Archives de Catégorie: Imaginaires

Anthologie Marmite & Micro-Ondes : à vous de jouer !

L’aspect fini. Classe, non ?

(Màj du 22/11/2020 : Ça y est, la campagne de financement est terminée, et elle est réussie ! L’anthologie verra bien le jour. Je vous donnerai des nouvelles dès que j’ai une date de parution.)

Une nouvelle de SF de ma part, cela vous dit ? Un texte dystopique et humoristique sur fond de restrictions alimentaires et de voyage dans le temps ? Du léger pour faire digérer du lourd ? Et dix-neuf autres textes inédits touchant aux genres de l’imaginaire, tous ayant trait de quelque façon à la bouffe… Pardon, à l’alimentation et la cuisine. Car on est ici dans la gastronomie littéraire. L’anthologie préparée par les soins d’Olivier Gechter et Vincent Corlaix est à déguster. Avec des contributions de Ketty Seward, Philippe Heurtel, Sylvie Miller, Jean-Louis Trudel, entre autres bons marmitons.

La campagne Ulule est en cours, et déjà financée à presque 50%. À bon entendeur, salut ! Pour les gens qui ne connaîtraient pas, cela fait vingt ans que la revue Marmite & Micro-Ondes mitonne son brouet de SF, fantasy et interrogations sur le contenu de nos assiettes. Comme dans le dicton, dis-moi ce que tu mange, je te dirai qui tu es.

Anthologie Marmite & Micro-Ondes : 20 ans et toutes nos dents, textes réunis par V. Corlaix et O Gechter, éditions Gephyre, 2020.

L’Interprète, premières notes de lecture (et c’est encourageant)

Quatre jours seulement depuis la parution de L’Interprète chez Rocambole, et déjà les premières notes de lecture sont là. Tout va vite dans l’édition en ligne ! La liste n’est pas exhaustive (il y en a sûrement que je n’ai pas vues) mais voici déjà une note de lecture sur le blog d’Alouqua, et une autre sur Twitter par L. Williams.

Si vous avez d’autres critiques, n’hésitez pas à les mettre sur la page Babélio ou Booknode de L’Interprète… Ou bien venez discuter avec nous sur le Discord de Rocambole ! Plus on est de fous, plus on lit.

L’Interprète : ma nouvelle série de SF, à lire chez #Rocambole

L’Interprète, par Irène Delse, à paraître le 15/07 sur Rocambole

Vous vous souvenez de ce texte de science-fiction avec lequel j’ai passé le confinement ? Eh bien il a trouvé un éditeur, et un beau : Rocambole ! Ce sera donc la deuxième série que je publie chez eux, après L’Héritier du Tigre.

De quoi s’agit-il ? Disons, sans rien déflorer, qu’il s’agit des aventures d’une linguiste qui est chargée de parler avec des extraterrestres… Mais toutes ressemblance avec un certain film à succès s’arrête là : le problème ici n’est pas d’établir la communication, mais de savoir ce que l’on décide quand elle est établie. Les choix que l’on fait, ou que l’on ne fait pas, tant comme individu que pour l’humanité…

Ça vous intéresse ? Alors, rendez-vous sur l’appli Rocambole ! (Ou bien sur le site, pour ceux qui préfèrent lire sur ordi.)

C’est la faute à Jules Verne ! De la SF et de ses prophéties

Sérénité malgré tout.

D’où vient cette idée que la science-fiction pourrait servir de boule de cristal, qu’on pourrait y lire des prédictions ou du moins des avertissements sur ce que nous réserve l’avenir ? C’est une idée très répandue, y compris dans la profession. Encore récemment, Catherine Dufour affirmait dans Le Monde :

« La science-fiction avait pour fonction d’alerter les époques fascinées par le progrès. Maintenant que tout le monde a très peur, elle doit prendre le contre-pied. »

Si on y regarde bien, c’est doublement bizarre. D’abord, pourquoi faire porter à la fiction un rôle qui est en toute logique celui de la prospective ? Ensuite, je suis désolée pour ma collègue, mais ce n’est pas ce que montre l’histoire de la SF. Les époques qui croyaient au progrès avaient une littérature enthousiaste pour le progrès (de Jules Verne à Asimov, disons) et les époques qui s’en méfient ont une littérature qui reflète cet état d’esprit. Voir : toute la SF occidentale ou presque depuis les années 60.

