrivain de polars bien français (mais oui!) Mouloud Akkouche se fait observateur de l’actu, rubrique «sujets de société», et ce qu’il dit est marqué au coin du bon sens. J’aime bien son billet … Lire la suite

Pour regarder en face les ombres

Deux jours avant les rassemblements prévus le 4 septembre 2010 à l’appel des associations de défense des droits de l’homme, à l’occasion du 140e anniversaire de la République… Je ne peux que reproduire le texte envoyé par l’écrivain Patrick Chamoiseau pour soutenir ce mouvement de protestation contre les dérives xénophobes du gouvernement français:

(Existe aussi en haute définition: cliquer ici.)

Source: Microcassandre.

À reproduire et diffuser largement.

Scier la branche, version édition numérique

Il ne manque pas d’air, Andrew Wylie. Ni d’estomac. L’agent littéraire anglais de plusieurs superstars de l’édition (Philip Roth, Salman Rushdie, Martin Amis, Norman Mailer…) ne veut plus se contenter de négocier les contrats d’édition, de traduction et d’adaptation de ses clients, mais carrément devenir leur éditeurde facto – pour ce qui est des versions numériques de leurs livres, grâce aux bons offices d’Amazon.

Ce qui rend les éditeurs, anglais, français et autres, livides de colère. Et d’angoisse, bien sûr.

On peut les comprendre. Après avoir aidé ces écrivains à connaître la gloire, ils se font traiter comme de vulgaires prestataires de services que l’on quitte lorsqu’ils ne donnent plus 100% satisfaction. Le partenariat classique entre auteur et éditeur? Fini. Les agents avaient déjà enfoncé un coin entre les deux, certes; et la promptitude de nombreux grands éditeurs à offrir des contrats alléchants aux auteurs dans la phase d’ascension de leur carrière pour les persuader de quitter le petit éditeur qui les avait découverts n’était pas faite pour inverser la tendance!

Avec un peu de cynisme, on pourrait conclure que ces grands éditeurs ne reçoivent que la monnaie de leur pièce, et que le rôle de l’éditeur comme découvreur et accompagnateur de talent est désormais rempli (dans le monde anglo-saxon, du moins) par des agents, et que l’éditeur classique se confondra de plus en plus avec un fabricant/vendeur de livres.

Mais… Il y a un «mais», et de taille.

La particularité de l’éditeur «classique», c’est bien de joindre deux fonctions complémentaire en une seule structure: l’une de choix et de validation des textes; l’autre de promotion et de commerce des livres. Un bon éditeur est censé savoir équilibrer les deux, le commercial et l’artistique, et contrebalancer des titres faciles à vendre (auteurs déjà établis, sujets chocs, etc.) avec d’autres d’abord plus exigeants, mais qui deviendront souvent les références littéraires de demain. Exercice délicat mais indispensable si on veut être autre chose qu’un marchand de papier.

Dans le domaine du livrel (dites ebook ou livre numérique si vous voulez), le système de base n’est pas différent. Seuls les intervenants peuvent changer: les préparateurs numériques (ou packagers, en V.O.) prennent la place des imprimeurs; les plate-formes de téléchargement celle des distributeurs, diffuseurs et souvent des libraires.

Et les agents, dans tous ça? Eh bien, ils sont censés se mettre au service des auteurs, mais aussi souvent d’éditeurs étrangers à la recherche de textes à traduire, ou d’artistes de l’audio-visuel, du théâtre, etc., pour des adaptation. Rien d’étonnant donc à ce qu’un agent négocie les droits numériques sur les livres, se faisant l’intermédiaire entre auteurs, éditeurs et plates-formes de diffusion numérique. Jusque là, rien que de très normal.

Mais si, comme Andrew Wylie, on veut se passer carrément de l’éditeur pour la publication de livre numérique…

Eh bien, logiquement, il devra faire lui-même le boulot de l’éditeur.

Vous me direz: ça ne risque pas de lui peser beaucoup, vu qu’il ne travaille qu’avec des auteurs ultra-confirmés. Pas besoin de plonger dans la masse grise des manuscrits «sauvages» à la recherche d’une perle rare, pas besoin de ramer pour convaincre les journalistes, les distributeurs et les libraires que c’est sûr, c’est certain, vous avez dégotté un(e) auteur(e) qui ira loin, et qu’eux aussi doivent lui donner sa chance. Pas besoin de trembler chaque fin de mois en attendant les chiffres de vente…

Mais cela montre aussi les limites de l’exercice. Un agent qui veut se passer des éditeurs ne peut pas le faire sans devenir éditeur, à moins d’être un superprédateur squattant le sommet de la pyramide écologique éditoriale.

Et encore… Enlever aux éditeurs les bénéfices sur la vente de livres numérique (dont le poids économique augmente vite – demandez à Amazon.com) sur leurs auteurs les plus profitables, c’est revenir au cas de figure du grand éditeur qui débauche les auteurs découverts par de plus petits, les condamnant ainsi à ne jamais grandir. L’agent ou autre prestataire qui se comporte ainsi va finir par scier la branche éditoriale sur laquelle il est confortablement assis…

En effet, comment pourra-t-il à l’avenir piquer aux éditeurs les auteurs à succès si les éditeurs ne peuvent plus bénéficier de ce succès? Autant, pour un éditeur, mettre la clef sous la porte.

(Ou se diriger vers le compte d’auteur… Certains éditeurs anglo-saxons ayant pignon sur rue le font déjà, plus ou moins discrètement.)

Se passer d’éditeurs? Seulement si vous en devenez un vous-même, monsieur l’agent.

Oh, ces écrivains !

