Archives de Catégorie: Métablogage

En passant

♫ Il est passé par ici, il repassera par là… Le robot de collecte du Web (dépôt légal numérique) de la BnF.

Pause.

Pas de billet depuis un moment, je sais, je sais. La Vraie Vie™ est une source inépuisable d’occupations qui empêchent de bloguer… Bref, juste un petit mot pour dire: oui, j’existe. Non, ma santé ne cause pas d’inquiétudes. C’est juste que j’ai réellement autre chose à faire ces temps-ci, et cela risque de durer encore un bon petit moment. Merci de votre attention et de votre patience. Et peut-être à bientôt (ou à plus tard, qui sait). Ciao. Bye.

Pourquoi je blogue sous nom de plume

Entre autres choses, parce que je veux pouvoir mettre une cloison entre mes employeurs et moi-même; et, lorsque je dis ce que je pense, ne pas risquer de perdre mon job.

Histoire par exemple d’éviter le genre de mésaventure qui vient d’arriver à un épidémiologiste américain (qu’on ne désignera ici, pour ne pas lui causer plus d’ennuis, que [correction suite au dernier billet de Liz Ditz] sous l’étiquette de Mr. Epi, et l’affaire en question, #EpiGate) dont le « vrai nom » figurait sur son blog et sa page Twitter, et qui travaille dans un département de santé publique. Là-bas aussi, il y a une sorte de devoir de réserve pour les “civil servants”… Et son employeur vient de lui signifier qu’il devait choisir entre cesser son activité en ligne de critique des pseudo-sciences (et notamment d’un sujet très sérieux sur le plan de la santé publique, les mouvements anti-vaccination, sur lequel ce blogueur était capable de parler en toute connaissance de cause) – ou bien perdre son emploi.

Ils auraient été soumis à des pressions juridiques, notamment de la part d’un individu qui a revendiqué lui-même avoir œuvré à faire taire le blogueur. Ce charmant fauteur de harcèlement en ligne serait un certain Rhett S. Daniels, entrepreneur dans l’industrie pharmaceutique et (tiens, tiens!) activiste anti-vaccins, qui semble un peu moins fier maintenant que le projecteur commence à se braquer sur lui…

Après s’être vanté d’avoir employé son argent et ses avocats pour faire pression sur un blogueur indépendant, et proféré des menaces contre d’autres blogueurs sceptiques et scientifiques (oui, jusqu’à des menaces contre leur famille), il s’est mis depuis quelques jours à tenter d’effacer son activité en ligne sur Facebook et autres sites… Oh, comme c’est embarrassant, n’est-ce pas!

Entre parenthèses, voilà un nouvel exemple de l’importance du pseudonymat pour une vraie liberté d’expression… Et une triste illustration du genre de choses que la politique des « vrais noms » de Google+, Facebook ou encore Science Blogs ne peut que favoriser.

Ironie du sort, le blogueur qui doit ici se taire a été victime d’une absence de pseudonymes, et son harceleur tout autant. La différence réside dans les moyens d’action. Le second a l’avantage sur le plan du poids économique… Mais ce genre de chose ne compte guère, voire peut se retourner sur vous, devant le tribunal de l’opinion publique.

C’est aussi, incidemment, une impeccable réfutation de la trop rebattue G.I.F.T., n’est-ce pas…

En revanche, une identité en ligne distincte de l’identité légale (familiale, professionnelle, etc.) mais cohérente, soutenue sur le long terme, et utilisée de façon responsable, est aussi « réelle » et fiable qu’un « vrai nom ». Bref, et si on essayait un nouveau théorème, hmm?

Pseudonyme + temps (en Années) + Responsabilité = Fiabilité (d’Après InterneT).

Ou, en abrégé, P.A.R.F.A.I.T. (1)

(Je sais, je sais, il faut un peu bidouiller pour arriver au résultat. Mais c’est en accord avec la tradition de s’amuser avec les acronymes, n’est-ce pas?)

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(1) Et en anglais, on pourrait dire, heu… ‘Nym + Years + Consistency = Kudos? N.I.C.K. is not much one for G.I.F.T. but he’s a real useful guy to have with you online. 😉

Fukushima, la désobéissance, un héros… et un billet trop vite tapé

Vous vous souvenez d’un fugitif billet sur « le héros anonyme de Fukushima », publié ici hier, puis disparu du flux d’infos de mon blogue? Voilà ce qui s’est passé.