Au départ, en fait, la science-fiction n’était ni optimiste ni pessimiste, et elle ne prédisait pas, elle explorait. Prenons Frankenstein ou le Prométhée moderne, de Mary Shelley. Il y a de solides arguments pour dire que c’est le premier roman important de ce qu’on peut appeler fiction scientifique, ce qui deviendra la SF. Dedans, l’auteure explore une idée : la possibilité de créer une vie artificielle, en s’inspirant notamment des recherches de Galvani sur l’influx nerveux (la « réanimation » apparente de cadavres ou même de parties de corps sous l’effet de l’électricité). Elle s’intéresse à la responsabilité du créateur envers sa créature (Victor Frankenstein abandonne l’être à qui il a donné vie, et l’amertume rend celui-ci méchant) ainsi qu’aux sentiments et à leur origine (le « monstre » est capable de comprendre les sentiments humains et même d’aimer). Mais en aucun cas elle ne dépeint cette expérience comme la prédiction d’une nouvelle technologie. En fait, le processus de création d’un être artificiel est volontairement laissé dans le vague. C’est manifestement accessoire : le vrai sujet est la nature humaine.

C’est probablement avec Jules Verne, dans la seconde moitié du XIXe siècle, que ce qui allait devenir la science-fiction a commencé à être vu comme de l’anticipation. Il faut dire que le progrès technique s’accélérait au point que quelques années à peine pouvaient séparer l’idée nébuleuse dans la tête d’un chercheur de son application pratique et sa généralisation. Photographie, phonographe, télégraphe électrique, moteur à combustion interne, ampoule électrique, cinéma… Toutes inventions de la période qui ont connu des succès rapides. Un écrivain qui se tenait un peu au courant de l’actualité scientifique pouvait facilement jouer les prophètes, en étant juste parmi les premiers à mettre sous les yeux du grand public ces idées pleines de potentiel.

Jules Verne n’a pas été le seul ici. On peut citer aussi Albert Robida, Camille Flammarion (également astronome, donc parfaitement du sérail), J.-H. Rosny Aîné…

Il y a toujours eu parallèlement des auteurs pour se pencher sur les usages plus sinistres de la technologie, surtout ceux qui ont connu des époques troublées. Il faut absolument citer ici Nous autres, d’Évguéni Zamiatine, un roman publié en 1920 à propos de ce qui était alors la toute jeune expérience soviétique. Un autre roman bien plus connu s’en est inspiré trente ans après, le fameux 1984 d’Orwell, que des critiques ont cru pouvoir saluer comme « prophétique »…

Je suis en revanche en phase avec Catherine Dufour sur le fait qu’il y a depuis quelques temps un mouvement interne au genre pour s’éloigner du dystopique et du grimdark. Le terme qui s’est plus ou moins imposé, hopepunk, sur le modèle de cyberpunk, est assez parlant. Mais au fait est-ce vraiment un tournant si récent ? On peut penser à Cory Doctorow, qui depuis le milieu des années 2000 écrit dans une veine qu’on pourrait appeler « l’imagination au pouvoir » : des romans qui seraient facilement des dystopies si l’auteur n’y mettait pas un coup de pouce. Bref de l’optimisme raisonné. Et comment ne pas mentionner Doctor Who ? En bonne série pour la jeunesse, on y recherche toujours la solution pacifique et on n’y perd jamais espoir, même quand tout semble aller mal… Et grâce à cet espoir et à l’imagination, on trouve toujours une solution. Aujourd’hui comme lors de sa création, c’est un versant optimiste d’une époque qui a produit beaucoup d’histoires de fin du monde, mais pas uniquement.

Tout cela pour dire ? Que la prophétie est dans l’œil de qui regarde, comme la beauté. Et que la science-fiction peut servir à explorer nos peurs ou nos espoirs, mais que c’est bien plutôt son temps qu’elle reflétera.

