Archives de Tag: sciences

Aparté

Oh, noes! P.Z. Myers gives an apology to someone he misquoted! How am I to know my way around the «War About Nice», then? Apocalypse may be upon us. Next thing, you’ll tell me that Phil Plait can be rude … Lire la suite

Quand Sarkozy et les Bogdanov jouent à Six degrés de séparation

Et hop! Encore eux? Hélas. Mais Arrêt sur images a la bonne idée, cette semaine, de mettre en ligne gratuitement leur dossier sur la dernière «affaire Bogdanov».

1) Pourquoi les deux frères rendent-ils furieux tant de scientifiques? (Parce qu’ils déforment beaucoup ce dont ils prétendent faire de la vulgarisation, et s’ingénient notamment à chercher des preuves «scientifiques» de l’existence de Dieu, comme si 2500 ans de philosophie occidentale n’avaient pas montré que c’était une quête futile. Et quitte également à propager certaines thèses non-scientifiques, proches du créationnisme.)

2) Sont-ils des journalistes ou des scientifiques? (Les deux, mon capitaine! Mais plus doués pour faire de l’audience que pour faire des recherches, manifestement. Et ils sont très bon aussi pour le plagiat…)

3) Ont-ils gonflé les chiffres de vente de leur dernier bouquin? (Apparemment, oui. Même l’éditeur n’en revendique pas autant qu’eux.)

4) Ont-ils raison de se plaindre d’être mis au pilori par des «jaloux» «sur Internet»? (Heu… La rançon du succès, vous connaissez? Ce genre de jérémiades fait un peu ridicule, quand on a ses entrées sur les plateaux télés. Et esquiver la critique sous prétexte que c’est publié sur Internet, voilà qui fait désordre quand on se veut scientifique.)

5) Et ont-ils vraiment passé leur thèse? (Oui, même si cela s’est fait un peu tard, et à grand peine… Et de toute façon, il y a thèse et thèse. Vous vous souvenez de celle d’Élisabeth Tessier?)

Et puis il y a la question des amitiés médiatiques… et politiques:

«Bien sûr, si France 2 a choisi Igor et Grichka Bogdanov pour créer cette «nouvelle émission scientifique», cela n’a rien à voir avec le fait que, comme le signalent les intéressés sur Pure People, ils travaillent depuis 2001, pour l’illustration sonore, avec un certain Pierre Sarkozy, fils de Nicolas. Sûrement que ça s’est trouvé comme ça…»

Le monde est petit. Et des amitiés avec les familles Sarkozy et Juppé ne sont certainement pas pour nuire à une carrière d’animateur télé…

(Pourquoi «six degrés»? Explications. Mais au fait, quel est le Numéro de Bacon des frères B.?)

Robert Lanza, MD, doesn’t want you to read this…

Oh, noes! Two science bloggers have angered one Robert Lanza, MD, scientist and proponent of the «biocentrism» hypothesis! Something about life going on after death, you know, and NDEs, and basically the failed theory of mind-and-matter dualism… All a lot of quantum flapdoodle, really. But saying so must not be respectful enough, I guess, and Dr. Lanza now wants the posts removed!

Erm… Can you spell «Streisand effect», mister?

While we are at it, I’d like to plug Connie Willis’s novel Passage, a much better reading about life and death and what passing on means than all the woo in the world.

Du complotisme, du créationnisme et de mes prétendues «bêtises»

Réponse à Jean Robin, qui m’accuse de «raconter des bêtises»… Il n’a pas dû apprécier que je parle à son sujet d’un basculement du côté obscur!

Terme trop fort? On en jugera. Je commentais un article d’Olcola à propos d’une vidéo où le journaliste donnait la parole à… Jean Staune, un de nos quelques spécimens de créationnistes à la française (version «dessein intelligent»).

Hélas, mon commentaire est dans la file de modération, le proprio de Coffee and Sci(ence) étant pour l’instant en vacances… Voici donc, ci-dessous, l’intégralité de ma réponse:

* * *

Jean, je ne vois pas quelles «bêtises» vous m’accusez de raconter. D’autant que vous semblez avoir compris de travers, ou lu trop rapidement, mon commentaire. Je n’ai jamais prétendu porter un jugement sur vos livres (même si j’ai suivi le lien donné par Oldcola et soupiré devant la collection hétéroclite de prétendus «débats interdits» que vous affichez dès la couverture – débats interdits sur la place de la France dans l’UE ou sur le réchauffement climatique, vraiment? Sur quelle planète avez-vous passé les dix dernières années?) mais témoigner de ce que j’avais pu voir, lire et entendre lors de l’affaire Thierry Ardisson, et après.