Parfois, on blogue dans l’urgence, dans l’enthousiasme, ou bien simplement à une heure où on ferait mieux d’aller dormir. C’est ce qui m’est arrivé hier soir, et qui a conduit a un billet trop vite posté, puis retiré. D’où un peu de confusion. Veuillez accepter mes plus plates excuses.

Hélas, l’url avait eu le temps de passer sur Twitter, Facebook, Netvibes, etc., et même été reprise dans le Rezo.net du Monolecte, ce qui est flatteur mais n’a fait qu’apporter des visiteurs sur une page vide… Prenons donc le temps de rectifier un peu le tir. D’autant que cela permettra peut-être de tirer quelques enseignements utiles sur la tension permanente entre storytelling et fact-checking dans le commentaire d’actualité.

Donc, retour sur Fukushima, trois mois après.

Hier soir, je vois passer dans mon Twitter un lien vers un article d’Atlantico, daté du 5 juillet, sur le « héros anonyme de Fukushima », celui qui aurait évité une catastrophe d’encore plus grande ampleur en désobéissant aux ordres directs de ses supérieurs.

Schéma de l'accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi (Wikimedia Commons)

Voilà un sujet passionnant! C’est un scénario en or: un individu en butte à un danger gigantesque et à de lourdes responsabilités, seul capable de prendre la décision critique au dernier moment; les possibles conséquences épouvantables (l’équivalent de trois Tchernobyl dans le nord du Japon)…  Et tout cela « en désobéissant aux consignes de la direction de l’entreprise » – ayant tendance à me méfier toujours un peu, moi aussi, des détenteurs de l’autorité, surtout capitalistes, je ne pouvais que sympathiser.

J’ai donc tapé rapidement un billet, conseillé la lecture de l’article tout en en résumant l’essentiel. Et puis pour faire bonne mesure (et comme j’aime bien quand même fouiller un peu), j’ai suivi le lien donné à la fin vers la source utilisée par le rédacteur anonyme d’Atlantico: un article du physicien Michio Kaku dans le blog anglophone Big Think.

C’est là que quelques petits voyants d’alarme commencent à s’allumer dans mon cerveau. Hélas, l’état de privation de sommeil n’est pas très propice à la réflexion et aux décisions prudentes.

Premier hic, qui saute aux yeux: Atlantico a publié son texte le 5 juillet, mais l’article de Kaku date du 17 juin 2011. Temps de traduire, ou juste de trouver un créneau propice (et avec l’actualité chargée en France au chapitre politico-sexuel, comme on sait, ce n’est pas évident)… N’empêche, je commence à me demander s’il n’y aurait pas eu des nouvelles plus fraîches depuis.

J’aurais pu remettre le billet à plus tard et faire d’autres recherches. Vérifier les faits, fact-checking, tout ça. Mais je passe.

Autre petit problème: l’article de Big Think est plus long et détaillé que celui d’Atlantico, et soulève plus de questions. D’abord, le nombre de réacteurs en danger: la centrale de Fukushima Daiichi comptait six réacteurs nucléaires, dont trois, selon les informations disponibles aujourd’hui, montrent tous les signes d’avoir commencé à entrer en fusion lors de l’accident. Ces trois réacteurs, affirmait Michio Kaku, auraient chacun pu donner lieu à une explosion nucléaire de l’ampleur de Tchernobyl s’ils n’avaient pas été refroidis à temps par une mesure désespérée: l’injection d’eau de mer, puisque les systèmes de refroidissements normaux étaient hors service suite au séisme et au tsunami.

C’est ce recours à l’inondation des réacteurs par l’eau de mer qui a constitué une violation des consignes données par la direction de l’entreprise électrique Tepco, propriétaire de la centrale. Eux auraient voulu préserver les réacteurs de la corrosion par l’eau salée, afin de pouvoir remettre en route la centrale après l’accident.

Dans l’état actuel des choses, évidemment, les trois réacteurs sont irrécupérables – mais les informations obtenues depuis laissent à penser qu’ils étaient perdus de toute façon.

Mais qui a pris la décision d’inonder les réacteurs? Qui a, selon le physicien Michio Kaku, empêché la fusion totale des trois réacteurs en désobéissant à Tepco? L’article paru dans Big Think le 17 juin parle de « l’opérateur du réacteur » (the reactor operator) et dit que cet homme doit « être considéré comme un héros ». Cependant il n’est pas de mention d’anonymat, bien que l’article ne cite pas son nom. Et pourtant Atlantico fait comme si l’identité même de cette personne était inconnue.

