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Des joies du service public, et de quelques nuages sombres

Dans la catégorie “ma vie est passionnante”, il y a une chose qui est tantôt horripilante, tantôt sympathique – et qui parfois donne amplement matière à penser: les interactions avec le public.

Kama Shiva

C'est parfois un peu l'impression que ça donne, depuis mon côté du guichet...

Côté sympathique, je reçois parfois (et même assez souvent, soyons justes!) des compliments. Cela va de la simple formule de politesse, du genre “merci madame, vous êtes bien aimable”, au chaleureux: “Oh, merci, merci beaucoup, je ne sais pas comment j’aurais fait sans vous, c’est tellement compliqué tout ça!” Et puis, le plus intéressant, pour les esprits curieux, ce sont les réactions de gens qui viennent de l’étranger et découvrent le service public de chez nous.

Eh bien, ils sont souvent ravis. “Oh, mais c’est tout simple, alors! Pas comme dans mon pays, etc.” Ou bien: “J’ai juste à remplir cette déclaration? Aaah, dire que dans mon pays [au Chili], il faut passer par un notaire pour ça…”

Et puis, ma préférée, de la part d’un Américain: “C’est tout, il n’y a rien à payer pour ces documents?”

Ah, non, heureusement, quand même! On vous fait déjà payer diverses contributions, mais la délivrance d’une attestation comme quoi vous vous êtes acquitté de ces obligations est gratuite. Ou plutôt (préciseront les économistes de service), c’est compris dans le total.

Oh, et on ne donne pas de pourboire non plus à l’agent derrière le guichet! Eh oui, différents pays, différentes mœurs…

Cela dit, hélas, je ne prétendrai pas non plus que tout est rose. Et sur le plan de la satisfaction des usagers, justement, à force de réduire les effectifs pour cause d’idéologie reagano-thatchérienne à contre-temps, ou par mesure d’économie (de bouts de chandelles, forcément, à long terme), tout en déguisant cela de noms lénifiants comme “réforme de l’État”, les effets s’en font sentir. Les services publics commencent à craquer, les missions sont moins bien remplies, etc.

Et la satisfaction des usagers décline. Mais ce n’est pas grâce à Valérie Pécresse, ministre du Budget, que vous saurez cela.

Citons l’article d’Arrêt sur images:

Un chiffre qui ne plaît pas au ministère du Budget, et hop, ni vu, ni connu, le sondage n’est pas publié. Selon les informations d’@rrêt sur images, le ministère a préféré éluder dans son troisième “baromètre sur la qualité des services publics” une enquête de satisfaction des usagers face aux administrations. Un des résultats était très mauvais.

Ce petit désagrément n’a pas empêché la ministre Valérie Pécresse de dérouler son plan com’, dans une interview parue lundi 25 juillet dans Le Parisien. Elle y assure que “la réforme de l’Etat répond aux attentes des usagers”… sans pouvoir s’appuyer officiellement sur aucun chiffre pour le prouver. En réalité, si le sondage commandé était effectivement globalement bon, un résultat coinçait : celui de la satisfaction des usagers quant au traitement de leurs réclamations auprès des administrations. Ce chiffre était en très forte baisse par rapport à un précédent sondage, publié en mars.

Tout va très bien, madame la ministre…

Ou peut-être, pour être plus réaliste: “Silence, on coule”?

“Dédiaboliser” l’extrême-droite… pour quoi faire, au juste?

Attention, billet pas content, plein de politique et d’ironie inside. Vous serez prévenus.

* * *

Il vient de certains blogs et de certains éditoriaux une drôle de petite musique susurrant que non, décidément, ce n’est pas une bonne idée de condamner purement et simplement la fachosphère, le FN et autres sinistres…

“Diaboliser” (leur terme; admirons l’orientation préalable du débat au moyen du vocabulaire) ne serait pas productif, parait-il (et les anti-racistes seraient les pires ennemis de la lutte contre le racisme… ahem). Air connu. Mais en attendant, à force de décrypter savamment, d’expliquer par la psycho-politique, de chercher à “comprendre”, on glisse gentiment dans ce qu’il faut bien appeler de la complaisance. Oups?

Il y a quelques jours, c’était un article du Monde qui tartinait sur les “dandys” de la fachosphère, sans arriver à se déprendre d’une assez pitoyable fascination admirative.

Rebelote: voici que son confrère tout en ligne, Slate, ne trouve rien de mieux à faire que de suggérer que finalement, Fdesouche.com, ce n’est pas si horrible que ça; qu’en fait on peut les admirer (?) de faire du “journalisme de liens” [sic] et se rasséréner en songeant qu’ils offrent “juste” un exutoire à des “petits blancs de banlieue” qui se ressentent comme “en souffrance” – mais même notre webzine ne va pas jusqu’à assurer qu’il n’y en aurait jamais aucun, dans le nombre, pour réagir comme un psychopathe et prendre un fusil d’assaut, à l’émulation de Breivik…

Et pourtant. Et pourtant, pas un de ces donneurs de leçons pour prendre la peine de rappeler que si les “petits blancs de banlieue” qui cherchent juste une “catharsis” sur Fdesouche se sentent “dominés”, ça n’a rien à voir avec la couleur de leur peau

Il faudrait leur apprendre qu’il y a une chose appelée le système capitaliste, qui produit par son fonctionnement normal même ce genre de domination de classe.