Tolkien, Hollywood, et un racisme qui n’est pas toujours là où on l’attendait

Dessin : l'anneau avec l'œil de Sauron au centre, un texte tout autour en caractères elfiques, trois autres anneaux comme des satellites

Couverture de l’édition du cinquantenaire du Seigneur des Anneaux (HarperCollins)

C’est devenu un poncif : la fantasy manquerait de diversité, les romans de Tolkien ne mettent en scène que des Blancs, etc. Il y a du vrai là-dedans : Tolkien voulait créer une mythologie typiquement anglaise, et pour lui, cela voulait dire une petite île européenne relativement homogène au milieu du vaste monde. Ses continuateurs (y compris américains, comme G. R. R. Martin) ont repris en bloc le cadre imaginaire médiéval anglo-saxon, même s’ils avaient moins de raisons pour cela que le passionné de vieil anglais à Oxford et spécialiste de Beowulf.

Mais une partie des reproches, on ne sera peut-être pas étonné de l’apprendre, n’a de sens que par rapport à l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux et du Hobbit. Bref, il faudrait plutôt se tourner vers Peter Jackson et New Line Cinema (aujourd’hui finale de WarnerMedia) que vers Tolkien.

Vous ne le croyez pas ? Prenons un par un les griefs.

(Nota bene : J’utilise ici la version originale du Seigneur des Anneaux, abrégée TLOTR, pas l’une ou l’autre des traductions françaises, par souci de précision.)

1) Les seuls acteurs non blancs jouent des méchants.

Avec en effet de nombreux figurants noirs, maoris, etc., dans le rôle des Orques et Semi-Orques. Mais c’est un choix des producteurs. Ils auraient aussi bien pu faire appel à des acteurs d’origine européenne. Et cela a permis à quelques acteurs « issus de minorités » de se faire connaître, comme l’impressionnant Lawrence Makoare.

Mais ce n’est pas tout. On parle d’acteurs, mais comment étaient définis les Orques et les Trolls dans la roman d’origine ? Pas comme une race humaine, fut-elle inférieure ! Mais bien comme d’autres espèces. Et pas même des créatures naturelles. Ainsi, l’un des « vieux sages » du Seigneur des Anneaux, le chef des Ents, Treebeard, nous apprend que :

« Trolls are only counterfeit, made by the Enemy in the Great Darkness, in mockery of Ents, as Orcs were of Elves. »

(TLOTR, livre III, chap. 4)

Bref, les Orques et Trolls sont des projets de génie génétique maléfique, et même pas fabriqués à partir de populations humaines, à la base.

Rappelons que dans la cosmogonie de Tolkien, Sauron, comme son prédécesseur Melkor/Morgoth ne sont pas des êtres humains, mais des êtres quasi-divins, qui ont commencé comme serviteurs du Créateur et sont passés du côté obscur. L’équivalent des anges déchus de la Bible, dans la version revue et corrigée par Milton. Ils sont mauvais parce qu’ils ont choisi le pouvoir absolu, donc le mal, pas par nature. D’ailleurs selon les mots de Gandalf, « rien n’est mauvais aux origines » :

« For nothing is evil in the beginning. Even Sauron was not so. »

(TLOTR, livre II, chap. 2)

Donc parler de racisme à leur propos est très, très à côté de la plaque.

2) Mais il y a aussi des humains du côté des « méchants » de l’histoire, et ils sont noirs alors que les « bons » sont blancs !

Cette critique aurait plus de force s’il n’y avait pas aussi bon nombre de « méchants » à physionomie européenne. Pensons à Saruman, Denethor, Grima Wormtongue, et même certains Hobbits comme Lotho Sackville-Baggins. Difficile de faire ici l’équation entre une origine ou une couleur de peau et un jugement moral.

Quant aux représentants de populations à l’apparence non européenne, il est faux de dire qu’ils sont tous du côté obscur. Et les Woses, ou Drúedain, les « Hommes sauvages », que nos héros rencontrent au Livre V, chapitre 5 ? Petits, bruns, les jambes torses, vêtus de pagnes d’herbes et usant de flèches aux pointes empoisonnées, ce sont des « indigènes » exotiques à souhait, mais ils sont ennemis implacables des Orques, et aident les Rohirrim à parvenir à temps à la bataille décisive des Champs du Pelennor. En reconnaissance, le Roi leur confirmera la possession de leur territoire ancestral dans la forêt de Drúadan.