Hier soir, au moment de lire tout cela, je n’ai pas levé le sourcil. J’aurais dû.

Il y avait tout de même une chose qui me tracassait: qu’était exactement ce reactor operator devenu un héros à Fukushima? Était-ce bien un technicien, comme le décrivait l’article d’Atlantico? En somme, ce qu’on appelle en français un opérateur pilote de tranche (un technicien qui, au sein d’une équipe de quart, pilote un réacteur nucléaire depuis un tableau de contrôle)?

Mais il y avait trois réacteurs en grave danger à Fukushima Daiichi! Comment aurait-il pu y avoir un seul technicien capable de décider seul pour les trois réacteurs à la fois?

Je n’ai pas approfondi la question sur le moment. J’aurais dû.

Il était tard. Désirant tout de même publier quelque chose, je programme la parution du billet pour ce matin (enfin, je crois le faire…) et j’en reste là. Oups. Aujourd’hui, en me connectant à nouveau pour vérifier s’il y avait eu des commentaires, je découvre que mon billet a été par erreur publié en date de la veille et qu’il y a déjà eu des visiteurs. Et une reprise par Monolecte. Re-oups.

Pire, les questions qui étaient restées en suspens me reviennent, et cette fois avec plus de clarté. Hélas, je n’ai pas le temps ce matin d’en faire plus. Je me contente de retirer le billet de mon blogue et je pars travailler.

Une fois de retour chez moi ce soir, je repose aux moteurs de recherche les questions non approfondies jusque là: y a-t-il des nouvelles plus récentes? Connaît-on le nom du « héros anonyme »? Quelle était sa fonction précise à la centrale? L’opinion de Michio Kaku est-elle partagée par d’autres scientifiques?

Ce dernier point n’est pas négligeable. Fréquentant plusieurs blogs et podcasts scientifiques anglo-saxons, je sais que le professeur Kaku est un physicien américain d’origine japonaise, qu’il est spécialiste de physique théorique, et tout particulièrement de la théorie de la super-unification, ce qui n’a quand même pas grand chose à voir avec le fonctionnement des centrales nucléaires. Je sais aussi cependant qu’il est bien connu aux USA pour ses activités de vulgarisation scientifique, ce qui l’amène à aborder de nombreux sujets relatifs aux sciences de la matière.

Donc, je fais travailler Google (et Bing) d’arrache-électrons… Et les résultats peignent un tableau un peu différent du précédent.

D’abord, toutefois, le scénario de base présenté dans l’article de Big Think repris par Atlantico est confirmé par de nombreuses sources: au moins un des trois réacteurs avait déjà commencé à entrer en fusion, et les autres étaient dans un état critique.

Masao Yoshida, ingénieur nucléaire, gérant de la centrale de Fukushima Daiichi au moment de la catastrophe de juin 2011 (Reuters Photo/Tepco)

Mais d’autre part, l’homme qui a décidé d’utiliser l’eau de mer n’est pas inconnu: il s’agit de Masao Yoshida, ingénieur nucléaire et directeur de la centrale de Fukushima Daiichi pour le compte de l’entreprise Tepco.

On a donc un cas où la direction générale de l’entreprise, et dans une certaine mesure le gouvernement japonais, auraient voulu privilégier la protection de l’outil de production, n’étant pas au courant (ou ignorant volontairement) les signes d’un danger imminent, mais où le responsable de la centrale nucléaire, sur place, a pris sur lui d’agir à l’encontre des ordres pour éviter le pire.

C’est donc bien le scénario reconstitué par divers experts, et non celui du seul Michio Kaku, même si celui-ci a contribué à populariser l’histoire dans les pays anglo-saxons.

(On notera qu’au fil des narrations successives, le directeur d’une centrale nucléaire est transformé en simple « technicien », peut-être parce que cela fait plus héroïque? Mais un technicien seul n’aurait pas eu accès à tous les boutons nécessaires pour les trois réacteurs! Et le prétendu « anonymat » est une pure enjolivure sur un thème déjà porteur d’émotion.)

Triste ironie, notez, Masao Yoshida n’a pas été félicité par ses supérieurs pour son esprit d’initiative, mais blâmé de n’avoir pas respecté les consignes… (Voir, si on lit l’anglais, un article fort détaillé du New York Times en date du 12 juin.)

