Archives mensuelles : septembre 2010

Brèves de guichet: la journée du patrimoine

Cette année, j’ai sacrifié au rite des journées du patrimoine, alors que je me trouvais dans la région de Bordeaux, avec des amis. Parmi nos visites, les jardins du château de Vayres, qui valent bien le détour. Comme beaucoup de ses pareils, c’est un peu l’abrégé en pierre de l’histoire de France: Moyen-Âge, Guerre de Cent ans, Renaissance, Fronde, etc.

Château de Vayres (Gironde), habité à l'année par...... on Twitpic

Nous apprenons que le château est toujours habité, et toujours entre des mains privées, mais sans plus de précisions, et la curiosité nous fait essayer de tirer les vers du nez au jeune homme qui officie à la vente de billets.

«Qui donc habite le château à l’année», demandons-nous? (Nous croyons jouer très fin en ne demandant pas de but en blanc qui est propriétaire de ce luxueux tas de pierre. Le pays de l’argent a ses pudeurs, on le sait bien.)

La réponse vient du tac au tac:

«C’est moi!»

Ah, ha! C’est donc lui le gardien, et discret sur son employeur, semble-t-il. Pas fou. Et il est clair qu’il suit la consigne.

Force nous étant d’être plus explicites, nous demandons qui est le proprio, mais n’obtenons que cette description: un grand banquier d’affaire français. Voilà, voilà. Le château d’Henri IV et des comtes de Foix appartient bien à la nouvelle aristocratie… Mais aujourd’hui comme hier, ce sont avant tout des employés qui y résident.

Rien de nouveau sous le soleil de France.

Où je réponds à une requête Google: droit de vote et gens du voyage

Ces temps-ci, il arrive assez souvent qu’un quidam arrive en tapant «droit de vote des gens du voyage» dans un certain moteur de recherche dont le nom commence par G. (Parfois aussi par B, mais c’est plus rare.)

Cher internaute, ne cherche plus: la réponse est ici.

En bref: s’ils ont la nationalité française (comme c’est en majorité le cas), les gens du voyage peuvent évidemment voter. Mais, et c’est là que ça coince, en pratique, les lois auxquelles ils sont soumises (carnet de circulation, condition pour s’inscrire sur les listes électorales…) rend difficile pour eux l’exercice de ce droit. Et moins risqué, pour le gouvernement, de les montrer du doigt en guise de boucs émissaires.

Le diable est décidément toujours dans les détails…

En passant

Parce que la mère fouettarde Hadopi a commencé à envoyer ses demandes d’identifications, et que dans sa grande sagesse (heu…), il y en a autant pour chaque fournisseur d’accès, quel que soit le nombre de ses abonnés. Tu sais ce … Lire la suite

En passant

Dans la rubrique «pas  très Net», n’oublions pas les éditions Hachette, dont le site de vente de livres numériques MyBoox (sic) intègre d’autorité les flux Twitter d’écrivains et d’autres éditeurs – mais qui les supprime aussi sec si, comme François Bon … Lire la suite

«Il faut se faire à l’idée» que nos médias sont amnésiques…

Pour faire avaler de nouvelles couleuvres aux cochons de payants (pardon, au peuple français), il y a une formule de rhétorique à tout faire: «Il faut se faire à l’idée que»

L’idée qu’il serait incontournable de casser la retraite par répartition, ou l’école publique et gratuite pour tous, ou encore la sécurité sociale. Celle-ci aurait un trou abyssal et incomblable autrement que par les déremboursements – et leur corollaire, le transfert progressif du marché aux assurances et mutuelles. Ben voyons.

Sauf qu’il suffit de revenir en arrière de même pas dix ans pour se rappeler que les comptes de la Sécu avaient été à l’équilibre sous… Tiens, qui donc, au fait?

La gauche! Le si décrié gouvernement Jospin!

