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C’est beau la démocratie

Photo : carte électorale avec cachet des deux tours, les 23 avril et 7 mai 2017

A voté ! Présidentielle 2017, objet collector

Et, oui, c’est plus facile à dire quand c’est mon candidat qui gagne. Mais il y a bien plus…

Ce fut une longue journée pour moi, puisque je m’était portée volontaire pour être assesseur(e) – situation inédite de l’absence des partis habituels au second tour. Et à Paris, en tout cas, seul En Marche s’était organisé pour démarcher les sympathisants, les former, etc. Ça m’a donné l’occasion de vivre une élection côté coulisses, et apprécier l’organisation nécessaire pour faire tourner un bureau de vote. Et la minutie que cela implique.

Et puis observer les gens : ils sont venus de tous âges, de toutes conditions sociales. Des parents qui amenaient leurs jeunes enfants, ce qui faisait de la sortie une « leçon de choses » d’éducation civique. Des gens qui venaient manifestement directement du travail en cuisine dans un resto du coin. Un certain nombre étaient là à contre-cœur, et faisaient un vote de raison pour le moins mauvais choix. Il y avait des impatients, des distraits, des bavards, des résignés. Mais tous étaient là pour participer. Pour choisir la façon dont ils entendent que le pays soit dirigé.

C’est ce socle commun qui m’émerveille. Des gens très différents, qui ne sont pas d’accord sur grand chose, le sont au moins assez pour faire fonctionner cette machine complexe qu’est une démocratie moderne. C’est un processus qu’on valide en y participant – tout comme le mouvement qui se prouve… en marchant ! 

Où je réponds à une requête Google: droit de vote et gens du voyage

Ces temps-ci, il arrive assez souvent qu’un quidam arrive en tapant «droit de vote des gens du voyage» dans un certain moteur de recherche dont le nom commence par G. (Parfois aussi par B, mais c’est plus rare.)

Cher internaute, ne cherche plus: la réponse est ici.

En bref: s’ils ont la nationalité française (comme c’est en majorité le cas), les gens du voyage peuvent évidemment voter. Mais, et c’est là que ça coince, en pratique, les lois auxquelles ils sont soumises (carnet de circulation, condition pour s’inscrire sur les listes électorales…) rend difficile pour eux l’exercice de ce droit. Et moins risqué, pour le gouvernement, de les montrer du doigt en guise de boucs émissaires.

Le diable est décidément toujours dans les détails…

Le réseau, la neutralité et le député

Internet est conçu pour une extrême résilience. Mais sa neutralité, elle, n’est pas garantie. À moins que la Démocratie 2.0, possible justement grâce au réseau, ne réussisse à préserver ce qui a fait jusqu’ici la richesse et la puissance dudit réseau?

Le blogue de Framasoft fait aujourd’hui le point sur la neutralité du Net et sur ceux qui l’attaquent, en France comme ailleurs – mais aussi sur ses défenseurs. Et reproduit la tribune du député PS de la Nièvre Christian Paul parue le 16 août dans Numerama: «Proposition de loi visant à garantir le principe de neutralité de l’internet, et son contenu»

Le texte de la proposition a été officiellement transmis au président du groupe socialiste à l’Assemblée, comme de juste.

Mais il est aussi en ligne sur le blogue de Christian Paul, afin que chacun et chacune puisse le lire, discuter, amender, bref participer, grâce à un outil (forcément) libre, co-ment. Surtout, ne pas hésiter.

Contre-modèle de gauche? Et si on repartait des bases…

Dommage que même des gens intelligents en viennent à opposer l’affaire Woerth et «l’insécurité» comme choses qui préoccupent les Français. Comme si c’était légitime. Les chiffres presque soviétiques d’un sondage de la Pravda, pardon, du Figaro, «veulent dire quelque chose», paraît-il. Et la gauche (qui, il faut l’avouer, réagit en désordre et donne l’impression d’être assez larguée) se voit reprocher de se voiler la face, d’avoir échoué, etc.

Quelques petits rappels:

1) La gauche n’est plus au pouvoir depuis 2002… Huit ans de gouvernement UMP et le sentiment d’insécurité est toujours plus fort? J’en connais qui devraient balayer devant leur porte.

2) Pendant ce temps, et ce d’après les propres chiffres de la police, les crimes de sang et les vols sont en diminution depuis plusieurs années en France. Et les auteurs des crimes les plus graves sont le plus souvent (combien de fois faudra-t-il le dire?) des proches des victimes. On est plus souvent assassiné(e), battu(e) ou violé(e) par un conjoint, un parent, un collègue, un voisin. (Et  les jeunes sont bien plus souvent victimes de violence que les vieux.) Mais la société dans son ensemble se civilise, se pacifie, n’en déplaise à ceux qui, au plus haut sommet de l’État, trouvent opportun d’attiser le catastrophisme. Peut-être est-ce justement pour cela que les crimes restants deviennent de plus en plus intolérables?

3) Les sondages ne sont pas un simple thermomètre de l’opinion, mais des outils pour la manipuler. Tout le monde le sait, mais trop de gens font comme si de rien n’était. Demander «Êtes-vous favorable au démantèlement des camps illégaux de Roms» et pas «Êtes-vous favorable à une sanction des préfets qui n’appliquent pas la loi du 5 juillet 2000 sur la construction des aires d’accueil», ce n’est pas neutre.

4) Pour revenir à l’étrange opposition de «l’insécurité» aux affaires Worth, Bettencourt, César, etc., sans parler de celle de Karachi: dire que les gens se préoccupent moins de la crapulerie d’État que de celle des voleurs à la tire, n’est-ce pas aussi reconnaître la tendance des citoyens lambda à baisser les bras devant une délinquance qui les dépasse, parce que ses auteurs sont trop haut placés pour la justice ordinaire? Et que faire des règles différentes pour des catégories de citoyens différentes – gens du voyages, Français d’origine étrangère – procède du même principe anti-démocratique et anti-républicain d’inégalité devant la loi que l’impunité dont bénéficient les ministres et les milliardaires.

5) La première des insécurités en France aujourd’hui, qui se double d’ailleurs d’une bonne dose d’inégalité, c’est l’insécurité économique. Je n’ai plus trop le courage ces jours-ci d’écouter les journaux de France Inter, mais heureusement que certains sur Twitter le font et rapportent des horreurs de ce genre:

@Vogelsong: Entendu sur #f_inter « 250 000 emplois détruits, mais bonne nouvelle l’interim se redresse » [5 août 2010, 19h10]

Voilà, quelques petites données de base sur la France de 2010 que la gauche ferait bien de reprendre à son compte. Ou à tout le moins d’essayer.

L’égalité de tous les citoyens devant la loi (un principe clef de la démocratie et de l’État de droit, que même le New York Times rappelle aujourd’hui à l’occupant de l’Élysée) et la responsabilité individuelle au lieu de la condamnation en vrac de catégories sociales ou ethniques en guise de boucs émissaires: voilà sur quoi les opposants à la politique racialiste et xénophobe du gouvernement devraient s’appuyer, s’ils veulent vraiment sortir de cette tendance fachistipète…

En attendant, on peut se préparer pour le rassemblement du 4 septembre 2010 contre la politique du pilori, au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Cela se passe à 14h à Paris et dans d’autres villes de France, place de la République – cette République qui est la nôtre depuis un certain 4 septembre 1870, avec pour seule interruption celle du régime de Vichy. Tout un symbole.