Il est intéressant de noter que les Hommes sauvages du roman devaient à l’origine figurer parmi dans l’adaptation filmée (l’acteur maori Wii Kuki Kaa devait jouer leur chef) mais que ce passage a été finalement abandonné. Encore une façon dont Hollywood a faussé la représentation de la diversité humaine dans le roman…

Mais les Haradrim, me direz-vous ?

Justement, les Haradrim, du côté ennemi, sont l’exemple d’une nation non européenne qui se retrouve alliée avec Sauron et qui se retrouve du côté des perdants. Mais contrairement aux Orques, ils ne sont pas présentés comme totalement dépravés ou dégénérés, seulement comme des ennemis féroces. L’incident du livre IV, chapitre 4, où les hommes de Gondor tendent une embuscade à des guerriers de Harad montés sur des éléphants est traité comme un épisode des Guerres puniques (une référence obligée pour un homme de culture classique comme Tolkien) où l’ennemi est certes un « autre », mais à la fois craint et respecté. On est très loin du dégoût total évoqué par les Orques, ou la pure horreur devant les Trolls ou les Nazgul.

D’ailleurs, il suffit de regarder le sort qui échoit aux différents groupes ennemis lorsque l’Anneau unique est détruit et Sauron vaincu : les Orques et autres créatures maléfiques sont déboussolés, pris de panique et suicidaires, « comme des fourmis » dont on a détruit la fourmilière. Les nations humaines que Sauron tenait sous sa coupe, Haradrim et Orientaux, voient au contraire les écailles leur tomber des yeux :

« [They] saw the ruin of their war and the great majesty and glory of the Captains of the West. And those that were deepest and longest in evil servitude, hating the West, and yet Men proud and bold, in their turn now gathered themselves for a last stand and desperate battle. »

(TLOTR, livre VI, chap. 4)

Comparer la dignité accordée même aux plus endurcis des ennemis parmi les humains, avec la façon dont les Orques (donc non humains) sont décrits.

Mais la plupart de ces Hommes anciennement au service de Sauron reconnaissent simplement leur défaite et fuient ou déposent les armes. Ils peuvent ensuite retourner chez eux, obligés seulement à reconnaître au Roi de Gondor l’autorité sur les terres de l’Ouest, et à ne plus troubler la paix à l’avenir. Pas de guerre de conquête contre eux, ni d’exportation forcée d’un mode de vie. Bref les Autres du roman sont respectés dans leur différence, dans le droit à un mode de vie indépendant, bien loin de l’image d’hégémonie culturelle qui s’est attachée à la fantasy.

Ce sont des subtilités qui n’ont pas non plus été traduites à l’écran… Dommage.

3) Mais s’il y a un peu de diversité parmi les Hommes dans le roman, ce n’est pas le cas chez les Hobbits, les personnages les plus attachants et les mieux développés du récit. Ça fait tache.

C’est vrai, sauf que…

Sauf que là encore, on a tendance à en juger d’après le film. Regardez la distribution : tous les Hobbits et quasiment tous les acteurs principaux sont non seulement d’origine européenne, mais d’Europe du Nord-ouest, descendants d’Anglais Écossais, etc. Exactement le peuplement des colonies britanniques d’Amérique et d’Océanie, vous me direz. La complexion du teint, la couleur des yeux, les traits, tout se combine pour donner une impression d’homogénéité ethnique.

Mais, si on lit attentivement Tolkien, ce n’est pas l’impression qui se dégage du livre. En fait, dès le Prologue, le narrateur évoque la diversité ethnique chez les Hobbits, avec trois « races » (breeds) différentes, les Harfoots, Stoors et Fallohides. Ces derniers sont plus grands et blonds, les Harfoots étant relativement « bruns de peau » et petits.

Il n’est pas très difficile de deviner dans ces descriptions une transposition des trois principales sources de peuplement des Îles Britanniques, du moins selon les données disponibles à l’époque de Tolkien : les Celtes, les Angles et Saxons, et les Normands, respectivement. N’oublions pas le rôle de « mythologie pour l’Angleterre » que Tolkien voulait faire jouer à ses Hobbits.

