Archives mensuelles : juin 2010

This is not the observatory you’re looking for

Students of astronomy at Carleton College, Minnesota (USA), must have an awesome sense of humor. On June 2, they dressed up the campus’ Goodsell Observatory as… a character from Star Wars! Notice how they made good use of the observatory’s cupola:

(Click on image for higher resolution.)

Science blog Dynamics of Cats has more pics and vids. With sound effects, natch.

La chaîne des habitudes

Je remercie mon collègue blougueur Dagrouik pour avoir mis mon nom sur cette chaîne dite des habitudes des blogueurs. Une fois n’est pas coutume, je vais essayer de répondre, et avec le moins de mauvaise foi possible.

(On notera qu’il s’est écoulé un certain bout de temps entre le billet me citant et cette réponse. Événements indépendants de ma volonté, tout ça.)

Question 1: Qu’est-ce qui vous inspire : des lectures, des situations de la vie quotidienne?

En général, ce que je lis sur mon écran. Cela peut être un article de presse, un billet de blogue, un courriel…

Question 2: Qu’est-ce qui déclenche l’acte?

Le fou rire ou la fureur, c’est selon.

Question 3: A quels moments de la journée le faites-vous? De quels endroits?

De chez moi, en général. L’heure, cela varie. (Et il m’arrive de poster en anti-datant, donc inutile d’essayer de déduire quelque chose sur mes horaires de vie et de travail réels.)

Question 4: Comment et où vous installez-vous? Quel est votre environnement?

Un ordinateur portable sous Ubuntu, posé sur un bureau qui accuse son âge (il provient d’une succession) mais qui est encore fort robuste. Pour le confort de frappe, j’ai rajouté une souris externe et un clavier 105 touches. L’ennui, c’est que le bureau n’est pas très profond. Solution : j’ouvre à moitié le tiroir du haut pour poser le clavier en équilibre dessus. Légèrement précaire, mais ça marche.

Question 5: Quels outils utilisez-vous pour écrire (un traitement de textes ou directement dans votre éditeur de billets)?

L’éditeur de WordPress, parce que je ne veux pas me casser la tête. On peut basculer du mode prévisualisation au code HTML de la page, bien utile pour bidouiller si nécessaire.

Question 6: Faites-vous beaucoup de recherches? Rédigez-vous beaucoup de brouillons ou d’articles que vous ne publierez pas?

Si j’ai un projet en tête mais pas le temps de creuser, il m’arrive de faire un brouillon rapide dans WordPress en me disant que j’y reviendrai plus tard, mais il faut avouer que j’ai plus de brouillons non exploités que de billets. Sinon, j’écris mes billets en général à chaud et je fais des recherches en parallèle de l’écriture. Lesdites recherches consistant à vérifier les faits («fact-checking», vous savez) et à fouiner le Ouaibe pour des exemples et/ou illustrations.

Question 7: Écrivez-vous en prenant votre temps ou avec une certaine frénésie?

Les deux: avec frénésie, mais en consacrant le temps qu’il faut au billet. Du moins, j’essaie.

* * *

Et maintenant? À qui vais-je passer le maillon? Hum. Désolée, mais comme disait l’autre, «Camarades, brisons nos chaînes!»

Et reprenne celle-ci qui voudra.

De quoi les éditions Classiques Garnier ont-elles peur ?

Vu sur le blogue de Lucie Chenu: Censure aux éditions Classiques Garnier.

Un essai accepté par un directeur de collection, signé, corrigé, imprimé, publié, est retiré de la vente par l’éditeur deux semaines après sa parution , pour des raisons, ainsi qu’on a fini par l’avouer à l’auteure, « idéologiques ».

Affaire pas banale.

Mais cela se passe en France en 2010. L’objet du scandale? Le dernier livre d’Anne Larue (professure de littérature comparée à Paris XIII, présidente de l’association Modernités médiévales), intitulé Fiction, féminisme et post-modernité: les voies subversives du roman contemporain à grand succès (ISBN 978-2-8124-0122-0).

Encore récemment, voici comment l’éditeur présentait l’ouvrage:

Cet essai, consacré à la littérature de l’imaginaire, s’interroge sur la valeur subversive d’un corpus dont on n’aurait a priori pas attendu la moindre velléité de subversion: la littérature contemporaine populaire de très grande diffusion, anglo-saxonne et française. Il montre comment, soumise au choc du backlash (revanche antiféministe des années 80), la fiction grand public choisit une voie souterraine de résistance et garde enfouie la mémoire d’une féminité triomphante qui devient son sujet principal et «occulte». Ce travail engage donc une réflexion sur le caractère paradoxal des best-sellers: la littérature la plus commerciale, la plus «facile», la plus ludique serait-elle celle où s’expriment le mieux les aspirations politiques et théologiques des sociétés occidentales d’aujourd’hui?

