Y a-t-il des livres qui aident à écrire ? Témoignage de mon étagère (I)

Dans quel état j’erre ?

Je parle beaucoup de documentation, ici, pour le contenu des histoires que j’écris, en particulier celles situées dans le passé. Mais les livres sur l’écriture elle-même, les manuels et autres ouvrages techniques, est-ce que ça en vaut la peine ?

Honnêtement, je ne sais pas. Cela dépend du genre d’auteure ou d’auteur que vous êtes. Moi, je l’avoue, j’en lis, et je ne suis pas gênée de reconnaître que ça m’a été utile.

Je lis même deux types de textes techniques : des ouvrages de critique littéraire et des manuels d’écriture. Je ne recommande pas le premier type aux débutants et en général aux gens qui manquent d’assurance dans leur écriture. La critique peut paraître ésotérique, ou tomber comme un jugement péremptoire, le niveau d’excellence visé peut décourager l’impétrant.

J’ai commis cette erreur moi-même, évidemment. Encore adolescente, j’ai plongé dans L’Ère du soupçon, de Nathalie Sarraute, qui était dans la bibliothèque de mes parents. S’en sont suivi quelques années de doute, pour réconcilier mon désir d’écrire des romans avec ce dynamitage de la notion de roman, ainsi que de celles de personnage, de dialogue, de narration… Lire un peu plus de Sarraute a aidé, paradoxalement : les essais Flaubert le précurseur et Paul Valéry et l’enfant d’éléphant. Le premier en particulier est (du point de vue d’une auteure au travail) une master class d’écriture sur la voix, le point de vue et la caractérisation des personnages.

J’avais de la chance : la bibliothèque de mes parents contenait d’autres trésors : les trois tomes de Littératures de Vladimir Nabokov (ses cours à l’université de Cornell sur la littérature occidentale et la littérature russe) : les Enquêtes et le Livre des Préfaces de Jorge Luis Borges (essais divers sur la littérature, y compris la science-fiction, l’art, l’histoire) ; La Littérature à l’estomac et En Lisant en écrivant de Julien Gracq. C’est intéressant de comparer le point de vue de Nabokov et Sarraute sur les écrivains russes, pourquoi Dostoïevski est au nadir pour le premier et au pinacle pour la deuxième. Et Gracq, aussi bien que Borges, montraient que la littérature dite d’évasion pouvait être considérée comme digne d’intérêt par des auteurs reconnus. En tant que lectrice du Seigneur des Anneaux, c’était encourageant de lire les commentaires positifs de Gracq sur la création d’univers de Tolkien.

J’ai lu depuis d’autres textes de critique, mais peu m’ont marquée. Citons Rouvrir le roman (2017), de Sophie Divry, qui incite à élargir la notion de ce qu’est un roman. Et puis il y a eu A Reader’s Manifesto (2002), de B. R. Myers, critique féroce de certaines tendances de la littérature « sérieuse » de la fin du XXe siècle. Une première version, plus courte, a circulé en ligne, mais cela vaut la peine de lire l’ouvrage complet, avec la réponse aux critiquex. Rien de plus roboratif qu’une bonne bagarre littéraire pour se rassurer : non, les grands noms de la « Blanche » ne sont pas intouchables ni sans défaut. Pas de complexes à avoir pour se lancer.

J’arrête ici cette énumération. Dans un prochain billet, je passerai aux manuels d’écriture et de scénario. Et c’est là que l’auteure mit les mains dans le cambouis.

P. S. J’oubliais : il y a au moins un autre auteur dont les bouquins m’ont fait réfléchir et évoluer : Simon Leys, dont les Essais sur la Chine contiennent non seulement une dénonciation vigoureuse du maoïsme et de ses relais en Occident, mais aussi des textes sur la littérature et la culture chinoises, sur la traduction, sur les idéogrammes, sur la notion même de culture et de trésor culturel… De quoi ouvrir bien des horizons.

P. P. S. Décidément, j’ai la mémoire qui flanche. J’oubliais le livre de Borges sur les Anciennes Littératures germaniques, un cours assez éclectique sur les sagas, Beowulf, les kenningar, etc. Un continent poétique méconnu.

Et puis il y a eu les préfaces de Gérard Klein et Démètre Ioakimidis pour La Grande Anthologie de la science-fiction au Livre de poche. Des pulps des années 20 et 30 à l’âge d’or de la SF, tout un ensemble d’auteurs, leurs thèmes et leurs techniques.

Enfin, il faut citer Claude Duneton, dont les essais Parler croquant puis À hurler le soir au fond des collèges présentaient de façon décapante une version de l’histoire de la littérature qu’on n’a enseigne pas justement au collège. Je m’en suis un peu éloignée depuis, mais certains concepts m’ont sérieusement fait réfléchir, par exemple la façon dont le vocabulaire d’une langue reflète la société qui la parle. Il comparait ainsi le français et l’occitan, pour montrer que le premier n’avait pas beaucoup de mots techniques ou de métiers, qu’il n’existait pas par exemple de mot pour dire « fermer la porte avec une barre », contrairement à l’occitan. Il se trouve que dans ce cas, c’est faux : le verbe « bâcler » a ce sens. Réaliser cela m’a incité à plus de curiosité à propos de la langue, tant littéraire que celle de tous les jours.

Oh, et ceux qui ont lu L’Héritier du Tigre se souviennent peut-être que j’utilise « bâcler » dans ce sens à la première page. Rien ne se perd.

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