Il s’agit de débats qui ont largement eu lieu sur Internet, notamment sur le blog tenu à l’époque par l’équipe d’Arrêt sur images, mais aussi sur celui de Pierre Assouline et sur le mien, puisque je vous avais défendu quand Assouline avait censuré vos commentaires. J’espère que vous vous en souvenez? Et vous vous souvenez peut-être aussi que je vous avais rencontré dans un café près de St-Lazare pour discuter du possible témoignage d’un ancien collaborateur d’Ardisson, qui se trouve faire partie de mes connaissances. (La chose ne s’était d’ailleurs pas faite, cette personne préférant rester en dehors de la polémique.)

Il faudrait sans doute que je remette en ligne mon précédent blog pour pouvoir citer mon article. Mais je me souviens très bien, pour ma part, que dans Ils ont tué la télé publique, l’un des principaux reproches que vous faisiez à Ardisson (en plus d’avoir donné une tribune non critique aux complotistes du 11 Septembre) était de mettre en scène des conflits entre invités, en invitant des personnalités extrémistes et/ou promptes à s’énerver, et particulièrement à monter en épingle tout ce qui touche à Israël ou aux Palestiniens.

Que vous ayez analysé le fonctionnement de ce type d’émission est tout à votre honneur, et je n’ai jamais prétendu le contraire. Ni voulu laisser entendre que vous donniez dans les élucubrations d’un Thierry Meyssan!

Mais il y a plus d’une forme de conspirationnisme. Ce qui m’a mise mal à l’aise, dans les mois qui ont suivi notre échange à propos d’Ardisson, c’est que vous sembliez vous enfoncer peu à peu dans une sorte de syndrome du martyr médiatique, en multipliant les cas de prétendus «sujets interdits», où vous sembliez accepter sans guère prendre de recul le discours de gens qui se prétendent victimes d’ostracisme lorsqu’ils n’ont pas d’argument de fond à présenter. En répercutant par exemple sur votre blog, à un moment, la paranoïa d’un Maurice G. Dantec (le gars qui prétend qu’il est allé s’installer au Canada parce que la France serait trop accueillante pour les musulmans – mort de rire, vu que les exigences en matière d’intégration culturelle sont bien plus légères dans ce pays nord-américain, où le communautarisme n’est pas un gros mot!) ou en publiant en août 2006 un livre sur ce que vous appelez la «judéomanie», que vous définissez comme «Admiration outrée pour la communauté juive, qui génère de l’antisémitisme par retour de boomerang». Sans rire?

Ce faisant, vous commettez l’erreur que vous reprochiez naguère à Ardisson et autres «tueurs» de la télé publique: vous mettez dans le même sac l’influence de quelques intellos médiatiques (BHL, Finkielkraut) et le clientélisme des politiciens auprès du CRIF (en oubliant qu’il y a aussi un clientélisme similaire vis-à-vis des Corses, des Arméniens, des Pieds-noirs, des agriculteurs, de l’église catholique, et même des artistes), en amalgamant tout ça avec la réparation d’une injustice historique, avec la reconnaissance tardive, sous Chirac, du rôle de l’administration française dans la déportation des juifs pendant l’Occupation. Vous montez tout cela en épingle en croyant y voir une entreprise systématique de «sacralisation» des juifs, comme si le lobbyisme du CRIF était à mettre sur le même plan que le rétablissement des faits historiques! Au final, vous agissez comme les complotistes qui voient des manipulations occultes partout, pour qui tout événement néfaste est dû à la volonté de ceux qui tirent les ficelles en coulisse.

Pour Jean Staune et la prétendue «absence de débat» sur «l’évolution non darwinienne», il faut s’entendre: ce que la majorité des biologistes refusent comme non-scientifique, c’est la tentative d’introduire des thèses créationnistes (y compris le «dessein intelligent») dans leur discipline, pas les débats sur la façon dont se produit l’évolution. Les biologistes discutent en permanence des rôles respectifs joués dans l’évolution par la sélection naturelle et par d’autres mécanismes, notamment la dérive génétique. (Googlez ce terme pour voir.)