Nous avons pris l’habitude de penser la diversité en terme de « les Européens » et « les autres », ce qui est un peu réducteur. Or au temps où écrivait Tolkien, on était très conscients (pour de bonnes et de mauvaises raisons…) de la variété de faciès et d’origines qui peut s’observer au sein même de l’Europe. Et qu’on était très attaché à distinguer ce que nous appellerions un « teint de blond » qui rougit au soleil mais ne fonce pas, d’un type de peau qui est certes naturellement pâle, mais qui brunit vite au soleil. Le premier est assez répandu en Europe du Nord, et le second majoritaire dans le reste du continent. Il faut rappeler que pendant longtemps, en fait tant que la majeure partie de la population devait travailler aux champs, la blancheur du teint a été un critère absolu de beauté et de distinction.

Ceux que l’on considérait comme de « souche » celte étaient typiquement décrits comme petits et moins clairs de peau et de cheveux que les gens d’Europe du Nord. Et dans la hiérarchie des races qui imprégnait alors les mentalités, les « Celtes » étaient en seconde zone, en-dessous des races « germaniques » auxquelles l’intelligentsia anglo-saxonne s’identifiait. Le terme même d’anglo-saxon est une trace de ces conceptions, se référant à l’origine de ces populations au nord de l’Allemagne. Ouvrez n’importe quel roman anglais de la seconde moitié du XIXe siècle ou du début du XXe, vous trouverez quasi toujours les « Celtes de service » (Irlandais, Écossais…) décrits au moral comme fantasques, indépendants voire hors la loi, courageux mais indisciplinés, souvent poètes, amoureux de la nature parce qu’ils en sont proches, mais à la cervelle un peu fragile, et au fond plus adaptés au rôle de serviteur qu’à celui de maître. Ce n’est pas pour rien que les habitants du Pays de Galles se considèrent comme « la première colonie anglaise ». Et les Écossais et Irlandais ont un gros contentieux avec Albion, là aussi.

On est bien loin du Seigneur des Anneaux, vous direz ?

Mais regardez comment ces différences de « race » informent la façon dont sont décrits nos Hobbits. Il n’y a certes que peu de descriptions physiques des principaux personnages, mais ce qui s’y trouve est suggestif.

Ici, on parle de Frodo :

« A stout little fellow with red cheeks (…) That won’t help you much, it goes for most Hobbits (…) But this one is taller than some and fairer than most »

(TLOTR, livre I, chap. 10)

Noter l’adjectif « fair », qui peut signifier aussi bien « au teint et aux cheveux clairs » que « beau », en anglais. (Un peu comme chez nous, « franc » peut se rapporter aussi bien au peuple franc qu’aux qualités morales qu’on s’est plu à leur attribuer.)

Et plus loin :

« And so Gollum found them hours later (…) Sam sat propped against the stone (…) In his lap lay Frodo’s head, down deep in sleep; upon his white forehead lay one of Sam’s brown hands »

(TLOTR, livre IV, chap. 8)

Bref, on un Frodo plutôt grand et au teint clair, ce qui suggère une ascendance qui serait, dans les classifications racialistes de l’époque, serait qualifiée de « nordique ». Cela correspond aussi aux critères de beauté européens classiques, qui sont ceux de l’aristocratie du temps.

Sam, quant à lui, a la peau brune des gens qui travaillent en plein soleil, ce qui n’est pas étonnant pour un jardinier. Fort contraste avec Frodo, issu d’une famille de propriétaires terriens, qui peut garder son teint pâle. La différence socio-économique pourrait suffire à expliquer ces différences dans l’apparence, mais rappelons-nous des classification des Hobbits en trois races du Prologue : Frodo, est-il suggéré, a en lui plus d’ascendance Fallohide (les « Normands » de notre histoire, et Sam est sans doute plus Harfoot (soit « Celte »). Et ce n’est pas un hasard si l’un est riche propriétaire et l’autre simple jardinier.

La morale de l’histoire ? Le passé est vraiment un autre pays, nous avons du mal à nous représenter comment pensaient des gens dont seulement quatre-vingt ans nous séparent. Et si Tolkien n’a en effet voulu faire qu’une mythologie européenne, il n’a jamais eu l’intention de faire de sa « seconde création » (son terme pour l’univers imaginaire qu’il avait créé) un monde appauvri en diversité humaine par rapport à l’original. Une diversité envisagée avec les outils mentaux de son temps, bien sûr, et qui ne sont plus les les nôtres. Encore faut-il, pour pouvoir l’apercevoir, retourner au texte, ne pas rester ébloui par la lumière venue d’Hollywood.