Accroche toi à ton roman : 1. La scène-à-ne-pas-manquer

Interwebz Cat Haz A Nom De Plume

Tout le monde est familier, je crois, avec le concept de « la scène à faire » : le passage d’un film ou d’un roman qui marque les esprits, même longtemps après, à tel point qu’on ne pourrait imaginer l’œuvre sans. Pensons à la rencontre de Jean Valjean par Cosette devant le puits au fond des bois, dans Les Misérables. Ou Han Solo confrontant un chasseur de prime, dans La Guerre des Étoiles, et tirant le premier. (La fureur des fans quand George Lucas changea ce détail est d’ailleurs révélatrice !)

La scène à faire (SAF) est souvent haute en couleurs, pleine de bruit, de fureur et de pouvoir dramatique. Elle coïncide en général avec un moment-clef de l’intrigue, qu’elle fait soudain avancer d’un bond. Mais elle peut aussi se trouver là comme le pinacle chapeautant l’édifice. Un exemple : la scène du Champ de Cormallen, dans Le Seigneur des Anneaux.

On ne s’étonnera pas qu’il y ait une SAF (au moins) dans mon roman L’Héritier du Tigre. La décrire serait déflorer l’histoire, cependant. Disons juste qu’elle se situe au premier chapitre !

Mais il y a un autre type de scène qui doit retenir l’attention pour l’écriture romanesque : la scène à ne pas manquer (SANPM).

De quoi s’agit-il ? D’un passage de roman ou de scénario où se font / se disent des choses qui sont incontournables pour la compréhension du reste de l’histoire. Sans être toujours aussi marquante que la SAF, la SANPM provoque des échos en cascade dans toute la suite de l’intrigue.

Quelqu’un a-t-il déjà rencontré ce concept ? L’idée m’est venue à l’esprit alors que je réfléchissais à la meilleure façon de commencer une suite à L’Héritier. Deux possibilités : partir du moment où le roman en question se termine, sans hiatus temporel, et raconter la rencontre de mon protagoniste avec un certain personnage (une certaine, d’ailleurs) amenée à jouer un rôle pivot dans l’intrigue. Ou bien je pouvais reprendre la formule de L’Héritier et commencer in media res, quelques semaines ou mois après, au moment où se déroulerait la première péripétie. La première formule risquait d’être plus longue ; la seconde risquait d’obliger à faire des retours en arrière pour établir certains éléments déterminants des relations entre mes différents personnages.

En fin de compte, je me suis décidée pour un début suivant immédiatement la fin de L’Héritier du Tigre, et ce parce que je voyais se profiler une SANPM. La scène où Yenshaya (mon protagoniste) rencontre ce personnage est une scène clef, car de ce qui se dit et de ce qui est perçu à ce moment vont découler leurs relations futures. Bref, une scène qui conditionne l’incompréhension de part et d’autre, qui à son tour rendra possible certaines décisions… Le type même de « scène à ne pas manquer » !

J’avais ma réponse. Et par la même occasion, un nouveau (je pense !) concept de technique littéraire.

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