Archives du Tag: écriture

Bonne lecture pour écrivains en herbe (et les autres)

C’est une petite histoire pour encourager, mais aussi faire méditer, tous ceux et celles qui s’acharnent sur leurs projets d’écriture – et plus particulièrement qui veulent accéder au statut de romancier: “La petite grenouille qui voulait faire publier son roman”.

Et l’on y évite pas les questions qui fâchent:

[...] « Quand un éditeur te dit non, même sans expliquer, c’est qu’il a une bonne raison. Tu ne le feras pas changer d’avis sans changer ton texte. Et crois-moi, il se souviendra de toi si tu as pris de son temps de travail en demandant des explications, et ton prochain manuscrit sera reçu avec la plus grande méfiance !
— Mais il devrait quand même expliquer pourquoi, non ?
— Rien ne l’y oblige. S’il n’a pas le temps ni l’envie de le faire, il ne le fera pas : ce n’est pas son travail d’aider les jeunes auteurs. De l’aide, tu peux en trouver sur la mare, avec plein d’autres grenouilles qui seront ravies de t’aiguiller si tu leur proposes ton expérience en échange. L’éditeur, lui, doit juste savoir si le manuscrit est publiable et s’il correspond au public de sa maison d’édition. Autant dire que si tu envoies ton manuscrit, tu dois le penser excellent : n’espère pas avoir juste un avis.
[....]
— Et s’il me propose des pistes de travail avec lesquelles je ne suis pas d’accord ?
— S’il t’a laissé entrevoir la possibilité d’une collaboration, tu peux argumenter pour essayer de comprendre son point de vue. S’il te les a juste données parce qu’il a aimé ton manuscrit mais ne veut pas le publier, c’est inutile : c’était juste une information pour t’aider !
— Super ! Merci, grand esprit de la mare, je vais pouvoir envoyer mon projet à tous les éditeurs maintenant !
— Ne sois pas trop gourmande, petite. Cible les éditeurs qui te conviennent, il y a même un Grimoire Galactique des Grenouilles pour t’y aider. Et attention aux envois groupés qui montrent que tu l’as envoyé à tout le monde ! Ça ne fait vraiment pas professionnel… »

À lire sur Tintamarre, le blog associé au forum CoCyclics, où les auteurs de l’imaginaire se regroupent pour faire de la bêta-lecture, bref, s’entraider pour s’améliorer et pour multiplier leurs chances de se faire éditer.

Fin (pour le moment)

N’y allons pas par quatre chemins: oui, je sais, cela fait plus d’un mois que ce blogue n’a plus été mis à jour. Et non, hélas (ou tant mieux? c’est selon), il ne sera probablement pas réalimenté de sitôt.

Pourquoi? Oh, juste la Vie Réelle™ qui s’interpose…

Plus précisément, disons que j’ai peu à peu réalisé que j’en avais assez de jouer les éditorialistes occasionnelles, surtout dans un contexte aussi exaspérant. Par où commencer? Entre la saga de ceux qui légifèrent sur internet sans y entraver quoi que ce soit, celle d’un gouvernement aux abois qui multiplie les fumigènes avec la bénédiction de journalistes qu’on enverrait bien rempiler sur les bancs de l’école; entre la frilosité des éditeurs français devant le livre électronique (ah, si seulement on pouvait reproduire ce qui marche pour le livre papier!) et le climat général de ce pays où une héritière peut jouer les chefs de parti populiste sans sombrer dans le ridicule… Franchement, parfois, même le ricanement vengeur meurt sur les lèvres, dans un grand soupir d’impuissance.

Bref, commenter l’actualité, même limitée à l’édition, ou aux livrels, ou à internet, ce n’est plus trop ma tasse de thé.

