Archives mensuelles : mai 2012

« Éveiller le désir d’être trompé »

Un petit moment de poésie urbaine: ni dieu, ni maître sur les trottoirs de Paris.

Photo: "La politique et la religion c'est éveiller le désir d'être trompé"

Anar trottoir (Paris, 11e, 19/05/2012)

(La désaliénation est-elle au coin de la rue?)

Le gros, gros fichier juridico-policier où mon nom doit traîner (qui sait)

Souriez, vous êtes fiché(e)s! Enfin, probablement. Oh, pas de quoi en faire un drame: 68% des résidents en France, soit 44,5 millions de personnes, adultes et mineurs, sont logés à la même enseigne!

En tant que suspects, mais aussi victimes, personnes disparues, « antécédents judiciaires » divers… C’est le « Nouveau Système d’Information destiné à l’Investigation (NS2I) », cadeau d’adieu empoisonné de Claude Guéant, discrètement publié le 6 mai à l’extrême fin de la campagne électorale. Tiens donc.

Au final, un gros fourre-tout, façon usine à gaz, qui doit être alimenté par les fichiers de police (STIC) et de gendarmerie (JUDEX) existants, et interconnecté avec un fichier judiciaire (Cassiopée) – chacun apportant à l’édifice leurs bugs et informations erronées ou périmées. Par exemple, plus d’un million d’acquittements, non-lieux, relaxes et classements sans suite qui n’ont pas été enregistrés, les personnes concernées étant donc toujours étiquetées « mis en cause ». C’est bête, ça.

Comme le reconnaissent discrètement certains policiers, en tant qu’outil de travail, “le STIC est tellement peu fiable qu’on ne peut rien en faire“.

Et la CNIL? Elle pointe les erreurs (aux derniers chiffres parus, en 2010, 79% des dossiers du STIC comportaient des informations inexactes) et fait des recommandations, mais c’est plutôt resté au niveau du vœu pieux. Et encore… Le fichier avait été créé sans déclaration préalable à la CNIL, donc dans l’illégalité. La régularisation s’est faite ensuite, après fait accompli.

Avec l’application Cassiopée, « trou noir de la justice française », « grand bug informatique » ralentissant les procédures, on n’est pas mieux loti. Il faut dire que les procureurs, comme les magistrats en général, sont notoirement surchargés. Et la politique du chiffre dans la police est… comment dire… plus propice à l’accumulation de données qu’à leur tri sélectif.

Des rapports parlementaires (dont celui co-signé par Delphine Batho) avaient bien mis le doigt là où ça fait mal. L’interconnexion des différents fichiers au sein du méga-méta-fichier NS2I aurait dû être l’occasion de nettoyer tout ça…

Enfin, en principe. Au Syndicat de la Magistrature, on n’est pas optimiste au sujet des capacités de l’administration à mettre de l’ordre dans ce bazar: « on en a encore pour des années », « peut-être que dans 10 ans ça ira mieux », etc. On déplore aussi le manque de sécurisation d’un système qui gère des données confidentielles, et on appelle à la vigilance.

Après tout, c’est un fichier qui peut servir à bien des choses. Mettre des bâtons dans les roues de l’indépendance de la justice, par exemple: en donnant au ministre accès aux statistiques sur l’activité des juges, permettant à un gouvernement obsédé par le tout-répressif d’identifier les « laxistes » qui ne croient pas à l’efficacité des peines plancher. Juste une hypothèse, hein?

Et puis il y a le potentiel pour les déstabilisations politiques: le ministre peut saisir un procureur pour consulter le fichier – et se procurer des informations confidentielles sur n’importe quel quidam.

Joyeuse perspective. Et un sacré chantier piégé laissé en héritage à la nouvelle Garde des sceaux, Mme Taubira.

Épique: plus de 1000 ans d’histoire d’Europe en accéléré

Émergence et déclin des empires: Byzantins, Ottomans, Habsbourg, Soviets; émiettements, puis regroupements périodiques des petites nations… Le ballet des frontières de l’Europe en mouvement, de l’An Mil jusqu’aux guerres de du Kosovo et de Tchétchénie, en juste 3 min 24 de vidéo. Attention les oreilles, musique à l’avenant!

(Voir aussi la version longue de 11 minutes, en HD, avec indication des années et annotations.)

Source: @Desirade pour le lien. 😉

Une grande première bien tranquille (qu’on s’en voudrait de laisser passer)

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais c’est une petite grande première qui se joue aujourd’hui à l’Élysée: l’entrée en fonction, pour  la première fois dans l’histoire de la Ve République, d’un président qui porte ouvertement des lunettes de vue! Mais oui. Pas de binocles ôtées opportunément pour les photos officielles, pas de lentilles de contact discrètes…

Vu l’âge moyen des élu(e)s, pourtant, et l’incidence de la presbytie et de la myopie, il devrait y avoir plus de visibilité pour les clients des oculistes, non?

