La danse de l’atome, 1945-1998

La vidéo ci-dessous a fait le tour des blogues de la planète, de Pink Tentacle à Boing Boing ou, chez nous, Ecrans et SuchaBlog. Et bien sûr, on peut la voir sur YouTube et DailyMotion.

C’est une carte animée des explosions nucléaires recensées de par le globe au XXe siècle, de 1945 à 1998, réalisée par l’artiste japonais Isao Hashimoto. Pas moins de 2053 détonations, depuis les essais d’Alamogordo et les bombes de Hiroshima et Nagasaki, jusqu’aux derniers essais de l’Inde et du Pakistan. Près de 40 par an.

Il ne manque que les deux essais de la Corée du Nord en 2006 et 2009. Sinon, toute l’histoire de l’atome militaire au XXe siècle est là, du projet Manhattan au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) de 1996.

Le nombre total figure en bas de l’écran à droite, la date en haut à droite (numéro du mois, puis année), et le drapeau du pays apparaît dans la marge du haut ou du bas avec le nombre de détonations provoquées par ce pays. Les explosions s’allument une à une, puis s’éteignent, accompagnées d’effets sonores, comme un étrange ballet moderne, un son et lumière géopolitique… L’effet total est fascinant. Littéralement.

Deux choses qui me frappent:

  • Les États-unis et l’URSS ont passé l’essentiel de la Guerre froide à nucléariser leur propre territoire. La Chine, l’Inde et le Pakistan ont aussi fait sauter leurs bombes chez eux. Le Royaume-Uni et la France ont trouvé le moyen d’effectuer leurs essais hors de leur territoire métropolitain: la France en Algérie, puis dans le Pacifique; le Royaume-Uni, en Australie, dans le Pacifique et même – relations «privilégiées» obligent – aux États-Unis!
  • La France, relativement tard venue, s’est très, très vite rattrapée. Elle a aussi été l’une des dernières à arrêter.

Voilà, c’était mon billet pour le 6 août, anniversaire du lancement de la première bombe atomique à Hiroshima, il y a 65 ans.

6 réponses à “La danse de l’atome, 1945-1998

  1. Impressionnant, en effet…
    à noter que cette année pour la 65e commémoration de Hiroshima, il y avait pour la première fois des représentants français, anglais et américains. Mais les américains, s’ils ont parlé de démantèlement mondial de l’arsenal nucléaire, n’ont pas présenté la moindre excuse officielle. Peut-être en feront-ils lieu quand le président américain ira à cette cérémonie, car Obama semble vouloir s’y rendre. On verra… en attendant, l’armée américaine n’a pas quitté le Japon depuis l’après-guerre, et s’y comporte avec une arrogance de colonisateurs, témoin les problèmes incessants dans les bases d’Okinawa. Et tout ça aux frais des contribuables japonais (dont je suis, ce qui me contrarie particulièrement). Ce qui leur permet aussi de financer leur propagande sous des forme parfois assez ahurissantes comme ce manga commémorant les 50 ans du traité de sécurité entre les deux pays.

  2. Pingback: Tweets that mention La danse de l’atome, 1945-1998 | L'Extérieur de l'Asile -- Topsy.com

  3. Je ne suis pas surpris de voir arriver les massacres du Nankin dans cette discussion, mais j’avoue que je suis étonné que ce soit de ta part. Car l’argument est ordinairement utilisé par ceux (dont je suis certain que tu n’es pas) qui auraient tendance à sous-entendre que «finalement, les japonais ont bien mérité leurs bombes atomiques sur la gueule».

    Je pense qu’on ne risque que de pourrir la discussion à faire ainsi une comptabilité des abominations de part et d’autre. Comprends bien que pour ma part, je ne suis pas aveuglé par une quelconque nippophilie bêtifiante, et je suis évidemment révolté par ces massacres, qui sont hélas une preuve de plus des abîmes d’horreur dans lesquels la connerie humaine à tendance à tomber si facilement. Et que des révisionnistes puissent tenter d’en minimiser la portée m’est tout aussi insupportable. Mais, dans un souci de clarté, il vaut mieux faire deux débats distincts sur ces deux évènements historiques.

    Surtout que si on veut comparer comment ils ont été traités par la suite, on remarquera une différence de taille: des excuses officielles ont été formulées du côté japonais, entre autres de la part du gouvernement de Murayama. On notera d’ailleurs que, comme par hasard, il n’était pas du PLD, parti resté longtemps au pouvoir, dont nombre de premiers ministres ont défrayé la chronique en se rendant à Yasukuni, et qui a toujours été soucieux de flatter le courant nationaliste existant en son sein.

    Sinon, tu parles de «crime de guerre» pour le largage des bombes atomiques, et je suis de ton avis, mais il ne me semble pas qu’il ait été officiellement reconnu comme tel.

    • Disons que j’ai cité ces faits pour le bénéfice des autres lecteurs potentiels du blogue, qui n’ont pas forcément des connaissances très étendues sur cette période historique. Je m’y connais un peu, parce que je m’intéresse au sujet, et parce que ma famille a vécu en Asie du Sud-Est, que l’une de mes sœurs est nipponisante et que j’ai une tante prof d’histoire.

