Archives quotidiennes : 23 juillet 2010

Le livre numérique dans tous ses états, avec Hervé Le Crosnier

La formation permanente est sur la Toile, et ça décape! Si vous deviez ne visionner qu’une seule conférence vidéo sur le livre numérique cette année, que ce soit celle donnée le 21 juillet par Hervé Le Crosnier et mise en ligne par l’ADBS (association professionnelle de documentalistes):

Ancien bibliothécaire, maître de conférences à l’Université de Caen, où il enseigne les technologies de l’Internet et de la culture numérique, Hervé Le Crosnier est aussi éditeur. Il connaît donc bien tous les dessous de la «chaîne» du livre ainsi que son marché, aussi bien dans sa version imprimée que dans ses diverses déclinaisons numériques.

Attention, il y a sept segments, tous disponibles sur la chaîne DailyMotion de l’ADBS:

  1. L’objet «livre numérique» (ergonomie, fonctionnalités…);
  2. La chaîne du livre numérique (qui n’est ni celle du Web, ni celle de l’imprimé);
  3. L’économie globale (rentabilité, modèles économiques, etc.);
  4. Ergonomie et fabrication (les normes de fait et leur évolution);
  5. Questions-réponses 1, 2 et 3.

(Source: Aldus.)

Ce qui est passionnant avec le livre numérique, mais qui rend aussi le sujet casse-gueule, c’est qu’il pose à se reposer toutes les questions que l’on croyait fixées de toute éternité.

Une nouvelle technologie de lecture? C’était déjà le défi rencontré à la fin de l’Antiquité avec la lecture silencieuse! Et ne parlons pas de la lecture sur ordinateur. Comme le fait remarquer Le Crosnier, regardez ce que vous imprimiez il y a dix ans, et aujourd’hui…

Et puis, vient la question du mode de rémunération. La frontière est de plus en plus floue entre objet et service avec le livre numérique. Payer les livres au volume, au chapitre (retour du feuilleton?), par abonnement auprès d’un éditeur? D’une plate-forme (du genre Amazon ou Apple)? Par une redevance ajoutée à l’accès Internet? Tous ces modèles n’étant d’ailleurs pas mutuellement exclusifs.

Reste à se rappeler que même si le livre numérique fonctionne dans une économie de l’attention, le métier de lecteur n’est seulement celui de client, c’est aussi un prescripteur. Trop «protéger» un livre contre le piratage, c’est risquer de se priver de cette interaction.

La question du multimédia est bien sûr évoquée, mais plus intéressant, peut-être, du point de vue de l’amatrice de lecture invétérée que je suis, c’est la question de l’organisation de bibliothèque personnelle. La bibliothèque du futur pourrait bien être en ligne, annotable, partageable, accessible depuis n’importe quel point d’accès au réseau (ordinateur, tablette, téléphone), et hébergée sur le «nuage» de Google…

Eh oui, ce genre de service universel et gratuit (mais ouvert sur diverses formes de monétisation) existe déjà – et il s’appelle Google Books. Ce qui, il faut l’avouer, n’est pas vraiment une surprise.

Si, si, le gouvernement a changé… de bouc émissaire!

Les affaires? Quelles affaires? Vite, regardez plutôt ce beau Tour avec des coureurs presque pas dopés! Et ces histoires d’in-sé-cu-rit-é? Ça plaît toujours, ça, l’insécurité. La preuve, le préz’ et sa famiglia politique enfourchent ce dada plusieurs fois par an depuis son élection – comme si elle n’avait servi à rien, puisque c’était déjà l’alpha et l’oméga de sa campagne.

Nooon? On nous aurait menti?

Ah, le sécuritarisme! C’est bien pratique, mais pas question de se pencher sur des questions qui pourraient déboucher sur une remise en cause de la politique actuelle, hein! Du genre, le non-remplacement de départs à la retraite dans les forces de l’ordre, le sacrifice de la gendarmerie (et de sa culture de «police de proximité») pour des questions de rentabilité, la valse des préfets depuis 2007, ou encore des économies faites sur le dos de l’école, des associations d’insertion…

Non, les problèmes concrets et leur résolution, c’est ringard! Place à cette pièce de choix de la com’ sarkozyste: le bouc émissaire ethnique.

Et comme la ficelle du trop vague jeune-de-banlieue devient un peu usée, comme taper sur les Noirs ou les Arabes est trop manifestement raciste, il suffit de changer un peu de cible. Et voilà: l’ennemi, à présent (puisqu’il paraît que c’est une «guerre»…), ce sont ces moutons noirs de «gens du voyage», ou encore les Roms, puisque le préz’, qui prétend sans rire ne pas vouloir stigmatiser une communauté, emploie les deux termes indifféremment. Alors même que la plupart de ces gens du voyage (c’est une catégorie administrative) ne sont pas roms, et que seule une minorité des Roms de France vivent de façon nomade.

C’est facile, de montrer du doigt, quand votre vision du monde est aussi simpliste.

Tout juste s’il admet du bout des lèvres que ces nouveaux objets de son ressentiment sont «parfois même français»… Aaah, oui, mais c’est qu’il y a les bons et les mauvais Français; et les mauvais ont généralement la réputation de venir d’ailleurs et de ne pas être attachés à la terre (celle qui ne ment pas). Ce n’est pas not’ bon Maréchal qui aurait dit le contraire.

Mais il faut croire que le préz’ connaît bien ses Français: sur la Toile, à peine l’ennemi désigné, voilà que les trolls racistes débarquent avec leurs gros clichés pour envahir les commentaires du moindre billet évoquant avec sympathie les Gitans ou les gens du voyage!

Évidemment, c’était le but de l’opération. Car pendant ce temps-là, on ne parle plus (trop) des millions versés à Liliane Bettencourt aux frais du contribuable; ni des emberlificotages de Woerth, du juge Courroye et des autres dans les conflits d’intérêt. On évite d’évoquer le coup des sous-marins vendus à la Malaisie, délicat mélange de corruption et de subvention aux frais du contribuable (merci encore!) de notre belle industrie d’armement que le monde envie.

Et bien entendu, silence dans les rangs sur les morts de Karachi et les liens avec le financement d’une campagne RPR anti-Chirac en 1995…