L’athéisme et le scepticisme appliqués à Apple

Avertissement sans frais

Certaines opinions exprimées ci-dessous risquent de choquer les croyants sincères. Mais vous préférez sûrement que je respecte vos facultés de raisonnement logique, et pas juste votre foi en telle ou telle icône médiatico-informatique ?

Hmm ?

Ceci dit, procédons plus avant.

* * *

C’est fou comme certaines tendances ont la vie dure. Parlez sur un blougue de sujets liés au féminisme ou à l’oppression des femmes et, rapidement, voilà que des mecs rappliquent avec un grand cri de : « Mais les hommes ont des problèèèèmes aussiiii » ! Ça ne rate jamais.

De même, parlez sur un blougue de logiciels libres, de plate-formes et/ou formats ouverts, et voilà que les fans d’Apple ou de Microsoft rappliquent avec un grand cri de : « Mais iTruc / Windows N… sont de bons produits aussiiii » !

Hé, sans doute. Je veux bien vous croire. Et vos anecdotes sont bien sympathiques. Qu’importe si la plupart du temps, elles sont essentiellement tautologiques : ce sont des témoignages d’utilisateurs qui aiment les gadgets électroniques qu’ils ont adoptés. Voui, voui. Et pourquoi ils les ont adoptés ? Parce que cela correspondait à leurs besoins en matière d’électronique et de gadgets. Tiens, donc.

Mais au fait, qu’est-ce ces historiettes apportent à des gens qui n’ont pas les mêmes besoins en la matière, pas les mêmes habitudes de travail, goûts esthétiques, expérience, patience avec l’informatique, nécessités professionnelles, base installée, etc. ?

Heu…

Pas lourd.

Mais on avait bien dit qu’il s’agissait d’anecdotes, pas vrai ?

* * *

Et puisqu’il se trouve que cette fois-ci, c’est un fan d’Apple qui a détourné mon dernier billet sur une offre de liseuses électroniques sans pomme, essayons de poursuivre plus loin l’analogie, pour voir.

Une chose qui m’amuse, et qui revient souvent dans l’argumentaire de ce genre de fans, ce sont des affirmations du genre « nous libérer de la tyrannie de X… » (Microsoft, Adobe, Google : choisissez. Apple est le challenger multicartes, c’est bien connu.)

Fort bien. Mais si c’est pour tomber dans la dépendance à Apple, où est l’avantage ?

Y a-t-il de « bonnes » dictatures ? Pourquoi faut-il que Steve Jobs en personne intervienne pour modérer les rigueurs de la politique maison d’Apple en matière de ce qui est acceptable dans l’App Store ou pas ?

Hum. Autant demander pourquoi, dans l’ancien régime, on présentait au roy des placets pour lui demander d’atténuer les rigueurs de sa propre justice. Ou pourquoi c’est le Pape, dans l’Église catholique, qui a le dernier mot sur la possibilité ou non pour les cathos d’accepter l’évolution.

* * *

Tiens, au fait, puisque Jésus est revenu d’entre les morts pour diriger Apple… Posons-nous quelques questions supplémentaires. Rien n’est sacré.

Lors de la sortie du Kindle d’Amazon, en 2007, on avait entendu Steve Jobs déclarer vertement que la lecture était morte et qu’Apple ne se lancerait pas sur ce marché-là. Oooh, non.

Mais alors… À quoi joue donc à présent Steve Jobs, ou du moins sa firme, lorsque Apple fait la promotion de l’iPad comme d’un appareil idéal pour la lecture de textes numériques ? Jusqu’à provoquer un vent de panique chez Amazon, quand les grands éditeurs américains, les uns après les autres, tournent le dos au modèle du « prix unique pour les nouveautés et best-sellers » choisi par Amazon.

(Soit dit en passant : bien fait pour Amazon. Et dommage qu’ils fassent subir aux auteurs les dommages collatéraux de leurs guéguerre de mammouths de l’édition.)

Bref, faudrait savoir. Morte ou pas morte, la lecture ? Et Apple est-il en train de jouer le même coup avec les livres et l’iPad que pour l’iPod et la musique ? Ou bien est-ce un rien plus subtil ?

Subtil, oui. Peut-être même plus qu’un rien.

Car au fond, que vend Apple avec l’iPad ? Une liseuse électronique ? Non, pas vraiment. L’appareil a un écran LCD, pas à base d’encre électronique, donc sans avantage pour les yeux par rapport à un écran d’ordinateur. Et les applications disponibles sont clairement censées satisfaire une clientèle bien plus vaste que celle des lecteurs. Jeux, multimédia, communication, et j’en passe.

Mais alors, l’iPad serait une sorte d’ordinateur portable léger, avec une interface simplissime puisqu’héritée de l’iPhone ? En gros, oui. C’est un netbook à écran tactile. Ou, si on veut, un iPhone agrandi.

Sauf que, dit ainsi, ce n’est pas très glamour. Et surtout, si Apple avait lancé sa machine sous ses vraies couleurs, l’iPad aurait pris le risque de se retrouver noyé parmi la pléthore de tablettes communicantes, netbooks et autres gros smartphones qui se disputent déjà le marché.

Du coup, tout s’explique.

L’application iBook, c’est l’angle choisi par les as de l’Apple-marketing pour positionner la bébête sur le marché : lecture, instruction, culture, toutes choses respectables et qui donnent au gadget un certain cachet. Car certes, l’iPad est simple, mais il ne faudrait pas non plus que toute la communication à son sujet soit du genre « mon gamin de 2 ans 1/2 et son iPad ». Voire « mon chat et »

L’appareil offre certes le design ultra-sexy d’Apple, mais c’est devenu une habitude. Ses capacités sont limitées. Et il ne comprend pas d’innovation technologique époustouflante, il faut l’avouer.

Et pourtant, il fallait bien un truc pour amener les gens à débourser les 500 $ US, au minimum, pour se le procurer. Et quoi de mieux que l’appel de la culture ?

D’où ce (discret) revirement par rapport aux livres numériques…

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