Les Beatles, le Vatican et le sens des priorités

On peut admirer les gens qui n’ont pas peur du ridicule. Mais dans ce cas, je me demande si le Vatican et son organe officiel, L’Osservatore Romano, ne sont pas carrément sur une autre planète.

Au milieu de la tourmente médiaticojuridique dans laquelle se trouve prise l’institution catholique, voilà que l’hebdomadaire de Rome titre sur… le pardon de l’Église aux Beatles ! Comme on lit sur le site du Parisien du 13/04/2010:

À l’occasion du 40è anniversaire de la dissolution des Beatles, le Vatican […] déclare qu’il pardonne aux Beatles pour leurs commentaires « sataniques » et notamment ceux de John Lennon qui déclarait en 1966 que son groupe était plus populaire que Jésus Christ.

[…] « Il est vrai que le groupe consommait de la drogue, qu’ils vivaient dans l’excès à cause de leur succès. Ils ont même dit qu’ils étaient plus connus que Jésus Christ et on [sic] fait passer d’autres messages mystérieux à connotation satanique. [?] Ils n’ont peut-être pas été le meilleur exemple qui puisse être pour la jeunesse de l’époque, mais ils n’étaient pas les pires. Leurs belles mélodies ont changé le monde de la musique et continue encore aujourd’hui à donner du plaisir », écrit l’Église Catholique.

Surtout, ne pas rigoler. Ce ne serait pas… charitable.

On ne sait pas ce qu’en pense Sir Paul McCartney. Mais la réaction de Ringo Starr, sur CNN, était plutôt amusée :

« Ils ont déclaré à l’époque que nous étions sataniques et ils ont quand même réussi à nous pardonner ? Je pense qu’ils ont mieux à faire que de parler des Beatles. »

Oui. Ce n’est pas comme si le successeur de Pierre n’avait aucun autre sujet de préoccupation…

Par exemple le mouvement qui se forme, à l’initiative de Christopher Hitchens, Richard Dawkins et d’avocats spécialisés dans les affaires de violations des droits humains, pour utiliser à l’occasion de la venue de Benoît XVI au Royaume-Uni les mêmes armes juridiques que celles qui avaient servi à faire arrêter Pinochet en 1998. (Cf. l’article d’Éric Azan.)

Et jusqu’à un pasteur de l’Église unitarienne-universaliste (sans doute la plus progressiste de la galaxie protestante), la Rev. Dr. Marie M. Fortune, qui publie sur son blogue une lettre ouverte en forme de mémo à Benoît XVI : « Dear Pope: Call Me ».

On va finir par les plaindre.

Mais trêve de mauvais esprit. Après tout, si l’on est optimiste, rien n’empêche de voir un signe d’évolution positive dans ce pardon accordé aujourd’hui aux Beatles.

Songeons-y : il a fallu près de 400 ans pour que l’Église catholique reconnaisse avoir eu tort de condamner Galilée (Giordano Bruno attend encore), et 150 ans pour admettre la validité des travaux de Darwin et même qu’il n’y avait « pas de contradiction » entre la foi catholique et l’évolutionnisme. Aujourd’hui, dans le cas des Beatles, le délai n’est que de 40 ans ! Ça c’est du progrès !

Je gage cependant qu’il coulera encore pas mal de vin de messe dans les ciboires avant que la même mansuétude soit accordée, disons, aux Rolling Stones. Sympathy For The Devil, anyone?

* * *

« Je ne sais pas qui du rock and roll ou de la chrétienté des disparaîtra en premier. » — John Lennon

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