Fatigue et dégoût? Oui, vous pouvez dire ça. Mais pas uniquement (et c’est heureux!): il y a aussi le désir de faire des choses qui échappent, justement, à tous ces sujets d’exaspération. Tiens, reprendre sérieusement l’écriture, par exemple…

Et c’est ma raison numéro 2 pour annoncer que je me mets en vacances de blogue pour une période indéterminée: le temps et l’énergie que je consacrerais à alimenter ce site pourrait être aussi bien (et probablement mieux) utilisé à un peu de création littéraire. Du moins, au genre de création littéraire (certains pourraient arguer que le blogue est un genre littéraire…) qui a un peu de chance de continuer à être lu même après que 99% d’entre nous auront oublié l’écume de l’actualité.

Bref, retour pour moi à la fiction! Je suis sûre qu’il y en a ici qui ne s’en plaindront pas, hmm?

En attendant, lecteurs et lectrices fidèles, ou bien nouveaux/nouvelles venu(e)s, on peut bien entendu toujours accéder aux textes que j’ai déjà mis en ligne, comprenant plusieurs nouvelles et un roman.

Merci, et j’espère à un de ces jours.

Mais comment fait donc Paul Auster…

…pour publier un livre par an? Question saisie au fil de Twitter, via les réponses de @guybirenbaum à @Rubin:

D’accord, Auster ne fait que ça (écrire), mais il faut quand même pas mal d’inspiration. Logique?

Oui. Mais dans le cas de Paul Auster, il faut avouer qu’il y a aussi l’art et la manière d’allonger la sauce… Et de recycler d’anciens matériaux déjà utilisés (voire des brouillons à peine retouchés). Et c’est ainsi qu’on peut fournir à son éditeur, bon an mal an, de quoi maintenir à un niveau correct le flux de droits d’auteurs, soit l’équivalent pour les écrivains du cash flow.

À la question «comment il fait», on pourrait donc répondre: il fait son boulot.

Si vous ne connaissiez pas le Mad Blog, c’est l’occasion de découvrir: le tenancier a eu la bonne idée de me proposer une interview. C’est en ligne dès maintenant. Au menu, littérature, geekerie, écriture, univers imaginaires – et figures libres à … Lire la suite

Des critiques, de la polémique et de l’anonymat, depuis Sumer jusqu’à la Toile mondiale

J’avais commencé à répondre à un commentaire d’Éric Mainville (oui, celui de Crise dans les médias), à propos de mon billet sarcastico-polémique sur Michel Onfray et sa grrrande phobie du Net, mais la réflexion m’a menée un peu plus loin que prévu. On va donc essayer d’en faire profiter un maximum de monde.

Éric écrit :

[L'article] d’Onfray [...] est typique de la façon aujourd’hui d’argumenter: frapper fort, mais dire des platitudes. Critiquer les commentateurs anonymes, c’est un platitude. Les comparer à des auteurs de graffitis de latrine, c’est un peu excessif.

Hum. “Un peu” excessif ? Légèrement, oui…

(Cela me fait penser à un dicton américain : “You can’t get just a little bit pregnant”. On ne peut pas tomber juste “un peu” enceinte, ou être “un peu” ruiné. Et ce qui est excessif n’est pas non plus “un peu” insignifiant…)

On pourrait aussi reprocher à Onfray, en plus de son outrance verbale, son manque de perspective : les critiques injustes du travail d’autrui ont-elles commencé avec Internet, ou s’agit-il d’un phénomène concomitant à la littérature et à toute forme de publication, c’est-à-dire de mise à disposition du public, d’une idée, d’une œuvre, du résultat d’une recherche ?