Il n’est pas douteux que ce refroidissement de fortune des réacteurs ait réellement évité une catastrophe encore pire que ce que le Japon a connu. Il y a certes des débats sur l’ampleur qu’aurait pu réellement prendre la fusion totale du réacteur 1 (le plus immédiatement en danger), et sur la pertinence des comparaisons avec Tchernobyl. Mais sachant que, dans l’état actuel des choses, l’enceinte de confinement du réacteur a été endommagée, que des fuites de radioactivité ont encore lieu aujourd’hui aux abords de la centrale, qu’il faudra encore à peu près un an pour que les trois réacteurs en activité pendant l’accident soient totalement refroidis et que le nettoyage total du site prendra des décennies…

Sachant cela, on peut en effet saluer l’action rapide et courageuse de M. Masao Yoshida, qui ne mérite pas d’être assimilé à un mythique « anonyme ».

Et on se dit qu’Atlantico se devrait bien de faire un peu de fact-checking, lui aussi, avant de publier!

Fin (pour le moment)

N’y allons pas par quatre chemins: oui, je sais, cela fait plus d’un mois que ce blogue n’a plus été mis à jour. Et non, hélas (ou tant mieux? c’est selon), il ne sera probablement pas réalimenté de sitôt.

Pourquoi? Oh, juste la Vie Réelle™ qui s’interpose…

Plus précisément, disons que j’ai peu à peu réalisé que j’en avais assez de jouer les éditorialistes occasionnelles, surtout dans un contexte aussi exaspérant. Par où commencer? Entre la saga de ceux qui légifèrent sur internet sans y entraver quoi que ce soit, celle d’un gouvernement aux abois qui multiplie les fumigènes avec la bénédiction de journalistes qu’on enverrait bien rempiler sur les bancs de l’école; entre la frilosité des éditeurs français devant le livre électronique (ah, si seulement on pouvait reproduire ce qui marche pour le livre papier!) et le climat général de ce pays où une héritière peut jouer les chefs de parti populiste sans sombrer dans le ridicule… Franchement, parfois, même le ricanement vengeur meurt sur les lèvres, dans un grand soupir d’impuissance.

Bref, commenter l’actualité, même limitée à l’édition, ou aux livrels, ou à internet, ce n’est plus trop ma tasse de thé.

Fatigue et dégoût? Oui, vous pouvez dire ça. Mais pas uniquement (et c’est heureux!): il y a aussi le désir de faire des choses qui échappent, justement, à tous ces sujets d’exaspération. Tiens, reprendre sérieusement l’écriture, par exemple…

Et c’est ma raison numéro 2 pour annoncer que je me mets en vacances de blogue pour une période indéterminée: le temps et l’énergie que je consacrerais à alimenter ce site pourrait être aussi bien (et probablement mieux) utilisé à un peu de création littéraire. Du moins, au genre de création littéraire (certains pourraient arguer que le blogue est un genre littéraire…) qui a un peu de chance de continuer à être lu même après que 99% d’entre nous auront oublié l’écume de l’actualité.

Bref, retour pour moi à la fiction! Je suis sûre qu’il y en a ici qui ne s’en plaindront pas, hmm?

En attendant, lecteurs et lectrices fidèles, ou bien nouveaux/nouvelles venu(e)s, on peut bien entendu toujours accéder aux textes que j’ai déjà mis en ligne, comprenant plusieurs nouvelles et un roman.

Merci, et j’espère à un de ces jours.

En passant

Si vous ne connaissiez pas le Mad Blog, c’est l’occasion de découvrir: le tenancier a eu la bonne idée de me proposer une interview. C’est en ligne dès maintenant. Au menu, littérature, geekerie, écriture, univers imaginaires – et figures libres à … Lire la suite

Où je réponds à une requête Google: droit de vote et gens du voyage

Ces temps-ci, il arrive assez souvent qu’un quidam arrive en tapant «droit de vote des gens du voyage» dans un certain moteur de recherche dont le nom commence par G. (Parfois aussi par B, mais c’est plus rare.)

Cher internaute, ne cherche plus: la réponse est ici.

En bref: s’ils ont la nationalité française (comme c’est en majorité le cas), les gens du voyage peuvent évidemment voter. Mais, et c’est là que ça coince, en pratique, les lois auxquelles ils sont soumises (carnet de circulation, condition pour s’inscrire sur les listes électorales…) rend difficile pour eux l’exercice de ce droit. Et moins risqué, pour le gouvernement, de les montrer du doigt en guise de boucs émissaires.

Le diable est décidément toujours dans les détails…