Une question: pourrait-on – par exemple – offrir au présentateurs de journaux parlés ou télévisés une paire de rétroviseurs (en sorte qu’ils puissent encore avoir en tête les événements les plus importants de la dernière décennie), ou tout simplement un abonnement internet de manière à consulter, de temps à autre, des informations un peu plus fiables que leurs calembredaines préformatées?

Merci au Bœuf qui pleure de cette audacieuse proposition. On devrait pouvoir la financer sans peine en rognant un peu le bouclier fiscal, ou certaines niches du même alloi.

En passant

Pope Ratzi should get remedial history, quick! He claimed that the root to Nazi evil was atheism (ooh, Godwin…) but didn’t he realize that the real Nazis defended religion? By, notably, banning all books that «ridicule, belittle and besmirch the … Lire la suite

Non, Wikipédia n’est pas un auteur (mais ce n’est pas la bonne question)

Wikipédia est-il un auteur, se demande Alain Beuve-Méry dans le Monde des Livres? Et surtout: peut-on plagier Wikipédia? Il est bien gentil de se poser la question à la place de, disons, Michel Houellebecq

C’est pourtant clair. Légalement, non, Wikipédia n’est pas l’«auteur» des articles qui y sont publiés; les auteurs sont les contributeurs individuels. Ainsi, chaque article de Wiki a souvent plusieurs auteurs, certains anonymes, d’autres non. Il serait certes bien difficile à chacun de faire valoir leur droits moraux, dans ces conditions…

Mais surtout, ce n’est pas la bonne question.

Comme le rappelle utilement Alain Beuve-Méry, le contenu de Wikipédia est  publié sous une licence Creative Commons (CC). Là où il erre, c’est lorsqu’il croit que cette licence en interdit l’usage commercial. En fait, il y a six options sous le régime CC. Dans le cas de Wikipédia, c’est une licence Creative Commons by-sa, c’est-à-dire qui autorise la reproduction du contenu, y compris à titre commercial… à condition d’en reconnaître la paternité (bref, en citant le ou les auteurs) des textes et en publiant l’œuvre dérivée sous une licence identique!

Conséquence: Michel Houellebecq – et en fait n’importe quel auteur – peut parfaitement copier des articles ou parties d’articles de Wikpédia en toute légalité, sans que personne puisse parler de plagiat… Mais, et c’est là que ça coince, il aurait dû pour cela:

  1. Citer ses sources (au moins citer les auteurs des articles dans les remerciements en fin de roman);
  2. Publier son livre sous la même licence CC by-sa qui en autorise la reproduction

Eh oui. C’est ainsi que croyant pouvoir allonger, sans peine et sans danger, la sauce de son roman, un auteur à la mode se prend les pieds dans les subtilités du droit moral.

Au moins, et puisque Wikipédia est une entreprise bénévole et d’intérêt commun, notre célèbrauteur pourrait se fendre d’un petit don à la fondation Wikimedia. Vu la cote de ses à-valoirs, sans parler des chiffres de vente, des traductions, etc., il devrait avoir les moyens.

Manque juste l’élégance, peut-être…

P.S. du 20/09/2010: Pour plus de précisions, voir aussi le commentaire de Callimaq et ceux de DM (David Monniaux), qui a d’ailleurs publié un billet fort détaillé sur la question.

P.P.S (21/09): Raisonnement similaire sur le blogue de Florent Gallaire: il serait maintenant légal de diffuser le dernier Houellebecq sur le Net. Et de montrer l’exemple en fournissant un PDF sous licence libre (CC BY-SA)!

P.P.P.S (29/09): Et comme un scan, c’est tout de même peu pratique question lecture à l’écran… J’ai depuis reçu les liens suivants, pour télécharger le texte dans des formats plus adaptés à la lecture sur liseuse ou tablette:

1) Format texte seul (.txt), brut et sans fioriture:
http://www.ebooks-gratuit.com/forum/sujet-3431-la-carte-et-le-territoire-michel-houellebecq.html

2) Format epub, avec table des matières:
http://download.ebooks-gratuit.com/4002449

Et merci aux libristes militants qui ont passé le bouquin au scanneur et à l’OCR…