      Rappeler que le régime militariste ultra-nationaliste du Japon de l’époque fut responsable d’atrocités de grande ampleur (massacres et viols systématiques à Nankin, attaque surprise sur Pearl Harbor alors que la guerre n’était pas déclarée avec les USA, expérimentations médicales sur des prisonniers de guerre, utilisation de prisonniers comme travailleurs forcés, et plus généralement la façon dont ils se sont comportés en terrain conquis) ne peut pas servir à excuser ou même justifier l’utilisation des bombes nucléaires. Mais on peut simplement se souvenir qu’en août 1945, les États-Unis étaient engagés depuis près de quatre ans dans une guerre totale. L’État-major japonais savait que la guerre était perdue, mais refusait de capituler, même après les bombardements massifs de Tokyo (qui ont fait autant de morts que Hiroshima, entre parenthèse). À cause de ce jusqu’au-boutisme, l’alternative aux bombes A était un débarquement au Japon et un combat ville par ville, ce qui aurait été dévastateur à la fois pour les troupes alliées et pour la population japonaise – que leur propres dirigeants était prête à utiliser comme bouclier humain, comme ce fut le cas à Okinawa.

      Même après la première bombe sur Hiroshima, l’État-major japonais n’a pas capitulé tout de suite. Ils s’aveuglaient sur les capacités des USA et de leurs alliés à produire d’autres bombes, comme ils s’étaient aveuglés au début de la guerre sur les capacités américaines à réagir à une attaque, parce que dans leur optique, les démocraties étaient trop «faibles» pour tenir tête à une armée et un peuple d’«élite» comme eux… Une déformation classique dans les esprits dictatoriaux. En fait, certains historiens pensent que la déclaration de guerre contre le Japon par l’URSS a joué autant dans la décision de Hiro-Hito de capituler que la seconde bombe sur Nagasaki. (Et il est certain que Truman et ses conseillers militaires étaient pressés de terminer la guerre justement pour cette raison, pour éviter la mainmise soviétique sur cette partie de l’Asie, comme cela s’était passé dans l’est de l’Allemagne.)

      Autre chose qu’il faut prendre en compte : les connaissances des Américains sur les effets réels de la bombe atomique, en 1945, étaient encore incomplètes. En particulier, on n’avait pas encore des idées très claires sur les effets à long terme des retombées radioactives. Le plan d’invasion du Japon préparé au cas où par l’armée américaine prévoyait d’envoyer une bombe A sur Tokyo et d’autres grandes villes et tout de suite après, d’envoyer les Marines prendre possession du terrain… Bref, les soldats US auraient été respirer la poussière radioactive eux aussi.

      En fait, c’est précisément à cause de ce qui s’est passé dans les villes martyres de Hiroshima et Nagasaki que l’on a vraiment pris conscience de ce qu’impliquait ce genre d’arme.

  4. Que les militaires américains aient voulu épargner des pertes parmi leurs troupes, c’est tout à fait plausible, mais je doute quand même fort qu’ils se souciaient d’épargner des civils japonais après leur avoir balancé une telle quantité de bombes plus «conventionnelles». Tokyo en a beaucoup souffert et une ville comme Nagoya a été presque entièrement rasée. Le pays était tellement dévasté qu’il n’aurait pas résisté très longtemps à un débarquement. L’utilisation de la bombe atomique pour conclure plus rapidement
    le conflit reste la thèse officielle, mais il faut souligner qu’elle fait néanmoins débat.

    À cet égard, ce que tu dis sur la méconnaissance des effets de la bombe atomique est un point intéressant. Mais on peut douter que tous les généraux aient été aussi ignorants. En tout cas, les scientifiques savaient parfaitement ce qu’ils avaient construit, comme le prouva le fameux mot de Kenneth Bainbridge, responsable des essais après le premier test : «À partir de maintenant, nous sommes tous des fils de putes».

    Et on notera également, quel que soit leur degré de connaissance de l’arme, que des militaires et politiques américains, et non des moindres, s’étaient opposés à l’utilisation de l’arme atomique, par exemple le Général Eisenhower ou l’Amiral William Leahy, chef d’état-major particulier du Président Truman. Mais si l’intérêt stratégique des bombes atomiques pour finir cette guerre était moindre, elles ont constitué un des premiers éléments non négligeables de la guerre froide.

    En tout cas, les généraux japonais n’ont certainement pas réalisé la nature de l’arme utilisée contre le Japon, car beaucoup d’historiens pensent que c’est la décision de l’URSS, d’envahir la Mandchourie occupée par les Japonais, le 8 août qui a vraisemblablement constitué le facteur le plus décisif menant à la fin des hostilités.

    Bon, après ce sujet grave dont le débat est loin d’être achevé, et histoire de souffler un peu, je te propose une vision complètement iconoclaste de la Deuxième Guerre mondiale.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s