Toutes les générations se sont plaintes des “sales gamins” irrespectueux qui voulaient pousser leurs dignes aînés vers la tombe, et qui n’appréciaient pas à leur juste valeur les contributions des dits aînés. Chaque innovation en matière de communication a provoqué des craintes pour le statu quo. Même l’écriture ! L’adage romain : “les paroles s’envolent, les écrits restent”, témoigne d’une société qui se méfiait de la fixation par écrit, sous forme immuable et qu’on ne peut plus renier, de ce qui sort de la bouche des gens (et peut revenir, plus tard, pour les accuser). Et je pourrais aussi bien citer Ésope et sa conception de la langue, “meilleure et pire de toutes les choses”. (Dans un autre hémisphère culturel, en Chine, il y a une phrase assez semblable attribuée à Confucius : “Ce qui est dit est dit, et un char tiré par quatre chevaux ne saurait le rattraper.”)

Mais si Onfray, dans sa peur, ou au moins méfiance à l’égard d’Internet, en oublie à peu près toutes les leçons de l’histoire culturelle, il démontre par son obsession des “commentaires anonymes” à quel point il méconnaît ce qu’il critique.

Oh, certes, il n’est pas le seul… Combien de gens se plaignent de ces blogueurs, ou commentateurs, qui se “cachent” derrière “l’anonymat”, y compris sur des blogues et dans des forums où leur adversaire utilise ni plus ni moins qu’un pseudonyme, ou nom de plume ? (Ce qui, par parenthèse, est mon cas.)

Ils s’inscrivent ainsi dans une tradition bien ancrée d’écrivains, philosophes ou chercheurs utilisant une identité de rechange, soit par prudence (si leurs écrits pouvaient les mener au bûcher, par exemple), soit pour distinguer entre deux facettes différentes, voire incompatibles, de leur activité (comme le conteur et poète Lewis Carroll, pseudonyme de Charles L. Dodgson, professeur de mathématique). Un blogueur aujourd’hui peut utiliser ce pseudonymat pour éviter des ennuis au travail (s’il ou elle critique son employeur, ou a des idées politiques trop radicales), ou avec sa famille (le blogue utilisé comme auto-thérapie, ce n’est pas rare), ou parce que le climat du pays où il vit est trop répressif ; ou pour séparer entre l’individu privé, dont les opinions n’engage que lui ou elle-même, et une obligation de réserve, voire de solidarité, avec une université, un employeur, ou un parti. Le cas des agents de l’État et du devoir de réserve est également bien connu en notre bon pays de France.

Enfin (désolée, Éric), je ne vois pas en quoi ces méthodes polémiques (platitudes, outrances…) seraient “typiques” de notre époque. (Encore un coup du mythe de l’âge d’or et de la perfection perdue ? Nous déclinons depuis Hésiode et Isaïe. Que dis-je, depuis Sumer !)

D’ailleurs Onfray lui-même, en tant que philosophe et spécialiste de la pensée grecque antique, pourrait répondre ici que la rhétorique, ou art et technique de “gagner” un débat, avait été codifiée par les Anciens – qui n’avaient pas toujours beaucoup de scrupules quand il s’agissait de mêler, en douce, le consensuel “art de bien parler” à des techniques parfois malhonnêtes pour déstabiliser l’adversaire, susciter l’émotion du public en court-circuitant la raison, et ainsi de suite. La querelle entre rhéteurs et philosophes est même l’une des plus classiques de l’âge classique et de ceux qui s’en sont réclamé. Socrate contre les “sophistes”, vous connaissez ? Et l’emploi du même mot de “sophistes” par Rabelais pour désigner les ennemis de l’Humanisme ?

Je ne crois donc pas qu’il faille s’étonner beaucoup si les fleurs de rhétorique que l’on cueille sur la Toile n’ont pas toujours un meilleur parfum que celles qui poussaient jadis entre les pages des livres, au pied des chaires magistrales ou entre les dalles de l’agora.

Nam dicere scribereque humana sunt.

P.S. À part cela, Éric Mainville a publié aujourd’hui sur son blogue personnel un fort intéressant billet sur la façon dont Michel Onfray applique à Internet le genre de “psychanalyse” sauvage qu’il condamne si fort chez autrui… Aïe, aïe, encore un coup de ces fichus vandales du Net ! Respectent rien !