Contes du métro ordinaire

Une station de métro quelque part dans le centre de Paris, en milieu de journée, vendredi 8 juillet 2011.

Un clochard, qui semble avoir plus ou moins établi là son camp, commence à faire ses besoins sur un coin du quai. Pas de commentaires. Juste un exode plus ou moins furtif mais déterminé des autres usagers, dans un rayon d’une cinquantaine de mètres.

Eh oui, on s’habitue à tout. Même les conséquences de l’insuffisance en lieux d’accueils pour SDF sont devenus ici de la routine. Investir dans le social, vous dites? Pas trop à la mode ces temps-ci.

Au bout de quelques minutes, cependant, la rame arrive. Elle est déjà bondée. Ben tiens. C’est l’été, la RATP espace ses trains. Mauvais calcul: les touristes remplacent très bien ceux des parisiens qui sont en vacances. Et ne parlons pas des travaux qui ferment certaines stations, obligeant pas mal de monde à s’entasser sur les itinéraires alternatifs. Sardines, je vous ai compris.

Mais l’être humain est étonnement flexible, au physique comme au moral, même si pas toujours de bonne volonté. Tout le monde finit par monter.

Carrelage ornemental sur les murs du métro parisien

Sauf que tout le monde commence à râler. Une dame essaie de rester assise sur un strapontin. Bonne chance. Mal aux pieds? Pas de place! Faut se lever. Ce qui n’empêche pas de chicaner, tout le long du trajet. Au moins cette dame et ses voisins auront-ils pu ainsi passer le temps.

Ailleurs dans le wagon, cependant, autre chanson – toujours sur le même thème. C’est une employée de la RATP, cette fois, qui prend à partie une jeune femme portant dans ses bras un gros carton qui, si l’emballage ne ment pas, contient un assortiment de verres. Ah, les périodes de soldes… Quelle idée de profiter des possibilités ainsi offertes pour s’équiper quand on n’a pas de voiture pour transporter le butin?

Et l’algarade continue, là encore, sur plusieurs stations. Bizarrement, l’employée se concentre sur cette seule cible, alors qu’il y a non loin de là divers voyageurs avec grosses valises ou poussettes de format tank. (Où somnolent des enfants de 3 ou 4 ans qui pourraient sans doute marcher, mais passons. La maxi-poussette comme status symbol, voilà une enquête de sociologie à faire…) Le pire est que les voisins de la fille s’y mettent aussi, encouragés à se défouler verbalement par l’initiative d’une personne avec autorité. Et uniforme.

Quelque part, c’est fascinant, cette observation in situ de primates supérieurs forcés d’endurer des conditions sub-optimales d’existence pendant des périodes prolongées. Un peu comme un zoo où animaux, gardiens et public appartiendraient tous à la même espèce.

Tout cela est heureusement resté en paroles. Mais un trajet de quatre stations m’avait rarement semblé aussi long.

Bienvenue à Paris, en France, au XXIe siècle.

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