Ce livre, accepté par Bernard Branco, directeur de la collection « Perspectives comparatistes », venait tout juste de paraître aux éditions Classiques Garnier, en mai 2010… Mais il a aussitôt été retiré du catalogue, alors même qu’il était imprimé et prêt à partir pour les librairies et que Fabula et quelques autres sites l’avaient référencé.

L’auteure, Anne Larue, raconte l’avoir appris elle-même en essayant d’en commander quelques exemplaires. Apparemment, personne n’avait pris la peine de la prévenir.

Et en effet, une recherche sur le site de Classiques Garnier avec le nom de l’auteur ou le titre renvoie un résultat nul. Il est également indisponible chez les libraires.

Un article (signé Jef Tombeur) paru sur Come4news donne la parole à l’auteure, cite des extraits et montre une capture du cache Google contenant la présentation de l’ouvrage chez l’éditeur (qui a désormais disparu):

Citons cet article:

C’est en ne voyant pas arriver une commande de dix exemplaires d’auteur qu’Anne Larue a commencé à s’inquiéter et s’informer. Qu’un éditeur ne puisse fournir des ouvrages vaut rupture de contrat mais signifie aussi que les exemplaires ont été pilonnés, détruits. Ou qu’on avait opté pour un court tirage rapidement épuisé. Bref, ce n’est pas chez les soldeurs que vous vous procurerez cette étude dont toute trace semble avoir disparu chez Garnier.

Le livre est paru le 10 mai dernier mais, dès le 26 mai, Anne Larue a obtenu confirmation que les commandes n’en étaient plus servies et que le service commercial en bloquait la distribution. Selon un courriel reçu des éditions par l’auteure, c’est Claude Blum, Bernard Franco et Véronique Gély qui auraient décidé conjointement cette mesure pour le moins inouïe dans le monde éditorial. Véronique Gély aurait estimé que la collection ne peut inclure un livre dont le propos serait de nature à choquer une partie du lectorat habituel des éditions Garnier. Ce serait un essai «polémique» à la limite du sulfureux. Anne Larue estime avoir «posé la question qui fâche, le déni de mai 1968, devenu un épouvantail idéologique».

Mais de quoi l’éditeur des Classiques Garnier, ou sa maison mère, les Éditions Champion Électronique, a-t-il tant peur? De la perspective féministe de l’ouvrage? (Mais la thèse défendue, celle du « backlash » anti-féministe des années 80, a déjà de la bouteille: c’est celle que publiait l’Américaine Susan Faludi en 1991.) Ou bien est-ce l’héritage de Mai 68 qui bouge encore? À moins que le problème ne vienne de l’intérêt porté au Wicca, une religion dont les références païennes et New Age sont un peu trop éloignées du moule judéo-chrétien pour notre digne et pseudo-laïque pays?

Peut-être le problème vient-il des références idéologiques de l’auteure, qui s’appuie sur les ouvrages de Naomi Klein et Virginie Despentes et critique Luc Ferry?

(Ayant eu accès au texte sur PDF, je peux cependant affirmer que les références citées sont éclectiques et loin de se confiner aux brûlots polémiques. Cela va d’Hannah Arendt et Marshall McLuhan à Michel Onfray et Françoise Héritier, en passant par un ouvrage sur Wikipédia présenté par Pierre Assouline et par les études d’Anne Besson sur Tolkien et la fantasy. En tout, une solide documentation puisant aux sources anglo-saxonnes autant que francophones, pour parler sérieusement de sujets souvent abordés sous un angle anecdotique. Tout à fait ce qu’on attendrait d’une universitaire se penchant sur la littérature populaire…)

Ou bien (hypothèse personnelle) l’équipe de Classiques Garnier aurait-elle reçu un coup de fil intempestif tombant d’une certaine hauteur? Les petits mondes de l’université et de l’édition ne sont pas plus à l’abri de ce genre de pression que la presse ou la radio, après tout.

Le Wicca victime d’une chasse aux sorcières, voilà qui serait déprimant. Mais tellement logique.

Màj du 01/06: Il y a aussi une pétition en ligne que l’on peut signer si l’on veut soutenir Anne Larue.

Autres sites mentionnant l’affaire:

  • Neoprofs (forum d’échange et de discussion entre professeurs);
  • Le Post, deux billets signés Jef Tombeur;
  • la fiche Wikipédia d’Anne Larue, déjà à jour;
  • et sur ALKA, le témoignage de l’auteure elle-même.