Allons bon, un éditeur m’écrit… C’est Le Pont du Change, une petite maison d’édition fondée à Lyon en 2009 par Jean-Jacques Nuel. (Un ancien de la galaxie Calcre, si cela vous dit quelque chose.)

Pourquoi ? Eh bien, pour signaler la parution de Tu écris toujours ? Manuel de survie à l’usage de l’auteur et de son entourage, de Christian Cottet-Emard. Un recueil de chroniques d’humeur et d’humour dont plusieurs ont paru précédemment dans le Magazine des Livres. On peut juger sur pièces en téléchargeant un extrait sur Feedbooks :

Votre écrivain est infernal et vous ne savez plus comment vous y prendre avec lui : avez-vous pensé à vous équiper d’un cochon d’Inde ? En observant attentivement ce petit rongeur, vous verrez que votre écrivain et lui ont beaucoup de points communs.

Par exemple, il existe bien sûr des élevages de cochons d’Inde mais savez-vous qu’on peut aussi faire de l’élevage d’écrivain ? Mais oui, dans des lieux très variés comme certaines grandes maisons d’édition et dans les universités américaines. Quelques organismes publics pratiquent aussi l’élevage d’écrivain mais leurs résultats sont aléatoires. Souvent, les écrivains ainsi élevés (par les bourses) s’habituent et, une fois lâchés par l’éleveur, ils n’arrivent plus à s’adapter au retour à la vie sauvage. C’est bête.

[…]

Le cochon d’Inde, que la nature n’a pas doté de moyens de défense très efficaces, compense ce handicap, lorsqu’il est agressé, par toute une panoplie de comportements théâtraux censés impressionner ou déstabiliser l’adversaire (mâchoire ouverte, agitation, poils hérissés). Parfois, les écrivains le font aussi, même à la télévision, mais comme ils sont habillés, on ne voit pas leurs poils.

(Extrait de Tu écris toujours ? de Christian Cottet-Emard, éditions Le Pont du Change, 2010. Informations & bon de commande chez l’éditeur.)

La zoologie au service des auteurs en milieu hostile ? Attention, esprits chagrins s’abstenir !

Alexandre Dumas, les Noirs et le star-system

Racisme ? Communautarisme ? Pour comprendre la polémique sur L’Autre Dumas, film à grand spectacle et (probablement, hélas) occasion manquée, il est bon de lire cet article de Claude Ribbe, dans Jeune Afrique.

Écrivain et historien, Ribbe se définit comme originaire de Guadeloupe et de la Creuse. Et il a consacré à Alexandre Dumas une biographie, Le Diable noir. Car l’auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo, cet écrivain français métis dont le père était né esclave à Haïti, se définissait lui-même comme un « nègre aux cheveux crépus ». Et son teint de peau tirait plus sur le café au lait que sur les pétales de roses !

On le sait, vous me direz… Mais depuis combien de temps ? Dumas, férocement raillé et caricaturé de son vivant sur cette négritude, qu’il assumait d’ailleurs crânement, a longtemps été perçu comme un grand-écrivain-français, point, c’est tout. Et ce qui est français est universel, et ne devrait donc pas afficher de particularités raciales… Sauf blanches, mais on ne le dit pas. Bref, la mémoire d’Alexandre Dumas a été pieusement blanchie par omission.

Et encore aujourd’hui, quand des producteurs français, avec le soutien d’une chaîne de service public, financent un film sur Alexandre Dumas, non seulement le terme de « nègre » n’y est employé que pour désigner son collaborateur discret, Auguste Maquet, mais on embauche pour cela un acteur bien blanc, Gérard Depardieu.

Il faut croire que dans leur logique, seul le nom d’une méga-star dans le rôle titre pouvait permettre le succès du film, qu’ils auront sans doute à vendre à l’étranger. Et s’il n’y a pas d’acteur métis de cette envergure dans le monde du cinéma français, tant pis pour l’exactitude !

Dommage, car il aurait sans doute aussi bien été possible de trouver un acteur un peu moins connu, mais de faire le film pour moins cher. Et de rentrer quand même dans ses frais, tout en donnant à un acteur originaire des « minorités visibles », comme on dit, l’occasion de briller. Chacun ses priorités…

Mais non, Dumas sera incarné par un blond portant une perruque. Et le film, bâti sur une rivalité Dumas-Maquet montée en épingle, manquera l’occasion d’explorer les péripéties traversées par l’écrivain en raison de ses origines et de son faciès. Au lieu d’un film qui familiarise, voire réconcilie, les Français avec cette part de négritude dans leur héritage, on a un film qui fait seulement de Dumas – ô ironie ! – un « négrier » littéraire. Et en réhabilitant le collaborateur invisible du grand écrivain, on contribue à garder dans l’ombre les artistes français noirs ou métis.

Chose ironique, le réalisateur choisi pour le film, le Bayonnais Safy Nebbou, est lui-même de père algérien. Son nom et son visage ne laissent aucune illusion sur ses origines peu gauloises… Mais on dirait qu’il est plus facile pour le cinéma français – et son public – d’accepter un « sang-mêlé » derrière la caméra que devant ! Histoire de mieux s’identifier aux personnages du film, direz-vous ?

Aïe. Et voilà que ressurgit cette satanée « identité » française…

Il paraît que Gérard Depardieu « se fout d’être français ». Certains le blâmeront pour cette franchise, sans doute. Mais j’avoue, parfois, que je le comprends.

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« Mais très certainement. Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, monsieur : ma famille commence où la vôtre finit. » – Alexandre Dumas père, à un fâcheux qui lui demandait s’il s’y connaissait en « nègreries ».