Oh, mais alors, vous serez catalogué “gauchiste”. Horreur, malheur! Et c’est ainsi que le hold-up mental sur les classes populaires (pour parler comme une sociologue) se poursuit, avec la complicité objective (mais pas forcément toujours involontaire?) de divers éditorialistes.

Bref, pour parler poliment, bonjour le foutage de gueule.

(Attention: ironie à bord.) Voilà-t’il pas que les Le Pen père et fille se piquent de faire un procès à Caroline Fourest pour son livre sur leur drôle de petit business familial. Cela va-t-il faire des commotions dans la cervelle … Lire la suite

Fin (pour le moment)

N’y allons pas par quatre chemins: oui, je sais, cela fait plus d’un mois que ce blogue n’a plus été mis à jour. Et non, hélas (ou tant mieux? c’est selon), il ne sera probablement pas réalimenté de sitôt.

Pourquoi? Oh, juste la Vie Réelle™ qui s’interpose…

Plus précisément, disons que j’ai peu à peu réalisé que j’en avais assez de jouer les éditorialistes occasionnelles, surtout dans un contexte aussi exaspérant. Par où commencer? Entre la saga de ceux qui légifèrent sur internet sans y entraver quoi que ce soit, celle d’un gouvernement aux abois qui multiplie les fumigènes avec la bénédiction de journalistes qu’on enverrait bien rempiler sur les bancs de l’école; entre la frilosité des éditeurs français devant le livre électronique (ah, si seulement on pouvait reproduire ce qui marche pour le livre papier!) et le climat général de ce pays où une héritière peut jouer les chefs de parti populiste sans sombrer dans le ridicule… Franchement, parfois, même le ricanement vengeur meurt sur les lèvres, dans un grand soupir d’impuissance.

Bref, commenter l’actualité, même limitée à l’édition, ou aux livrels, ou à internet, ce n’est plus trop ma tasse de thé.

Fatigue et dégoût? Oui, vous pouvez dire ça. Mais pas uniquement (et c’est heureux!): il y a aussi le désir de faire des choses qui échappent, justement, à tous ces sujets d’exaspération. Tiens, reprendre sérieusement l’écriture, par exemple…

Et c’est ma raison numéro 2 pour annoncer que je me mets en vacances de blogue pour une période indéterminée: le temps et l’énergie que je consacrerais à alimenter ce site pourrait être aussi bien (et probablement mieux) utilisé à un peu de création littéraire. Du moins, au genre de création littéraire (certains pourraient arguer que le blogue est un genre littéraire…) qui a un peu de chance de continuer à être lu même après que 99% d’entre nous auront oublié l’écume de l’actualité.

Bref, retour pour moi à la fiction! Je suis sûre qu’il y en a ici qui ne s’en plaindront pas, hmm?

En attendant, lecteurs et lectrices fidèles, ou bien nouveaux/nouvelles venu(e)s, on peut bien entendu toujours accéder aux textes que j’ai déjà mis en ligne, comprenant plusieurs nouvelles et un roman.

Merci, et j’espère à un de ces jours.

Contre le Sarkozistan, un petit Huron… et un gros succès Internet

Il y a un petit livre qui fait des vagues dans la Sarkofrance – ou “Sarkozistan”, comme les habitués des éditos de Daniel Schneidermann doivent en avoir l’habitude – et devient mine de rien un succès public malgré le fait qu’il soit publié anonymement et auto-édité grâce à un prestataire uniquement établi sur la place d’Internet, j’ai nommé LePublieur.com.

Mieux: on dirait que les chroniqueurs littéraires en place commencent eux aussi à s’y intéresser! Voir par exemple ce billet de Pierre Assouline sur ces “Souvenirs effarés d’un Huron de retour du Sarkozistan”.

With a little help from my friends… online? Tiens, tiens.

Et il est intéressant qu’un livre qui décortique au scalpel les compromissions, copinages et autres liaisons dangereuses entre pouvoir et médias (sans parler du mélange des genres affaires privées/vie publique, ou intérêts économiques et pouvoir politique…) n’ait pas été publié, par choix de son auteur, chez un éditeur “normal”. Mais que ce soit au réseau, ce seul “ennemi” contre lequel le pouvoir n’ait “pas trouvé de discours convaincant ni de parade efficace” que l’ouvrage ait été confié.

Avec déjà 13000 exemplaires vendus, sans la presse ni les librairies. Vous avez dit alternative? Hmm.