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Pourquoi les gens du voyage? Pensez listes électorales…

Pourquoi le pouvoir, en France, a-t-il choisi de taper sur les gens du voyage (d’ailleurs confondus un peu vite avec les Roms, qui ne vivent pas forcément de façon nomade)? Pourquoi l’Élysée a-t-il refusé hier de recevoir leurs associations?

On comprend facilement la recherche de boucs émissaires pour détourner l’attention des scandales en cours. On comprend aussi que l’exécutif et ses relais UMP jouent sur du velours, vu que les nomades (réels ou supposés) sont encore et toujours vus avec suspicion dans un pays où un présidentiable, puis en président, ne craint pas de reprendre le concept, cher à Mauriac et Pétain, de la terre-qui-ne-ment-pas.

Le bon Français enraciné contre le métèque apatride, voleur de poules, criminogène… Vieux cliché, mais qui hélas continue à titiller les vieux réflexes.

Pire, l’Union européenne dans son ensemble n’offre pas un tableau glorieux. Les Roms, Gitans, Tziganes ou Yéniches sont encore et toujours mal considérés, mal traités, soumis à des vexations administratives diverses mais aussi à la violence raciste, vivant de façon précaire, en marge du marché du travail.

L’une des conséquences les plus perverses de cette précarité et de cette méfiance institutionnelle, c’est qu’il leur est particulièrement difficile de s’inscrire sur les listes électorales, donc d’accéder à un réel poids politique dans les pays où ils vivent.

Il faut lire cet article de RFI sur les conditions de vie en France des gens du voyage.

Il s’agit de citoyens français et pourtant, ils ont un statut d’exception. Au quotidien, ils ne sont en effet pas soumis aux mêmes règles qu’un citoyen français lambda, et ce dans plusieurs domaines comme l’explique Milot.

«Il faut savoir que nous, gens du voyage, nous vivons avec un carnet de circulation. Ce carnet, on est obligé de l’avoir, et on doit également, tous les trois mois, aller à la police ou à la gendarmerie pour le faire signer. Il faut attendre trois ans pour avoir un droit de vote. Il y a des quotas dans les communes où on est rattachés, c’est-à-dire qu’il ne peut pas y avoir plus de 3% de gens du voyage… Et tout ça, ça crée du racisme et de la discrimination».

Du côté de la ligue des droits de l’homme, on parle même de «droit policier». Malik Salemkour prend l’exemple du droit de vote.

«Pour s’inscrire sur les listes électorales, vous et moi, il nous faut six mois de résidence dans une commune. Même chose pour les SDF. Un sans domicile fixe domicilié dans un centre d’action social peut voter au bout de six mois. Mais pour les gens du voyage, détenteurs d’un carnet et d’un livret de circulation, il leur faut trois ans de rattachement continu à une commune… ce qui est évidemment un frein à la citoyenneté».

Un frein à la citoyenneté, à l’exercice normal des droits et devoirs de tout membre de la communauté nationale. Un frein à la libre expression des opinions politiques et du droit de participer au choix des élus qui nous gouvernent. Bref, une exclusion de fait du statut de citoyen.

Faut-il s’étonner si l’exécutif, d’ordinaire si attentif à toute revendication communautaire ou corporatiste, se ferme cyniquement yeux et oreilles quand il s’agit des nomades?

P.S. du 30/07: Ne pas manquer non plus le billet de MicroCassandre sur les idées reçues à propos des gens du voyage, et ce qu’il en est en réalité.

Si, si, le gouvernement a changé… de bouc émissaire!

Les affaires? Quelles affaires? Vite, regardez plutôt ce beau Tour avec des coureurs presque pas dopés! Et ces histoires d’in-sé-cu-rit-é? Ça plaît toujours, ça, l’insécurité. La preuve, le préz’ et sa famiglia politique enfourchent ce dada plusieurs fois par an depuis son élection – comme si elle n’avait servi à rien, puisque c’était déjà l’alpha et l’oméga de sa campagne.

Nooon? On nous aurait menti?

Ah, le sécuritarisme! C’est bien pratique, mais pas question de se pencher sur des questions qui pourraient déboucher sur une remise en cause de la politique actuelle, hein! Du genre, le non-remplacement de départs à la retraite dans les forces de l’ordre, le sacrifice de la gendarmerie (et de sa culture de «police de proximité») pour des questions de rentabilité, la valse des préfets depuis 2007, ou encore des économies faites sur le dos de l’école, des associations d’insertion…

Non, les problèmes concrets et leur résolution, c’est ringard! Place à cette pièce de choix de la com’ sarkozyste: le bouc émissaire ethnique.

Et comme la ficelle du trop vague jeune-de-banlieue devient un peu usée, comme taper sur les Noirs ou les Arabes est trop manifestement raciste, il suffit de changer un peu de cible. Et voilà: l’ennemi, à présent (puisqu’il paraît que c’est une «guerre»…), ce sont ces moutons noirs de «gens du voyage», ou encore les Roms, puisque le préz’, qui prétend sans rire ne pas vouloir stigmatiser une communauté, emploie les deux termes indifféremment. Alors même que la plupart de ces gens du voyage (c’est une catégorie administrative) ne sont pas roms, et que seule une minorité des Roms de France vivent de façon nomade.

C’est facile, de montrer du doigt, quand votre vision du monde est aussi simpliste.

Tout juste s’il admet du bout des lèvres que ces nouveaux objets de son ressentiment sont «parfois même français»… Aaah, oui, mais c’est qu’il y a les bons et les mauvais Français; et les mauvais ont généralement la réputation de venir d’ailleurs et de ne pas être attachés à la terre (celle qui ne ment pas). Ce n’est pas not’ bon Maréchal qui aurait dit le contraire.

Mais il faut croire que le préz’ connaît bien ses Français: sur la Toile, à peine l’ennemi désigné, voilà que les trolls racistes débarquent avec leurs gros clichés pour envahir les commentaires du moindre billet évoquant avec sympathie les Gitans ou les gens du voyage!

Évidemment, c’était le but de l’opération. Car pendant ce temps-là, on ne parle plus (trop) des millions versés à Liliane Bettencourt aux frais du contribuable; ni des emberlificotages de Woerth, du juge Courroye et des autres dans les conflits d’intérêt. On évite d’évoquer le coup des sous-marins vendus à la Malaisie, délicat mélange de corruption et de subvention aux frais du contribuable (merci encore!) de notre belle industrie d’armement que le monde envie.

Et bien entendu, silence dans les rangs sur les morts de Karachi et les liens avec le financement d’une campagne RPR anti-Chirac en 1995…