L’affaire des cambriolages: guerre à la presse… et autres conflits

La formulation de Daniel Schneidermann, dans le « Neuf-quinze » d’Arrêt sur images de ce matin, est bien intéressante:

Disons les choses très simplement: il y aura un avant et un après les cambriolages d’ordinateurs de Mediapart, du Monde, et du Point. Le culot, le professionnalisme, et jusqu’à cette simultanéité, cette volonté manifeste d’intimider: ces cambriolages sont signés, et cette signature est glaçante. Quelle signature? Ne nous avançons pas. Ils sont signés de professionnels, évidemment. Mais surtout, de professionnels certains de l’impunité. Et compte tenu de l’ampleur de la trangression qu’ils représentent, l’ordre, ou le feu vert, et cette garantie d’impunité, ne peuvent venir que de très haut.

C’est tout ce que l’on peut dire pour l’instant. Mais c’est déjà énorme. A ma connaissance, c’est la première fois en temps de paix, dans ce pays, qu’il est ainsi attenté à la liberté de la presse. En temps de paix? Mais on n’y est plus. Les commanditaires de ces cambriolages viennent de déclarer la guerre à la presse. A toute la presse.

(N.B. le graissage est de moi.)

En temps de paix, dit-il… Hem. Justement, chers concitoyens et -citoyennes, la France n’est pas en paix. Plus depuis 2001, en tout cas, lorsque nous avons engagé des troupes en Afghanistan. Des troupes qui y sont encore. Au cas où vous n’auriez pas remarqué.

Oh, et puis évidemment, il y a ces problèmes récurrents au Sahel, dont on ne parle que quand ça devient vraiment trop criant – une prise d’otages, par exemple. Alors que, pour le chercheur africaniste Jean-François Bayart (dans un article sur la politique africaine de la France, à lire dans… tiens donc, Médiapart):

«la France se découvre soudain entraînée dans une nouvelle guerre, au Sahel cette fois-ci, sans que ses dirigeants aient cru utile de l’en informer, et encore moins d’en saisir la représentation parlementaire».

(Également cité dans Rue89.)

La guerre étrangère est donc déjà la chasse gardée, le « domaine réservé » du prince. De là à une extension (bien ciblée) des barbouzeries sur le territoire national, contre ces empêcheurs de tourner en rond que sont les journalistes, ma foi… Un scénario de thriller? Ça tombe bien: j’ai toujours pensé qu’à défaut d' »imagination au pouvoir », il nous fallait, à nous autres citoyens lambda, un peu d’imagination pour appréhender, et si nécessaire contrer, les abus du pouvoir.

Où vont les écrivains pour chercher leurs idées, après tout, sinon dans la bonne vieille réalité?

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