Hmm. Ça fait du bien de se sentir représenté(e).

Aaaargh, ou le Théorème du Geek arrosé

Définition:

La probabilité P de renverser un breuvage liquide quelconque sur mon ordinateur augmente en proportion du temps t passé à la fois devant l’ordinateur et avec un liquide à proximité de la main.

Corollaire:

Boire ou twitter, il faut choisir?

L’effet Bovary vu par la science

Flaubert avait raison! Les personnages de roman s’infiltrent subtilement dans notre tête, ils affectent la façon dont nous voyons le monde, et dont nous nous voyons nous-même. Ceux et celles qui lisent une fiction ont tendance à « s’approprier les expériences, les émotions, les pensées et même les réponses et les croyances des personnages », souvent jusqu’à changer de comportements dans leur propre vie.

On n’est pas tout à fait pareil(le) après s’être perdu(e) dans un livre. Et ce qui était intuition vient de recevoir un appui expérimental.

Car c’est la conclusion d’un article scientifique co-signé par Lisa Libby, enseignante-chercheuse en psychologie à l’Ohio State University (USA). Les expériences, menées par l’étudiant en thèse Geoff Kaufman, ont consisté à étudier les réactions de sujets avant et après la lecture de textes de fictions traitant de sujets de société: élections, minorités… L’empathie pour un personnage qui se rend à un bureau de vote peut inciter une personne désintéressée de la politique à retourner voter aux élections, par exemple. Des personnages appartenant à un groupe perçus jusque là comme « différents » (minorités ethniques, homosexuels…) peuvent aider le lecteur qui s’y attache à augmenter son ouverture d’esprit vis-à-vis de ces groupes.

Mais attention: une bonne identification au personnage passe par un « oubli » temporaire de soi. L’effet d’empathie est perdu, par exemple, si la personne lit avec un miroir devant soi. Selon Kaufman, « plus vous êtes rappelé à votre propre identité personnelle, moins vous serez en mesure d’adopter l’identité d’un personnage » le temps de la lecture.

Plusieurs facteurs peuvent aider, ou entraver, l’entrée des lecteurs en communion avec les personnages. Chers écrivains, prêtez attention! Cela peut vous intéresser.

  • La narration à la première personne (l’emploi du « je ») est ainsi plus efficace que la troisième personne pour réduire la distance entre la personne qui lit et le personnage de fiction. (En sens inverse, pour cultiver l’ironie et la distanciation, le je sera moins efficace.)
  • On s’identifie plus facilement à des personnages qui vous ressemblent. Ainsi, les lecteurs hétérosexuels (donc la majorité) résisteront plus à l’identification avec un personnage homosexuel; idem pour les lecteurs blancs vis-à-vis d’un personnage noir…
  • sauf si cette différence n’est pas posée dès les premières pages, mais apparaît progressivement. La différence est moins rédhibitoire lorsque l’empathie a d’abord eu le temps de s’établir avec le personnage.

Et c’est alors qu’on observe des attitudes et comportements différents dans la vie réelle vis-à-vis des membres du groupe auquel appartient le personnage attachant.

Tout se passe comme si les lecteurs étaient passés par une nouvelle expérience lors de cette lecture empathique, comme s’ils avaient appris à connaître une personne et à la faire entrer dans leur univers familier, on pourrait même dire leur « tribu ». Et ces personnages peuvent à leur tour aider à combler ce besoin de liens et d’appartenance si important à l’être humain.

Plus de détails sur ActuaLitté.com. (Et en anglais, un article de Lisa Libby dans ResearchNews.)

Ces personnages si « réels », pouvons-nous leur donner quelque chose en retour?

Peut-être. Souvent, quand le livre est terminé, il est si dur de les quitter! Tout est bon pour les faire revivre, partager le goût pour leurs aventures. De là les livres prêtés, offerts, recommandés tous azimuts. L’amour d’un auteur est contagieux! Et puis l’on se jette sur les suites, les adaptations, les produits dérivés, les fanzines… L’industrie du divertissement ne s’en plaint pas. Enfin, parfois, le besoin se fait jour de créer soi-même, de peupler son propre univers de personnages qui nous touchent et en qui nous résonnons…

Et pour lesquels, peut-être, nous pourrons  un jour faire partager à autrui l’attachement que nous portons.

Sarko avait été réélu par les voyants (pour la fin du monde, on est tranquilles)

Le coup d’œil dans le rétro, c’est parfois mortel pour les extralucides. En février dernier, au 26e Salon du Parapsy, voyants et médiums divers prédisaient la réélection du futur ex-président le 6 mai, « malgré les sondages », et même que c’était « sûr à 100%! » (Merci à @JMAbrassart pour avoir déniché ce beau moment de presse Figaro… et de rigolade.)

Bon, bon, bon. Au moins, en ce qui concerne décembre 2012, je crois qu’on n’a pas trop à s’en faire, hein?