Une bonne idée aussi serait de lire, ou relire, ce qu’écrivait déjà S. J. Gould sur le sujet il y a vingt ans: les arguments des tenants du «dessein intelligent» et consorts n’ont guère changé depuis. Il s’agit encore et toujours de faire passer pour «scientifique» leur idée préconçue du rôle nécessaire d’un agent surnaturel dans l’évolution, qu’il s’agisse d’un Créateur ou d’une nébuleuse «force» qui dirigerait mystérieusement l’évolution vers son pinacle supposé, l’espèce humaine. Cette conception, hélas pour eux, est largement dépassée, car elle ne colle guère à ce que l’on sait du monde naturel: l’évolution est buissonnante, pas disposée sur une «échelle» de perfection; et la sélection naturelle continue toujours, y compris dans l’espèce humaine.

Bref, prétendre que les scientifiques refusent le débat sur l’évolution darwinienne, c’est soit enfoncer une porte largement ouverte (ben oui, ils refusent d’accorder le statut de science à des idées religieuses…) ou bien avaler tout cru le discours des néo-créationnistes.

Source d’infos médicales, moi? Si, si. Sauf que non…

Ce n’est pas crédible, là, vous me direz? Je fabule, je galéje, j’exagère? Et pourtant! Hier, je répondais à une question posée à la cantonade (enfin, à ceux-z-et celles qui la suivent) par une Twitteuse:

Elle: Je me demande si la varicelle ça commence par une dizaine de petits boutons minuscules

Moi: Pas forcément minus. Mais pour la varicelle, un indice: les boutons/cloques *démangent* férocement.

Elle: Merci… Il ne reste qu’à attendre. Apparemment il y en a 1 qui gratte, les autres ça va.

Moi: Si les boutons deviennent des cloques et se multiplient, c’est la varicelle. Ne surtout pas gratter, cicatrices assurées!

Elle: je crains que ce ne soit ça… Et va empêcher un enfant de 4 ans et demi de se gratter !!

Et voilà, un exemple parmi cent mille de nos petits crowdsourcings quotidiens. Comment obtenir une information pertinente? Identifier les symptômes d’une maladie, trouver un resto de sushis pas trop hypé (optimiste), vendre son vieil iPod ou chercher un appart’ à louer pas trop cher pour la rentrée (optimiste, bis): toutes questions que j’ai vu des gens poser sur Twitter ou sur leur blogues, dans les cybercercles où je traîne mon butineur.

Mais comment on sait que l’info est bonne? Ah…

C’est là que l’élément jugeote entre en ligne de compte, ainsi que la comparaison avec l’expérience passée. Deux éléments, on le notera, importants pour l’examen critique d’un problème.

Et à propos d’expérience, je précise que pour la varicelle, je parlais de la mienne, en décrivant de mémoire les symptômes de ma propre rencontre avec cette sale bête de virus Varicella zoster, à l’âge de 15 ans. (Pas amusant du tout, vous pouvez m’en croire. Mon frère, beaucoup plus jeune, s’en est tiré avec une atteinte bénigne, mais j’ai eu droit à la transformation en monstre rougeâtre et pustuleux. Avec l’envie de s’arracher la peau.)

Mais, bon, je suis juste une blougueuse et Twitteuse parmi bien d’autres: pourquoi mon témoignage (que j’avais certes assaisonné de quelques compléments d’infos trouvés lors d’un rapide Googlage de précaution) devrait-il être pris pour argent comptant?

Je ne suis pas médecin, après tout. Et je ne tiens pas non plus un blogue médical. D’accord, j’ai une certaine culture scientifique, mais quand même.

J’imagine que mon interlocutrice m’a fait confiance d’emblée parce que cela fait longtemps qu’on se croise sur la Toile et que je n’ai pas vraiment une réputation de loufoque. (Enfin, j’espère…)

Et j’espère bien qu’elle a procédé aussi à ses propres vérifications, que ce soit sur un vrai site médical – ou, mieux, en menant le gosse chez le toubib.

Mais c’est quand même un peu vertigineux, comme responsabilité.

Moralité: ne prenez pas vos conseils de santé d’un blougue ou touitte lambda. Exigez des références, des sources, des précisions! Demander «d’où je parle», quand je me risque à donner des informations médicales, ce n’est pas seulement permis, c’est indispensable.

Sans blague.