Contre les violences faites aux femmes, apporter sa contribution, au quotidien

Je ne me sens pas l’obligation de bloguer tous les jours, ni sur tous les sujets qui font l’actu (ou ce qu’on appelle ainsi), mais celui-là a pour moi une résonance particulière. Non pas directement – j’ai cette chance ! – mais pour avoir suivi et accompagné pendant plusieurs mois le parcours une amie confrontée à des violences dans son couple.

Chose particulièrement insidieuse, cela n’est pas venu tout de go, mais c’est une situation qui s’est installée peu à peu, d’abord par du dénigrement occasionnel, puis de plus en plus fréquent, minant la confiance en soi de cette femme ; puis cela a tourné aux insultes, aux menaces, enfin aux coups. Un cas classique « d’emprise », pour citer le terme choisi par Marie-France Hirigoyen. Cette amie a pu s’en sortir avec un minimum de dégâts, entre autres, parce qu’il y a eu des gens pour l’écouter et l’aider au moment où elle en avait besoin. Pour être là, à l’écoute, quand elle était saisie de peur ou de doute. Pour l’aider sur le plan pratique aussi : garder un enfant pendant qu’elle allait faire des démarches, etc.

Ceux et celles qui ont dans leur entourage une personne confrontée à la violence dans le couple, ou dans la famille, comprendront sans doute : pour la victime, il est souvent difficile de juste mettre des mots sur ce qui se passe. D’où l’importance pour les proches, les amis, d’être vigilant ; d’être à l’écoute, sans juger ; d’être disponible aussi.

Je me souviens qu’en fréquentant ce couple,  j’avais senti vaguement que quelque chose n’allait pas, même avant que cette amie commence à s’en ouvrir. Je n’avais pas voulu la pousser, ni m’immiscer dans sa vie (sachant combien cela peut être difficile quand le danger vient de la sphère intime)… J’avais seulement dit : « si tu as besoin de moi, pour parler ou pour un service, je suis là ». Quelques semaines après, le téléphone sonnait.

Logo orange et bleu de la "journée orange" des Nations unies

Tous les 25 du mois, une piqûre de rappel avec les Nations Unies

Alors, oui, il y a des échéances annuelles, comme la Journée internationale pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes parrainée par les Nations Unies. Il y aura aussi des journées de sensibilisation tous les 25 du mois avec la « journée orange » (Orange Day… bizarre, ils n’ont pas peur de confusion en Irlande du Nord, apparemment).

Et chez nous en France, ce 25 novembre, le président Hollande, qui visitait un centre d’hébergement en compagnie de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des droits des femmes, a annoncé un plan global pour les femmes victimes de violences.

Bonne surprise : à peu près tous les points sur la liste de mesures prévues entrent en résonance avec mon vécu. Prévention et éducation dès l’école, formations spécifiques pour les intervenants (force de l’ordre, justice, santé…), hébergements d’urgence et appartements réservés dans les logements sociaux, procédures plus rapides et suivies d’effets….

On verra à l’usage, bien sûr. Deux points qui pêchent particulièrement en France, le logement et les procédures judiciaires. Le premier : on connaît la pénurie ; dans le cas d’une femme qui veut se soustraire à l’emprise d’un homme violent, voire d’un milieu familial ou d’un quartier délétère, n’avoir nulle part où aller, pas de visibilité sur l’avenir, c’est un grave frein pratique et psychologique. Il y a des centres d’hébergement d’urgence, mais pour celles qui essaient de rebondir après, d’avoir une vie « normale », le manque est cruel.

Pareil pour le manque de compréhension encore trop souvent rencontré au niveau des autorités judiciaires ou de la police, sans parler de la lourdeur des procédures et du manque de protection dont souffrent celles qui ont porté plainte mais dont l’affaire n’est pas encore jugée. (On l’a vu dans ce triste procès des viols collectifs à Fontenay-sous-Bois…)

Dans le cas dont je peux témoigner, cette amie m’a raconté avoir été heureusement surprise de l’attitude des divers policiers et policières qui ont recueilli ses déclarations (dans un commissariat parisien) : écoute attentive, par des gens courtois et bien au courant des développements de la législation (le délit de violences psychologiques a été inscrit au Code pénal en 2010 par exemple). Mais elle a quand même dû changer d’avocat parce que le premier (ou plutôt la première, hé oui !) ne concevait manifestement pas la situation que représente l’emprise dans le couple et les problèmes particuliers que cela pose.

Et sans vouloir me vanter, là aussi j’ai pu aider cette amie : geeke chevronnée, je peux répondre présente à la demande « dis, toi qui t’y connais en recherches sur internet, tu ne pourrais pas m’aider… » à consulter l’annuaire du barreau de Paris ou à vérifier ce que dis la loi sur tel et tel point !

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